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98 JOURNAL DE OABDfER*
comme rn chien de chasse, qui joue à la triomphe1 à merveille. Le premier des spectateurs donne cinq cartes pour la chienne et cinq pour lui à l'ordinaire, et retourne la triomphe* Le maître met les cinq cartes par terre dans Tordre qu'il les a reçues; la chienne va prendre avec sa gueule une carte pour jouer, et si elle a un roi, elle ne joue pas une basse carte. Si la personne prend et joue une carte dont la chienne n'ait pas, elle tourne pour voir ce qui retourne, va prendre un atout, et coupe et prend le plus petit, si elle en a deux. Elle ne s'est pas démentie une fois pour jouer aussi bien qu'une personne. Le maître étale toutes les cartes à terre, sans distinction ; deux spectateurs demandent la carte qu'ils veulent, l'un le huit de pique et l'autre le neuf de cœur; la chienne tourne et cherche les deux cartes, Tune après l'autre, et les apporte à son maître dans sa gueule.
On lui étale par terre dès cartes, avec une lettre dessus, qui composent l'alphabet; les spectateurs demandent de faire un nom comme Marie, Louis; elle prend l'une après l'autre toutes les lettres pour faire ces ' noms et .ne se trompe point à Vorthographe.
On lui étale des cartes où il y a des chiffres, ensuite son maître étale cinq caries comme au piquet ; son maître lui demande quel nombre cela fait; elle compte comme on compte un point au piquet et elle en apporte juste le chiffre.
On lui demande de quelle couleur est la robe d'une femme; elle cherche dans ses. lettres et elle apporte celles qu'il faut pour faire : vert, blanc, etc.
Enfin, on fait retenir deux cartes à la compagnie, en idée; on brouille le jeu; le maître étale à terre toutes les cartes renversées, c'est-à-dire les figures dessous. On demande à la compagnie laquelle des deux on veut faire tirer la première. On demande à Charmante la première carte retenue; elle cherche, regarde et prend
t. Jeu de cartes.
jMAKS 1730
une carte que la personne reconnoit être la sienne.
Tout Paris a vu cette chienne, et moi aussi. On croit, ma foi! qu'il y a un peu de- magie dans ce fait-là!
M. Languet, évêque de Soissons1, et frère du curé de Saint-Sulpice, a fait la plus grande sottise, au commencement de cette année, qu'il pouvoit faire. Il a fait un livre, qui est la relation de la vie d'une religieuse * dans le couvent de la Visitation Sainte-Marie de Paroisle-Monial, en Charolois3,- morte en 1690, et il a dédié ce livre à la Reine8. Cette religieuse avoit une singulière dévotion au Cœur de Jésus-Christ, On décrit dans ce livre toutes ses austérités, ses méditations dans lesquelles elle avoit une conversation réglée avec Jésus- Christ. Cette fille s'appeloit Marguerite-Marie Àlacoque4. Dans les enthousiasmes de cette conversation toute spirituelle, notre évêque fait tenir des discours trèstendres à la religieuse et à Jésus-Christ, avec des expressions trop vives, et que les lecteurs ont tournées à mal. Cela a suffi pour que toute la Cour et la ville aient voulu avoir ce livre. 11 n'étoit plus question que de Marie Alacoque, dont le nom s'est trouvé plaisant par hasard, et
1. Jean -Joseph Languet de Gergy, né à Dijon le 25 août 1677, évêque de Soissons, depuis le 23 juin i 7 1 5 jusqu'en décembre 1730, époque à laquelle il fut nommé archevêque de Sens. Il mourut le 3 mai 1753. Il était membre de l'Académie française et grand adversaire des jansénistes,
2. Paredum Monackorum^ Parois-ie-ÎIonial, sous l'invocation de la sainte Vierge, dans le diocèse d'Autun, existait dès 973.