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attendu qu'il en avoit à revendre. Ce qui fait un fort joli mot, attendu que Ton sait que ses- poésies lui ont attiré plus d'une fois des coups de bâton.

Le président Lambert, prévôt des marchands, est mort. Cet homme, étant président des requêtes du palais, passoit pour le plus honnête homme de Paris et bon citoyen ; on parloit toujours de lui pour être un des premiers exilés dans les affairés de troubles. Il n'a pas plutôt été prévôt des marchands qu'il s'est livré à la Cour; qu'il a fatigué le peuple plus qu'un autre, de manière qu'il a été très-mal famé et peu regretté, ce qui fait voir qu'on ne doit jamais compter sur la probité d'un homme qu'on ne Fait éprouvé dans des postes délicats et tentants,

M. Turgot \ second président de la même chambre des requêtes du palais, est prévôt des marchands. 11 est neveu de M. Le Pelletier Des Forts, contrôleur général. Au moyen de cela, et de ce que M. Vallier, premier président de cette seconde chambre des requêtes du palais, est aveugle et n'y vient pas, M. Ogier,. fils du ci-devant receveur général du clergé, qui est reçu président depuis un mois, va présider (et qui deviendra premier président de sa chambre tout jeune). «

Lundi 18, mardi et mercredi, il y a eu dans. tous les quartiers de Paris une fameuse procession des religieux de la Merci2 avec les captifs qu'ils ont rachetés et ramenés d'Alger. Ils étoient au nombre de quarante-six, et il y avoit un capitaine de vaisseau et un religieux de la

t. M ichel-É tienne Turgot, né à Paris, en 1690. Comme prévôt des marchands, il a contribué à Tembellisement de Paris. On lui doit la fontaine de la rue de Grenelle-Saint-Germain. Il mourut en H51 , laissant plusieurs enfants, dont l'un, Anne Robert, se rendit célèbre comme ministre de Louis XYf,

2. Les Pères de la Merci^ ou de la Rédemption des Captifs, fondé à Barcelone, en 1223, par saint Pierre Nolasque, gentilhomme français. Cet ordre différait de celui des Mathurins, en ce que ses membres faisaient le vœu, non-seulement de racheter les esclaves, maïs encore de demeurer en otage pour eux. ï.eur maison, à Paris, était située .rue du Chaume, dans l'hôpital construit pzr hfam:!!:1 de Tîraque,

Merci. Us n'ont pas laissé que de faire bien de l'argent dans le tour de la procession.

Août»

Affiche contre les Jésuites. — Arlequin- Jésuite. — Un Jésuite héritier. —

Prospérité du collège des Jl'suîIcs.

Ces pauvres Jésuites sont bien haïs dans le public, en voici des preuves. Mardi, 2 de ce mois, c'étoit la tragédie du collège. On avoit affiché" à leur porte un placard formé de grandes lettres imprimées [et] rassemblées :

« Les comédiens ordinaires du pape représenteront « aujourd'hui sur leur théâtre de la rue Saint-Jacques : « les Fourberies d'Ignace, et pour petite pièce, Arlequin « Jésuite, en attendant la farce des Tableaux^ qui est « une affaire qui se plaide. »

Un particulier a fait un legs à la maison du Noviciat de plusieurs tableaux, montant à six mille livres, en considération d'un tel père, son ami. Cela a fait un procès de la part de l'héritier pour faire déclarer le legs nul. Cela s'est plaidé aux Requêtes de V Hôtel avec grand concours de monde, et c'étoit précisément Àubry, auteur de la consultation des avocats, qui plaidoit contre les Jésuites, et qui avoit arrangé les choses de façon que par la cession d'un père à son fils, c'étoit un père de l'Oratoire qui étoit/ partie adverse des Jésuites1. Hier, 9 de ce mois, les Jésuites ont perdu leur cause avec dépens. Non-seulement on a claqué des mains, mais il y avoit à la cause quatre pères Jésuites que le public a reconduits jusque dans la cour du palais au May, avec des huées et une avanie épouvantables, et cela à midi devant tout le monde qui est dans la grande salle du palais dans ce temps-ci.

Avec tout cela, ils ont cinq cents pensionnaires actuellement au collège, de toutes sortes d'états, de qua-

i / Cela a dure plusieurs audiences. [ï\'ote dt Barbier),

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lité et de bourgeois, et il faut retenir une chambre un an auparavant. Ce fait est certain. Comment accorder cela avec celle haine marquée? Il faut dire que ceci est une querelle de religion dont la plupart des honnêtes gens de la cour et de la ville ne s'embarrassent guère, et qu'ils n'entendent pas. 11 leur suffit de savoir qu'ils élèvent parfaitement bien la jeunesse en général. Le grand nombre de jansénistes est à Paris dans le peuple, cuistres de collège, prêtres de paroisses, gens caustiques et demisavants; et tout cela ne fournit guère d'enfants à élever dans des collèges. 11 y a après cela toujours quelqu'un du parti, soit d'épée, soit de robe, qui mettent leurs enfants dans les autres collèges; mais ce qui est par rapport à leur collège est toujours la preuve qu'ils ont plus d'amis que d'ennemis dans un certain monde.

Septembre- Naissance da Dauphin. — Te Deum et réjouissances. — Le Roi à Notre- Dame. — Le Roi à Hlôtcl de Ville. — Les chanoines acceptent la Constitution. — Le [ft-and Thomas, et son festin, — Encore la légende de Grc* fjoire VII. — L'archevêque et les cnrcs de Paris. — Mandement, — Lo vicaire de Sainte-Croix de la Cité.

Grand événement dans notre État! Dimanche, 4 de ce mois, entre trois et quatre heures du matin, la Reine est accouchée d'un Dauphin1. Aussitôt courrier à la Ville et à M. le premier président, et le tocsin du Palais et de la Ville ont été entendus2. A midi, il y avoit déjà une ordonnance de MM. les prévôts des marchands et échevins affichée pour faire des feux de joie et illuminations aux maisons pendant trois jours, comme aussi de fermer les boutiques. Le dimanche, il y a eu feu de fagots à FHôtel de Ville avec illumination, ainsi que toutes les rues de la ville.

1 , Louis de France, mort en 1765, père de Louis XVI, Louis XYIU ctds Charles X.

%* Ces cloches furent sonnées trois jours et trois nuît&,

SKPTIiMBlïË t 720. 77

Le lundi, le Parlement, qui a la police supérieure, a rendu arrêt pour dire que les boutiques seraient ou- * vertes jusqu'à midi, et que les feux et illuminations continueraient encore le mercredi, quatrième jour, et le lieutenant de police a rendu ensuite son ordonnance en conséquence de l'arrêt1, *

H n'y a point eu de palais lundi ni mardi. Le mardi, le Parlement a fait chanter clans la grande salle un Te Deum par cent musiciens, auquel il a assisté.*

Le même jour, M. du Luc de Vinlimille, archevêque de Paris, qui depuis longtemps attendoit ses bulles, a pris possession; et l'après-midi, M. le duc deGesvres, gouverneur de Paris, a reçu M. Taitbout, colonel de la Ville.

M. le duc de Gesvres a été tous les trois jours à la Ville avec quatre carrosses de suite, ses gardes et sa maison, vêtu magnifiquement et dans un carrosse superbe avec deux pages devant et quatre derrière. Personne ne marche avec autant- de pompe. Il a toujours jeté beaucoup d'argent.

Les maisons des échevins étoîent illuminées en lampions et avec des lustres tous les jours, et deux tonneaux devin chaque soir à leur porte, des cervelas et des petits pains.

Le mercredi, quatrième jour, le Roi vint de Versailles à Paris, sur les cinq heures et demie, pour assister à un Te Deum> qui s'est chanté en musique, à Notre-Dame, et où éloient le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, la Ville et l'Université et le Conseil du Roi.

Depuis la porte de la Conférence jusqu'à Noire-Dame, ■ le chemin étoit garni des gardes françoises et suisses. Le Roi vint par le quai des Tuileries et celui des Orfèvres. 11 étoit accompagné de toute sa maison, des deux compagnies des mousquetaires, des chevau-lcgers , de la

i. Voyez le Mercure de France, septembre 1720, p. 2054 et suiv.

78 JOUHNAL DE BAHBEËlt.

fauconnerie, les oiseaux sur le poing, de trois carrosses où étoient tous les seigneurs de sa suite, des gardes du corps et des gendarmes qui ferment la marche.

Quand le Roi fut arrive à Notre-Dame, on tira le canon de la Grève, et alors toute l'infanterie fit trois décharges, ce qui se fit de l'un à l'autre, depuis Notre-Dame jusqu'aux Tuileries, et ce qui fit un fort bel effet.

Dans Notre-Dame, le Roi étoit sur un carreau, un fauteuil derrière lui et un dais. 11 avoit à sa droite le cardinal de Rohan, grand-aumônier, et à sa gauche le cardinal de Fleury et le cardinal de Rissy. A côté de son fauteuil, M. le duc d'Orléans et M. le duc, sur des carreaux; derrière, les secrétaires d'État et les seigneurs.

Après le Te Deum, le Roi alla à l'Hôtel de Ville avec toute sa cour. 11 y fut reçu par le gouverneur de Paris, le prévôt des marchands et échevins. On tira un feu d'artifice magnifique* 11 y avoit en dehors un dais au-dessus de la fenêtre où le Roi étoit* Après le feu, il y eut un grand souper. On comptoit qu'il y auroit un bal, et comme il n'y a pas de gouvernante de Paris, et que madame la prévôté des marchands étoit malade, on disoit que le Roiouvriroit le bal de droit avec madame Remy, femme d'un notaire et premier échevin; mais il n'y eut point de bal.

Le prévôt des marchands servoit le Roi et lui donna la serviette, et les échevins firent la môme, chose aux princes du sang.

Le Roi sortit de la Ville, à onze heures et demie, dans la môme pompe qu'il étoit venu avec toute sa maison; les rues garnies. des gardes suisses et françoises. Il alla par la rue des Lombards gagner la rue de la Ferronnerie. Le Roi a dû être content de sa bonne ville de Paris, car tout étoit illuminé du haut en bas, et la rue Saint-Honoré étoit un coup d'œil magnifique. Le Roi fit ïe tour de la place Vendôme, qui étoit le plus beau morceau. Elle étoit illuminée avec uniformité et égale-

mont; et au Heu dos lanternes qui sont autour, chacun avoit mis un lustre avec des bougies.

Le Roi gagna par la porte Saint-Honoré le long des Tuileries; il vit en plein l'illumination de toutes ces belles maisons, qui sont de l'autre côté de Peau, et il s'arrêta un moment pour voir tirer un feu d'artifice dans le jardin de M. le duc du Maine; ensuite il retourna à Versailles avec de simples détachements.

Le jeudi, Samuel Bernard, fameux banquier, et riche de plus de vingt millions, fit tirer un feu d'artifice magnifique dans la place des Victoires. Son fils, maître des requêtes et trésorier de l'ordre de Saint-Louis, est surintendant de la maison de la Reine.

11 y aura encore des feux, des Te Deum et des illuminations pendant un mois de tous les corps et communautés.

Le 10 septembre, le Parlement, Chambre des Comptes, Cour des Aides, Cour des Monnoies, la Ville ont été faire compliment au Roi. Le lendemain , l'Université et le Grand-Conseil.

Aujourd'hui, dimanche 11 septembre, il y a la procession générale, qui est de tous les chapitres de Paris, qui vont à Notre-Dame, et avec M. l'archevêque et le chapitre de Notre-Dame, ils vont dans la cour du Palais au bas de la Sainte-Chapelle, où il y a de la Vraie Croix que l'on expose, et l'on chante.

Comme il y a soixante-huit ans qu'il n'y a eu de dauphin, il a fallu rechercher les cérémonies. A cette procession, le Parlement devroit assister ; mais comme on est en vacance, le Roi en a dispensé le Parlement pour celte fois, sans tirer à conséquence. Il y avoit l'Hôtel de Ville, et les rues de Paris étoient tendues.

Outre cette procession, en vertu d'un mandement de M. l'archevêque \ toutes les églises paroissiales et toutes

i . Mandement de 3Igr l'archevêque de ParU\ qui ordonne une procès- ■ sion générale pour la naissance de Mgr le Dauphin, Taris, 7 pages iu-i*>, 1720- Pierre-Simon.

SO JOUKKAL lilï BAiUîlEK.

les communautés, tant séculières que régulières, exemples et non exemptes, vont ce matin à Notre-Dame pour rendre grâce à Dieu de la naissance d'un Dauphin, en sorte qu'on n'entend que chanter dans les rues.

Mais pour revenir à autre chose, mardi, notre archevêque fut reçu et donna un grand dîner à son chapitre, ' car il aime fort a manger. Sans chercher à deux fois, il leur dit que la joie du Roi seroit parfaite, si la paix étoit dans l'Église, et que le chapitre de Notre-Dame devrait lui prouver son zèle, en acceptant purement et simplement la Constitution. Cela en resta là, mais on tint • chapitre le lendemain; ils étoient vingt-neuf. Tous l'ont reçue, à l'exception de quatre qui ont protesté, en sorte que cette affaire fait grand bruit parmi les gens des deux partis; et Ton attend un mandement pour faire publier celte Constitution par les curés de Paris; mais cela ne sera pas si aisé que pour MM. du chapitre.

On dit qu'il y avoitdéjà du temps que Ton mônageoit MM, du chapitre, et que, quand l'archevêque a proposé la chose, il étoit sûr de son coup. Comme à présent on mène sourdement les curés de, Paris, on ne veut rien faire avec éclat,

Lundi, 12 de ce mois, l'Hôtel de Ville donna un grand repas, qui commença à trois ou quatre heures après midi, où étoient M. le cardinal de Fleury, qui étoit en habit de cérémonie, tous les ministres étrangers , plénipotentiaires du congrès, tous les ambassadeurs étrangers qui sont à Paris, les secrétaires d'État, M, l'archevêque de Paris, tous les chefs des compagnies, les présidents à mortier. M. le lieutenant civil et le procureur du Roi du Chàtelet y étoient aussi. 11 y avoit, dit-on, cent quatre-vingts personnes, quatre tables de quarantecinq personnes, lesquelles ont été parfaitement servies et où l'on s'est placé sans cérémonie, ainsi qu'on s'est trouvé. Cela étoit dans la grande salle avec une symphonie magnifique.

SEPTEMBRE 1729. St

Le Grand Thomas1, personnage original par sa figure, qui arrache les dents, au milieu du Pont-Neuf, a fait quantité de belles choses2 pour la naissance du Dauphin. .11 étoit présent sur son espèce de trône, lors du passage du Roi; en sorte que l'on dit que le Roi lui a donné pension. Pour ne pas avoir le dernier en générosité, il a fait annoncer que, lundi 19, il donneroit sur le Pont- Neuf un grand repas à tout le peuple; à l'effet de quoi, il avoit acheté un bœuf, des moutons et fait provision de vin : il avoit fait imprimer son repas avec permission. Le conseil de la police a réfléchi sur les suites d'un pareil festin au milieu du Pont-Neuf; et le dimanche au soir, on lui a envoyé des défenses d'exécuter son repas3. Lundi matin, le peuple s'est assemblé, et, ne voyant aucun préparatif, a été à la maison du Grand Thomas " casser ses vitres et l'insulter ; en sorte qu'on a été obligé d'envoyer de la garde pour la sûreté de sa personne et pour déranger cette populace. On dit que le Pont-Neuf, la place Dauphine et les quais étoient remplis de populace à ne pouvoir passer, îe matin et Taprès-rîiidi; et le Grand Thomas a eu escorte toute la journée. Il n'a pas reparu sur le Pont-Neuf le mardi. Cette action suffit pour voir qu'on a fort bien fait d'empêcher le tumulte populaire, qui n'auroil été suivi après du vin que de batteries, insultes et quelquefois de pis. Mais cela étoit sensible pour défendre ce repas à la première réquisition, sans attendre que Thomas eût fait ses provisions.

1 . C'était un charlatan fort célèbre. U se tenait toujours sur le Pont-Neuf, devant la statue de Henri IV, sur son char. 11 était vêtu à l'antique et portait un casque orné d'une longue plume.

2 . On a publié sous son nom une harangue en réjouissance de la naissance du Dauphin*, feuille in-4oT imprimée par Coîgnard. La permission signée de M. Hérault est du 13 septembre. Dans cette harangue, le Grand Thomas promettait, pendant quinze jours, d'arracher les dents gratis, de les nettoyer, et de distribuer ses fioles également gratis.

3. Cela donna lieu à imprimer, à la date du 22 septembre, la Désolation du festin d\i Grand Thomas* feuille in-4o, L. Coignard,

JOUlîNAL DE BAKBIE1Ï

J'ai vu dans la Gazette1 du 17 de ce mois, article de Rome» que le marquis Otlieri, ci-devant écuyer du pape, a été, le 16 août au matin, chez le cardinal de Polignac pour demander pardon à Sa Majesté Très- Chrétienne d'avoir osé publier un ouvrage qui avoit pu lui déplaire, que le cardinal de Polignac le reçut gracieusement et l'assura qu'il feroit part au Roi Très- Chrétien de cette démarche respectueuse. Quoique cela soit ainsi dans la Gazette, en termes généraux, sans parler du pape, Ton entend parfaitement que c'est au sujet de la légende de Grégoire VII, qui a été condamnée par le Parlement dé Paris et par plusieurs autres parlements. Il y a l'arrêt du Parlement de Bretagne, qui éloit vif, imprimé ici avec permission; mais il a été retiré le lendemain; en sorte que le pape n'a pas voulu soutenir sa légende.

Notre archevêque est toujours grandement occupé de l'affaire de la Constitution. Il s'agit de réduire les curés de Paris, ce qui n'est pas peu, parce que la paroisse a sucé la doctrine du pasteur. 11 y en a qui seront diablement durs, comme ceux de Saint-Séverin, Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Antoine, Saint-Gcrvais 2 et autres. On ne veut pas prendre de parti violent. Le malheur' encore pour cela est que notre archevêque n'est pas généralement considéré; le peuple dit qu'il aime beaucoup à manger et qu'il ne songe qu'à sa table, en sorte qu'on le regarde comme un goinfre. N*a-l-on pas affiché à la porte de l'archevêché, quand il a été nommé, que saint Antoine étoit mort (c'étoit le nom du dernier) et

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