CHAPITRE XXXII
Les Russes eiïciiuent une descente à Waïa. — Mort du sultan. — Visite à l’Ahazak. — Vallée de la Makupsc. — Manque de sécurité comparatif des personnes et des propriétés dans l’Aliazak. — Causes de la non-prestation du serment national. — Cérémonies qui accompagnent le retour d’un pkhûr rendu à sa famille. — Sources sulfureuses chaudes. — Reprise des cérémonies. — Sources salées. — Ornithologie.
Khissa, “25 juin 1839. — Le départ de mon konak du lieu du congrès fut accéléré par l’avis qui nous parvint le 15 t
qu’une flotte qui ne se composait pas de moins de trente cinq bâtiments, grands et petits, avait été aperçue croisant à la (
hauteur de son échelle. Khissa ayant été dernièrement spécialement menacé par les officiers russes, à cause de leurs motifs d'inimitié particulière contre Hassan Bcy, l'heure de \
la destinée semblait avoir sonné pour cette localité. Pour cette raison, et par suite du désir que j'avais de voir par moi-mème la situation de l'Âbazak, je pris aussi congé des membres du congrès. A notre arrivée ici nous ne trouvâmes plus de vaisseaux sur la côte, et nous vîmes que la menace u’avait été qu’une ruse destinée à détourner l’attention , la flotte étant bientôt après partie pour Waïa. Le 19, par un temps et un vent complètement favorables, elle y débarqua une dizaine de mille hommes, n’ayant eu à dépenser pour cela que fort peu de munitions. Non qu’une force considérable de Circassiens ne se fût réunie pour faire aux Russes une réception convenable; mais c'est ce qui ne peut avoir lieu, avec la grande inégalité de nombre (par suite deces querelles intestines), de discipline, d’armes cl de munitions, que lorsque les circonstances permettent de charger l’ennemi pendant le débarquement, et le général évita de nouveau ce danger en rangeant les trois-
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2 'il
pools le long de la côte (où l'eau se trouva plus profonde quo je ne supposais) au nord de la rivière, où s’étend une plaine de près de deux milles de long sur environ trois quarts de mille de large, et qui par conséquent était la meilleure situation pour un fort. Aussi fut-ce là que les Circassicns se postèrent. Au sud de la rivière, qui est large et profonde et dont les rives sont couvertes d’arlires serrés et de broussailles, que traverse un seul sentier, est une autre plaine moins étendue, mais assez grande encore pour qu'une force telle que celle que j’ai mentionnée puisse s'y développer. Ce fut donc là qu'après avoir cauonné pendant quelque temps la plaine du nord le général lit promptement transporter son armée et son artillerie par les steamers, les petits bâtiments et les chaloupes ; tandis que les vaisseaux de plus grande dimension empêchaient les Circassicns de quitter leur position au nord de la rivière, à nioius de faire un détour par les hauteurs; et dans ce cas le temps qu'il aurait pris l’aurait rendu inutile. Il y a eu depuis quelques engagements, mais qui n’ont pu empêcher l’armée de prendre position au nord de la Waia, où un fort est maintenant en construction.
J’ai été en partie consolé des contrariétés que j’ai éprouvées ici, par les nouvelles qui m’ont été apportées du^Notouhatch, où le peuple, à qui j’ai dernièrement adressé une lettre d’encouragement, est toujours ferme dans scs dispositions et n’a pas jusqu’ici été iuquiélé par les Russes. Ceux-ci, au nombre de 2000hommcs, sonttoutoccupésdu nouveau fort de Semez, et de quelques autres opérations conduites sur une grande échelle, qui feraient penser qu’il s’agit d’établir là aussi une colonie. Dernièrement on a appris par les garnisons des forts de cette partie de la côte la mort de leur ami le sultan , et pendant trois jours les Russes ont fait une sorte de célébration de cet heureux événement, de la vérité duquel les Circassiens ne sont nullement assurés, le regardant comme une invention destinée à leur faire perdre cœur. Mais ce rapport a été con-
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firmé par an navire lurk arrivé à Djankhoti. Complètement incertain de ce qui se passe dans le reste du monde , je ne m’abandonnerai ici à aucune spéculation nécessairement hasardée sur cet événement, quelque grave que me paraisse pour l’empire lurk la longue minorité sous laquelle il va tomber dans la situation actuelle de scs affaires.
2 août. — L’escadre russe mit à la voile deux ou trois jours après avoir débarqué l’armée à Waïa. Elle se dirigea au sud; et Hassan Bcy vient de recevoir une lettre des environs de Sùkùm-Kalèh, par laquelle on l’informe qu’un corps de 2,000 hommes, composé de Géorgiens et d’Azras, a été réuni sur ce point en môme temps qu’un corps d’armée russe considérable; que la destination de ces troupes est K hissa , où elles doivent d’abord brûler notre hameau et où elles élèveront ensuite un fort, comme châtiment des démarches récentes par lesquelles Hassan Bey a poussé à la continuation de la guerre. Mais, sans s’arrêter à ces menaces. Hassan a résolu de conduire une nouvelle incursion dans le pays de ces Azras, avec des forces qui sont sur le point de se réunir.
Psékûps , 22 août. — Après environ deux ans d’attente-, j’ai pu enfin visiter cette province d’Abazak. J’ai profilé pour cette visite du voyage qu’y faisait Ali-Bi d’Arduwhatch avec son pkhfir ou pupille , et accompagné, outre trois femmes, dont la sienne, d’un cortège d’une quarantaine de personnes. Sept ou huit sont de ses propres gens; les antres sont des amis, tant nobles que tokavs, qui se sont joints à lui pour donner un plus grand apparat à sa visite , — mais sous la condition qu’au retour chacun d’eux recevrait un bœuf gras ou sa valeur. Ses serfs mêmes seront ainsi rémunérés.
J’ai pénétré dans la province par la vallée montagneuse de la Makupse , ayant été retenu par une indisposition en arrière du reste de la caravane, qui avait pris la roule moins directe, mais plus facile, qu’offre la vallée de la Toapsc. La frontière , formée ici par une montagne, est à environ dix
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heures de marche de la mer en avançant lentement. Après avoir franchi une autre montagne boisée, où il est arrivé quelquefois, m’a-t-on dit, que des voyageurs ont été arrêtés et dépouillés de leurs armes et de leurs chevaux, on entre dans la riche et large vallée de la Psékùpse , qui conduit au pays bas et ondulé dont est formée la plus grande partie de cette fertile province, et qui m’a été représenté comme ayant une longueur de quatre bonnes journées de marche depuis les frontières du Chapsuk jusqu’à celles du Besoi, sur une largeur qui, à son maximum , est d’environ trois journées de marche. Ce pays serait encore d’une défense moins facile sans le grand nombre de ses épaisses forêts coupées par de simples sentiers, et sans les rivières sans ponts qui le sillonnent.
Mais je parle ici de ce que je n’ai pas vu et d’après la description des autres; car un congrès ayant péremptoirement rejeté les offres pacifiques de Sass, toute nécessité de m’exposer à des risques personnels a cessé, et j’ai cru devoir me conformer aux recommandations pressantes que l’on m avait faites de ne pas m’éloigner de mes compagnons de voyage, de peur que la récompense offerte pour ma personne par les Russes, qui ont maintenant une sorte d’influence dans le Psadûg (a une demi-journée seulement d’ici) et dans les autres provinces du Eùban , ne tente quelqu’un des nombreux mauvais sujets dont la province est infestée. Ici il n’y a pas encore eu de prestation du serment national, de sorte que la trahison et le vol n'ont presque pas d'autre empêchement que la vigilance apportée par chacun à protéger ce qui lui appartient.
Aussi , sauf dans quelques localités plus sûres, les chevaux ne sont-ils pas laissés au vert toute la nuit, nonobstant une garde d’hommes armés ; même dans celte saison on les nourrit à l’écurie, dont la porte est solidement barrée, et devant laquelle couche un homme pour plus de sécurité. Outre la
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grande incommodité d’un tel état de choses, le mal provenant de cette consommation de foin en été doit parfois, comme dans les saisons pareilles à la dernière, où une trèsgrande quantité de bestiaux périrent faute de provende, être très-considérable. Néanmoins, à tout ce que j’ai pu dire à ceux, que j’ai vus pour les exhorter à imiter les deux autres provinces, on ne m’a répondu jusqu’à présent qu’en me représentant la grande étendue de celle-ci ; — comme si le labeur de la prestation du serment ne pouvait pas se diviser. Au surplus, je crains qu'il u’y ait aussi manque d’unanimité entre les personnes influentes, car les lokavs m’affirment que les nobles désirent l'ascendant russe, dans l’espoir d’acquérir par là un pouvoir plus grand, et que déjà la plupart d’entre eux sont pourvus de passe-ports russes. Heureusement la classe des lokavs est de beaucoup la plus nombreuse, et elle parait rester ferme; puisqu’au grand congrès dernièrement tenui sur la Chagwaschc les propositions dn général Sassont été repoussées.
Luca avait excité ma curiosité au sujet du retour d’un pkhûr ou pupille dans sa famille , à force de me dire que cette réintégration était accompagnée de beaucoup de cérémonies ,■ aussi n’eu ai-je voyagé que plus promptement pour assister à celle-ci, et j’ai été assez heureux pour rejoindre Ali-Bi et sa troupe dans une prairie sur les bords de cette rivière , où ils attendaient l’arrivée des dames et celle d’un noble âgé chez qui j’avais logé la nuit précédente , et qui le lendemain m’avait accompagné.
Quand nous fûmes tous réunis, nous nous remîmes en route sous la conduite de deux nobles d’âge avancé, les dames à l’arriére sur un chariot léger traîné par des bœufs 5 au centre était le pupille en complet accoutrement de guerre, montant un coursier géorgien plein de feu , et portant une tunique de drap d’Europe superbement ornée, aussi bien que la selle et les housses, de galon d’argent. Près de lui on con-
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duisait cd laisse un beau cheval de bataille blanc, dont la selle et le harnachement étaient de même richement décorés :
— le tout ayant été fourni et lui ayant été offert par son atalik.
Arrivés à deux milles environ 4c notre destination , la troupe entière — se montant à une quarantaine de personnes
— se mit à chanter, et, selon l’usage en de telles occasions, à tirer eu l’air des coups de pistolet ; ce fut le signal d'un rassemblement de spectateurs — hommes et femmes — sur une éminence que longeait notre chemin et où l'on voyait quelques hameaux et des arbres. Quand nous en fûmes plus près , tous les jeunes gens de notre troupe s’armèrent de branches d’arbres très-respectables arrachées aux haies en clayonnage qui bordaient le chemin. Le motif de cette précaution ne tarda pas à se révéler; car nous ne fûmes pas plutôt arrivés à une sorte de défilé au milieu des hameaux et des arbres, que nous en vîmes saillir un corps d’habitants pareillement armés, qui attaqua notre avant-garde de la manière la plus furieuse, proférant des hurlements et des cris pour épouvanter nos chevaux , et tapant de toutes leurs forces tant sur ceux-ci que sur nos hommes avec leurs grandes et lourdes branches, de sorte que notre parti tout entier, quoiqu’il eût fait une vigoureuse résistance, fut un moment forcé de battre en retraite pour se rallier. Alors nous revînmes à la charge, — quelques-uns des plus robustes formant une sorte de garde du corps prés des femmes, — et nous parvînmes enfin à nous ouvrir un passage à travers le déGlé. Mais ce combat ne fut que le préliminaire d’une série d’autres engagements qui se prolongèrent tout le reste du chemin, et dans l’un desquels je reçus plusieurs coups passablement bien appliqués en travers des épaules. Je pus m’estimer heureux de m’en tirer ainsi , car je vis le sang couler de plus d’une tête , et tout respect pour les personnes semblait être temporairement hors de question.
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Ma plus grande crainte, néanmoins, était pour les femmes, que plusieurs fois je ris sur le point d’être renversées ; je craignais aussi pour un peu de bagage que j’avais avec moi pour solder mes dépenses. Ce bagage, simplement lié daus un manteau , serait inévitablement devenu la proie de nos assaillants s’ils avaient mis la main dessus.
Enfin nous atteignîmes le hameau tant désiré de notre pupille. Ali-Bl, accompagné de son pkhûr, du cheval blanc, des dames eÇde quelques-uns de ses principaux amis, y pénétra au galop par l’entrée principale, et au milieu de nouvelles décharges d’armes à feu il remit le jeune homme à sa famille; pendant ce temps le reste de la caravane, moi du nombre, gagnait la maison des hôtes, où plusieurs de nos ennemis de tout à l’heure nous avaient devancés, et où la comparaison faite en riant et en plaisantant des accidents arrivés de part et d’autre termina cet étrange prélude de ce que Luca appelait beaucoup de cérémonie».
On pourrait demander la cause d’une réception si hostile: la seule réponse , c’est que tel est l’usage du pays, et que les habitants avaient droit de nous enlever tout ce dont ils auraient pu s’emparer.
Durant le reste du temps que je passai avec Ali-Bi et sa troupe, les seules choses dignes de remarque que j’appris furent que les provisions que nous consommions étaient en grande partie fournies par i’alalik, et que tout notre parti , même les serfs, faisait à la famille du pupille autant de présents que chacun pouvait, dans l’espoir de recevoir un retour profitable quand la famille et sa fraternité feraient leurs présents à Ali-Bl pour reconnaître la manière dont il s’était acquitté de ses fonctions d’atalik , — et aussi en retour de ses propres présents, puis-je ajouter : car ce commerce de présents est uuiverscl.
Afin de provoquer les membres de la fraternité à venir s’acquitter de ccttc courtoisie, le pkhùr partit le lendemain
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de noire arrivée pour faire sa roude parmi eux. Depuis lors le violon, les danses et les chants n’ont pas cessé pendant toute la durée de nos chaudes et longues journées , pour l’amusement de notre troupe ; et les choses iront ainsi jusqu’au 26 , où auront lieu trois jours de cérémonies : seulement je crois que ce sera sur une autre clef que le prélude. Si je reste, j’en parlerai. En attendant je me suis rendu à un hameau situé à une dizaine de milles dans l’ouest , au pied des montagnes, afin de me rapprocher d’une source thermale d’ean sulfureuse dont j’ai Lu et où je me suis baigné une demidouzaine de fois , et dont je crois éprouver quelque bien.
Une douzaine de sources environ surgissent dans l’angle d’une clairière sous un grand rocher de grès rouge à très-petits grains, et forment un ruisseau qui remplirait une barrique en moins d’une minute. Le bain est formé simplement par quelques pierres et quelquespièces deboisqui on télé placées autour dessourcesdansuncoin,demaniôreà ménager une profondeur d’eau suffisante pour une immersion horizontale. La chaleur de ce bain est de 111° Fahrenheit (1 ); mais celle d'une autre des sources est de 142° (45° Réaum.), et elle me parut aussi la plus fortement imprégnée; j’en pris un échantillon que je ferai analyser plus tard (2). Le bain est fréquenté, mais j’ignore si les visiteurs sont nombreux ; et je crois que l’on me trouve fort singulier de boire de l’eau de ces sources, dont le goût est des plus nauséabonds. Les pierres rapprochées des sources présentent une incrustation d’un blanc jaunâtre, mais insipide; et l’eau du ruisseau, qui parait claire quand le soleil brille, prend à l’ombre une teinte bleuâtre et laiteuse, qu’il conserve jusqu’à sa réunion au Psékûps à quelque distance des sources, laissant à la surface une légère écume. Dcs bullcs d’air en plus ou moins grande quantité
(J) 43,89 cenligr., ou environ 36° iléaum. ( Trad. )
(2) Voir l’Appendice, n° XVII.
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s’échappent de toutes les sources , surtout de celle où la bouteille a été emplie. Tout le monde les a sur-le-champ qualifiées de bains sulfureux , parce qu’on s’est aperçu que le galon d’argent, etc., se ternissait immédiatement quand on le tenait au-dessus.
30. — Les cérémonies ont été reprises le 26; mais elles n’ont duré que deux jours, le nombre des assistants avant été très-restreint, comparé à ce qu’il est d’habitude en ces sortes d’occasions. 11 devait bien y avoir pourtant de trois à quatre cents personnes présentes, et le principal amusement des jeunes gens des deux sexes était de danser en cercle à l’entrée du hameau (delà manière monotone que j’ai précédemment décrite ) , et cela par la plus grande chaleur de la journée ; autour des danseurs était un autre cercle d’hommes armés de branches d’arbres, qui de temps à autre, à mesure que des cavaliers se rassemblaient pour voir la danse, les attaquaient de la façon peu cérémonieuse dont j’ai déjà donné une idée , et les forçaient de se retirer à une certaine distance, où généralement ils se reformaient, et d’où ils revenaient sous la conduite d’un chef charger à leur tour leurs assaillants. Quoiqu’un peu rude selon nos idées, cet amusement est une excellente école pour les chevaux, qu’il prépare à soutenir une méléc avec l’infanterie.
Outre ces amusements , il y a eu la course à la poursuite d’un cavalier portant un drapeau blanc; etaprès celte course est venu un abondant repas de viande et de pasla , avec une boisson fermentée du sud (1), que chacune des personnes
(i) Celle boisson est ainsi préparée : on concentre le jus du raisin en le Taisant bouillir, et on l'amène à une consistance telle qu’il puisse se conserver sans s’altérer jusqu’à la saison suivante. A mesure des besoins on en prend plus ou moins, on l’étend d’eau, on le fait fermenter , et on y ajoute du miel pour donner plus de douceur à la préparation. Les musulmans, qui ne goûteraient pas au vin, se croient en parfaite liberté d'user de cette boisson, comme n’ayant avec le vin aucune affinité!
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présentes a fournie pendant les deux jours; le tout s’est terminé par une course de chevaux à la circassiennc. A cet effet, on laisse jeûner pendant (rois jours une demi-douzaine
des meilleurs coursiers, puis on les envoie vers le soir à un endroit indiqué, d’où ils reviennent à bride abattue. Le vainqueur se trouva être un cheval kabardan qui m’appartenait; mais quoique mon drogman qui le montait dût avoir pour prix un bœuf gras, et que des prix de moindre valeur fussent promis à ceux qui seraient arrivés le second et le troisième au but , aucun de ces prix n’a paru. J’apprends qu’il y a une si déplorable pénurie de présents de la part des parcnls et amis de la famille de notre plchùr, que toutes les belles spéculations de profit faites par Ali-Bi et sa troupe sont maintenant dissipées, cl que Pou parle de repartir immédiatement sans accepter les présents qui ont été offerts, c’est-à-dire une demi-douzaine dechevaux médiocres et deux cottes de mailles en assez mauvais état : bien que durant les deux jours qu’ont duré les cérémonies des hérauts soient allés crier partout publiquement que chacun eût à venir sans retard apporter sa quote-part pour la récompense de l’atabk et de ses amis.
La cause principale de tout ce désappointement est que les lokavs, uombrc desquels sont les plus riches, et en ces sortes d’occasions les plus généreux, sont en ce moment en dispute avec les nobles, et notamment avec la fraternité à laquelle appartient le père de notre pkhûr, au sujet de l’égalisation du prix du sang introduite par Hassan-Pacha, et que cette dernière fraternité a repoussée, demandant qu’on eu revint à Pancif nne coutume circassiennc, et que désormais la valeur de treize serfs formât le prix du sang d’un noble, et onze celui d’un tokav. Je crois qu’ils échoueront dans celle len-
l.'un d'eux, c'était un mollah , disait en ma présence qu'une seuie goutte de vin qui tomberait sur un pain devrait être considérée comme une souillure, non-seulcincnt pour le pain qu’elle aurait touché , mais pour ceux qui se trouveraient dessous, y en aurait-il une demi-douzaine.
lalivc, à laquelle, très-probablement, quelques-uns d'entre eux ont été poussés par les Russes; car les tokavs l'emportent considérablement sur eux par le nombre, et beaucoup de ces derniers sont en ce moment à un congrès réuni sur la Chagwasche à l’effet de s’engager par serment à soutenir cette égalité et à s’opposer à ce qu’on fasse la paix avec les Russes. J'apprends avec peine, néanmoins, qu'il n’y doit être question ni de la suppression du vol ni du châtiment des actes individuels de trahison.
Hier j'ai fait une excursion à environ 8 milles au sud de ce hameau, dans l’intention de visiter quelques sources salées, espérant qu’avec quelques procédés d’art il serait possible de rendre celte partie intérieure du pays indépendante de la Russie pour le sel. Je regarde comme probable que ce but désirable pourra être atteint. Les sources, au nombre d’une douzaine environ, sont situées dans un creux, ou plutôt dans un petit espace uni au milieu des contre-forts avancés de la grande chainc. J’en trouvai l’eaü fortement imprégnée de saumure ; mais dans la plupart elle était réduite à une faible quantité au fond d’autant de petites fosses, qui semblaient avoir été formées par le piétinement des gens qui viennent chaque jour en grand nombre chercher ici leur provision de sel (regardé comme un bien commun), que généralement chacun emporte chez soi dans des peaux ou dans de grands vaisseaux ouverts pareils à des barattes. C’est dans ces fosses que l’eau s’évapore. Depuis longtemps, c’est-à-dire depuis plus d’un mois, il y a eu peu ou point de pluie; nous sommes au plus fort de la saison sèche, et celle-ci l’a été à un degré peu commun. On m’a dit néanmoins qu’avant que les visiteurs n’arrivent chaque matin épuiser les sources, elles s’écoulent assez abondamment dans le prochain ruisseau , perte que pourrait complètement prévenir une écluse d’une douzaine de pieds. Des forages pourraient accroître, même en été, l’émission des sources existantes et peut-être en créer de nou-
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vellcs. Au surplus, il n’y aurait pas, à ccl égard, nécessité immédiate si on usait de précautions; car tout le monde s'accorde à dire qu’on aperçoit peu de différence dans le produit de l’évaporation des sources, même en hiver, quand le sol qu’elles occupent s’est couvert d’un peu d’eau, ou plutôt qu’il est devenu légèrement marécageux , et que le seul affaiblissement sensible est à l’époque de la dernière fonte des neiges. Et encore il n’est pas tel, môme alors, qu’il faille suspendre les approvisionnements. Le sol autour des sources est une terre légère très-mêiée de gravier , et la roebe de la localité est un conglomérat très-grossier mêlé de nombreux fragments — quelques-uns assez entiers — de coquilles de mer et de pétoncles.
On voit dans cette province — aux abords de beaucoup des petites réunions de tombes de famille — des citernes en bois proprement abritées et remplies d’eau, dans lesquelles on met à fermenter de petites poires sauvages, qui dans la chaleur de l’automne font une boisson très-agréable pour les passants.
Dans tout le pays on voit çâ et là des pigeons ramiers à plumage bleuâtre; mais cette province en particulier parait être leur quartier général, et des troupes presque aussi nombreuses que des volées de moineaux couvrent les champs dans toutes les directions. De là provient sans doute l’abondance de la tribu falco, dont le pays fourmille partout. Les étourneaux sont aussi très -nombreux, ainsi qu’un oiseau qui ressemble entièrement à notre merle commun, sauf qu’il ne se fait nullement entendre, non plus que les alouettes ni les grives. Et même on dit que dans tout le pays les bois et les champs sont presque dépourvus de chants; nulle part on n’entend les joyeux trilles de l’alouette (1), de la linotte, du bouvreuil ou du chardonneret. On voit une grande variété do
(l) La saule espèce qui se voie ici est l’alouette des blés à cicle.
piverts, tant grands que petits, ainsi que de bécassines et de corneilles (on trouve dans l’est de l’Europe les variétés noire et mouchetée) ; mais je n’ai jamais aperçu un seul individu du genre perdix, — soit caille, soit perdrix. On m’a dH, cependant, qu’on trouve la caille prèsduKrtban.
Un congrès se tient en ce moment dans le Chapsuk pour la suppression de la trahison, et on a coupé la gorge, tn terrot em, à trois traîtres notoires. C’est la première fois que j’entends parler de ce genre de punition , et l’excuse qu’on en donne est que les habitants sont exaspérés de voir leurs moutons et leur gros bétail paissant vers le Küban fréquemment enlevés par les Russes par suite de trahison.