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CHAPITRE XXI

Tempête horrible el destruction de la flotte russe. — Sentiments et conduite des Cireassiens, après cet événement. — Un drogman. — L’union s'accroît parmi les tribus. — Langues. — Une ancienne croix. — Kxcursion aux vaisseaux naufragés. — Mésaventures de Hassan Bey. — Attachement des Cireassiens à la Turquie.

Chjmtoatch, 20 jKt’n 1838. — Quoique les Russes rencontrent à Saschc une résistance aussi vigoureuse qu’on pouvait s’y attendre, eu égard à l’inégalité de forces des combattants, néanmoins, ayant effectué une double descente à Sasche et à Toapse, les deux meilleurs mouillages de la partie méridionales de la côte, ils regardaient certainement le succès de leur campagne comme assuré, et selon toute probabilité ils projetaient d’autres descentes aux autres échelles situées plus au nord, afin d’élrc à même de répondre, à toute objection qui pourrait leurêlre faite en Europe contre le droit qu’ils s’arrogent de poursuivre la conquête de celte côte: La conquête est terminée ; notre droit n’est donc plus sujet à discussion. — Mais ils ont éprouvé ces jours derniers un sévère et salutaire échec.

Depuis le commencement de leurs opérations navales le temps avait en général élé beau, et lors de leurs descentes à Sascheel à Toapse le vent leur avait été enlièrement propice. La sécurité qu’ils éprouvèrent fut en proportion, et encouragea chez eux la négligence la plus impardonnable en marine. A Saschc el à Toapse, les bâtiments laissés pour aider aux opérations de l’armée de débarquement restèrent plus de quinze jours — même les plus grands — dans la position qu’ils avaient prise d’abord , à une très-faible distance de la plage; — cl même à Toapse, d’après ce que l’on m’a dit, quelques-uns n’en étaient pas à plus de 20 mètres!

l'.N CIRCASSIE.

Le 10, le thermomètre se ruain liât, à midi et à l'ombre, à 80 degrés (1); c’était un accroissement de température quelque peu subit, qui me fit prévoir qu’un temps venteux allait s’ensuivre. Des nuages et de la pluie annoncèrent bientôt le changement qui s’approchait. Le lendemain malin le vent se leva, — une brise roide du sud-ouest qui portait directement à la côte, — et augmenta de violence jusque vers le soir, où j’appris qu’un grand brick avait été vu à la hauteur de Sûbesch s’efforçant de porter au N. -O* mais à si peu de distance de terre, que les cris de l’équipage s’entendaient distinctement de la plage. Cette nuit-là la bourrasque arriva au plus fort de sa furie ; et elle a été telle que depuis la prise d’Anapa on n’en avait jamais éprouvé une pareille en été sur cette côte. Nous avions tous, naturellement, le pressentiment .des désastres de l’escadre ennemie, et le 13 les désastres furent pleinement confirmés par les nouvelles qui nous arrivèrent ici tant du nord que du sud. J’appris de Saschc qu’un vaisseau à deux ponts, deux corvettes, cinq grands bricks et deux petits bâtiments de transport y avaient tous été jetés à la côte ; et on m'annonça de Toapse et d’Àgùïa que deux bateaux à vapeur (l’un desquels est le plus grand des trois qui sont sur la côte) et deux vaisseaux de ligne s’étaient totalement perdus, que onze moindres bâtiments avaient été également jetés à la côte, et qu’on les supposait trop gravement endommagés pour qu’ils pussent reprendre la mer. Des rapports subséquents m’iuformèrent qu’un grand navire et un cutter avaient été vus portant à terre à la hauteur d’Arduwhatch ; qu’à la hauteur de Psid on avait vu deux vaisseaux couler bas ; et qu’à Chapsekwa, où l’on s’attendait à une descente , sept vaisseaux avaient été aperçus immédiatement avant le commencement de la rafale.

Voici l’effrayant résumé des désastres éprouvés le long de

(l) 26,67 centigr ; 21° 1/3 Réaum. ! Irai )

la côte au sud de Ghélendjik, autant que jusqu’ici j’ai pu m’assurer des faits par le rapport de nombreux témoins : — A Arduwhatch, deux vaisseaux totalement perdus, et dont on snpposequel’équipageentierapéri; — àSasche, les dix vaisseaux déjà mentionnés entièrement brisés, et dont on suppose également que la totalité ou la presque totalité de l’équipage a péri; — à Toapsc, dix- sept navires, à savoir, une frégate, trois corvettes, huit bricks (dont trois paraissaient être des bâtiments de transport, et cinq dcs"Wicks de guerre), trois cutters et deux steamers. La majeure partie de l’équipage des plus grands navires est supposée avoir péri, et un petit nombre d’hommes seulement avoir gagné le fort. La frégate qui s’est brisée à peu de distance du fort a été pillée, avant que la garnison n’arrivàt, par douze personnes, chacune desquelles a eu pour sa part 900 roubles, et beaucoup d’autres articles ; tous les canons, à l’exception de deux, avaient été jetés à la mer. A Agû'ia, un transport chargé de planches et de fer se brisa totalement ; quelques hommes de l’équipage se sauvèrent à la faveur de la nuit jusqu’au fort de Toapsc; et les autres furent noyés. Les Circassiens ont tiré de ce navire et transporté à terre trois pièces de canon. A Nibû, un autre transport, chargé aussi de planches et de fer, fut totalement brisé et tous les hommes de l’équipage noyés; les Circassiens en ont tiré deux autres pièces de canon. A Tû, un troisième transport sur l’est a été totalement brisé; partie des gens de l’équipage ont été faits prisonniers et les autres noyés. Le plus grand des trois bateaux à vapeur s’était approché de Tû la veille, avec un corps de soldats, pour y brûler un navire lurk ; mais il en avait été repoussé sans avoir pu réussir. A Ncghipsekwa un brick de guerre se brisa à la côte et tout l’équipage périt, à l’exception de sept hommes qui furent faits prisonniers!

Trois jours après le bombardement de Toapse les plus grands vaisseaux en étaient partis, — pour aller préparer, à ce qu’on supposa, une nouvelle descente sur quelque autre point, —

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sans quoi ia perte des Russes eût été nécessairement beaucoup plus considérable.

Le résultat du pillage, en armes, poudre mouillée, argent, provisions, ballots de marchandises, etc., est très-grand.

Si on ajoute à la liste ci-dessus les deux vaisseaux que l’on a vus couler bas à la hauteur de Psid, celui que l’on a vu dans un danger si éminent à la hauteur de Sûbesch , et les sept qui ont été vus de Chapsekwa (il se peut que ceux que l’on a vus couler à Psid appartinssent à ceux-là), outre les pertes qui peuvent avoir eu lieu dans les eaux d’Anapa, et dont je parlerai quand les nouvelles nous en arriveront, on peut conclure que la marine de la Russie dans la mer Noire a éprouvé dans son développement précoce un échec dont il lui faudra bien du temps et bien des soins pour se remettre. Au surplus, les Russes seuls peuvent connaître exactement le montant de leur perte, et il est probable qu’ils ne le divulgueront jamais.

J’ai souvent entendu les Circassiens parler de la guerre russe comme d’un châtiment que leur infligeait le Tout Puissant pour leurs péchés : la joie et la gratitude que tous ont témoignées de cet incident , et de l’interruption partielle d’hostilités qui doit sûrement s’ensuivre, sont extrêmes ; car tout le monde ici y voit une intervention spéciale de la Divinité. Un sacrifice solennel a été offert à Toapsc en actions de grâces, cl les corps des animaux immolés distribués entre les pauvres. La piété et la rectitude de sentiments ainsi montrées par ces gens simples forment un édifiant contraste avec la teneur des épîlres militaires que leur ont adressées les Russes : — « Il n’y a que deux puissances , Dieu au ciel et l’empereur sur terre! » — Qu’cspércz-vous? Ignorez-vous que si le ciel tombait, la Russie est assez puissante pour le soutenir sur ses baïonnettes? » — Puissance éternelle! quel rapprochement de noms! — Il est à espérer que les serviteurs de ce moderne Xercès pourront, par égard pour eux-mêmes, puiser

quelque humilité dans cette leçon sévère ; sans quoi leur arrogance blasphématrice, pareille àl’ivresse des ilotes de Sparte, pourrait bien produire sur l’esprit des Circassiens un effet tout opposé (1).

Mais ce n’est pas sur mer seulement que les Russes viennent d’éprouver des revers ; à Saschc la garnison du nouveau fort a fait deux sorties pour défendre les débris des deux corvettes qui gisent sur la grève à deux ou trois milles de là , et elle a été repoussée, — dans la seconde surtout, où peu de soldats ont pu regagner le fort, le reste ayant été taillé en pièces. Beaucoup de nobles et d’autres guerriers des plus braves ont péri dans cette affaire ; mais au total la perte numérique des Circassiens n’a pas été grande. Après avoir pillé ces deux corvettes échouées à Sasche , les Circassiens y ont mis le feu. Dans la nuit du 13 ils ont réussi à mettre le feu à quatre autres coques de bâtiments échoués directement sous les canons du fort, et chaque nuit depuis lors ils ont continué d’en emporter le fer, le cuivre et les autres débris. J’ai fréquemment rencontré sur la plage de nombreux détachements, tanta cheval qu’à pied , chargés de ce butin qui vient fort à propos, et qui sera sans doute bientôt transformé en sabres, en socs de charrue, en haches, en couteaux et autres objets nécessaires. Un article ne me paraissait pas valoir la peine que l’on avait à l’emporter : c’étaient des bouts de câbles de deux ou trois aunes de longueur; mais j’ai su que le peuple les passe à l’eau bouillante, les blanchit et les effile, puis que du chanvre qu’il en retire il fait de la toile pour son usage. Ce n’est que vers le nord que le chanvre est abondamment cultivé

(i) Il sc peut qu’on uc sache pas généralement que les soldats et les marins russes sont réunis chaque soir pour la prière , et que dans ces prières ils rendent grâces à Dieu et à l’empereur, noire Dieu sur la terre , des bienfaits qui leur sont accordés ici-bas, — c’est-à-dire des bienfaits de Dieu dont l’empereur les dépouille

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sur celle «Ht* ; ici aux environs un u’a pas de terrain à lui donner.

La mort d’uu de nos serviteurs, tué dans une de ces affaires, a produit une grande sensation dans tous ces environs. Cet homme résidait à Vardan , où se trouvait un navire turk sur lequel il devait s’embarquer avec une grande quantité de lettres dont nous l’avions chargé. Mais il avait souvent fait la guerre, cl, pauvres esclaves de l’habitude que nous sommes! il ne put s’empêcher de prendre part aux événements d’un intérêt si puissant qui se passaient à quelques heures seulement du lieu de sa résidence. Dans la matinée du 13 il se trouvait au milieu d’uu parti d’euviron mille Cirrassiens, qui était allé reconnaître les bâtiments échoués sous les batteries du fort, quand un biscaïcn l'atteignit à l’épaule et alla ressortir par le dos. Il ne survécut que peu de minutes, durant lesquelles il parla à ceux qui l’entouraient, et leur lit ses adieux en homme « dont l’heure était vcuuc, » avec autant de calme que s’il n’eût pas été blessé. Il était, je crois. Polonais de naissance, cl comme la plupart des gens de sa classe, outre sa langue naturelle, il {variait l’allemand, l’italien, le russe, le turk, l’arabe, le persan, le géorgien, l’hindouslani et un peu d'anglais. Il avait servi trois ans à bord de je ne sais quel vaisseau de la compagnie des Indes; il était même venu une fois en Angleterre, cl il avait été souvent au service des voyageurs anglais, entre autres à celui de M. Ellis, notre dernier ambassadeur en Perse, et il semblait fier d’énumérer les présents qu’il en avait reçus. J ignore quel était son nom véritable. A Péra il portait celui de Paulo Vencroli, sous lequel il doilêlrc connude nombrede ceux qui ont voyagé en Orient,où sesaven turcs singulières et pleines d’audace furent peut-être plus nombreuses, d’après ce qui m’en a été dit, que celles de pas un de ses contemporains. Scs deux traits caractéristiques étaient un courage à toute épreuve el une très-grande adresse, tant intellectuelle que manuelle, avec 11. a

un tact pour arriver à ses fins qui ne peut s’acquérir qu’à l'école où il avait étudié, et non sans fruit. Il s’enorgueillissait de sa connaissance de ce qu’il appelait la politique asiatique , et de la facilité avec laquelle il pouvait prendre tous les caractères selon ceux avec lesquels il se trouvait : jouant le libéral avec le Franc d’Europe, — prenant les dehors d’un saint hadji ( car il avait visite trois fois la cité sainte) avec le musulman d’Asie plus rigide, mais s’indemnisant de son abnégation, toutes les fois qu'il se rencontrait avec de bons compagnons , dans les déserts de l’Arabie comme dans les vallées vignobles de ces montagnes, par des exploits bachiques dans lesquels il était invincible, et s’attirant leur admiration par des tours de danseur de corde. Parfait cavalier, il excellait à tous les genres de chasse ainsi qu’à tous les exercices d’adresse , et il s’était fait ainsi beaucoup d’amis. Je ne pouvais l’estimer, à cause du relâchement et de la versatilité de ses principes; et cependant son activité, son adresse, son esprit, sa fermeté et son courage, me firent vivement sentir sa perle.

La plupart des individus de qui la généralité des voyageurs anglais, dans leur ignorance des langues de l’Asie, doivent nécessairement et souvent malgré eux recevoir leurs impressions sur les parties de l’Orient qu’ils visitent, ressemblent assez à Paulo Yeneroli. El il en résulte un double préjugé; car « le babil demilady passant par la bouche de sa femme de chambre » est aussi propre à nous donner une juste idée de l’esprit et de la conversation légère d’une de nos belles , que le verbiage aussi incorrect que vide d’intelligence d’un de ces interprètes ambulants est propre à donner une juste notion à un Anglais des idées asiatiques, ou à l’Asiatique du caractère anglais. Les intérêts moraux et matériels de la nation britannique prenant chaque jour en Orient de nouveaux accroissements, on peut, je pense, s’attendre avec raison à ce que les langues principales de l’Asie deviennent

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pour la jeunesse anglaise un objet d’attention sérieuse; les simples idiotismes d’une page de Dialogues lui donneront une idée plus juste du caractère national que ne h; ferait une heure de questions adressées à la presque totalité de la race actuelle des drogmans.

Khissa, 26 juin (i). — Les Russes peuvent certainement se vanter d'avoir fait quelque progrès matériel dans la conquête de celte côte, en cela qu’ils y ont gagné autant de terrain qu’en commandent les canons de leurs forts; mais quant aux progrès de leur conquête morale ils sont incontestablement rétrogrades, car jamais de mémoire d’homme, ni même aussi loin que la tradition se reporte, il n’y a eu d’union telle que celle qui existe aujourd’hui dans toute l’étendue de ces provinces du nord-ouest, qui conservent encore une libre communication. Je vais récapituler ici les preuves de cette unité, car le fait est d’une haute importance. L’appellation indigènede la nation et de la langue circassiennes est adighi le nom de Tcherkessc, d’origine turque ou tatàrc, n’est jamais employé par les natifs, et beaucoup d’entre eux ne le comprennent même pas (2). Celte langue est en usage depuis l’extrémité orientale de la Kabarda jusqu’à la mer Noire, y compris l’Abarak. Le long de la côte les habitants comptent

( 1 ) A eetle époque, le compagnon de M. Bell, M. Lnngwood, avait depuis deux joui s quitté la Circassie. — A year among lhe Cir cassions, t. II, p. 321 etsuiv. (TVad.)

(2) « Le nom de Tcherkesse est, diN>n, d’origine turque, et composé de tcher, chemin, et kesmek, couper : il signifierait donc un homme qui coupe le chemin, c’est-à-dire un brigand, i (Klaprolh, Tableau du Caucase, 70.) Il faut remarquer, néanmoins, qu’on a cru reconnaître ce nom dans celui des Kerkiles , mentionnés par Strabon au nombre des tribus montagnardes du Caucase occidental ; or, dans ce cas, il faudrait chercher au mot tcherkesse une autre étymologie, car, ainsi que le fait remarquer M. Klaprolh {loc. cit.), la présence des Kerkètes dans les montagnes du Caucase est anlérieure à l’arrivée des peuplades turques de l’Asie moyenne au voisinage de ces montagnes. (IYad.)

trois langues distinctes : l'adigbé, qui s'étend au sud jusqu'à la petite rivière de Bd, limite méridionale du Nolouhateh ; l’abaza , entre la Bd et la Hamisch; et l’azra, depuis la llamiseh en allant au sud jusqu'à la frontière de la Mingrélie(t). La différence de ces trois idiomes est telle, que ceux des natifs qui ne comprennent que celui qui leur est propre sont hors d'état d'entendre les deux autres (2). Autrefois les habitants des deux côtés de la Hamisch se regardaient avec une froideur et une aversion mutuelles, — fruit d'anciennes querelles , — et il n’existait entre eux que peu de eommunieations et de communauté de sentiments. A mesure, cependant, que l'oppression extérieure s’est accrue , le danger d’un tel étal de choses est devenu plus apparent, et deux chefs sont parvenus à y mettre un terme : Djeriko-Okù Islam, chef du sud, et Hadji Datchrtm-Okû , chef de ce côté-ci du pays, (les deux chefs ont réussi à établir un si parfait accord entre les deux races, que lors des deux débarquements de l'ennemi à Ardôwhalch et à Saschc, elles se réunirent de cœur et de bras dans leurs efforts pour le repousser, et que l’on put dire qu’elles ne forment plus maintenant qu’une seule communauté s’étendant depuis Gaghra jusqu'à Toapse. De Toapse à l’ehat on put regarder le pays comme compris dans une seconde communauté, où les mesures se prennent principalement de concert avec les Abazaks du voisinage immédiat ; le reste du Nolouhateh , avec le Chapsuk , en forme une troisième, qui est de beaucoup la plus puissante des trois, et qui , comme telle, exerce une grande influence morale sur les deux autres. Aussi ai-je eu plus d'une fois occasion de remarquer avec quel soin ccllcs-ci évitent d’offenser la première. Les anciennes lignes de démarcation de la Bô

(I) Nous renverrons le lecteur, sur ce sujet, à la note de la page 3U5 du premier volume. {Trait.)

(3) On trouvera dans l’Appendice uii vocabulaire comparé de ces truis

idiomes.

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cl de la Hantise!) sont entièrement effacées; car jusqu’à Gaghra tous ont adopté le nom d’Adighé, et se rangent maintenant sous cette grande appellation nationale. Pour distinguer les Azras de la partie sud de la côte de ceux de ce côté-ci des montagnes de Gaghra, on donne maintenant aux premiers le nom particulier de Psibé , qui est celui du district autour de Sùkôm-Kalèh (1).

La prestation du scrmeut national, qui a commencé à Gaghra , se propage en ce moment au nord ; et les otages que les habitants du sud prennent de ceux du uord , et qu’ils placent sous la garde des habitants d’ici, sont de nouvelles preu • ves de l’unité et de la force du sentiment qui existent maintenant contre les Russes. Le peuple a probablement jugé cette dernière mesure utile par suite de ce qu’on avait vu les habitants de la partie de la côte située au sud de la passe de Gaglu a amenés à se soumettre aux Russes par l’inlluencede leurs chefs, notamment de Helasch-Okù llamcd , prince de Sùkôm , qui déplore, on le sait, la dégradation de sa province et la sienne propre (de prince indépendant devenu général russe!), mais qui n’en est pas moins à présent hors d’état d’échapper au joug, sa famille, après nombre d’années d’une lutte opiniâtre, ayant été obligée de donner des otages aux Russes. Je crois, néanmoins, qu’il y a lieu d’espérer que même les habitants du sud de la Gaghra pourront se ranger bientôt sous la bannière circassicnnc , laissant la famille de leur prince à son sort. On fait en ce moment des tentatives pour arriver à cette réunion désirable. Il n’y a pour eux nulle Itonne raison de ne pas avoir continué la guerre, à moins qu’on ne regarde comme telle l’obéissance à la volonté do leur prince; car bien que leur côte soit quelque peu ouverte,

(l) Psibé, la Bsoubbé de M. Dubois de Montpërcux ( l'oy mil. du Cauc . , I, 2 1 8 ) est le nom de la rivière la plus considérable de celte partie de la côte ; mais l’embouchure en est éloignée de plus de 16 lieues de Sükûm-Kalèb à l’CX-N.-O. (Trnâ.)

les montagnes voisines sont même plus âpres et d’nne plus facile défense que celles de ce côté de la chaîne centrale, et pour leurs approvisionnements ils sont à une plus grande proximité de la Turquie. Je ne parle, au reste , que des Azras de la côte; ceux de la grande chaine de l’intérieur du pays sont parfaitement libres et indépendants.

La Sùbasch ou Chakhc est fréquemment désignée sous le nom de Mawayèh (rivière de sang), parce qu’il n’y a guère d’années que quelqu’un ne s’y noie en la passant à gué. C’est une des rivières les plus larges et les plus rapides de la côte, et j’en ai éprouvé le danger le 14, au moment où elle était gonflée par la pluie du précèdent orage. La mort de Paulo m’avait été annoncée brusquement par Slanislav ; pour m’en assurer, je partis de Chimtoatch immédiatement, et ce ne fut qu’arrivé aux bords du torrent déchaîné que je m’aperçus que j'aurais bien fait de me pourvoir d’un guide expérimenté pour m’en indiquer les gués. Mon cheval, qui n’était pas des plus robustes, fut entraîné par le courant jusqu’à un endroit profond où il perdit pied ; il lui fallut se mettre à la nage, et nous primes lui et moi un bon plongeon avant d’arriver sains et saufs à l’autre rive. Mon escorte s’abstint pru-r demment de me suivre; il me fallut conséquemment faire seul le long de la côte de Khissa mon voyage de soir, trempé comme j'étais sorti de l’eau.

La vallée de la Chakhc est grande, fertile et populeuse. Elle s’ouvre sur la mer par un large débouché en grande partie uni ; et cependant les habitants, qui regardent comme certain que les Busses tenteront d’y établir un fort, sont déterminés à leur opposer une vigoureuse résistance, et ont couvert le front de la ligne de fossés creusés sous différents angles. Ils se proposent de s’abriter dans ces fossés tant que durera la canonnade (car la profondeur de la mer permet à de grands navires d’approcher très-prés de la côte), de façon,

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à élrc prêts à faire aux troupes une rccepliun meurtrière quand elles approcheront.

10 juillet. — Ayant ouï dire par hasard que quelques canons de l’une des corvettes échouées au sud de Saschc se voyaient tout à (ail prés de la côte, je voulus aller m’assurer par moi-méme de l’état des choses avant de prendre avec Hadji Dakhùm-Okù les mesures nécessaires pour les faire enlever. Je partis hier à cet effet. A mon passage dans la vallée de Saschc je fus ravi, et quelque peu surpris, d'y retrouver toutes les beautés que j’y avais admirées ; pas un hameau n’était brûlé, pas un de scs arbres majestueux u’était abattu. Les pâturages même étaient encore couverts de troupeaux de moulons et de gros bétail jusqu’à la distance d’un ou deux milles de la mer. Les seuls indices d’un voisinage inquiétant étaient de uc pas voir de charrue marcher dans les champs (où un plus grand nombre de chevaux paissaient avec des entraves aux jambes afin qu’on les prit plus aisément au moment du besoin), et le nombre d’hommes armés qui revenaient en troupes de leur pillage nocturne des bâtiments naufragés qui gisent sous les canons du fort. Quoique ces expéditions entraînent de fréquents accidents elles se continuent intrépidement, la chance d'en tirer quelques okas de fer ou de cuivre étant pour une foule de gens une tentation qui suffit pour leur faire entreprendre jusque-là des courses d’un ou deux jours.

Les seuls exploits qu’aient le niés les Russes depuis leur établissement ici (à l’exception de la défense des bâtiments naufragés) sont ceux que l'extrême insécurité de leur position rend absolument nécessaires, — flanqués comme ils le sont d’épaisses forêts, et commandés en front par des hauteurs, dispositions dont profilent sans discontinuité les Circassicns pour harasser leurs ennemis dans le camp et dans le fort. Les engagements auxquels la possession de ccs différentes localités donne lieu expliquent suffisamment la cause de la ca-

nonnade qui s’entcod ici depuis quelques semaines presque journellement.

Les Russes ont enlin réussi à abattre, jusqu'à la distance à peu prés d’une portée de canon de leur position, le bois qui la rouvrait au nord-ouest; cl après quelques efforts désespérés, et cependant infructueux, pour empêcher les Circassiens de s’aventurer sur les hauteurs qui dominent le front du fort, ils sont parvenus pendant la nuit à élever sur l'une d’elles un retranchement garni de trois pièces de canon, qui commande quelques-unes des collines les plus rapprochées et une partie de la forêt au S. -O. Mais celle hauteur fortifiée est elle-même commandée par d’autres à demi-portée de canon, et le pays qui s’étend au sud -est n'est qu'une suite de v allées étroites et de ravines escarpées revêtues d’anciennes forêts de chênes presque impénétrables ; de sorte que les excursions de la garnison, si elle ose en tenter quelques unes, ne s’étendront probablement pas loin , et que la batterie d’en haut sera sans doute bientôt abandonnée comme intenable.

Avant manifesté le désir de voir une des anciennes croix dont j’ai parlé, on me conduisit an sommet de la hauteur qui commande II» fort, 5 un endroit dont la destination était indiquée par quelques lombes éparses. Là je vis en effet une croix snspenduo à une grosse branche d’un vieux chêne, à laquelle elle était attachée par une embrasse en fer. L’esquisse ci-contre donnera mieux que tout le reste une idée et de celte curieuse relique d'antiquité, preusc indubitable que le christianisme a autrefois dominé ic i , et de la localité qu'on lui avait c hoisie. Les crochets étaient destinés à recevoir unefoule d’offrandes diverses, qu’on laissait là scrupuleusement jusqu’à ce qu'elles fussent emportées en lambeaux par la pluieet le \cnl Quelques débris montraient que des offrandes de ce genre avaient été faites il n’y avait pas encore bien longtemps. Quelques-uns des habitants avaient désiré que cette croix filt enlevée comme un témoignage des erreurs cl de la supcrsli'.

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lion de leurs ancêtres, el «le peur aussi que les Russes ne voulussent y trouver «|uelque appui à leurs prétentions, se fondant sur ce que le pays aurait été autrefois chrétien ; tandis que d’autres regardent ce symbole avec vénération. De ce nombre est Ali Achmct Rev, le chef principal du district, <|iii revendique le droit de protéger ce vestige de l’antique foi de ses pères ; et je crois qu'une ou deux sorties que les Russes avaient faites dans celle direction n’en ont été repoussées qu’avec plus de vigueur.

Descendus de cette colline consacrée cl arrivés au fond de l’étroiteel profonde valléequ’ellc borde, nous passâmesdevant un grand hameau fort bien construit et situé de la manière la plus pilbiresqno; ce hameau est environné de vignes courantes cl de beaucoup d’autres arbres à fruit. Les habitants l'avaient abandonné, — car le fort n’en est guère éloignéque d’un mille; — mais il était encombré de gens qui attendaient le partage du fer enlevé la nuit précédente aux bâtiments échoués. Après avoir franchi une seconde vallée encaissée comme la première, et un autre hameau également bien construit, oii pour tout habitant il restait deux vieux chiens qui nous firent l'accueil le moins amical . nous arrivâmes à une magnifique forêt de vieux chênes d’une croissance superbe; nous la traversâmes diagonalement en nous dirigeant vers la iner, et nous y trouvâmes bivouaqués plusieurs détachements en train de préparer leur frugal repas dans de grandes chaudières, — dont chaque troupe qui se forme a soin de se munir. — Sur la côte, une cinquantaine d’hoinmcs étaient activement occupes à piller un des navires, dontlesdébris — on n’en voyait plus que les charpentes — étaient échoués à trois ou quatre toises de la berge.

A notre retour j’examinai les ouvrages de la forteresse; ces ouvrages sont d’une étendue considérable, et promettent d'ôlrc aussi loris que le comporteront la position el les matériaux. Le mur en terre est d’une grande hauteur, et le

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fossé profond en proportion; des bastions vont être construits aux angles. Un grand nombre d’hommes et de chevaux étaieut alors à l’œuvre. A l’un des hameaux abandonnes (où cependant on avait laissé le bétail et quelques serfs) nous avons eu pour souper de la pasta, du miel et du lait, et pour notre coucher un épais lit de bruyère.

Les occasions que j’ai eues de me former une opinion des manières et des charmes des Circassicnnes ont été assez rares ; en partie à cause de l’introduction partielle des habitudes de réclusion empruntées à la Turquie, mais beaucoup plus à cause de la position qui m’est assignée, et qui, à mon grand regret, les tient généralement à distance respectueuse, tandis que les gens à mon service sont fréquemment invités à la maison de la famille. Je vois cependant que si je pouvais dépouiller cet apparat dont on m’entoure pour faire de temps à autre des excursions incognito, j’aurais plus d’occasions d’augmenter ici ma connaissance du monde féminin. L’autre jour j’étais descendu jusqu’à la côte pour m’j baigner, vêtu seulement, à cause de la chaleur, d’une chemise, d’un caleçon, d’un anleri de coton et de pantoufles, — costume commun ici, — et j’étais assis sur la plage, d’où j’examinais la flotte mouillée en rade à la hauteur de Saschc, quand quelques femmes à pied vinrent à passer. Je ne fus pas peu surpris de les voir s'approcher et se mettre à me parler; et bientôt la plus jeune, grande et belle jeune fille portant entre autres choses des caleçons de soie verte et accompagnée de deux femmes plus âgées conduisant un cheval, vint s’asseoir prés de moi pour que je lui apprisse à se servir de la longue vue et riant de bon cœur de la difficulté que nous avions à nous entendre l’un l’autre. — Je suppose qu’elle me prenait pour un Turk.

Un soir de ces jours passés j’eus une aventure d’un autre genre. Je crois avoir dit que cette vallée, quoique cultivée dans toute son étendue, est inhabitée aux approches de la

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mer (ainsi que la plupart des autres), les maisons des différents propriétaires étant situées à l'extrémité intérieure, où la

vallée se termine à des hauteurs revêtues de forêts compactes. J'avais tellement prolongé ma promenade habituelle le long d'un ruisseau non loin de la mer, que la lune était déjà assez élevée sur l’horizon avant que je ne fusse à mi-chemin de mon logis. J’aperçus en ce moment, remontant la vallée, trois hommes que leurs chevaux chargés annonçaient devoir probablement être des étrangers; je pris un sentier différent pour les éviter. Je ne lardai cependant pas à être aperçu de l’un d’eux ; et comme il ne parlait pas assez turk, ni moi assez circassicn, pour que je pusse expliquer qui j’étais et sous la protection de qui je me trouvais, il crut devoir me retenir comme suspect et appeler ses compagnons. Une discussion animée s'éleva alors entre eux, sans doute sur la convenance de me retenir prisonnier; car je ne doutai pas qu’ils ne me prissent pour un déserteur russe, d’après cette circonstance surtout que j’étais sans armes. Au surplus je ne cherchais nullement à résister, la perspective d’une aventure qui rompit quelque peu la monotonie de mon existence ne me déplaisant pas. Mais l’arrivée d’un homme du haut de la vallée vint mettre fin à la méprise et me rendre à la liberté. Cet incident peut montrer quelle vigilance on exerce dans le pavs, et aussi de quelle estime nous autres Anglais nous jouissons maintenant; car ces trois hommes, à ce que j’ai su depuis, sont d'une partie de la côte éloignée d’ici de trois ou quatre jours de marche.

Je n’ai pas de plus grand soulagement dans les moments ' de découragement et d’ennui auxquels je me laisse aller parfois, que de descendre ainsi la vallée et d’aller m’asseoir sur une des collines qui dominent la plage, cl d’où la vue embrasse à la fois et la mer qui va se perdre à l’horizon, et les caps pittoresques de la côte qui se prolonge au loin, et notre charmante vallée avec les lignes de collines boisées qui s’élè-

vent graduellement jusqu'à la haute barrière de montagnes escarpées qui la ferment à l’est. J’aime aussi à me rafraîchir l’esprit en allant m’établir près de quelque heureuse troupe de nos voisins, — jeunes et vieux, hommes et femmes, — activement occupés à ensemencer leurs terres à la pioche ou à la main, chantant en cœur quelque air animé pour alléger le travail, et s’interrompant quelquefois pour venir se grouper autour de moi, m’offrir quelques rafraîchissements dont ils sont presque toujours pourvus, allumer ma pipe, ou échanger quelques plaisanteries. Ils s’aident ainsi alternativement les uns les autres, cl leurs champs ont en général l’apparence nette cl propre d’une de nos pépinières. Si un voyageur vient à passer pendant que les habitants sont ainsi occupés de quelques travaux d’agriculture, il ne manque presque jamais de leur crier rabestùnkhn ! (puisse cela vous rendre beaucoup); et les règles du savoir-vivre exigent également que quand il rencontre un troupeau de moutons ou de chèvres il attende pour passer outre que le gardien les ail réunis sur un des côtés du chemin , cl qu’alors il lui adresse la salutation hoichupchi, puissiez-vous les voir s’accroître !

I.a plante à nitre, que je croisétrc une espèce particulière d umarantbe,. ue parait pas être aussi généralement cultivée sur cette portion de la côte que vers le nord, probablement parce qu’ici il a clé plus facile de tirer de Turquie des approvisionnements de poudre.

Le penchant naturel vers l’ordre et un gouvernement régulier — qu’à cet égard humble disciple de Napoléon, je crois être fortement inhérent aux hommes en société, quelle que puisse être d’ailleurs leur conduite individuelle — se produit d’une manière frappante, ce me semble, dans le profond attachement que les Circassicns continuent de montrer pour les Turks, quoique le dernier pacha lurk d’Anapa, Osman, ait livré par trahison celte forteresse qu’il pouvait encore défeudre, et les ait empêches d’attaquer les Russes dans un moment

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ou leur position était devenue lellcmenl critique par suite île l’élat marécageux du pays et do l'impossibilité où ils se trouvaient ainsi de faire usage de leur artillerie, qu’ils eussent été nécessairement forcés de se rendre pour ne pas être taillés en pièces; et bien que la Porte ait plus tard fait ouvertement une cession fictive de leur pays, et reçu avec tous les dehors delà froideur et delà négligence les demandes de secours qu ils lui ont adressées dans ces derniers temps. Mais ils se souviennent avec gratitude que c’est à un précédent pacha d’Anapa, Hassan, qu'ils sont en grande partie redevables des principes de subordination et de régularité, basés sur ceux de la loi turque, qui régnent maintenant chez eux dans la distribution de Injustice; et que c’est à lui aussi qu’ils doivent ce a quoi ils attachent encore un plus haut prix, une plus grande diffusion de ce que la plupart d’entre eux regardent maintenant comme le vrai chemin du ciel, la croyance musulmane.

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