RIVIÈRES
c'était nous qui lésions naître le brouillard, mais que, si nous ne restions pas assis, ou plutôt couchés dans le canot ( nous nous étions levés pour mieux yoir), nous aliénerions l'inévitable destruction de toute la (loti lie. Ils en apportaient pour raison que a Le fleuve n'avait' jamais vu d'homme blanc avap.t nous, » et ils redoutaient les cK>nséquences de notre hardiesse et de notre témérité d'oser regarder si attentivement les eaux. Cette ineptie , et d'autres de même nature, nous'/urent dites d'un ton si péremptoire et avec des gestes si décidés que ., bien contre notre gré , nous fûmes contraints à nous éten^^ dre et à nous laisser recouvrir de nattes* , afin de calmer les appréhensions. Nous ne pouvions oublier que nous étions prisonniers, et notre persistance nous aurait exposés h l'humiliation d'être couchés et retenus de force à fond de cale.
Nous avons côtoyé le rivage' jusqu'à ce que le brouillard fût dissipé', et alors seulement on nous a laissés revoir le fleuve. Ayant un peu dévié dé lia route , nous nous trouvâmes sur un$ imumense nappe d'eau , une espèce de lac , à l'ouverture d'une forte rivière, coulant à l'Ouest, et. formant un bras considérable du Niger. Une autre branche, partant du même point, descend
ARRIVÉE A ÉBOB. igS
au Sud'Est; tandis que nous poursuivions notre route au Sud-Ouest, dans le principal lit du fleuve. Le tout formant trois rivières d'une prodigieuse grandeur, dont les bords sont bas , marécageux, et complètement couverts de palmiers.
Une heure ou deux plus tard , vers midi , un des hommes de notre canot, natif d'Eboe, s'écria «Voilà mon pays ! » en indiquant de la main un groupe d'arbres très-élevés, encore à quelque distance; et, dépassant une île basse et fertile, nous y fàmes promptement rendus. Là , nous vîmfs plusieurs canots d^ péchç dont les propriétaires semblaient soupçonneux et craintifs , car ils refusèrent de nous approcher, bien que leur pavillon national , qui n'était au^re que
• celui des trois royaumes , cousu sur un grand morceau de coton blanc, à découpures bleues, flottât au bout d'un long bâton à la proue. On nous dit que la ville était encore beaucoup plus bas sur la rivière. Cependant , en peu de temps nous arrivâmes à un large marais , entrecoupé en tous sens de petits canaux , dont l'un nous conduisit dans une eau dégagée de joncs, devant la ville d'Eboe. Il y avait là des centaines de ba-
• teaux dont plusieurs étaient plus largesqu^aucun de ceux que nous avions rencontrés jusqu'alors : tous fournis de huttes et auvens, de dimen-
194 ^^^ NOUVELUB CONNAISSANCE.
sions à offrir des habitations commodes à un grand nombre de naturels qui y demeurent constamment. Une de ces barques, faite d'un, seul tronc d'arbre , contient jusqu'à soixante-dix per*» sonnes.
Le peu que )iwis avons pu Toir des maisons éparses sur la rive , nous a donné une^opinion favorable du bon soas et de la propreté des habitans delà ville. Les huttes sont de (erre jaune, assez bien construites , plâtrées eu do* hors et couvertes de feuilles de palmier. Dans les cours régulièrement palissadées, anneiCées à chacune d'elles , croissaient des bananiers , d^ pkntaniers , dont l'ombrage et l'aspect sont égal^n}ent déliciesil. Comme nous passions devant les énormes canots^ dont jVi déjà parlé , deux ou ttois drôles , bazanéà^ de taille colossale, nie demandèrent , en mauvais anglai$, comment je me portais, d'un ton de yoix que Stentor^ aurait pu envier ^ et lé serrèrent de m^ de ces nouveaux amisétalt, en cansoience, un virad châtiment , vu leis robustes secousses qu'il fallait essuyer. Le chef decas homyaes s'ijutt^oduisit à nous sous le nom de Fé^sil (Gim). Celui de Canon du de Tonnerre aurait été aussi justement appliqué i Saûs attendre nos quesr tji^nâ,il nous infornm que, s'il n'était pas préci-
ROW NÈGBJ^. lyS
sèment un grand bomme , encore étaît-il une a sorte de petit roi militaire » : que son frère n'était rien moins que le roi £0/ (Garçon), et son père le roi Fordaj qui ^ avec le roi JiacAre^ (Jacquette) , gouvernait tout le pays de Brass. Mais ce: qui était infiniment plus intéressant pour nous que cette ridicule liste de rois , iluousapprit, qu'indépend^^mmentd'un shooner espagnol y il y: avait' dans la première rmère de Brass^ queM^ Gun assurait être £réque]Eitée par lestnarchands d'huile de palmier, deLiverpoo), un vaisseau anglais^ nommé le Thomas de. 14-^ çerpaoU ,
Pleins ide joie à cette nouvelle ^ nous travep^sâmesune petite ci;*ique artificielle r^ai étroite , qùe<^ nos : canots pouvaient k p^ioe &'y piet^r^ .en rang. On nbûsinvita ;à y ^ att&ndtiQ' iqlie le i?0i eàti£uit ooiinàître .salvalotutélà/HotreiégaA'^; Au retour du messager^ on tira Je canot , avefc lious dedans, sur la vase .et ]ia boiiie, jusqu'à u»e distance considérable ^: niotis Qp; de^ceiidîmes ^Iqr^ , et J'oii nouft conduisit à xtotré butte v semblable U cc^lles i^ue nous avions vues de la t^ivière. Il y avait en avant de la £tç^dà un petit p^yjilloa soutenu par» <Jo8 colohuiés ^ bdis. , et die^ nattes fiaient étendues sucaiç V^ancher 4pour; oiotre usag^ • jLi^fsptectJentieriél^ît si^ proprt^et sl^gpéaj>lôy «t
196 fiABITATIOK;
cet air cle simplicité et de netteté contrastait si fort aved tout ce que nous avions vu depuis tant de jours , que nous fîàimes tout ckar-* mes de notre nouvelle demeura ; et si la physio*nomie et la tournure de notre hâte avaient été un -peu plus en harmonie avec les agréinéns de to maison \, il nous semblait que nous aurions pu y passer quelques jours , au moins ^ fort à Faise et avec joie. Mais ce n'était pas le cas: la dureté , la grossièreté de la conduite de cet homme, répondaient k sa figure sombre et cruelle, et gâtaient tout le plaisir que nous aurions eu à nous étendre sur des nattes sèches et moelleuses , ^près avoir été entassés trois jours dans un étroit canot , péle-méle avec des esclaves et des chèvres^ trempés par la ro^ée , la nuit ; brûlés, de jour, par le soleil.
Une ou deux heures de repos nous avaient rafraîchis et avaient ranimé notre vigueur , quand un messager du roi vint nous avertir que le monarque nous attendait pour nous voir et converser avec nous. N'ayant aucun moyen d'améliorer notre toilette, nous nous sommes levés, et avons immédiatement suivi l'envoyé. Cet homme, nous faisant passer en dehors de la ville , nous mena par des sentiers peu fréquentés à la cour extérieure du palais , devant la pmrte duquel
LE PALAIS DtJ ROI OBIE. I97
ëtait placée uhe startue dé femme assise , faite en tetre, et^ comme il Ta sans dire , très-laide , et d'iïn travail informe. lA^yantf traversé cette cour , dans laquelle nous ne vîmes rien de remarquable , un« porte de bois hous conduisit dans utoe autre beaucoup pltts belle. Cette dernière fornïait un carré long , très-bien tenu et d'un 'aspect fort propre , dont les quatre côtés étaient ornés d'un joli portique. Prèis de la porte ;y nous vîme^ avec étonhement un grand et lourd' tanon couché à terres De cet enclos , nous pas^mes dans uti troisièmes, qui , comme le précédent , avait aussi dés portique^ , Fun desquels était? renspli de femmes occupées à fabriquer une e^èce d'étoffé, de cotonf et d'herbes sèches tressés enseitible. Vis-à-vis l'entrée, est une estrade en^ terré ^ élevée d'environ trois pieds au^dfcssûs dû sol, et ornée de nattes de diîïërehtèS couleurs ; un grand morceau *de gros drap rougé couvrant le tout : à chaquercoin, il y avait une petite figuré accroupie , en terre audsit; BUiàé ii rioûs' fut impossible de déviùer si c'étaient faoïbmés ou femmes qu'elles étaient destinées à représenter. On nous laissa * îk , au milieu d'une foule d'homnles armés , déminus, démî^hàfbilléè , réunis p^e-niêle à gauche
de*lâ^lâtè*^foritté V les uns assis ^ les autres de- III. i3