IMITATION DES EUROPÉENS
les voir munis de deux immenses porte-voix , tout-à-fait superflus assurément. Le canot est commandé par des officiers, cérémonieusement nommés, et pourvus de titres fastueux , à l'imitation des équipages des vaisseaux européens , capitaines, lieutenans, contre-maîtres^ etc., indépendamment du cuisinier et de ses marmitons.. Le roi Boy tient fort à ces distinctions, qui flat^ tentsavanitéetsonimportance; elles se montrent dans les moindres bagatelles de la façon la plus divertissante. Nous coucherons cette nuit dans le canot , et il serait superflu de dire que le manque de place sera pour nous la cause , comme naguère, d'une intolérable fatigue. Avant de nous embarquer, nous avons mangé un peu d'ignames , bouillies dans de Thuile de palmier^ chez le roi Obie , et sommes restés deux heures à attendre , couchés sur le bord de la rivière. A sept heures du soir, nous nous sommes arrangés pour la nuit , nous trouvant singulièrement serrés et mal à l'aise , grâce à la provision d'ignames et au désordre qui règne dans la cargaison.
CBiàFSHRE XT.
Dé]part d'Eboe. — Addizetta. — Gérdmonies superstitieuses. — Passage . du Danot. --' Bords du flevYe. — Première- apparence de moanée. — ^ Rencontre du chef de la yiUe de Brass. — Description du roi Forday. — Cérémonie fétiche. — Procession de canots se rendant à Im^ Tilie de Brass.— Arrivée. — Description de la cïtrf. — Productions du pays. — Maison du roi. -^ Les ypyageurs sont nëglig<$s. — Entrevue avec le roi Forday. — Préparatifs pour quitter la ville de- Brass.
Vendredi^ 12 nos^emhre. — Une émeute a e»
iieu cette nuit : il s'est élevé, entre les naturels^ ^•Eboe et ceux de Brass, une querelle qui aurait pu avoir de sérieuses et funestes conséquences, si les tlerniers n'avaient pris la précaution de conduire leur canot hors de la baie , dans le mi-^ lieu du lit du fleuve , où les habitans ne les pouvaient suivre. Les gens d'Eboe sont accourus en foule, sur la rive , armés de fusils et de fourches et d'autres armes offensives, faisant un effroya-
ARRANGEMEriT SUR LE CANOT. j3^
ble bruit , pareil aux hurleraeDS d'une troupe deioûps; il était pJus de minuit quand les' rugissemens se sont peu à peu oalmés. Cette, nuit, mon frèrç aeii un redoublejaientde fièvre qui l'a laisse velrs le niatiti trèsrlanguissant etdécounagé. H n'a pu prendre jUK^iin médicament ,)non^8eulemeM parce que nbus sommes exposés ^^tou tes les intempéries de l'air, mais aussi à cause de /notre situation pénible, entassés, empilés, arec un nômbi^ considérable de gens^ serrée, dans cette barque, comme des harengs/ dans un tonneau.
Le: roi: Boy a couché à teiire avec sa femme Addizetta , fille ^favorite d'ôbie. Cette belle dame s'est fait: ^attendre {jusqu'à- sept à huit heures dun^iilin^ Elle^enfin paru avec son mari. On dit que ce dernier a saisi cette occasion de yarier un peu la vie de sa- femme par le changement de scène, et qu'il l'amène faire cette excursion avecltii, dans son pays natal ^. pour la mettre èh :rap|>ort avec sa propre famille , et ses autres femmes qui résident à Brass^ D'ailleurs , Addizetta avait témoigné le désir le plus vif de voir les vaisseaux des hommes blancs, et c'est en pak-tie pour satisfaire cette curiosité qu'elle vient avec noos.'Ën enirajit dans Iç caaot^ le roi Boy Fa poliment conduite à la meilleure place ; c'estànilire à un coffre y près de celui qui lui ^tait ré-
H^O ADDI^ETTA.
serve à lui-niénie , sièges que nous venions de quitter par égard pour tous deux. Âddizetta était tournée, le visage vers la proue, et mou frère et moi nous nous assîmes directement en faee^ sur un tas d'ignames, si près da royal couple, que nos jambes étaient continuellement? en contact , ce qui menaçait de n'être pas sansinconvénient. Nous fàmes quelques momens employés à transporter plusieurs- lourds effets de^ notre canot, que Ton assurait être trop chargé, dans des barques voisines ; mais il n'en, parais^ sait pas de beaucoup allégé, quand, à sept heures et demie , nous repoussâmes les rivages d'Ëboe ; cependant , à Taide de quarante pagaïes , qui ,. fendaient l'eau toutes kla fois^ ép. fsdsfin^j^llir^ une écume d'argent, nous glissâmessur le fleuve;, à notre vive satisfaction, avec la rapidité d'un dauphin.
On a fréquemment remarqué que les yeux de l'hommesont placés de façon qu'assis oudebout,il peut, sans peine, regarder la terre et les cieux, avantage que ne possède aucun animal, du moinsau même degré. Je, réfléchissais à cette particula-^ rite de la conformation humaine,quand, jetant les yeux vers l'horizon, pour me convaincre^ sa réa-. lité , je trouvai , entre moi et le ciel , la haute et masculine figure de la fille favorite du roi Obier
ADDI2ETTA. aj^l
«ussilot; le cours de mes idées changea , et , ne •pouvant suivre mes premières observations , je jugeai que^ du moins , Poccasion était favorable pour étudier la physionomie et toute la personne de la dame des pensées du roi Boy. Addizetta peut avoir de vingt à trente ans, peut-être moins; car elle prend du tabac , et les femmes vieillissent vite en ces brûlantes contrées. Sa taille est haute ^ robuste et bien proportionnée , sans cependant avoir cette dignité qui commande le respect. Son visage est rond et ouvert, mais terne et tout-à-fait sans expression : on peut facilement lire dans ses traits et dans ses manières, de la douceur, de Fégalilé de caractère et une parfaite indolence; au total, une complète virginité de sentimens et de sensations. C'est de la matière inerte. Son front est uni , brillant comme de Fébène parfaitement poli, mais il est trop bas pour être noble ; ses yeux sont grands, ouverts , beaux , bien que languissans; ses joues larges et pleines,* comme celles d'une Hollandaise; son nez est assez comprimé à la racine , mais pas tout^à-fait aussi épaté que le sont généralement ceux des nègres ; sa bouche est réellement jolie, les lèvres n'étant pas d'une grosseur désagréable ^ et découvrant une rangée de dents parfaitement égales , régulières,
1l4^ PARURB d'aD0IEETTA.
et aussi blanckes que celles d^n lévrier-. Son
meoton mais je me sens tioat-à-fait incapable
de décrire son menton ; je pense sealem^t qvt^i s'harmonise à merveille avec ses antres traits;
Âddizetta ne rit que rarement; mais elle sou-* rit^ de la JTaçon la plus engageante'^ dès que quelque chose, hiî plait un peu ; et elle ne pa^ rait pas ignorer la puissanlîe influeftce qu'ont ses doux sourires sur Fàme de son époux. Son costunne et les ornemens qu'elle portait peuvent se décrire en peu de mots. Le premier %on^ siste simplement en nn morceau d'étoffe de «oie lH*ochée, qui entoure la taillé, et des-^ ce»l j usqu'aux genoux* Ses cheveux dcr iaine ^ tressés avec goût , sont retenue par an ré^au et réunis en pointe sur le sommet de la téte ; le réseau est orné, mais sans profusion ^ de grains de corail^ et de rangs qui pendent. du haut ;de la coiffure jusque sur le front. Elle portç des collier^, aussi de coraux : pracieiax ; des anueauxyde cuivre entourent ses doigts et ses orteils; des bracelets d'ivoire ornent. se$ brths et d'énormes cercles «n ivoire , chargebt set jaœ]>es v près de: la cheville ^ él; l^mpé^ ehedbipresque de marcher y à. cause: de^leur pcâds:'et de. leur iounense grandeur;: J^vais à peu.près fini l'examen de sa perscmne, quand
Âddiaetia ., ûbserTanfc qulsije Ja cossidéitib aree une iMiteD lion pairticuliièrd , renconti*» enfià moo regard^ et détAuruaiki tête axnec un soufr rîre coquet 4 et triomphant^. qui semblait direr <( Oh ^ hoAume blài^c^^ob&pouTezbieo admirer et adorer maperstuaue; je m^aperçois que ma beauté vous frappe , et :il n'y a rien d'étanâaiit à cela, j) Mais jenie reprochai bientôt cette ma-^^ ligne interprétation d'un regard, et m'acou^i d'injustiee:;:ear. bienv mé dis-je ^ qu^Addiaetta.^ pauvre simple sauvage, puisse être aussi avide d'admiration )que. ses blanches sœurs du inonde civilisé ^ cependant , pour ce que j'en sais , ses pensées peuvent être :Cbrt loin, de^ toutte. vanité et detout ambw>pit>pre. Qu'elle eùti souri , c'est ce.donlje suis, très^certain ,.et gr^iéieusep* ment encore , car je vis une fossette ise diessiner sur sa joue ronde et pleine ., et une expression de vivacité ianima^ sa physionomie , et fit étin** celer son œil languissant , d'un éd^r passagers Et qu|s pouvait signifier tout cela 2
J'aioublié dedine que le ooi^s delà liUedu roi Obieî est tatoué en divers endroits : miaisees in*^ eision^ ou plutotceslacénationssojit.irna^lières et diésagréables àla; vue. Son sein, en particulién, porfe d'évidentes marques (de doupures qu pW tôt de balafres, faites quand Addisetta'ét«|tien4