‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 72 sur 99 · DÉPART DE BOY · texte numérisé non relu

DÉPART DE BOY

lemçjit consentir à me donner dix fu£(ils , Boy s'en contenterait peut-être^ quand il Verrait 'qu'il nie pourait avoir autre chose. Sa Seule rér^ ponse fut : a Je vous ai déjà dit que )e ne vous donnerais pas même une pierre à fusil ; ainsi , • ne m'ennuyez plus. » — ((Mais j^ai laissé mon frère et huit personnes à Brass , » repris-je , (( et si vous ne voulez pas absolument payer le roi Boy ^ per$uadez-lui du moins de les amener à votre bord^ sans quoi mon frère sera empoisonné , ou mort de faim ^ et tous mes gens ven^ dus , avant que je puisse avoir du secours d'un vaisseau de guerre. » — (( Si vous pouvez trouver moyen de les faire venir à bord > >e les passerai ; mais, je vous le répète, vous n'aurez pas de moi la valeur d'une amorce. » Je m^elTorçai alors de persuader à Boy de retourner chercher mon monde , l'assurant qu'à cette condition il serait payé tôt ou tard. ((Oui^ » dit enfin le capitaine , (( dépechez-vous de les amener. » Mais Boy insistait , àss^z naturelleiTient ^ pour qu^on lui donnât un acompte en marchandises avant son départ, et ce ne fut pas sans peine que je Famenai à se désister de cette juste pré- 4eiition,

Le capitaine du brick s'enquit alors de ce qu'étaient nies hommes ; et, quand il apprit qu'il

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y avait ^ parmi eux, deux matelots et trois autrès gaillards actifs et vigoureux ,qiii pourraient ^ lui être utiles pour la manœuvre de son vaisseau , son ton et ses manières perdirent un peu de leur âpreté. Il convint même avec moi que ce renfort viendrait fort à propos pour tirer le i brick de la rivière^, une moitié de son équipage étant mort, et le reste fort malade. Cet aveu me rendit un peu de courage , et je lui- demandai un morceau de bœuf pour l'envoyer à mon frère , et une petite quantité de rhum , qu'il m'accorda d'assez bonne grâce. Je savais que le pauvre John était , ainsi que moi , dans le plus complet dénùment de linge, mais je n'osais me risquer à présenter une pareille requête au capitaine, bien sûr d'ailleurs du peu de succès qu'elle aurait. Le cuisinier du brick, m'ayant paru brave homme , je m'adressai à lui, et il me prêta surJe-champ trois chemises blanches. Le roi Boy était alors prêt à partir, mais fort mécontent. J'envoyai Thomme qui m'avait accompagné à bord de son canot, avec le peu de choses que j'avais pu obtenir, et une lettre pour mon frère , par laquelle je le priais de donner à Antonio un billet à ordre sur le premier capitaine anglais qu^il trouverait à Bonny , afin qu'il se fit payer ses gages ; d'en remettre un aussi

UNE SECONDE TBNfTÂTIVE. ^^T

aus: gens de DamUggou ^ . pour ({u'ils pusgi^i^ recevoir le petit présent que j'avais promis aif. bon vieux chef qui nous avait si bien traitjésu^ A deux heures de Taprès-iwidi , 1^ roi Boy est pairti, promettant de revenir dans trois jours avec mon frère et nos gens, mais vexé, et gri(>i;nmelant de n'avoir rien reçu. >

Je m -efiprçai alors de m'installer de mon mieux, à bord du vaisseau , et pensant que le capitaine Lake pourrait changer de conduite envers nioi quand il serait rétabli; je résolus d'éviter, d'ici )à, toute longue conversation avec lui.

Vendredi 9 19 nos^embre. — Ce matin , le !capitaine semblait en beaucoup meilleure disposi* tion , et je m'aventurai à lui demander un rechange 'de linge, dont j'avais le plus grand besoin. Il me l'accorda avec assez d'empressement, et ce fut pour moi un luxe et une véritable jouissance. Dans le cours de la matinée, je caur %^ï avec lui de nos voyages dans l'intérieur de l'Afrique, et lui racontai tous les détails de; là capture de Kirri, et la façon dpnt nous avions été attaqués et pillés. Je lui expliquai comment le roi Boy nous avait sauvés de l'esclavage, da^iç le pays d'Eboé , et combien nous lui devions dç reconnaissance de ce service. Jlns^stai d'auta^l^ plus sur ce points que j'espérais encore l'amenef

k cUrmter a B«i|r ce que je lui aTait promis. Lur ayant exposé de nouvetu* toute ràiFaire , je lui parlai de la mauvaise opinion que ce roi nègre aurait de uous, et du tort que pourrait faire ainr AngKaisr en général ^ et en particulier aux trafiqnans sur ces côtes , notre manque de parole ;; tort qu'il dépendait de lui de préyenir. Je con^ dus en lui demandant dix fusils payables en un^ bon sur le gouvemement. 11 avait écouté moi^ libtoire avec attention , mais je n'eusvpas plutôt articulé nia recpéte, qu'il réitéra ses refus, les accompagnant, comme avant, de jurons furieuxf le trouvant toujours aussi inflexible , je m-ab&tins^ d'en dire plus. 11 ajouta , d'un ton dur et impatient : a Si votre fî^ère et vos hommes ne sont pas ici dans trois jours , je pars sans eux. » J'espérais qu'il p'èn ferait rien , nos gens pouvant lui être utiles;, et j'avais la promesse de Boy qu'ils seraient rendus dans ce délai.

Vers le mHieu du }our> le pilote , qui avait fait entrer le brick dans la rivière, vint à bord, ptmr réclamer le paiement de ses services. Ce , ftit une nouvelle occasion de juger du caractère de M. Lake. L'homme eut à peine fait sa fédatnatvon que le capitaine entra en^ fureur; le maudissant et l'accablant des plus dégoûtantes injures ; il refusa de lui rien payer^ et Luit

PROPOSiTIOKS. i:3ifô

ordonna <1q sortir sur-le^hamp da . vaisseaij« J'ignore lequel des deux a^ait tort ou raison^;, mais je fus choqué des exprassions de rAn^aifi;, et de sa violence. Le pilote insista, et partit enfin, menaçant de couler le brick si le comman^ dant essayait de quitter la rivière sans lui payer son dû. Je tn'étonnais de Fentendre tenir un pareil langage , et n^ voyais point de sens , jusqu'à ce qu'on m'eût appris qu'il avait à. sa »dis^ position dans la ville, sur la rive Est, pi^de l'embouchure, une batterie de sept cafnons en cuivre^ qui, si elle était bien dirigée, Jenietn trait bientôt à même d'effectuer sa menuce, Cht endroit se nomme « la Ville des Pilotes, » parce que c'est là que demeurent tous ceux qui di»gent les vaisseaux dans leur passage sur la bavre* Samedi y 20 novembre. — ^ Le capitaine xonrtinue à se rétablir. Ce matin , je lui ai demiatMlé si , au sortir de la rivière^ il voudra itinoùB cooiduire à Fernando Po. Il a refusé^ disantiique Tile avait été abandonnée^ qu'il :n'y;rës!tait pas un seul homme blanc , et que nous n'y ahri^^ns aucune espèce de secoursi; iinais, si toiirt};»iiOB monde arrivait le matin du ^3 , il nous débâivqueraità Bimbiay petite île dans la rivièr^'Çar meroun , où il allait compléter sa .cargaîisoii). Là , nous trouverions un blatïc, chargé i£aiËiiirei&

!l84 CAPT0RB DU BATEAU.

da capitaine Smith. Je souaciÎTis à cet arrangerment^ persuadé que j ^obtiendrais de ce résidant tout ce dont je pourrais avoir besoin.

Mon plus grave sujet d 'inquiétude était mon frère ; je tremblais que le vaisseau ne mit à la voile sans lui , car il n'y avait point à compter sur le capitaine , qui se souciait fort peu de nous, et ne prenait pas le moindre intérêt au but de notre voyage. Je saisis une occasion de le supplier d'attendre encore un peu , dans le cas où mon frère et mes hommes ne seraient pas anir. vésle 23) lui prouvant jusqu'à l'évidence que, s'il partait sans eux , ils seraient certainement afiànpiés ou vendus comme esclaves, avant que je pusse revenir à leur aide. Autant eût valu adresser mes supplications au vent. « Tant pis pour eux ! je n'en poux mais, et n'attendrai pas davanti^e, » me répondit-il, d'un ton pressé et impatient , qui me convainquit que tout raisonnement échouerait près de lui ^

Dans l'après-midi , il envoya le second , avec trois hommes , sonder la barre de la rivière , et s'assurer qu'il y avait assez d'eau pour que le vaisseau pût passer sans toucher. Le pilote, qui, hier, avait été si péremptoirement éconduit , décidé à se venger, épiait tous les mouvemens ^i|i se &isaient à l]|ord , et observa le départ du

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bateau. C'était une occasion trop favorable pour la laisser échapper. Toujours l'œil au guet, il dépêcha un canot armé pour s'empare^ du bateau à l'embouchure de la rivière. Le second et un des hommes furent faits prisonniers , et con* duits à la ville comme otages; les deux auti^es furent renvoyés au capitatine , avec un message, portant qu'on ne rendrait les prisonniws que lorsque l'argent dû au pilote aurait été payé. Lake dut être contrarié de cet incident, mais, soit qu'il en ressentît ou non de l'ennui , il prit la chose avec la plus complète indifférence , déclarant que cela lui était fort égal , qu'il met7 trait en mer sans sou second et l'autre h^mme , et qu'il était déterminé -à ne pas payer un $pu de pilotage.

Dimanche^ 21 novembre. — Rien de remarquable aujourd'hui; mes pensées sont toutes absorbées par l'absence de mon frère , et par l'anxiété avec laquelle j'attends sa venue.

Lundi ^ 22 noi^embre. — Mon inquiétude allant croissant , j'ai passé toute la journée sur le pont , cherchant à découvrir au loin ceux dont le sort me cause de si vives angoisses. Lake a remarqué ma souffrance , et m'a dit de ne plus me tourmenter pour mes gens ; ajoutant qu^il était sûr que mon frère était mort, et qu'il ne

2ft6 ANXÎÉTÉ.

fallait pas m'attemire à le revoir jamais, u S'il avait été en vie ., » continua-t-41 , « il serait déjà arrivé; demain matin je quitterai la rivière. » Ces paroles inhumaines, et la cruauté de cet homme, accrurent encore mon dégoût pour lui ; et , sans faire attention à ses discours, je restai l'œil fixé dans le lointain , eherchant et atten* dant toujours^ Il faisait nuit noire depuis longtemps que j'étais elicore à la même place ^ écou*^ tant si, de l'obscurité, je n'entendrais pas sortir un bruit de rames. La nuit fut longue et sans sommeil.

Mardi y iL^ nowjnbre» Ce matin , à mon inexprimaBle joie , et à la grande mortification du capitaine , une forte brise soufflait de la mer, et refoulait les eaux vers la barre, de manière à rendre tout-à-fait impossible de la passer. C'était un répit accordé par le ciel, un mom^t d'étouffante anxiété. Tout le jour, mes regards restèrent attachés sur le point de la rjvière , par lequel je savais que mon frère devait arriver; je ne vis rien ; le jour s'écoula de la sorte , et la nuit était déjà avancée que rien ne paraissait. Enfin, vers minuit, je découvris plusieurs grands canots , se dirigeant vers la rive occidentale ^ et dans l'un d'eux je crus distinguer mon frère. Bientôt après ils abordèrent, et je les vis^ à la

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lueur des feux qu'ils allumèrent ^ camper sous des mangliers. Toutes mes appréhensions , tous mes doutes s'évanouirent sur l'hernie , et je me sentis le cœur joyeux de la conviction que j'embrasserais mon frère le lendemain.

Le capitaine du brick, ayant observé ce qui se passait, s'écria, toui-à*coup : « Maintenant ^ nous aurons à faire le coup de feu demain; allez^ vous autres, charger dix-sept mousquets , et mettez cinq chevrotines dans chaque. J'aurai soin que le canon soit chargé, jusqu'à la bouche, à mitraille et à balles; et, s'il y a une mêlée , je donnerai k ces drôles une danse qu'ils n'oublie* ront de long-temps. » Il m'ordonna ensuite de placer les fusils et les coutelas hors de vue , près de la poupe du vaisseau , et me dit : a Du moment que vos gens seront à bord , appelez-les à l'arrière, et mettez-les à portée des armes. Dites leur de s'armer de suite , s'il survient quelque bagarre, et de jeter tous les gens de Brasspar dessus bord. » C'était sa manière de procéder; et tout annonçait qu'il n^hésiterait pas plus dans l'exécution que dans le projet.

Je me sentais honteux et profondément raaf-^ heureux de me séparer ainsi des gens de Brass , mais je n'avais pas le choix; il n'y avait personne à qui je pusse demander du secours dans ma si«

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