‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 26 sur 90 · LE TRIO COMIQUE · texte numérisé non relu

LE TRIO COMIQUE

Un riche Juif et un dévot curé Voulant dévaliser une coquette fine (Les noms ne font rien au marché, Puisqu'aisément on les devine) Chacun de ces acteurs paroît fort occupé A remplir son rôle comique.

Le Juif y joue l'amant dupé, La donzelle y défend la récolte lubrique; Le curé, comme un bon pasteur, Destinant tout à son saint édifice, Entreprend de venger Facteur Par la dépouille de l'actrice.

Ah! le plaisant événement!

Qu'il sera digne de mémoire!

Si le curé remporte la victoire, Il gagne d'un seul coup le prix de plus de cent.

Autre histoire sur le curé de Saint-Sulpicc. M. le duc de Bouillon, qui est mort cet été, a déclaré à son fils qu'il avoit un bâtard, qui étoit marchand bonnetier à Paris, lequel ignoroit sa condition; qu'il n'avoit pas voulu en faire mention dans son testament; mais qu'il avoit remis dix mille livres à M. le curé de Saint-Sulpice pour lui donner, et qu'il prioit son fils d'en avoir soin* Le prince de Bouillon, après la mort de son père ,-arreta un jour à la boutique de ce bonnetier et lui demanda une paire de bas de soie, brodes d'or. Le marchand lui

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dit qu'il n'en avoit pas. « Pourquoi îVùtos^vous pas * mieux assorti? » lui dit le prince. — - « Je fais un trop « petit commerce, lui réppndit Je marchand. » — « Mais <f n*avez-vous pas eu quelque bonne fortune (depuis peu? « répliqua le prince en le questionnant. » Le marchand avoua qu'un prêtre lui avoit apporté cinq ^ents ou quinze cents livres. Le prince dit qu'il repasseroit un jour. Il lui fit de nouvelles questions, le mena ensuite chez le curé de Saint-Sulpice, où il y eut une explication trèsvive. On lui fit donner le surplus. Cela court générale* ment dans Paris*

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