‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 24 sur 90 · Cet enfaut ne vécut pas longtemps et mourut en · texte numérisé non relu

Cet enfaut ne vécut pas longtemps et mourut en

2- La Croix du Trahoir, du Trahouer} ou même du Tiroir, était un des endroits destinés, à servir aux exécutions dans Paris. Quelques-uns croient que le nom de ce lieu vient du ûef de Térouenne, qui s'étendait jusque-là. Ces fourches patibulaires étaient situées au cota de la rue de l'Arbre-Sec et de la rue Saint-Honoré, à Tendroit où s'eieve aujourd'hui une fontaine. Voyez Piganiol, Descripl, de Parti, t. n, p. 279.

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Charost, capitaine des gardes du corps, et qui a été gouverneur du Roi. Le Duc avoit une extrême confiance dans ce gouverneur, qui étoit fort ami du fils, âgé a présent de dix-huit à vingt ans- M. dé Charost avoit dans un coffre, dans son cabinet, plusieurs actions et de l'argent comptant. M. de Charost étoit en campagne; le gouverneur, qui avoit le vice de jouer, a forcé la cas- -sette, a pris quarante ou cinquante actions et l'argent, et a jeté la cassette dans le puits. M, de Charost, de retour, cela a été découvert. On a trouvé la cassette dans le puits. On a fait vénir M. Hérault, qui a interrogé tous les domestiques. Le gouverneur, à qui on ne pensoit pas, a eu la noirceur de jeter des soupçons sur un laquais. Ce laquais a parlé et a indiqué un homme qui étoit venu à l'hôtel pour négociation d'actions, et tout s'est découvert par là. Ce procès a été long. Le gouverneur croyoit bien avoir sa grâce. M. de Charost Ta demandée, mais on la lui a refusée pour l'exemple. La sentence n'a été criée que le lendemain de l'exécution, et elle ne fait mention ni du fait ni de M. de Charost. Elle parle seulement du sieur Le Beer, accusé de vol domestique avec effraction.

Octobre*

Mémoire de M. d;Épernon contre le cardinal. — Le Hoi le copie de sa main.

— M. d'Épcrnon esilé. — M* le due de Noailles en disgrfice. — M. le duc de Gesvres esilé. — Le collège Sainte-Barbe. — Dispersion des maîtres et régents. — M. Hérault. — - Les curés de Saint-Médard, de Saint-Étienuedu-Mont et de la Villette révoqués. — Leurs paroissiens jansénistes. — Les marguillicrs de Saint-Éticnne-du-Mont. — Affaire du sieur Lair? cunî de Saint- Barlhélcmi, — Affaire d'Orléans. — Mémoire de quarante avocats.

— M. de La Parisiêre, évéquc de Nimes. — Discours au Roi. — Arrêt du conseil qui supprime le Mémoire des quarante avocats.

Grand bruit parmi les grands à la Cour. M. le duc d'Épernon, favori du Roi, fils du premier lit de madame la comtesse, de Toulouse, a donné un mémoire au Hoi contre le cardinal de Fleury, sur le gouvernement, tant

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par rapport au traité de Séville1, que tout le monde dit être très-mal fait, que par rapport à l'argent immense qui a été dépensé soit pour les négociations étrangères, pour éviter la guerre, soit pour la Constitution, à cause des recherches qu'il faut faire dans toutes les provinces. Le Roi, dit-on, a copié ce mémoire de sa main et Ta donné au cardinal pour y répondre, ce qui a fort surpris et embarrassé ce ministre, et M. le garde des sceaux Chauvelin, qui est son conseil intime. Comme le cardinal a un grand empire sur l'esprit du Roi , apparemment qu'il a obtenu de lui, de lui nommer le donneur de mémoire; car depuis trois jours M. le duc d'Épernôn est exilé à Bellegarde2; M, lé duc de Noailles, qui est gouverneur du château de Versailles, est prive, non pas du litre, mais des fonctions. On lui a retiré les clefs; on les a données à M. Bachelier, premier valet de chambre du Roi, qui a fait changer toutes les gardes. M. le duc de Noailles est frère de madame la comtesse de Toulouse et oncle du duc d'Épernon. Le cardinal s'est apparemment douté que c éloit lui qui avoit fait le mémoire. 11 a beaucoup d'esprit et a grande envie d'être premier ministre; et M. le duc de Gesvres, qui se môloit aussi apparemment de parler, est exilé à Gesvres. Voilà un grand coup de crédit et de faveur; car ce sont les plus grands amis et compagnons du Roi exilés, et toute la Cour tient à ces disgraciés. On dit môme que M. le duc d'Orléans, qui ne se mêle de rien, est à la tête de ce parti contre le gouvernement présent. La maison de Condé est encore* à craindre pour le cardinal, puisque c'est lui qui a fait retirer M. le Duc du ministère., Si, après un. pareil coup d'éclat,, le cardinal

1. Traité du 9 novembre i 72 9 , entre la France» l'Angleterre et l'Espagne.

2. Ainsi que nous le verrons, l'exil du duc d'Épernon dura jusqu'en 1732. La ville de Seurre en Bourgogne» aujourd'hui- chef- lieu d'un canton de la Côte-d'Or, fut» eu 1619» érigée en- duché-pairie sous le nom de Bellcgarde, eu faveur de Roger de Saint-Lari, duc de BelJegarde, grand ccuyer de Frai.cc, Le duc de lîeïlegarde mourut sans posténlé, en 1040.

JOUUNAL DE ItARBIEll

et le garde des sceaux se soutiennent, il n'y aura rien à dire sur leur politique. Et, ce qui surprend tout le monde, c'est qu'aujourd'hui mardi, 3 de ce mois, le Roi va, à son ordinaire, à Rambouillet, chez M. le comte de Toulouse, et que le cardinal l'y accompagne.

Le ministre se soutient toujours dans, son crédit.

Il y a un collège au-dessus de SainMIilaire1, que Ton appelle collège Sainte-Barbe2, et connu sous le nom des Gillotins. Il y avoit deux cents écoliers à une pension fort modique. Ces écoliers alloient en classe au collège du Plessis. IL y avoit un principal ët sept ou huit ecclésiastiques qui enseignoient cette jeunesse. Il en sortpit les meilleurs écôliers de Paris, et les gens les plus savants, mais d'une morale non convenable au temps, parce quexes ecclésiastiques étoient grands jansénistes de leur métier. Hier, à six heures du matin, M. Hérault, lieutenant de police, M. Moreau, procureur du Roi, le commissaire Le Comte et autres, avec nom* bre d'archers,, sont entrés dans ce collège dont ils ont fermé les portes. M. le lieutenant de police a fait un discours pathétique aux écoliers pour leur faire trouver bon Tordre du Roi. On a chassé et renvoyé le principal et les autres ecclésiastiques. On a évalué ce que pouvoient valoir les meubles de leur chambre dont on leur a délivré l'argent comptant, et on a substitué à leur place des prêtres sulpiciens. Tous ces pauvres écoliers,

1 . Cette église paroissiale, supprimée aujourdhui, existaK bien avant l'année 1300. Elle fut réparée au commencement du dix-huitième siècle, par les soina de llollin, qui en était curé.

2. Le collège de Sainte-Barbe, jusqu'en i 5b6, était une maison d'éducation qui appartenait à plusieurs personnes. C>e fut en cetlc année-là que Me Itobert du Gast, docteur en droit ecclésiastique, en devint propriétaire et y fonda un

collège de sept boursiers dont les trois premiers devaient être prêtres et maîtres-es-arts, et remplir les fonctions de principal, de procureur et de chapelain. Les quatre autres boursiers étaient des enfants pauvres, de l'âge de dix ans, qui devaient jouir de leurs bourses jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le grade de maître-ès-arts. Ce collège existe encore et est devenu une grande institution laïque fort en réputation.

qui éloient fort attachés à leurs maîtres, ont marqué leur mécontentement par leurs pleurs. 11 y en a même qui ont jeté des pierres à un Jésuite qui regardoit à une fenêtre du collège. On a voulu les apaiser en leur donnant des poulardes à souper, que le cuisinier, qui demeuroit depuis trente ans dans la maison, a dit n'y avoir point encore vu manger. M. Hérault y a dîné et reslé toute la journée. Les ecclésiastiques ont reçu leur congé avec ordre même de se retirer de Paris, avec une très-grande fermeté; et, le lendemain et autres jours suivants, la plus grande partie des parents a retiré les enfants1. Cette expédition a fait grand bruit dans le quartier de l'Université, qui est le quartier janséniste2.

Une seconde expédition. On a fait révoquer par l'abbé de Sainte-Geneviève et par l'archevêque de Paris, qui doivent agir ensemble, les curés de Saint-Étienne-du- Mont3, Saint-Médard et de la Villette4, qui sont trois religieux de cette congrégation; Ton les a renvoyés chacun dans d'autres monastères, et Ton a placé trois autres curés à leur place.

Ces paroisses sont encore très-jansénistes , et l'entêtement des marguilliers de SainL-Élîenne-du-Mont, * quirespectoient avec quelque raison leur curé (qui donnoit tout aux pauvres, fort nombreux dans ces faubourgs), a été jusqu'à délibérer sur leur registre de s'opposer juridiquement à la révocation de leur curé et à la réception du nouveau. Un conseil sage leur a fait

1. Barbier a inséré dans son journal, mss., t. n 5 p . 2S4, une gravure janséniste représentant cette expédition du lieutenant de police et portant pour titre : La destruction des communautés de Sainte-Barbe. On y lit cette légende :

Fracta pietatis incunabula Scholœ veritatis e versai Domus hostibus tradita.

vu octobr. md.cci.xx,

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