‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 17 sur 90 · Voyez r Histoire dé l'Opéra, par Uurey de Noin ville · texte numérisé non relu

Voyez r Histoire dé l'Opéra, par Uurey de Noin ville

toire dans Paris, qu'un abbé ■ avoit écrit à la Lecouvreui qu'il étoit chargé de l'empoisonner, et que la pitié lui faisoit donner cet avertissement* Les uns ont dit que c*étoit avec un bouquet ; les autres que c'étaient des biscuits. On réveille à présent cette histoire, et Ton ne soupçonne pas moins que madame la duchesse de

B a, fille du prince de S 3, qui est folle de Tri-

bou, acteur de l'Opéra, quoiqu'elle ait pour amant

M. le comte de C \ mais il faut qu'il souffre cela.

On dit que Tribou aimoit beaucoup la Lecouvreur, et que voilà la querelle. Cela fait une fort jolie scène.

M. le curé de Saint-Sulpice6 a été voir, au sujet de cette mort, M. l'archevêque, et le curé n'a pas voulu la laisser enterrer au cimetière. H a fallu un ordre de M. le lieutenant de police pour la faire enterrer dans un chantier du faubourg Saint-Germain. Mais le plus plaisant est que, par son testament, elle avoit laissé deux mille livres à Saint-Sulpice que le curé n'aura pas.

On dit ^qu'elle laisse plus de trois cent mille livres de bien, qu'elle ne laisse qu'une. modique pension viagère à une sœur, et qu'elle fait légataire universel un conseiller au Parlement, son ami, .M. Ferriol d'Argental, mais on compte que c'est un fidéicommis pour un ou deux bâtards qu'elle a, on ne sait de qui, car ils ont déjà quelque âge6.

t. L'abbé Bouret, Il fut mis à la Bastille à cette occasion.

2, La duchesse de Bouillon- Cette accusation est rejetée par Voltaire, mais accueillie par plusieurs contemporains.

3, Le prince Jacques Sobiefkî.

4, Le comte de Clermont? Voyez les Lettres de mademoiselle Aîssè\

54 L'abbé Languet de Gergy (Jean-Baptiste-Joseph), né à Dijon en 1675, . devint, en 1714, curé de Saint-Sulpice. Ce fut lui qui, par son industrie et son activité infatigable, réunit les Tonds nécessaires à la reconstruction de cette église. Cela lui attira plus d'une aventure. Il mourut en 1750, dans son abbaye de Bernai.

6. Cela est vrai. H y en a une qut a épousé, trois ou quatre mois après, un musicien de l'Opéra, et qui se trouva avoir près de soixante mille livres en mariage. C'est M. d'Argental qui a fait le mariage, {Note de Barbier). Ce musicien était François Francœur»

JOURN'AL DR BAfcRIEK*

Quel contraste frappé mes yeux !

Melpomène, ici désolée, Élève avec l'aveu des dieux Un magnifique mausolée!

Ici la superstition Distinguant jusqu'à la poussière.

Fait un point de religion D'en couvrir une ombre légère!

Ombre illustre! console-toi!

En tous lieux la terre est égale, Et lorsque la Parque fatale Nous fait subir sa triste loi, Peu nous importe où notre cendre Doive reposer pour attendre Ce temps où tous les préjugés Seront à la fin abrogés !

Ces lieux cessent d'être profanes, En contenant d'illustres mânes.

Son tombeau sera respecté; S'il n'est pas souvent fréquenté Par les diseurs de patenôtres, Sans doute il le sera par d'autres, Dont Thommage plus naturel Rendra ton mérite immortel!

Au lieu d'ennuyeuses matines, Les Grâces, en habit de deuil, Chanteront des hymnes divines, Tous les matins, sur ton cercueil.

Théophile, Corneille, Racine, Sans cesse répandront des fleurs, Tandis que Jocaste et Pauline Verseront un torrent de pleurs.

Enfin, pour ton apothéose, On doit te faire une ode en prose, Ce chef-d'œuvre d'un bel esprit Vaudra bien un obit !

Méprise donc cette injustice, Qui fait refuser à ton corps Ce que, par un plus grand caprice.

Obtiendra Pelletier des Forts!

Cette ombre impie et criminelle, À la honte du nom françois,

Quelque jour dans une chapelle Brillera sous l'appui des lois!

Ainsi, par un destin bizarre.

Ce ministre dur et barbare Doit reposer avec splendeur, Tandis qu'avec ignominie A l'émule de Cornélie On refuse le même honneur1 !

C'est Arouet, fameux poêle, qui a fait cette pièce (le vers; il en vouloit personnellement à M. le contrôleurgénéral Le^ Pelletier des Forts, qui, justement, a été chassé du ministère.

Quand il parle d'une ode en prose pour chef-d'œuvre, c'est pour se moquer de M. de La Motte, bel esprit qui a fait des odes et dont la poésie sent la prose, dans laquelle il excelle- On parle, ma foi! d'un surintendant des financés, M. le duc de Noailles. Cela diminuerait un peu la place de notre nouveau contrôleur-général; mais M. Chauvèlin s'opposera à cela tant qu'il pourra, car il voudrait être maître de tout, et Ton appelle M. Orry maître-clerc de M. Chauvèlin,

Il y a eu, cet hiver, à Paris, une maladie violente et générale causée par un rhume, qui a repris par trois ou quatre fois à chaque personne; sans exagération, qui que ce soit n'en n'a été exempt. Il n'a pas laissé que d'en mourir. C'étoit une contagion qui est venue ici par les vents du nord, et qui, successivement, a gagné les autres pays, où Ton a eu les mêmes plaintes sur cette maladie par les gazettes. Jamais on n'a tant saigné ni purgé dans Paris, et on n'y avoit jamais vu pareille chose.

Nous avons eu, cette année, h la Foire, une chose fort curieuse : une chienne, nommée Charmante, grande

i . Cet vers n'ont pas été imprimés dans l'édition de Ktaell.

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