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CHAPITRE XXXI

Situation des choses dans le Besni. — Traditions. — Excursion au Hamisch. — Ardùwhatch (Ardler). — Littérature. — Permission accordée à la Russie dé construire une route à travers l’Asie Miueure. — Établissements judiciaires projetés par les Circassicns du sud. — One querelle éteinte.— Barzek Iladji Dakbûin-Okù. — Les Russes instigateurs de meurtres. — Excursion dans le pays des Azras. — Art oratoire. — Philologie. — Progrès de l’organisation circassienne. — Sùkûm-Kalèh. — Tournée judiciaire.

Khitsa , 31 mai. — J’ai eu dans ces derniers temps diverses entrevues avec les chefs de ces quartiers, et je vois avec peine que contre mon attente le peuple attache ici tout autant d'importance à mon séjour dans le pays qu’on y en attachait dans le nord. Il en résulte que l'on me persécute de la manière la plus pressante pour me déterminer h rester encore , malgré tout ce que j’ai pu dire pour leur faire comprendre qu’en ce moment où le commerce est si complètement entravé, il est bien probable que ma présence à Constantinople serait pour le pays d’une utilité plus réelle. Et ce n’est pas seulement dans ces deux provinces guerroyantes que ma présence soutient l’espoir j car trois députés (dont l’un a clé tué dans l’action du 15) m’ont été envoyés ici du Besni, où l’on a su que je restais encore dans le pays , et où par suite on a conçu l’espoir que celte portion du moins pourrait être maintenue indépendante par l’intervention de l’Angleterre. Ces députés ontdonc été chargés de prendre il ce sujet des informations particulières, les Russes commençant à faire sentir le poids de leur joug dans ces provinces de l’est, et, notamment, se mettant par force en possession d’otages pour assurer la soumission permanente du peuple. C’est ce qui fait que beaucoup ont le désir de trouver ici un refuge où ils espèrent

pouvoir encore vivre libres. Sass a placé des postes le long de la frontière de leur province du côte des Abazaks; cl il a depuis peu fait deux incursions chez ces derniers.

Je n’ai pas perdu de vue le projet d’enlever d’assaut les forts russes pendant la uuil; mais le peuple n’est pas en ce moment d’humeur à ce qu’il soit à propos d’aborder ce sujet. — La saison n’est pas nou plus convenable , les nuits étant beaucoup trop courtes et trop claires. En attendant que le moment en vienne, je propose d’appeler l’attention des chefs — dans les intervalles des opérations militaires — sur la prestation du serment national cl sur quelques autres mesures d’utilité générale propres à maintenir la force cl l’ordre de la communauté. L’une, entre autres, aurait pour objet de remplacer les congrès judiciaires par des établissements à demeure.

4 juin. — On m’a souvent parlé d’un animal marin qui fréquente la côte entre Toapsc et Agûïa, et que l’on dit se réfugier dans une profonde caverne des rochers de celte côte; ilassan Boy assure l’avoir poursuivi, mais sans succès. Un animal de celle espèce fut atteint d’une balle, mais il plongea immédiatement. On suppose qu’il se nourrit de poisson (qui est là très-abondant); on lui donne le nom d’ours de mer. Ce n’est pas le veau marin , qui est bien connu sur la côte. Une histoire encore plus étrange m’a été racontée tout récemment au sujet d’un monstre qui sortait de la mer, et qui fut tué autrefois par un membre d’une famille noble de Sûbcsch (les Magù), service en récompense duquel le produit des droits de douane de celle échelle et des deux échelles voisines fut conféré à perpétuité à celte famille. La tradition conserve deux versions de l’histoire. Selon l’une, Magil amena un jeune taureau sous un chêne (qui a été conservé longtemps en mémoire du fait, et dont le tronc mort n’a été brûlé que depuis peu), et tandis que le monstre était aux prises avec le taureau il fondit sur le premier cl le tua à coups de sabre. On

EN CIRC ASSIE.

ne donne pas maintenant la description du monstre ; mais deux choses sont certaines : — que la famille de Magù seule perçoit encore les droits en question , contre l’usage universel du reste de la côte; et que l’unique raison qu'on donne de ce privilège c>t celle que je viens de rapporter.

14. — Le 6 j’ai fait une excursion au sud, pour voir deux navires sur l’un desquels je me propose de m’embarquer. Je vais consigner ici le peu que j’ai glané dans cette excursion.

Je trouvai les deux navires commodément à couvert dans une des faibles rivières de la vallée de Hamisch , laquelle est remarquable, ainsi que les environs , par sa teinte d’un blanc sale, son odeur fétide et l’aspect huileux de sa surface, ce qui me fait penser que de la naphlc doit s’y écouler.

Hassan Bcy — charmé de revenir à ses habitudes de jeunesse — proposa de bivouaquer avec les équipages dans le petit bois qui touche à la rivière; et afin d’augmenter nos jouissances il envoya au hameau du beau-frère de son frère le pacha demander des provisions. On nous en envoya aussitôt en abondance, — deux moulons gras, un agneau, du vin, des liqueurs, etc.; le tout nous forma vers minuit un souper abondant. Après un joyeux repas longtemps prolongé, étendu sur un coussin et la tète posée sur une selle en guise d’oreiller, j’employai presque entièrement le peu d’heures qui restaient à s’écouler jusqu’à l’aube à coutemplcr les beautés de la nuit et de notre bivouac pittoresque, mon imagination animant parfois la scène d’un corps des Azras du sud que ,

je me représentais fondant sur nous , nous entraînant à bord du navire et de là nous emmenant à Sùkôm-Kalèh, ce qui était arrivé quelques jours seulement auparavant à douze personnes, habitants d’un hameau voisin, qui furent ainsi enlevés en représailles de l’incursion de l’hiver dernier, et conformément à la menace qu’en avait faite le prince de Sùkùm.

Pendant notre séjour à Hamisch , il me fallut renoncer à

l'espérance que j’avais de partir promptement par i’un on l’autre des deux bâtiments qui s’y trouvaient , l’un des capitaines ayant pris la détermination de se rendre à la côte du Lazistan avec un chargement de provisions, et l’autre ayant contracté avec un noble de l’Âbazak l’engagement d’attendre pendantsix semaines environ l’arrivécde quarante personnes de cette province qui vont aller en pèlerinage à la Mekke, et dont le capitaine se charge à raison de 80 piastres par tête. Il se propose de plus de prendre encore vingt autres personnes des environs de Hamisch ; et tout cela , sans parler de l'équipage, dans une vieille barque mal construite dont je ne pense pas que la capacité dépasse dix à douze tonneaux, avec un grand mât au centre auquel est accrochée une lourde voile carrée. Si je m’y embarque — ou même en tout cas c’est un vœu que la charité commande, — que le Ciel lui envoie un bon vent modéré, et une mer libre de bateaux à vapeur et d’autres croiseurs hostiles !

Les affaires des bâtiments terminées, je demandai à Hassan Bey de me conduire jusqu’à Arduwhalch (Ardler), dont je me proposais de voir lo nouveau fort, cl où j’avais intention de faire plus ample connaissance avec Ktcal Ali-Bi. noble opulent de rang presque princier, et que distinguent la noblesse de ses manières, un courage éprouvé, un esprit des plus entreprenants et une grande influence.

Comme de coutume nous longeâmes la plage, et je trouvai sur toute l’étendue du chemin la côte couverte de forêts compactes , composées eu très-grande partie de chênes magnifiques. La vallée d’Arduwhatch est de beaucoup la plus spacieuse et la plus unie que j’aie encore vue sur la côte ; d’après ce que l’on me dit, elle n’est surpassée par aucune sous ce double rapport, si ce n'est par celle de Ghcscb. Hile me parut avoir environ un mille de large ; et ses riches pâturages (dont aucun n’est entamé par la charrue, à cause du fuit) formaient avec la ligne argentée de la rivière, les bau-

teurs boisées et parées de hameaux qui les entourent, les

montagnes revêtues de forêts plus sombres qui s’élèvent au delà , et une rangée de cimes neigeuses dont la ligne déchirée domine l’ensemble du tableau (1), un paysage d’une beauté singulière et d’un grand intérêt, dont un des traits remarquables (pour celte côte) est la construction en pierre» de l’étage inférieur d’une maison assez grande qui avait été construite par les Turks pour servir de résidence au père de feu Bcïslam Bcy, à la mode des villages de la côte du Lazislan, c’est-à-dire un étage inférieur en forte maçonnerie (avec des meurtrières tout autour pour la mousqueterie), sur lequel s’élève un second étage en bois. La maçonnerie seule est maintenant debout, et parait abandonnée depuis longtemps à cet état de ruine, la famille de l’innovateur étant revenue aux chaumières en clayonnage du pays. Le changement , toutefois, parait avoir été occasionné par le feu.

La vallée d’Ardler était autrefois défendue vers la mer par un épais rempart de forêts que naturellement les Russes ont détruit. Leur fort , placé au centre de l'éclaircie, est le moins attaquable de la côte, les canons dominant sur tous les points un espace uni et n’étant dominés par aucune hauteur rapprochée. Il m’a fallu grimper sur un arbre pour en avoir une vue satisfaisante. La garnison qu’on y tient depuis qu’il est construit est plus forte qu’aucune autre de la côte , à l’exception de celles d’Anapa et de Ghélindjik ; elle se compose d’un millier d’hommes. Jamais , cependant, les Russes ne s’aventurent hors de leurs murailles, même pour se procurer du bois. Les Azras font paître leurs bestiaux dans la vallée jusqu’à une portée de canon de la mer.

Il semble à peine croyable que des denrées de toute espèce puissent être livrées au commerce sur cette côte montagneuse,

(l) Ce sont les montagnes d’un passage si difficile dont il est fait mention à la fin du chapitre précédent. (Traducl.)

Diqitiztx

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boisée et populeuse, et encore plus qu’elles soient achetées avec avantage pour la côte de l’Anatolie ; tel est cependant généralement le cas, le sol de celte dernière côte étant pauvre, et les habitants y étaut dans la dépendance , pour leurs approvisionnements de blé , des importations de la Krimée ou du Danube. On m'a d’ailleurs assuré que sur cette partie méridionale de la cOtc il n’y a pas eu de disette de mémoire d’homme , et qu’à l’époque de la grande famine qui régna dans le nord en 183t , deux cents bateaux chargés de denrées furent expédiés rien que de celte vallée et des deux < vallées voisines.

J’ai été agréablement surpris de trou ver jusqu’au milieu de ces vallées reculées quelques échantillons de notre littérature occidentale. Le 6 , on me montra entre autres livres, au hameau d’un Arménien, un Télémaque et un Robinson Crusoé, très-bien imprimés à Venise en langue arménienne , et publiés par les religieux d’un couvent arménien de celle ville.

Durant notre excursion dans le sud, il y a eu une escarmouche à Sùbcsch , où les Russes avaient essayé d’abattre quelques bois trop rapprochés du fort, et qui servaient d’abri aux tirailleurs.

J’ai su par un navire arrivé à Agûïa le 10, après s’étre échappé de Sinopc sous de faux prétextes, qu’aprés un séjour de deux mois dans cette dernière ville, mon messager Hadji Ismaël n’en était encore qu’à ses préparatifs de départ, et qu’il avait acheté, pour venir me reprendre, un bateau ouvert qu’il équipait à sa fantaisie.

Il m’avait été dit précédemment dans le nord que les Russes avaient demande au sultan, immédiatement après leur exploit d’Unkiar-Skélessi , la permission d’ouvrir une roule pour leurs pèlerins, de Samsùn à Jérusalem. La chose m'avait paru si improbable que je n’y pensais plus ; mais elle m’a été répétée comme tellement certaine par les frères de Hassan

EN f.IRCASSIE.

Bey , qui sc trouvaient , à l'époque en question , en mission à la cour de Russie, et par l'intermédiaire desquels la demande fut portée à la cour ottomane , que jo ne vois plus do raison d’en douter. £( si la demande est jugée improbable, que faut-il donc penser de l’adhésion que le Grand Sultan y a donnée? C’est maintenant une convention arrêtée, en vertu de laquelle la Russie peut euvoyer tel nombre d’hommes qu’elle le jugera nécessaire (on parlait de cent mille) pour ouvrir une route (mili(aire)cl établir une ligne de postes (militaires) au centre même des États turks !

Chanda, 12 juillet. — Les Azras de Sùkùm ayant envoyé le mois dernier des propositions pour le rachat des prisonniers, le prince de Ghesch et quelques autres y furent immédiatement délégués pour arranger l'affaire ; mais ils revinrent peu après avec l’avis que le prince de Sùkùm , le général russe et plusieurs autres personnes distinguées par leur rang et leur influence, seraient à Ardler un jour déterminé , et qu’ils désiraient s’y rencontrer avec nos chefs et nos anciens pour leur faire une communication très-importante.

Le 28 , je reçus une invitation pour celte réunion, où sans hésiter je me décidai à assister, — quoique cela reculât mon voyage dans l’Abazak, pour lequel je venais de prendre mes dispositions, bien certain que quelque nouvelle tromperie se préparait contre les habitants de ce pays, et que ma présence pourrait contribuer k les en garantir.

Le 30 , j’arrivai à Ardler avec Hassan Bey et nombre de ses voisins ; mais bien que ce fût le jour désigné pour ce rendez-vous général et Vimportante communication qui devait y être faite, nous apprîmes à notre arrivée que le prince et scs confédérés s’étaient impatientés, et qu’ils avaient fait connaître la veille le sujet de leur mission. Ce n’était autre chose qu’une proposition de paix avec les Russes (autrement dire une proposition de soumission) , à laquelle un refus pérempii. i&

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toire avait été fait immédiatement , en y ajoutant pour le prince les expressions les plus amères de reproche et de mépris , où il était stigmatisé comme traître à son pays et renégat à sa religion.

Me trouvant ainsi joué comme les autres, et après avoir passé trois jours avec le congrès réuni pour la prestation du serment national , j'adressai au peuple une courte allocution annonçant l’intention où j’étais de partir le lendemain pour l’Abazak , dont la situation m’inspirait une grande inquiétude. Les observations de plusieurs députés me décidèrent cependant à prolonger mon séjour près du congrès, attendu que des mesures d’une importance réelle étaient sur le point d’étre prises, et que ma présence y serait, disait-on, fort utile. Bref, on se disposait à faire un essai d’établissement des tribunaux locaux permanents dont j’ai parlé, en remplacement des congrès temporaires, dans les intervalles desquels la trahison et d’autres crimes avaient le temps de se développer. Je me bornerai à dire, quant à l’organisation projetée de cette nouvelle institution à laquelle j’ai si instamment poussé , tant ici que dans le nord, que cette portion de la côte formant le territoire de cette fédération, et s’étendant, comme je l’ai dit , de Toapse à Gaghra , doit être divisée en neuf districts environ , dans chacun desquels on nommera, du consentement général , quarante anciens qui s’engageront par serment sur le Koran de faire tout ce qui sera en eux pour découvrir, juger et punir, selon les lois en vigueur, toute communication avec l’ennemi suspecte de trahison , ainsi que les vols et les autres crimes. Dans les cas difficiles , trois de ces judicatures locales seront réunies. Deux ont déjà été nommées , une à Ardler et une à Ghesch, et dans quelques jours une troisième sera installée pour la côte au sud ; les seules difficultés qu’on ait rencontrées proviennent de la réserve de quelques-uns de ceux sur lesquels se portaient les choix. On s’est aussi occupé de toutes les affaires qui ressor tissaient des

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EM CIRCASSIE

congrès généraux, notamment de la prestation du serment national par quiconque est soupçonne d’avoir visité un des forts ou d’avoir commis quelque vol.

Mais, comme les princes de cette partie du pays et de la porlion située plus au sud conservent encore beaucoup de leur ancienne influence sur leurs nombreux adhérents, une des affaires les plus importantes dont on eût à s'occuper était l’accommodement d’une querelle dans la famille de Bùstam-* Pé deGhescb (1), qui par le rang vient immédiatement après celle d'Ali Akhmct de Sùtcha. Dans une querelle avec un de ses cousins, un des princes tua accidentellement ce dernier au lieu d'un serf sur lequel il lirait. Il faut régler conséquemment le prix du sang, et le frère paternel du mort prétendait que l’égalisation du prix du sang n’ayant jamais été introduite dans cette partie du pays, il avait droit d’insister pour que dans cette cause on s’en tint à l’ancien usage. Conformément à celle réclamation, la compensation ou pénalité a été arrêtée à dix-huitserfs, dix-huit chevaux, dix-huit fusils et dixhuit sabres, — le tout de premier choix. A cause, néanmoins, de la demi-parenté du demandeur (il n’était frère que de père) on ne lui a alloué que la moitié de la compensation, et depuis il a fait remise de deux serfs. Après celte décision — à laquelle on n’est arrivé qu’après trois jours do débat, — le demandeur et son frère ont attesté sur le Koran qu’ils étaient satisfaits du jugement. Ce parait être un aimable jeune homme; maisquanlà ses cousins on a à leur reprocher ou un manque de résolution, ou un manque d’empressement à prendre part à la guerre; d’avoir opprimé leurs feudataires; d’avoir séduit une de leurs cousines; et enfln, à l’un d’eux en particulier, le yoI d un fusil le jour même de l’ouverture du congrès. Aussi le hadji cl les autres anciens ont-ils adressé à la famille une sévère admonestation , à laquelle Heydcrbèh, l'aîné do la fa-

(I) Pé équivaut ici au mot okû ( fils J dans le nord.

mille, a répondu de la manière ta plus humble et la plus soumise.

Dans celte affaire, comme dans celle des judicaturcs locales, — ou pour mieux dire dans toutes les affaires où deux parties sont en cause, — deux intermédiaires passaient alternativement du congrès à l’auditoire assemblé autour du prince (lequel était assis sous un arbre à quelque distance de nous), et de l’auditoire au congrès, rapportant les communications de l’un à l'autre, comme cela se fait d’habitude, de toute la force de leurs poumons.

Un des agents principaux — sinon le premier de tous — du bien qui s’opère maintenant dans cette partie du pays est le vénérable Barzek Hadji Dakhûm-Okù. Dans sa jeunesse il se signala comme un des plus braves de sa fraternité, et entre autres exploits belliqueux il a pris part à un si grand nombre d’excursions de pillage dans la Mingrelic et l’Iméritic, qu’il connaît, dit-on, le nom de presque tous les villages de celle partie de la Géorgie) mais depuis douze ans il ne fait plus la guerre qu’aux vrais ennemis de son pays, dans laquelle il est aussi infatigable que dans l'administration de ses alfaires civiles. Je ne saurais dire à quel point le caractère de ce Washington circassicn a gagné mon admiration ; aussi concevrat-on aisément l’indignation et le dégoût avec lesquels j’appris le 6 de ce mois que le général Rayevski avait offert 1000 roubles à quiconque assassinerait Dakhùm-Okù et rapporterait sa tête à l’un des forts. J’ai entre les mains une lettre écrite en turk et à laquelle est apposé le sceau du général, où cette récompense est offerte pour ce meurtre abominable (1), acte sur lequel tout commentaire est inutile.

Chemiltchatch , 15. — Nous sommes maintenant à la base des montagnes centrales, dont les masses élevées, profondément déchirées et couvertes de forêts — à l’exception de leurs

(ij On en trouvera la traduction dans l’Appendice, n» XII.

sommets principaux, — s’étendent deGaghra vers le nordest. Çà et là on y aperçoit encore d’immenses couches de neige, quoique depuis quelque temps nous ayons eu des pluies abondantes et une .température très-chaude. Lés loups et les ours en habiten t les impénétrables forêts, et le chamois parait en fréquenter les plus hautes régions, car des cornes de cet animal m’ont été montrées.

Depuis Marnai jusqu’à ces environs, les collines aussi bien que les vallées sont d’une extrême fertilité; les forêts sont principalement composées de chênes, et partout d’une venue magnifique. Le trait le plus marquant de cette portion du pays des Azras est que tout le long de la côte une grande largeur de forêts parait être depuis un temps immémorial laissée à l’état de nature. La plupart des sentiers ordinaires qui traversent ces bois ualifs sont en ce moment obstrués de troncs d’arbres abattus en travers, pour arrêter les incursions des Busses et celles des Azras de Sûkùm (en conséquence de la dernière incursion faite dans leur pays). Il est vrai que dans la plus grande partie du pays les chemins sont de telle sorte, que des guides cl une extrême attention sont nécessaires pour les parcourir. Ce ne sont partout que montées et descentes presque à pic, — trous pleins de boue, — arbres renversés et troncs rompus cachés au milieu des fougères gigantesques et des broussailles , — festons de plantes parasites assez fortes pour démonter un cavalier ou arrêter sou cheval, lequel peut aussi, piqué par d’énormes épines, se cabrer dans des passages difficiles, ainsi qu’il est arrivé au mien; — enfin, dernier inconvénient qui n’est pas le moindre, gués dangereux qui changent avec chaque grande crue, lin arbre ou deux abattus çà et là dans laforêtd’unemaininhabile, quelques troncsfendus formant sur un ravin qui se trouvera prés d’un hameau un pont fragile que le mieux que l’on puisse faire en général est d'éviter, tels sont les seuls indices d’attention donnés au voyageur. La cause d’une telle incurie habituelle parait pra-.

venir des querelles, héréditaires ou sans cesse renaissantes, qui existaient de temps immémorial entre les Azras et les Adighés du nord. Des hostilités étaient souvent commises de part et d’autre par des partis qui arrivaient sur des barques pendant la nuit; et les premiers, étant les moins nombreux et les moins entreprenants, avaient plus besoin que les autres do défenses naturelles. C’est seulement depuis l’époque à peu prés de mon arrivée dans le pays, que eet état de guerre — quoique déjà il eût été en s'affaiblissant — a finalement cessé, et que la côte tout enlièro jusqu’à Gaghra n’a plus formé qu’une seule confédération pour la défense générale et pour le gouvernement, et cela, comme je l’ai dit, principalement grâce aux efforts de ces dignes amis de leur pays, Hadji et Islam. J’ai la certitude qu’il y a moins de trois ans j’aurais couru risque de la vie ou de la liberté si j’avais traversé quelquesunes de ces forêts, ainsi que cela m’est arrivé dans ces derniers temps, n’ayant pour escorte qu’un habitant du nord.

Ici, à mesure surtout que l’on approche des montagnes de Gaghra, l’islamisme devient l’exception; mais quant à la règle de foi de la majorité je ne puis en dire grand’chosc d’après mes observations personnelles, bien que l’on m’ait parlé de croix devant lesquelles on dit des prières à des époques déterminées. Au surplus, je crois que nombre des gens d’ici, si on les questionnait sur leur croyance religieuse, pourraient en toute conscience, comme notre joyeux hôte Padirehah dont nous partageons ici l’hospitalité, répondre avec Pulci ;

« Ma sopra tutto Bel buon vin ho fede ;

E credo che sia saivo che gli crede. »

On m’a dit que parmi les habitants beaucoup élevaient des pourceaux et en mangeaient la chair; mais cela parait se faire quelque peu secrètement, car je n’ai rien vu de semblable dans les nombreux hameaux que j’ai visités et traversés. Le hadji, de même que les autres tamatas ou anciens du con-

EN CIRCASSIR.

grès, regarde une telle action comme un des plus grands péchés et a employé toute son influence pour la combattre. C’est ainsi que l’on m’a cité l’autre jour comme un triomphe qu’un nombre considérable de ces porcs domestiques avait été égorgé dans uue localité des environs, — du consentement des propriétaires, néanmoins.

Dans un sépulcre en bois où j’ai couché il y a quelques nuits, j’ai remarqué, suspendu au-dessus de la tombe, des lambeaux d’habits et une corne à poudre ayant appartenu au guerrier défunt qui repose 'au-dessous; autour d’une autre tombe également en bois étaient noués quelques cheveux de la veuve affligée. De pareils signes compensent quelque peu à mes yeux l’opinion défavorable que les musulmans avec lesquels je me trouve en ce moment cherchent à me donner de ce peuple.

Le maïs ou blé de Turquie est le grain que l’on cultive ici principalement; après l’avoir grossièrement moulu, on en fait des galettes épaisses que l’on cuit sur une pierre. Chaud, ce pain me parait préférable h l'insipide posta du nord , où il n’entre pas de sel.

A Ghcsch — où par parenthèse nous occupâmes pendant quelques jours les galeries d’une maison à trois étages en pierre et en bois, bâtie pour le prince il y a plus d’un siècle, dans le style du Lazistan — un capitaine turk m’apporta une pierre à gros grain imprégnée de charbon minéral qui flambait faiblement quand on la mettait au feu. Elle lui avait été donnée; mais je ne pus avoir aucun renseignement sur i’endroi t où on l’avait prise. Je ne doute pas, néanmoins, que ce ne soit dans la vallée ou sur les hauteurs qui la bordent. Sur la plage, un peu au nord, j’ai vu beaucoup de grès friable rouge {red sandstone ) (i).

(l) Ces incidents géologiques me font songer à noter ici ( comme complément de ce que j’ai écrit précédemment au sujet des ordres de roches intermédiaires et supérieures ) qu’un géologue distingué, en

Durant les diverses opérations de ce congrès, j'ai fréquemment été frappé d’admiration, et même à un plus haut degré que dans le nord, en voyant la facilité extrême, la grâce et l’énergied’élocu lion avec Icsquellesje pourrais presque dire (en plus ou en moins) tous ceux qui prenaient la parole adressaient à une si nombreuse assemblée des discours parfois d’une étendue considérable. C’est décidément un trait caractéristique des habitants de cette côte, cl on peut l’attribuer à la fréquence de leurs débats publics où se traitent en toute liberté des sujets auxquels chacun prend vivement part. Mais deux de ceux que j’ai vus ici me paraissent rivaliser à un haut degré, sinon surpasser sous le rapport de l’art oratoire, les hommes les plus fameux que je me souvienne d’avoir entendus soit A la tribune, soi tau barreau, soit au théâtre. Kemble, Talma ou Kean auraient certainement admiré et peut-être envié la dignité pleine d'énergie et la manière à la fois mâle et gracieuse avec lesquelles Ali-Bt, chef d’Ardler, s’avança à la télé des quarante magistrats qui venaient d’élre élus pour ce district, jusqu'au Koran suspendu au milieu du congrès, prononça une courte déclaration, qu’il confirma en touchant le volume sacré, puis se retira en faisant le salut du Salaam : et ceux qui verraient seulement, même sans le comprendre, le jeune Keraulùk dans ses fréquentes allocutions ; — et l'expression concentrée de ses yeux noirs et perçants, comme si la vision en était momentanément suspendue pendant qu'eu

voyant les échantillons de roches que j’ai rapportés en Angleterre, et le résumé de mes observations consigné au chapitre IX, a énoncé l’opinion que l’on n’avait pas encore de données suffisantes pour décider à quelles elasses appartiennent les diverses roches de la côte circassienne. Ainsi donc, en me lançant ainsi là où d’autres craignent de poser le pied, j’ai offert un exemple de ce danger des propensions généralisatrices auquel sont particulièrement exposés les novices dans cette science séduisante. Ce que j’ai appelé craie — d’après l’apparence de celle substance au premier coup d’ueil — aurait peut-être pu être plus convenablement nommé calcaire crayeux.

EN CliiCASSIE.

lui It* Oui de la pensée grandit et s’élève; — et le calme avec lequel il reçoit des répliques véhémentes, et la ténacité à ta fois énergique et patiente avec laquelle il s’applique à les disséquer cl à les réfuter, — pendant que les anciens à barbe grise, qui fréquemment lui cèdent la parole quand J’cxposition et l’argument sont nécessaires, forment autour de lui un cercle muet et attentif, — ceux-là immanquablement reconnaîtraient en lui un homme que la nature a doué à un degré éminent des qualités qui assurent la distinction et la prééminence partout où de hautes facultés intellectuelles sont requises. Ali-Bi peut avoir quarante-cinq ans; Kerantûk n’en a pas plus de (rente-cinq. S’ils survivent aux événements actuels — car tous deux sont des guerriers intrépides — ils uc peuvent manquer, le dernier surtout , d’arriver à la haute direction des affaires de cette partie du pays.

Mais nous avons aussi notre orateur de la foule dans la personne d’un noble de Ghesch nommé Àrslan-Pé, homme taillé en Hercule et douéd’unc puissance de poumons proportionnée. C’est lui que l’on a choisi pour promulguer devant les Azras réunis dans celte vallée les nouveaux règlements auxquels il leur faudra désormais se conformer. C’est ce qu’il a fait en vrai Stentor de la galerie supérieure de notre logement; — commençant chaque nouvelle disposition et imposant silence aux interruptions et aux clameurs en criant (l’expression est littéralement exacte) les premières syllabes, ce qui assurait le calme et l’attention pour le reste du paragraphe. La présence d’esprit et la bonne humeur avec lesquelles il faisait chorus et donnait le change aux éclats de rire partant de la foule assemblée au-dessous , puis revenait aux règlements , que lui communiquaient ceux qui l’entouraient au-dessus, — et parmi ceux-ci il y avait aussi de temps à autre assez de bruit cl d’interruptions, — donnaient tout à fait à la scène le cachet caractéristique d’une de nos bruyantes assemblées électorales.

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On verra par un court vocabulaire que je joins à l’Appendice que la langue des Azras est décidément différente de celle des Adigbès ou Circassiens; et quoique la plupart des anciens du congrès parlent l’une et l’autre, ceux du nord paraissent cependant préférer, dans les occasions importantes , l’intermédiaire d’un natif du pays. Un troisième vocabulaire (1) montrera qu’il existe même une troisième langue, laquelle se parle depuis Vardan jusqu’au Hamisch et à quelque distance dans les terres; landis que M. Klaproth affirme avec assurance que la langue est foncièrement identique sur toute l’étendue de la côte. Celle assertion erronée, jointe à d’autres qu’il ne présente pas avec moiusde confiance et que j’ai trouvées également mal fondées, a quelque peu ébranlé la foi que j’avais en lui.

Dans ce district-frontière, comme on peut l’appeler, où nombre d’individus sont suspects d’entretenir des communications nuisibles et d’avoir une dangereuse propension à imiter leurs compatriotes renégats des environs de Sûkûm, une certaine répugnance s’est manifestée pour les mesures en cours d’exécution ; aussi a-t-on pris des otages que l’on garde pour les vendre comme serfs jusqu’à ce que ce peuple montre plus d’empressement à se conformer aux nouveaux règlements. Au surplus, les choses suivent une marche favorable, et demain verra, dit-on, se compléter les arrangements pris pour maintenir dans la fidélité et l'adhésion au bon gouvernement la partie méridionale de la côte, d’Ardlcr à Gagbra. Aussitôt que les circonstances le permettront on prendra les mêmes mesures pour le reste de la côte depuis Ardlcr jusqu’à Toapsc, et je crois que dans cette partie du pays il y a moins de difficultés à prévoir.

Je me suis assuré que conformément à ce que j’ai indiqué sous la date du 6 avril Sùkùm Kalèb n’a jamais été gouverné

(0 Voir l’Appendice, n» XIV.

EM CIRCASS1E.

ni occupe par des sujets du sultan ; <juc jamais ce monarque n'y a perçu de droits commerciaux et qu'en aucun temps il n'y acxercédejuridiction d'aucune sorte. Il faut donc envisager maintenant la cession que la Porte en a faite à la Russie sous le môme point de vue que la cession de Sùdjûk-Kalèh , c’est-à-dire comme un acte fictif par lequel , à l’instigation de la Russie, on a voulu en imposer à l’Europe.

Quoique les opérations du congrès aient parfois été assez intéressantes, on croira sans peine que depuis quinze jours etplus que j’y assiste la session devient passablement fatigante. Pendant tout ce temps il m’a fallu prendre place parmi les anciens, conservant autant que possible la gravité magistrale, et assis sur la terre (où l’on avait seulement étendu un peu de fougère ou de branchages de coudriers) pendant la plus grande partie du jour, quelque temps qu'il fit, par un soleil ardent comme par la pluie battante, sans autre abri que celui que pouvaient offrir les arbres qui se trouvaient là. Quoique courtes, nos marches journalières ont été parfois extrêmement fatigantes, à raison de la natûre du pays. Mais que dire des tamatas, — de ces vieillards qui vont passer plusieurs mois, comme ils l’ont toujours fait plus ou moins chaque année, dans ce travail d’esprit et de corps, laissant absolument de côté leurs propres affaires et mettant leurs chevaux sur les dents (ce qui est toujours ici une considération de premier ordre), et cela sans aucune espèce de dédommagement autre que la satisfactiou même d’avoir rempli uu devoir?

Mais la fatigue du jour pendant cette tournée judiciaire a été pleinement égalée par celle des nuits, à l’exception do quelques-unes où nous avons bivouaqué; car outre les attentions dont on croit devoir entourer l’étranger anglais, llassau Bey, mon konak, est partout le bienvenu, et la plupart de nos hôtes ont ainsi tué une vache ou un bouvillon à l’arrivée de notre parti, composé généralement d’une vingtaine de personnes, et nous ont fait une réception dans

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laquelle leschauts, les danses, les coups de pistolet, etc., ne manquaient jamais d'occuper la plus graude partie de la nuit, ou pour mieux dire toute la nuit et une bonne partie de la matinée. Aussi en étais-je venu à craindre de tomber malade par la privation presque absolue de sommeil. Ce parait être l’étiquette de ces Azras de faire commencer des danses de jeunes gens dès le début de notre souper, bien qu’en dehors de notre maison, ou à une dislance de l’eudroit où nous mangions telle que les éclats éloignés de la gaitc des danseurs arrivaient seuls jusqu’à nous. Quelquefois , néanmoins, des individus isolés ou des couples venaient danser autour de nos feux. Souvent les danses, où ne présidait d’autre musique quecellc de la voix des danseurs, se prolongeaient presque jusqu’à l’aube . je les ai même vu recommencer dans la même matinée, par une chaleur déjà accablante pour ceux qui ne se donnaient pas le moindre mouvement. Les maîtres de ballets de Paris devraient venir chercher des recrues parmi ces nerveux Azras.

Parfois notre seule lumière était celle du feu, nouvelle cause d’insomnie pour moi ; car à sa chaleur s’ajoutait celle du climat à cette époque de l’année, ainsi que de la vingtaine d'hommes de notre escorte rayonnant du centre à la circonférence de notre appartement circulaire, comme des piques disposées en rosace pour l’ornement d’un arsenal. Beaucoup de maisons des hôtes ont celle forme, avec ou sans ouverture au centre pour donner issue à la fumée; quand elles sont carrées , on laisse généralcmen t àcct effet une ouverture dans le mur à chaque extrémité de la pièce, sous le toit. Lorsque le temps et les circonstances le permettaient, je m’échappais ordinairement de ces véritables fours, et je venaisétendresous un arbre la natte qui me servait de lit.

Ce que j’ai dit des anciens revêtus ici des fonctions judiciaires est, je l’espère, de nature à leur concilier le respect que méritent à un degré si cmiueut leurs courageux efforts

EN Cl RC ASSIE.

pour introduire quelques améliorations dans l’administration publique de leur pays , et pour maintenir cl fortifier l’esprit de résistance contre leurs envahisseurs; il ne faut pas oublier non plus que ce peuple est dépourvu de précédents, sauf ceux que fournit le pays et la mince connaissance de la loi turque que possède un petit nombre de mollahs turks. Pour quelqu’un habitué à voir l’administration de la justice entourée d’une grande solennité , il parait d’abord étrange qu’elle daigne s’en dispenser, et on a en quelque sorte peine à la reconnaître. D’après tout ce que je vois et ce que j’entends, néanmoins, les décisions de ces anciens, lesquels sont invariablement choisis parmi les plus intègres et les plusintelligcnts de leurs fraternités, sont tout aussi invariablement dictées par un haut esprit d'équité ; et je n'ai jamais oui dire qu’on eût cherché à leur résister. Il est vrai que de telles tentatives sont peu à craindre, attendu que ces Tarko-Khass peuvent être considérés comme une cour de représentants, investie par une délégation permanente , et non temporaire, du pouvoir suprême de la communauté entière. Leur nombre, la publicité de leurs délibérations et la liberté générale des débats, paraissent offrir une garantie efficace contre tout danger de tyrannie; et la bonne harmonie est assurée par l’absence complète de tout motif d’intérêt purement personnel, ainsi que de toute rétribution autreque le respect , l’estime et la déférence de leurs concitoyens.

La singularité de ces scènes judiciaires pour celui qui vient de quitter les domaines de ce qu’on appelle la civilisation, est que ces chefs du peuple paraissent n’avoir eu jusqu’à présent nullement l’idée d’agir sur l’imagination delà multitude en entourant leurs séances d’un certain apparat. Ils ont le premier choix des places à terre là où doit se tenir la réunion, dont ils deviennent alors le centre; et quiconque n’est pas jusqu’à un certain point privilégié (par l’ùgect la réputation principalement) se lient debout ou s’assied à distance rospec-

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tueuse. Il n’est cependant pas rare de voir quelques-uns des juges — dans les intervalles des débats ou quand par leur nature ces débats ne les intéressent pas tous egalement — s’occuper à confectionner des brides ou des sangles (chacun étant son propre sellier), à nettoyer ou à préparer des armes, etc.

Au surplus, ilse présente parfois des incidents encore plus caractéristiques de l’étal de simplicité tout à faitprimitivedeeelte société. C’est ainsi qu’un matin de ces jours derniers, avant que les affaires du jour ne fussent commencées, un individu s’approchant d’un air profondément pénétré de l’importance de sa démarche, se mit à genoux, et raconta très-longuement aux anciens un rêve de favorable présage que quelqu’un avait fait tout récemment j et qu’après celui-là un autre vint leur apporter les os de l’épaule d’un mouton ou d’une chèvre récemment tués, dont les parties trausparentes montraient des pronostics également favorables, — le tout, naturellement , dans un sens d’intérét public en tant qu’opposé directement à celui des Russes.

Le 7 de ce mois, le hadji reçut avis de Barzek Beïslam — son propre parent, et, comme le hadji, d’une activité prodigieuse — qu’un messager arrivé en grande hâte de l’Abazak annonçait que le général Sass avait fait de nouvelles offres de paix (comme on dit) aux conditions les plus favorables, ne demandant pas d’otages et n’imposant aucune autre restriction ; et qu’il était fort à craindre qu’une partie considérable des Abazaks ne fût disposée à les accepter. Omar Effcndi, le secrétaire du congrès, fut immédiatement appelé, et le badji — que j’aidai de quelques suggestions — lui dicta rapidement une adresse , dans laquelle , après les choses d'usage, telles qu’un appel à leur fidélité, etc., il leur disait nettement que leurs nobles pouvaient désirer l’amitié de la Russie, parce qu’ils y gagneraient, au lieu que les lokavs seraient réduits à la même condition que leurs serfs; et que s’ils entraient en

arrangement avec les Russes, leurs amis cl leurs voisins d’ici se changeraient en ennemis implacables, qui leur feraient une guerre d’embuscades incessante et irrésistible. Enfin, pour achever de les convaincre, quelques-uns des districts de l’Abazak les moins défendus par la nature étaieut ensuite nominativement désignés comme objet de ces attaques futures.

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