‹ Journal d'une expédition entreprise dans le but d'explorer le cours et lChapitre 73 sur 99 · SS UNE TRAHISON · texte numérisé non relu

SS UNE TRAHISON

tuatioo actuelle. Le capitaine du Taisseau arait repoussé toutes mes prières^ et avait même traité avec le plus profond mépris Fassuraoce que je lui avais donnée qu'il serait largement récompensé parle Gouvernement anglais. Il n'y avait plus rien à espérer de ce côté. D'autre part, Boy s'était refusé à nous conduire à Bonny^ alléguant pour motif que, s'il n'était pas payé icii il ne le serait pas davantage là-bas. Retournei^à la ville de Brass , c'était se vouer à une mort lente et peut-être cruelle. Il ne me restait donc , pour unique ressource , que de m'en remettre au hasard , et de me tirer de là par tous les moyens possibles, bons ou mauvais , en laissant le blâme à qui de droit.

Mercredi , 24 novembre. — ^Ce matin, au point du jour, j'étais sur le qui- vive, et je vis mon frère et nos gens entrer dans le canot* Màis^ à peine furent-ils embarqués, qu'ils débarquèrent tout de nouveau; ce que je ne pus expliquer qu'en supposant que l'intention de Boy était de les retenir à terre, jusqu'à ce qu'il eût touché son paiement. Heureusement, cetteanxiété dura peu ; vers sept heures , ils se rembarquèrent et arrivèrent à bord.

Le journal de mon frère , qui suit, donne le détail des évènemens qu'il observa pendant soii

JOURNAL DE JOHN LANDEli* USg

séjour à Brass^ et le récit de ce qui lui arriva pendant notre séparation .

ifr Mercredi^ 17 novembre. — Richard, accompagné d^uri des nôtres , vient de partir, aujourd'hui même , avec le roi Boy et sa suite , laissant le reste de nos gens et moi en otage jusqu'à l'accomplissement des conditions auxquelles nous avons souscrit dans le pays d'Ëboe. Pour mon compte, quoique fort chagrin de cet arrangement imprévu, je ne m'étonne pas des soupçons du roi nègre. Il est assez naturel qu'un sauvage se défie des promesses des Européens , quand lui-même manque continuellement à sa parole , non-seu- Jement dans ses relations commerciales avec des étrangers ^ mais aussi dans ses rapports les plus intimes avec les siens. D'ailleurs, le vieux Forday est au fond de l'affaire, et il déploie toute la basse ruse et toute .la chicane d'un esprit étroit et corrompu. Après mûre réflexion , je ne vois rien que de très-simple dans la démarche de Boy, et ne l'en puis précisément blâmer. Je suis résolu à attendre son retour avec le plus grand calme. Ce sera, j'espère , le signal de notre dé*»livrance , bien qu'il me vienne parfois à l'esprit de tristes pensées sur le sort que nous aurions en perspective , si ce capitaine Lake allait , par ha^sard, refuser de faire honneur au mandat que

a^O ;^^|IRNAL DB JOHN LANDBR.

nous ayons tiré sur lui^ Je suis aussi fort inquiet pour nos pauvres diables de cotnpagnous^ qui ^ depuis deux ou trois jours ^ ont à peine eu de quoi iT^anger. Aujourd'hui nous sommes dans le plus complet dénuement, et sans savoir à qui nous adresser. Les gens de Damuggou sont éga* leinent restés , et ont autant d'intérêt que moimême au prorapt retour de mon frère. Au lieu d'être nos guides et nos protecteurs, ces pauvres créatures ont partagé toutes nos calamités; leur petit avoir a été perdu , volé, ou dépensé en vivres ; et y comme nous , ils sont en proie à la misère et à la faim^ Ils attendent ici le peu que nous avons promis à eux et à leur chef; et, si Lake ne veut pas consentir k se défaire de quelque chose en notre faveur, nous leur donnerons lin bon sur le premier capitaine anglais en rade à Bonny , où ils doivent se rendre , priant en grâce un de nos compatriotes de faire droit aux demandes de pauvres étrangers.

i( Jeudi , 18 novembre. — Après nombre d'importunités et de sollicitations, nous avoiis reçu, ce matin , quatre petits ignames des femmes du roi Boy, qui nous ont fait dire qu'elles nous an enverraient tous les jours aulant. N-os gens, n'ayant que cela à manger^ ont fait avec ce légume une espèce de bouillon, d'un goût d'abord

fort insipide , et ^uW: . p$u cle s^l. ^. rçndu mangeable^ Nous, avons envoyé demander^ 4^s raprès«*iiiidl , au roi Forday^ ^çlq^u^ fi^uef bananes ; mais le vieux sa^v.age a secoué la tête ^ croisé les bras et r^uâé.. Nos hominçs se phw gne^nt ce soir, de faim , de langueur; çl,d^ipdisposition. Pour moi, ma santé se rétablit rapidement. '

<c Vendredi , 19 no^mbre. — L'homme , qui a accompagné mon frère jusqu'au brick à l'an* credans la rivière, est. revenu ce soiravec une lettre de Richard , datée de ,

« La rivière Brass, i8 novembre i83o.

c( Cher John , vous serez surpris d'apprendre que je ne suis arrivé ici que ce matin. Quand je suis allé à bord , le capAtaine , M. Lake , m'a fait un accueil très-froid , pour ne pas dire pis. II paraît au dernier période d'une maladie de langueur; mais , quoique dans un état alarmant, il a retrouvé de l'énergie , après que je lui ai fait connaître l'objet de ma visite^ poiir jurer qu'il ne me donnerait pas une pierre à fusil en échange de n'importe quel bon sur le; gouverne*menti Quant au roi Boy^ il protesta qu'ibl'enverrait au diable , plutôt que de lui donner quoi

tk^à tBTTRfi DB RICHARD LANDBR.

<Jué ce fût. Vous pouvez deviner ce qu'étaient mes émotions à cette nouvelle. Je ne savais que dire ni que faire. Je voulais retourner à Brass avec lé tùi Boy , et lui proposai de nous conduire à Bonny , où je l^ssurai que nous aurions plus de chàntéd'étl^ bien reçus. Mais Boy répondit que, si Lake , qui est sur sa propre rivière^ h lui Boy, refuse de le payer, il ne peut pas s'attendre k Fétre en pays étranger. En conséquence , il ne veut pas tn^amèner ailleurs qu'ici , à bord. Dans ce dilemme, j'ai fait de vives remontrances à Lake , qui a enfin consenti à parler à Boy , et à lui promettre d'entrer en arrangement , pour le paiement de la dette , aussitôt qu'il vous aura amenés au brick , vous et les nôtres, sains et saufs. Le pauvre Boy a pris l'air sournois et déconcerté de cette proposition, tout en accordant ce que nous demandions. Mon cher frère, j'ai peu de nouvelles à vous donner d'Angleterre, parce que les manières de notre capitaine sont si inciviles et si repoussantes, que je ne me soucie pas de lui faire des questions superflues dans son irritation actuelle^ j'ai seulement appris, et vous l'annonce avec douleur, que notice bon roi George est mort.

«Je vous envoie, avec cette lettre un morceau de bœuf et une bcmteille de rhum , que je me

jCOKStBAKAttlON, ^93

- siii$ procuré à grand'peme ^ mais je sarais èpsal>ï^ vons à¥iez toa$ besoin 46 fôrtifiaus , et j'ai .pa$$é par desisas toute répugnauce personnelle. Je suiâ fôché de ne pouvoii^ y joiiidi^e'un'^^kai>iiremeîit complet ;• je n'ai pu avoir que deux cfae-. mises, appartenant à un matelot^ mort dejHiis peu« Je suppose que vous laisserca^ Efrass demain soir , TOUS sériez alors près de moi samedi/, et il est mutile, d'à jmterque^j'àttends.Totre venue avec la plus grande impatience. Le capitaine est extrêmement quinteux et <^m porté ; mais , comme je vous Pai dit , il est fort mat , et itfaut fai^ la part de I-irritationinervetËse qui tient à son état. Son lieutenant et une grande jNirtiéde

* son équipage sont morts de la fièvre, et les au* très ( à l'exception de deux ) sont eh proie à la même maladie , ou à peiné conyalesieenSw <c Je suis , etc* *

RlCffARU LlND&lt. »

« Rien ne peut égaler uï^ a)nsternatiori. k la

lecture de cette lettre ; je redoutais d'avoir une

entrevue avec le roi Boy, sadïatit bien qneHe

influence cet incident devîùt exercer sur sa coh*-

dùite et ses dispositions à notre égard. Notts

avions eu Soin de lui peindre l'accueil enipressé,

les vifs remerçimens qu'il recevrait de^i^

patriotes^ Icjors 4e iioitearriTée à bor4 dubrick «

Allais ^' lui piHimett^ol force çauris , et abw^

d^t^e de bœuf ^ de pain et de çhuin. Sa figure

^yoi^nait de joie à la perapectiTê d<^ ce régal,

et il était tçfujoura d'une humeur cli^rmapteà

lii suite de ces pompeuses déscripti<^is^ Le cou*

Iraste qu'il y ayait .eu entre m réception sur le

TAo7>ia^ , et celle que lui avaient promise son imagination, et DOS assurances réitérées^ était quelque chose dé trop terrible ^^m&ne pour y penser. J'af ais donc de justes raisons de craindre la visitede ce nègre. Je m'attendais à trouter tcmtes ses passioiiir et tous ses ressentimens éb jeu , après un aussi grand désapointément; et le pc»ds de sa. colèi^ devait necessaii^emeot retomber sur moi , qui étais demeuré tout-àfait en son pouToir«

u Le moment critique arriva enfin. NoUs entendîmes le roi Boy $e quereller avec ses femmes, puis marcher dans l'appartement voisin, et se diriger vers le notre'), toujours en grommelant. U entra , et se tint à la porte ,. debojut et immobtle^ Je reposais, comm^j'ai coutume <^ le faire k l'heure la plus chaude du jour , étendu siujine iji^tte^ qui recouvre une estrade de terre bimiidi?.) W^^ qn raperceyant, je relevai la tête, et la sentins avec ma mui^. Il isue regarda

FUREUR DB BOY* !k^S

fîxepient ; je lut rendis son regard aTec h même fermeté ; mais sou œil Boir lançait des éclairs^ et sa lèvre retournée découvrait ses dents blanckes, et tremblait de rage. Il y avait , dans cette physionomie convulsivé , la plus amère expression de dédain > le plus profond mépris i^cjui puissent se peindre sur une figure humaine* Retirant le coin gauche de sa bouche presqu'au niveau de ses yeux , il rompit le silence par un effrayant (K Elh ! » A-demi suffoqué par la rage/ il me maudit ; et^ d'un ton^ d'un accent ^ que je ne puis décrire^ il me dit enfin : « Vous^, voleur! le capitaine anglais pas yeut! Yous m'aviez assuré^ .quand je vous. aï pris dans le payis d'Eboe*^ qu'il serait joyeux de me voir ^ qu'il mè donnerait autant de rhum et de bœuf que j'en pourrais boire et manger; je n'ai reçu de lui , ni l'un , ni Fautre . Eh l • . le capitaine pas vouloir ! J'ai donn/â à Obie quantité de marchandises pour vous racheter de l'esclavage ; je vous ai conduit dans mon propre. canot ; vous mouriez dtt {sàià^ je vous ai donné des ignames et du poisson ; vous étiez presque nus , et j'étais fâché de vous voir, ainsi , parce que yous éti^ des blanos et des étrangers , et j'ai fait cadeau à chacun de vous d'un bonAet rouge ^et d^un mouchoir de soie. Mais, vous, paii bon ! Vaus y voleur !

^9^ FÛRBim DE ÉOY/

Et le capitaine àaglais pas veut! Lui, dire à moi^ pas vouloir ! Vous m'aviez dit aussi que vos compatriotes feraient ceci (ôtântson bonnet, ii le fit tourner au-dessus de sa tête); qu'ils crieraient houra! houra! à mon arrivée a bord du vaisseau. Vous aviez promis à ma femme un coUier; à moi^ père, quatre barresliMais ^içh !.. le capi-» taine anglais' pas veut ! Lui , dire à moi , pas vouloir! Oui , je vous donnerai encore à manger ^ mes poissons et de mes ignames J) quand vous aurez faim; à boire de mon rhum et du vin de palmier , quand vous aurez soif! Eh !.. vous volèu^! Vous , pas bon ! Capitaine anglais pas vouloir ! » 11 frappa la .terre du pied , grinça des

dents comme un chien enragé , et me maudit én-

Gore , et encore.

^( Il est certain que je ne me sentais pas fort à Vaise , pendant cette terrible sortie , et cetfcé suite d'invectives et de reproches; mais je le laissai exhaler toute sa fureur , me gardant bien de l'interrompre, ou de. lui répondre un mot. Un homme colère , qui se fût trouvé à nia plaœ^ Faurait probablement assommé , quitte à avoir ensuite la tête tranchée po'ur s'être donné cette satisfaction ; mais y quant à moi , je ii'avais pas à vaincre ce genre d'irritation, il y a long*temps que je ne l'éprouve plus. D'ailleurs , bien que

Page 1