‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 70 sur 99 · UN VOL · texte numérisé non relu

UN VOL

capitaine du caDot , il lui dit ; h JN['aye;s-*vpus pas entendu le fétiche? >> — « Oui » — « C'est pour lui , » roe répliqua-t-il. « Si nous ne le )noïinLiisr sions pas de notre niieuz , si nous ne li^i f^is^ops pas de bien ^ il nous tuerait , ou nous renjlrait pauvre^ .^t . malades- » Je ne pus m'empéclier dç sourire de l'ignorance de ces pauvres créatures qui croient fermement à la puissance de ces divinités invisibles.

Nous avions fait route de cette manière^ nous dirigeant principalement à l'Ouest , jusque vers trpis heures de l'après-midi , lorsque nous entrâmes dans un bras, large d'environ ce^t toises , et voyant un petit vil^ge à peu de distance devant nous^ nous résolûïi>çs de nous, y arrêter , pour y prendre un peu de piôtisson s^c. Notre provision faite , nous poussâtes plu^ loin , mais^ au bout d'une heure, il fallut^ faire une nouvelle , halte <^ pour donner à nos gens le temps de manger. Boy daigna m'offrir un gi;'0S morceau d'igname, réservant pour lui seul tout le poisson que nous avions à bord. Après s'en (être aniplement régalé , il s'endormit profondément. Tandis qu'il ronflait à meseôtés, le reste des provisions attira mes yeux , etla moitijé d'ignanie qu'il m'avait doqnée ne m'ayant rassasié qu^a-demi, j'éprouvai une irrésistible tentation

2j4 SECONDE RIVIÈRE DE BRASS.

de fiiieitre la circonstance à profit. Ma faim ^ d^aillem^ , me justifiait pleinement, et me poussait à ce larcin ; je cédai donc et dévorai deux petits poissons crus, mais qui me semblèrent délicieux ; je ne me rappçUe pas avoir, dans toute ma vie, mangé quelque chose de pins Succulent.

C'est à peine si Ton voit un pouce de terrain sec^ tout est couvert d'eau et de mangliers^ Après un repos d'une demi-heure , nos hommes i^prirent leurs pagaïes , et , à sept heures du soir , nous atteignîmes la seconde rivière Brasls , qui est un grand bras de la Quorra. Nous continuâmes notre marche presque droit an Sud ; et , au bout d'une demi-heure , j'entendib , avec une joie indicible , le bruit du ressac ^ ou des vagues se brisant à la plage. Nou^ avancions ' toujours, et notre canot fut amarré pour la nuit à un arbre , sur la rive occidentale de la

rivière.

Jeudis 18 novembre. — Ce matin , mes habits étaient aussi trempés y par une rosée abondante, que si j'eusse couché dans le fleuve et non dans le canot. C'était une sensation assez désagréable , mais je l'aVais éprouvée plus d'une fois, et je me flattais que , bientôt , toutes ces misè^ res allaient avoir un terme. A cinq heures , la

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corcïe qui nous liait à FaAre ayant été détachée, nous nous dirigeâmes k l'Ouest , en remontant une crique. A sept heures , nous arrivâmes dans la branche principale de la Quorra , qu'où ap-^ pelle ici la rivière Nun , ou première rivière Brass. Nous avions en face de mous, en y entraèt,^ un large bras, que le roi Boy nous! dît couler vers Benih. La direction de la rivière Nun était ici presque du Nord au Sud, et ùous continuâmes à descendre le courant .

Un quart-d'heure après notre entrée dans là Nun , nous découvrîmes , à quelque distance de-> vant nous, deux vaisseaux à l'ancre. Les émo^ lions de bonheur que cette vue nous causa dé« fieni toute description. Le plus près de nous était un scbooner, le négrier espagnol, dont BOUS avions Vu le capitaine à la ville de Bra^v Notre canot s'en approcha rapidement, et je montai k bord. Le commandant me reçut d'une façon obligeante ,* et m'engagea à prendre avec lui de l'eau-de-vie méléé d'eau. Il se plaignit àa lâcheux état où était son équipage , disant que la livière était extrêmement malsaine , et que , de^ purâ ^x semaines qu'il y était , il avait perdu six hommes. Ceux qui lui restaient , au nombre de trente , étaient tellement affaiblis et malades ^ qu^à peine pouvàient4h Se remuer ; gissans sur

::^']6 VISITE a bow du.'bi^ig& an(;lais.

le poul, ils avaicRt plus Vair de squelette^ que 4e yivaus. Ne pouvant pointer remjàde k ce désistre ^ je pris congé du capitaipe, et retouroai da^DS le canQt« .

j^ôus nous dirigeâmes alors vers le brick anglais, qui était en panne à environ cent cinquante toises p}us bas. Je l'atteignis avec un vif sentiment de joie, mêlé pourtant de quelques doutes et de quelque inquiétude. Tout y était dans une aussi triste situation qu'à bord du scbponer; quatre . hommes de Féquipage venaient de.tnourii* de la fièvre; quatre autres, les seuls qui survécussent, étaient fort mal, et coucbés dans leurs hamacs; le capitaine, luimême, paraissait être au dernier degré d'une maladie de langueur. Il avait eu une première atteinte dont il s'était remis , puis ^ pour s'être exposé trop tôt à l'i^ir, une yechùte fort dangereuse, et qui avait failli lui être fatale. Je lui dis qui j'étais , lui expliquant ma situation demoâ mieux, et entrant dans une foule de détails ; je Jui fis lire haut mes instructions par un des hommes de Son bord, afin qu'il pût voir que je ne lui en imposais pas; enfin, je finis parle prier de vouloir bien noua racheter en payant ce que déhiandait le roi Boy, l'assurant que tout ce qu'il aurait avancé pour nous lui serait

RÉCEPTION FAITB A RICHARD LANDER* !i*J'J

fidèlement rendu jpar le gouvernement de }a Grande-Bretagne.

Qu'on juge de ma surprise et de ma consteis nation , lorsque cet homme refusa nettement de donner la moindre chose ^ employant, tout faible et tout malaHe qu'il était , les expressions les plus offensantes et les plus in^mes jurons. «Si vous croyez, » me dit*il , o avoir affaire à un imbécille ou à un fou , vous vous trompez; je ne donnerais pas un fétu de votre pai'ole ou de votre billet! je m'en soucie commd de cela. Le diable m'emporte si vous tirez de moi un seul liard ! » Pétrifié d'étonnement et d'horreur à une pareille réception , je me reculai avec effroi ; à peine pouvais^je en croire mes oreilles ! Mais lé misérable recommença avec une nouvelle véhémence, jurant , sacrant , sans se lasser. Je n'avais jamaiç cru possible une telle brutalité^ une pareille conduite de la part d'un compatriote ; j'étais accablé de douleur et de honte , et me sentais tout près de succomber sous le poids d'un malheur aussi imprévu. Je regagnai le canot ^ ne sachant comment agir, ni quel parti prendre^ De ma vie , je n^avais éprouvé autant d'humiliation ei d'abattement. Pendant tout le chemin que nous venions de parcourir cai Afrique^ nous

avionîs été bien traités ( du moins avant notre III. 18

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