‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 23 sur 90 · JUILLET ET AOUT · texte numérisé non relu

JUILLET ET AOUT

dans une thèse en Sorbonne : la première, que la proposition quatre-vingt-onzième de la Constitution Unigenilus, qui regarde l'excommunication, est vraie dans tous les sens; la seconde, que la Constitution est un dogme de foi.

Il faut avouer qu'il est impertinent de pousser les choses à ce point-là dans des thèses, car les conséquences de la première proposition sont très-graves pour les puis-, sauces.

On a publié les deux arrêts qui ordonnent la suppres? sion de ces deux thèses.

Juillet.

Le cardinal Corsini, pape sous le nom de Clcnicnt XII.

Le conclave pour l'élection d'un pape n'a pas laissé que de durer du temps. À la fin, ils ont élu le cardinal Gorsini1, Florentin, le 12 juillet, qui a pris le nom de- Clément XII. 11 a soixante-dix-huit ans.

Août.

L'abbé Baudry et son précepteur. — Simonie. — L/abbe" Baudry condamne. — Note sur la famille Talon. — Naissance du duc d'Anjou.

Un homme, qui avoit été précepteur de l'abbé Baudry, conseiller au Parlement, piqué de l'avarice du sieur Baudry père, qui refusoit de lui payer une pension promise, a jeté un dévolu sur un de ses bénéfices, sur le fondement de simonie dont cet homme, qui étoit alors dans la maison et qui étoit dans l'intrigue, a donné des preuves. Cela a fait la matière d'une grande plaidoirie en la troisième chambre des Enquêtes. On a regardé le procédé du précepteur infâme; mais, malgré le crédit de 1 abbé Baudry, lui-même conseiller, qui a un frère ainé

î . Laurent Corsini, né à Rome le 7 avril 1652, cardinal en 1706, cvêque de Frascati en 172b, élu pape le 12 juillet 1730, et couronne le 10, il mou* rut le 6 février 1742,

124 ■ JOUKNAL DE RMUIIEK.

conseiller de la Cour, une sœur mariée à M, de Chaillou, conseiller de la Cour, un oncle, M. l'abbé Lorenchct, conseiller de Grand'Chambre et très-habile; malgré l'adresse de M. Gilbert, avocat général, qui a voulu faire tomber toute la simonie sur la personne du père, par arrêt de jeudi,... août, la Cour a déclaré tous les bénéfices de l'abbé Baudry vacants et impôtrablcs. 11 a été par là déclaré simoniaque, et en môme temps on a déclaré le précepteur non recevable dans sa demande, en sorte que cela fait un homme de trente ans qui ne peut plus être d'Église ni de robe. En général, on n'en a pas été fâché dans le Parlement; cela a fait même rechercher que le père Baudry, qui est grand-maître des eaux et forêts1, avoitfait sa fortune dans l'artillerie, qu'il est le fils d'un fermierduvillagedeVillaineen Bourgogne, et qu'il avoit commencé par conduire deux mulets. À l'égard de l'abbé Lorenchet, oncle, son crédit n'a pas été grand au Parlement, parce que dans les affaircs-du dernier lit de justice, il avoit été du parti de la Cour et de la Constitution, Aussi a-t-il apparemment fait enten- * dre au cardinal-ministre que cette raison de haine avoit contribué en quelque chose à perdre son neveu; car il vient d'avoir pour se consoler un bénéfice de quinze mille livres de renie.

J'ai vu dans une affaire le contrat de vente d'une charge de procureur au Parlement, de Jean Talon, qui, en 1655., se fit secrétaire du Roi. C'est la branche de MM. Talon, qui étoient dans Tépée, et M. Talon, à présent avocat général du Parlement, vient d'un avocat qui étoit apparemment le frère aîné du procureur, en sorte que cette maison n'est pas depuis longtemps illustrée dans la robe.

Si MM. Pinon, qui sont répandus dans la robe et qui possèdent des charges de magistrature depuis assez longtemps, sont originairement de Berry, ils viennent

f , Département de Picardie de I1 Artois et de la Flandre,

des villes d'Issoudun ou de Châteauroux où il y a encore "quantité de petits bourgeois de ce nom-là.

Le 30 août, sur les huit heures du matin, la Reine est accouchée très-heureusement d'un garçon, nommé le duc d'Anjou1,

Septembre.

Te Deum, réjouissances. — La Croix Ju Trahoir. — Le sieur Le Bccr, gouverneur du marquis «le Charost, — La cassette Ju duc Je Cliurobt.

La veille, j'éloîs à Versailles, ctj'avois vu la Reine, à sept heures, se promener dans les jardins. On a sonné le tocsin du palais et de la ville pendant trois jours; il y a eu des feux commandés à Paris, et, le samedi 2 septembre, le Roi est. venu à Paris avec toute sa maison pour entendre le Te Deum à Notre-Dame, où les princes, tout le clergé qui est assemblé à Paris, et les Cours éloient. Les boutiques étoient fermées pendant le Te Deum, On a fait trois décharges, comme pour le Dauphin, par les gardes suisses et ,françoises, qui étoient depuis la porte Saint-Honoré jusqu'à Notre-Dame. Le Roi est entré par là, parce qu'on abat la porte de la Conférence. Apres le Te Dcttm, le Roi s'en est retourné, et le soir il y a eu à la Ville un feu d'artifice à neuf piliers, et grande illumination dans toutes les rues. A la vérité, un second fils est une grande assurance pour la tranquillité du royaume.

Le 22, on a pendu à la Croix du Trahoir2 le sieur Le Bcer, gentilhomme, qui avoit été officier, et qui étoit gouverneur du marquis de Charost, fils de M- le duc de

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