‹ Journal D'Une Residence en CircassieChapitre 22 sur 35 · I.ETTRK DE SEFIR REV A SES CONCITOYENS · texte numérisé non relu

I.ETTRK DE SEFIR REV A SES CONCITOYENS

Aux chefs et représentants des tribus de la Circassie, aux habitants éminemment respectés du Nolouhatch , du Chapsuk et de l Ahazak ; aux anciens et chefs des provinces, les vertueux, les doctes, les braves et nobles; àceux qui sont zélés pour la foi musulmane, — salut, prospérité et santé.

Soyez tous ioformés que conformement à ce qui a été convenu et arrêté entre nous, tout ce qui a rapport à la situation des affaires des tribus a été communiqué à la Sublime Porte et à chacune des autres puissances. Ces informations ont été communiquées verbalement sans aucune omission, et vous avez eu déjà connaissance des réponses qui ont été faites selon les circonstances.

Dans lo cours de cette sainte année, Paga anglais, accompagné du noble Ibrahim, a parcouru toutes les provinces de la Circassie ; et de retour ici ils nous ont donné d’amples renseignements sur ce qui s'est passé dans le pays. Gomme nous ne savions cependant pas quelle confiauce nous devions mettre dans leur rapport , ils sc sont rendus de nouveau d’Andrinoplc près de la Sublime Porte; et conformément à la conférence qui a été tenue avec les grands officiers de la cour, aux minutes qui nous ont été de nouveau envoyées, à la conversation qui a eu lieu et aux minutes qui nous ont été remises par ledit aga, le tout traduit, le rapport ci-joint a été rédigé et vous est envoyé par les mains de Kûstan-Oghlû Ibrahim. Vous communiquerez cette traduction à tous les représentants des tribus , à tous les ulémas.

à tous les nobles, auciens et chefs des provinces, ainsi qu’à tous les musulmans de vos tribus, et à ceux qui sont zélés dans leurs efforts pour la foi musulmane; enfin à tous. Yous donnerez l'attention convenable au contenu de la communication ; et si elle est trouvée satisfaisante, vous en ferez faire une belle copie à laquelle tous les représentants des tribus, tous les ulémas, tous les nobles, anciens et chefs des provinces, apposeront leur signature, et vous nous l’enverrez.

Yous conduicrz devant les juges la personne que nous vous envoyons, et après lui avoir fait prêter serment sur le livre sacré et l’avoir interrogée sur tous ces objets selon que vous le jugerez convenable et nécessaire, sans égard au temps passé, vous agirez en cetteaffaire, après les réflexions convenables, selon que vous le jugerez à propos, de manière à ce qu’au jour du jugement vous n’ayez aucun reproche à m’adresser. Mais si vous répondez que nous devons continuer d'agir comme nous avons agi jusqu'à présent, ce sera vous qui en aurez la responsabilité. Si cependant votre réponse est conforme à ces suggestions, vous permettrez alors à l'aga anglais qui est près de vous de visiter le pays de Sùkdm à Anapa et d’Auapaau Karatchaï, ainsi que les districts de Kaza-Baktcha et de liakraha; et quand il se sera entretenu avec tous les gens de ces districts vous ferez apposer au document la signature de tous leurs chefs, ulémas, nobles, anciens et chefs des provinces, de tous, en un mot, et vous nous enverrez le document par la personne ci-dessus mentionnée.

Mais si ce document n’a pas votre approbation, vous nous en informerez positivement par la personne, attendu que jamais, quand nous vousavons posé des questions, votre réponse n’a été explicite. Vous avez toujours répondu : « Très-bien ; mais ce que nous avons besoin que vous nous envoyiez, ce sont des canons, des munitions, des troupes , de l’argent et des officiers; » au lieu que pour que tout cela vous puisse être envoyé il faut vous arranger pour que votre réponse nous

Di

APPENDICE

parvienne dans le cours d’un mois, et nous faire savoir si ces propositions ont eu votre approbation ou non.

Vous permettrez aux marchands et aux autres individus, soit anglais, soit de tout autre pays, sauf la Russie , de visiter le pays, et môme d’aller partout où il leur plaira, sans les molester en rien 3 seulement vous ne communiquerez rien des affaires du pays à ceux qui n’auront pas de certificat , tout en leur permettant d’y voyager.

Il y a néanmoins quelques Circassiens qui nous font tort ici par leur conduite peu judicieuse; à ceux-là vous ne permettrez sous aucun prétexte de quitter la côte jusqu’à ce que l’affaire maintenant agitée soit arrangée.

Tenez bien les engagements que vous pourrez contracter, sans quoi vos longs et pénibles labeurs pour le maintien de la foi seront en pure perte.

Àu commencement de la lune séfer, 1254.

NOTE AJOUTÉE PAR LE JUGE MEBMc..

Au serviteur du souverain régnant , de TiUustre potentat d’ Angleterre, mon ami Yakùb Be y.

Mon ami, quoiqu’il y ait eu de la mésintelligence entre vous et Kcbri-Oghlù Chamuz Aga, tous les musulmans ne vous ont pas pour cela offensé. Venez donc au Notouhatch voir vos amis; pourtant faites selon que vous le jugerez convenable.

Mois de moharrem, (254.

ADRESSE A LA REfNE d’aNGLBTBRRE.

A la reine souveraine régnante , la reine éminemment vénérée d’Angleterre, la maîtresse des provinces et de la couronne, — cette humble représentation est adressée par ses serviteurs les Circassiens.

Nous avons longtemps souffert des outrages des Russes ; néanmoins les faussetés qu’ils répandent contre nous sont surtout injurieuses en ce qu’elles affirment que d’une mer à l’autre tout le territoire des provinces de la Circassie leur a été concédé par la Sublime Porte ; que des étages leur ont été donnés, et que le pays est entièrement en leur pouvoir ; que les tribus do la Circassie sont sous leur domination, — esclaves soumis à leurs ordres suprêmes ; que d’une mer à l’autre ils ont depuis longtemps conquis le pays en l’entourant de forteresses. C’est ainsi qu’ils cherchent à se glorifier aux yeux des autres puissances, tandis qu’il est clair comme le soleil en plein midi que tout ce qu’ils avancent est faux. Depuis longtemps ils continuent ainsi de nous harasser, dans l’espoir de devenir enfin nos maîtres absolus.

La vérité est qu’autrefois des marchands persans allaient et venaient, et qu’ils vendaient et achetaient (1); mais depuis l’intrusion des Russes ce commerce n’a plus lieu.

En réponse aux allégations des Russes, vos humbles serviteurs les Circassiens protestent solennellement que jamais depuis son origine la puissance ottomane ne nous a conquis

(I) Pendant le séjour que je fis sur la Psékûps , dans l’Abazak, à un hameau appartenant à un noble très-riche appelé Borrokb , on me dit que des cinq maisons des hôtes que son père tenait toujours ou\ertes pour y recevoir les étrangers de différents pays , — Tchetohcnses , Kûmûks, Lesghis, etc. (chaque peuple étant logé et traité séparément), une était spécialement destinée aux Géorgiens.

APPEfSDICK.

par l’épée, que jamais elle ne nous a secouius dans nos embarras; que jamais en aucun temps nous ne lui avons payé tribut ; et qu’au contraire elle a pris nos enfants et les a vendus comme esclaves dans ses bazars. Et les choses étant ainsi comment la Sublime Porte a-l-clle pu nous donner aux Russes? Si elle avait de l’amitié pour eux, elle aurait pu leur donner quelqu’un des pajs sous sa domination ; mais elle n'a eu ni le pouvoir ni le droit de leur donner le nôtre.

Quant aux forts que le.' Russes ont construits, ils ne nous ont fait ni bien ni mal. Nous sommes disposés à être amis de nos voisins ; mais jamais nous ne serons en aucune façon sujets des Russes. Nous avons l’espoir que Dieu ne permettra pas que nous soyons jamais subjugués par eux, et par l’aide du Tout-Puissant cet espoir se réalisera, car le Seigneur est un Dieu juste, et II nous accordera son aide pour que jusqu’à la moindre de nos tribus nons puissions soutenir la guerre contre les Russes, et par Sou secours tout-puissant ne leur être jamais soumis.

Quoique le gouverneur d’Anapa ait failli à sou devoir, c'était un serviteur du chef illustre et sacré de la foi musulmane, et avec l’aide de Dieu nous espérons que notre foi eu celte religion illustre et sacrée ne souffrira aucune atteinte. Si donc le gouvernement ottoman veut maintenant accepter notre adhésion , à l'avenir nous nous soumettrons volontairement à lui et à scs ordres, à ces conditions : 1» qu’il renoncera entièrement à nous prendre et à nous vendre comme esclaves (1) ; 2° qu’il nous fournira de canons, de soldats, de

(0 11 faut expliquer ici que le crime que l’on cherche ainsi à faire disparaître est si profondément enraciné dans les intérêts et les usages tant des Turks que des Circassiens, que chez ceux-ci les anciens — bien que désirant voir disparaître cette herbe d’hérésie et quoique puissants à d'autres égards — étaient convaincus que ce n’était qu'avec l’aide spéciale du grand sultan — autorité suprême dans les affaires judiciaires et reli£ipus“s — qu’ils pouvaient en espérer l’extirpation.

muuitions, et des autres choses nécessaires pour la guerre,

nous envoyant aussi de l’argent et nous aidant et secourant fidèlement ; alors nous lui obéirons. Qu’il nous envoie aussi des officiers, pour que nous puissions commencer sérieusement la guerre avec les Russes; et alors, avec l’aide du Tout- Puissant, nous engageons nos vies et nos âmes que nous tirerons vengeance de l’ennemi. Nous prenons, de plus, de la part de nos tribus, l’engagement de rembourser au gouvernement ottoman, quand la guerre sera finie, la totalité des dépenses qu’elle lui aura occasionnées ; il sera remboursé de tout. Et cela ainsi arrangé avec le gouvernement ottoman , nous resterons soumis à scs ordres et sous sa direction absolue.

Mais si le gouvernement ottoman ne veut ni nous aider ni

nous fournir de canons, de munitions, de troupes, d’argent, et de tout ce qu’il faut pour la guerre, et s’il ne veut pas cesser de nous prendre pour esclaves comme par le temps passé, nous ne nous soumettrons pas à sa domination et nous ne reconnaîtrons pas sa souveraineté ; mais s’il nous fournit de canons, de muuitions, de troupes, d’argent cl de ce qu’il faut pour la guerre, et s’il nous aide et nous protège, alors nous seront souraisà ses ordres impériaux, et nous commencerons sérieusement à tirer vengeance des Russes par la guerre ; et la guerre terminée, nous nous engagerons et nous nous obligerons à rembourser toutes les dépenses que le gouvernement ottoman aura pu avoir à supporter, aussi bien qu’à uo jamais nous soumettre aux Russes; car en définitive, si la guerre nous affaiblissait, nous nous disperserions sur les montagnes plutôt que de nous rendre à eux.

Si néanmoins Votre Majesté ne jugeait pas ces arrangements convenables, nous espérons que Votre Majesté, et les autres puissances, donneront des ordres pour que nous restions libres et indépendants, comme la Perse, l’Afghanistan et les autres pays de montagnes ; et quand Votre Majesté aura

APPENDICE

ainsi donné des ordres et pris des arrangements définitifs^ nous verrons ce que nous aurons à faire. Si néanmoins les arrangements ci-dessus pouvaient se faire avec le gouvernement ottoman , nous regarderions cette issue comme une faveur spéciale, et nous serions parfaitement satisfaits.

Séftr Bey, notre ministre, a reçu ordre de présenter notre humble pétition à Votre Majesté, ainsi qu’à l’empereur ottoman, et nous agirons conformément à ce qui sera fait et dit par lui.

Puisse Votre Majesté, dont la personne est douée de toutes les qualités éminentes, — d’intelligence et de compassion, — daigner recevoir cette humble adresse de nos tribus. Notre destinée dépend de la volonté suprême de Votre Majesté.

(N. B.) — A cette adresse étaient apposées les signatures d’environ douze cent cinquante des chefs et des anciens les plus influents de toutes les provinces de la Gircassie.

Page 1