‹ Journal D'Une Residence en CircassieChapitre 8 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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H/| JOURNAL u'u’NE RESIDENCE

l’immense dévastation par laquelle elle devait forcer les habitants à se soumettre, nous trouverons qu'ils se bornent à quelque pillage de blés et de foins, à la destruction d'une demi-douzaine de maisons sur la ligne qu’elle a suivie dans sa marche, et à quelques acres de roseaux fauchés !

Le général Rayevski a-t-il jamais eu l’intention d’essayer un système de dévastation générale dans cette partie du pays (ou simplement dans la vallée de Psébebsi), ou a-t-il seulement cherché par de telles menaces à effrayer les habitants pour les porter à traiter avec lui et en retenir un certain nombre chez eux à transporter ailleurs ce qu'ils possèdent , afin que lui et son armée pussent faire leur retraite avec moins de danger? c'est ce que lui seul peut bien savoir. Au surplus, aucun des objets qu’il avait en vue, sauf le dernier (et encore partiellement) , n’a été atteint ; et je ne puis me défendre de penser que sa campagne, se terminant comme elle s’est terminée, doit ajouter grandement à l'admiration que les Circassiens avaient déjà excitée. Passons-en les circonstances en revue.

Dans l’automne de l’année dernière Sa Majesté l’empereur visita ce pays pour la première fois — et autant que je puisse mesouvenfr, c’est la seule visite impériale qui y ait été faite depuis le temps de Pierre, — non pour son plaisir, on peut bien le supposer, mais dans le courageux dessin d’apporter ici l’œil du maître, et de voir en quoi ses serviteurs avaient failli dans leur devoir; souffrant que ses armes fussent déshonorées et le caractère de son gouvernement abaissé dans l’estime de l’Europe, dont la compassion est acquise aux luttes prolongées d'une victime que l’on devait immoler d’un coup. Par suite de celte visite d’inspection , le maréchal Rosen , gouverneur nominal de la province, et Williaminef, le général qui commandait ici sous scs ordres, furent déplacés et dégradés. Le gouverneur d’Ànapa fut déplacé aussi ; mais j’ignore s’il fut dégradé ou non. Nous pouvons présume

F. N CIKCASSIE.

qu'à la place de gens que l’un jugeait insuffisants un en installa d’autres d’une capacité non douteuse, et que l’on mil à leur disposition toutes les ressources que la situation des choses semblait exiger. Aussi avons nous vu que les forces de terre et de mer employées dans la campagne ont été plus considérables que dans aucune des années antérieures; — que la campagne s’est ouverte beaucoup plus lot que précédemment, cl qu’elle s’est prolongée beaucoup plus tard ; — que la paye des troupes auxiliaires a été portée à un (aux exorbitant ; — qu’on a fait d’ailleurs, tant dans le nord que dans le sud, des efforts extraordinaires pour en augmenter le nombre; — elqu’enfin le régime des troupes russes employées dans celte guerre a été notablement amélioré. El après ces formidables préparatifs, après cette détermination d’en finir d’un seul coup, à quel résultat est-on arrivé? Quatre forts à murs de terre construits sur la côte, et le débarquement de l’armée sous la protection du feu des vaisseaux ! Et bien loin que la fin de la lutte paraisse aujourd’hui plus prochaine, non-seulement l’esprit de résistance est en ce moment plus énergique, mieux organisé , plus général et plus efficace qu’il ne l’a été à aucune époque, depuis que M. Urquhart vint il y a quatre ans prendre connaissance des affaires du pays, mais encore il s’est propagé dans le sud — ainsi qu’on l’a vu, — chez un peuple qui depuis nombre d’années avait acquiescé aux usurpations de la Russie. Outre tout cela, il ne faut pas oublier qu’elle a aujourd’hui sur les bras une guerre avec les Tchclchenscs et leurs voisins, contre lesquels on vient d’employer un développement de forces militaires non moins considérable que celui que l'on a montré ici ; et que toutes les provinces du haut Kùban , qui depuis sept ou huit ans avaient cessé de prendre part aux hostilités contre la Russie, n’attendent maintenant, pour entrer dans une ligue générale avec leurs compatriotes, qu'une réponse favorable au document envoyé .à Séflr Bev, document auquel tous leurs

chefs ont apposé leurs sceaux. Mais, hélas ! on peut dire de la Circassic comme de tant d’autres choses de ce monde : Non ab omni parle beata — et tandis que son horizon intérieur s’est éclairci , grâce à sa constance héroïque, au dehors — par suite de la pernicieuse influence de la légèreté politique — scs espérances sont devenues plus faibles et son avenir plus sombre et plus menaçant que jamais. Il faudra qu’elle succombe, — accablée sans retour, — si cet état de choses se prolonge encore longtemps.

EN CHIC ASSIE.

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