Voyez Mercure de France, 17 31, janvier, p
2. Joseph-Ignace de Foresta, évêque d'Àpt, du 7 septembre 169b à 1722,
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146 JOURNAL de BAïimnn.
Le saint-père seroit bien lu dupe de son ambition, si on prenoit ici le parti de ne plus aller, chercher de buljcs à Rome, et de les faire donner par les archevêques primats (Je chaque province*
Février» *
Nouvelles ecclésiastiques bribes. — r Ordonnance do l'archevêque contre les consultations des avocats. — Mandement de M. de-La Fare. évônue de Laon. — Appel comme d'abus. — Discours de M. Gilbert.. — Réplique de M. de La Fare.
Chacun a son tour. Il y a trois ans que les Nouvelles ecclésiastiques courent sans quje le lieutenant de police en ait pu trouver ni l'auteur, ni l'endroit où on les im~ prime. Le Parlement, par arrêt du 9 ,de ce mois, a condamné les cinq dernières feuilles à être brûlées par la main du bourreau, ce qui a été exécuté. Cela doit faire peine aux jansénistes. Ils rapportoient impunément tout ce qui se faisoit à l'occasion de la Constitution Ilscritiquoient sans mesure le ministre et tous les magistrats; c'est ce qui a aigri le ministère public. Chacur; y avoit son paquet. M. Gilbert, avocat général, n'y a pas été, diton, épargné; mais cette brûlure n'arrêtera pas la suite de ces Nouvelles. Cela ne fait que ranimer le zèle du parti.
On a publié ici à haute et intelligible voix une ordonnance de notre archevêque de Paris, très-ample, au sujet de la consultation, signée des quarante avocats, qui a donné lieu à ces deux fameux arrêts du Conseil. Par cette ordonnance, l'archevêque veut établir la puissance ecclésiastique autre qu'elle ne doit être, car ceci est détaché delà Constitution; cela fait une cause personnelle aux évêques contre les avocats, qui n'ont ici d'autre intérêt quede soutenir les droits du Roi et de là puissance temporelle contre la puissance ecclésiastique, laquelle s'étoit poussée à des excès surprenants par des abus dans des temps d'ignorance où les ecclésiastiques, étant les seuls qui eussent quelque science, en avoient aisément imposé
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aux autres particuliers. On Voit en effet par les anciens litres qu'en 1400 les ecclésiastiques jngeoient presque toutes les matières; On dit même encore qu'en Angleterre ils connoissërit des testaments, sous prétexte qu'il y a des legs pieux. On a réformé ici ces abus autant que l'on a pu ; mais ils ont peine à se voir restreints dans de justes bornes; Notre prélat a donc voulu prouver à ses ouailles qu'un cvêque qui tient de Dieu le pouvoir des clefs et de lier et-de délier, a ici le pouvoir législatif, qui est le droit de faire des lois sur- la religion, et le pouvoir coactif qui est le droit de contraindre sans le secours du pouvoir temporel.' Sur ce fondement, M. l'archevêque condamne par son ordonnance le mémoire des quarante avocats comme contenant des principes faux, pernicieux, destructifs de la puissance et de la hiérarchie ecclésiastique, erronés et même hérétiques.
Cela devient sérieux, surtout pour notre Ordre, qui n'est ni tendre ni souffrant sur ces matières. On s'est assemblé ; on a nomme parmi les plus anciens avocats et surtout des quarante, trente-trois commissaires pour délibérer sur le parti qu'on prendra et pour travailler. On croit que les quarante interjetteront appel, comme d'abus de cette ordonnance, et que l'Ordre entier interviendra, et l'on travaille actuellement à un ouvrage à qui on donnera le titre convenable, qui certainement contiendra du beau et du vrai. Les évêques ne gagneront rien à faire rechercher l'origine de leur pouvoir, qui sans doute ne peut être plus grand que celui des apôtres. On pourroît même leur faire voir qu'ils n'ont pas même te pouvoir Fégislatif : Dieu a dit à ses apôtres d'enseigner ce qu'il leur avoit dit, mais non pas d'ajouter : et A' ordonner. Les avocats se trouvent par cette condamnation excommuniés de droit comme hérétiques. Il n'est pas possible de rester dans le silence. Celte condamnalion, au surplus, paraît ridicule à tout le monde* Il ne s'agit ici ni de dogme ni de mystère, et ou déclare le
Mémoire des avocats hérétique. Ceci cependant va faire du bruit, car l'ordonnance de l'archevêque a été examinée en Cour avant de la lâcher. Nous verrons quel parti on prendra en ce pays-là. Le seul inconvénient que je trouve dans toutes ces disputes, très-amusantes pour les gens d'esprit, qui n'ont que faire et qui trouvent par là des ouvrages très-bien travaillés, c'est que l'on creusera trop ces matières, et cela ôtera dans l'esprit du peuple la soumission et la subordination à l'Église, qui sont les enfants de l'ignorance, mais qui sont nécessaires pour la police d'un grand État.
Tous les évêques .se suivent et se soutiennent -9 et ils ont raison. M. de La Fare, qui seroit un mauvais sujetétant mousquetaire, et qui est néanmoins évêque de Laon et second duc et pair de France, a publié un mandement violent contre le même Mémoire des avocats, au sujet de la puissance ecclésiastique. M. le procureur général en a interjeté appel comme d'abus. Par arrêt du 20 février, il a été reçu appelant comme d'abus avec défense de répandre et distribuer aucun exemplaire de ce mandement. Le discours de M. Gilbert est parfaitement beau; il donne par avance gain de cause aux avocats, et il établit que les évêques n'ont d'autre pou- ■ voir que dans le confessionnal, de faire des règles pour la discipline de l'Église, d'imposer des pénitences spirituelles, d'excommunier, mais sans aucune juridiction extérieure ni contrainte, ce qu'ils tiennent des souverains et de la puissance temporelle.
M. Tévêque de Làon n'en est pas demeuré là, 11 a fait publier une lettre pastorale au sujet de l'arrêt du Parlement du 20 février, par laquelle il annonce à ses fidèles , l'appel comme d'abus, comme une entreprise sur lui,
MAKS 1731,
Mars.
ArreH Ju Parlement1 contre Pcvèquc Je Laon. ; — ltt'union Jcs avocats. — • M* Prévost. — MM. Aubry ctCochin. — Le procureur fanerai înlcrjetto appel comme dJabus Je PorJonnance et de Pinstrnction pastorale de Parclicvcijue de Paiis. — Arrêt du conseil qui impose silence, — Objections.
Sur quoi il est intervenu autre arrêt du Parlement du 2 mars, qui a supprimé cet écrit de l'ôvêque de Laon comme séditieux, attentatoire à l'autorité royale et de la Cour. Pendant toutes ces sorties entre les évêques et le Parlement, les avocats s'assembloient à trois bureaux différents, et ils étoient trente-deux commissaires choisis et nommés pour ramasser dans chaque bureau des matériaux. Effectivement, on a fait des recherches infinies. H y a M. Prévost qui écrit fort mal, et qui est un ours pour la société, mais qui sait beaucoup en ces matières, et qui sait où tout se trouve, de manière qu'on avoit assemblé dequoi faire un mémoire foudroyant pour les évoques, qui même n'auroit été peut-être que trop fort et trop pénétrant dans la source et dans les origines. MM. Aubry et Coehin étoient chargés de rédiger et de composer l'ouvrage. Ce sont d'excellentes plumes, et l'Ordre se disposoit avec une pareille requête d'interjeter appel comme d'abus du mandement de M. l'archevêque de Paris.
Ceci a paru sérieux au ministère pour les suites. Sûrement, Tépiscopat a eii peur, d'autant que les rieurs* n'étoient pas de leur côté, et qu'en général, les prélats sont assez méprisés. On ne pou voit pas cependant imposer silence aux avocats, parce qu'ils sont déclarés hérétiques dans ce mandement de leur pasteur.
11 a fallu prendre un parti en Cour, car le tout s'est fait de concert. M:*le procureur général a interjeté appel comme d'abus de l'ordonnance et de l'instruction pastorale de M. l'archevêque de Paris. Par arrêt du 5 mars 1731, il a été reçu appelant comme d'abus, permis à lui d'intimer qui bon lui semblera; et de fait,
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M. le procureur général a fait assigner M. l'archevêque de Paris.
Mais à la queue de tout ceci, il a paru un arrêt du Conseil, du 10 mars^ par lequel le Roi, ayant été informé des dispûtes du temps, vientymettrefîn. 11 explique en même temps, l'étendue de la puissance spirituelle que les évêques tiennent de Dieu, et le pouvoir extérieur qu'ils tiennent des princes* Le Roi impose silence sur ces matières, il défend à tous ses sujets aucunes assemblées, délibérations, actes, poursuites, sous peine d'être traités comme désobéissants aux ordres du Roi, séditieux et perturbateurs du repos public. Ceci regarde les quarante avocats, lesquels étant relevés de l'excommunication tacite prononcée contre eux sur leurs propositions hérétiques par l'appel comme d'abus, -reçu contre le mandement de M. l'archevêque, doivent rester tranquilles. C'est aussi le parti qui a été pris dans la dernière assemblée générale, et on gardera l'ouvrage qui ne reste plus qu'à perfectionner pour la première occasion*
Il est dit dans l'arrêt du Conseil que Sa Majesté se réserve à elle seule (sur l'avis de ceux quelle se réserve de choisir dans son Conseil et même dans Tordre épiscopal) de prendre les mesures les plus convenables pour conserver les droits des deux puissances.
Ceci annonce quelque décision sur cette matière. Il est presque à présumer que les cardinaux et évêques, qui sont continuellement en Cour, avec rang et crédit, tireront parti de ceci, et cela regarde principalement les appels comme d'abus dont les Parlements jouissent pourtant depuis longtemps.
Et, en effet, tout cela ne s'entend pas trop bien, car on convient dans l'arrêt du Conseil, même dans le discours de M. l'avocat général, que les évêques tiennent de Dieu-, le pouvoir d'établir des ministres et de les destituer. On dit aussi que les princes ont accordé aux évêques l'exécution forcée de leurs jugements par les
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peinés temporelles. Mais ce pouvoir divin, qu'on ne doit pas présumer abusif, quoique dans le fait il lé soit souvent, deviendrait à rien et illusoire si, sous prétexte de forme, les ministres inférieurs ont la voie de l'appel comme d'abus pour se révolter contré leurs supérieurs ét pour être continués dans dés fonctions purement spirituelles, contre la décision des évêques; qui ont le droit, dit-ôn, dé les destituée II n'est pas naturel que des juges séculiers aient le droit dé liniitér, borner et même anéantir lin pouvoir qu'on dit leur appartenir immédiatement de Dieu même, qu'ils l'exercent injustement ou non.* Il faut qu'ils en soient les maîtres et qu'ils soient en état d'employer la force extérieure qui leur est concédée par le prince pour faire exécuter léurs censures et leurs destitutions de ministres;
Quoi qu'il en soit, lés avocats ont la bouche fermée, et les évéques sont aussi priés de cesser leurs mandements. Il faut voir conrtbien cette paix durera.
Avril.
Lettres dii cachet— Cha m lie à l'Arsenal, s— fropos de duchesses. — M ai! a me de (ïoDtaut-BiroD et madame de Rupclmondc. — Préséance des duchesses. — M. le duc d'Orléans en retraite à Sàmlc-Gcriévlève.
Par rapport aux affaires du temps* il y à eu plusieurs lettres de cachet, qui exilent hors du royaume des ecclésiastiques, comme ï'âbfeé Bazin et l'abbé Besogné, et plusieurs autres. C'est le moyen de les dépayser*
On parlé encore d'une fameuse chambre à l'Arsenal, pour ces affaires-là, composéè du cardinal de Fleûry, président, du cardinal de Rohari, du cardinal de Bissy, de l'archevêque de Rouen, du chancelier d'Aguesseau, du garde des sceaux Chaiivelin, de MM. d'Ormeson.et d'Àrgensoh, conseillers d'État, et d un procureur général. Cela fera une chambre formidable, si elle a lieu :' Et voilà comme commence une chambre d'inquisition!
Il y a eu une grande affaire en Cour entre les duchesses et les femmes de qualité. La Reine a douze femmes, dont il y en a six duchesses, et six qui ne le sont pas. Dans une cérémonie (je ne sais si ce n'étoit pas à la Cène), madame la duchesse de Gontaut-Biron1, qui est une trèsjolie femme, voulut passer avec affectation devant madame de Rupelmonde2, qui est fille du maréchal d*Àlègre3. Madame de Rupelmonde l'arrêta par le bras. La dispute alla si loin qu'elles se traitèrent de p et s'envoyèrent faire f en propres termes. Le fait est avéré,
et Ton convient qu'elles entendent parfaitement ce que cela veut dire.
Les ducs et pairs ont porté leurs plaintes, M. le duc de La Trémoille à leur tête. 11 est le premier duc en Courf parce que l'érection de Thouars est plus ancienne que celle d'Uzès, et celui-ci est le premier duc au Parlement, parce que ses lettres d'érection y ont été enregistrées avant celles du duc de La Trémoille4.
En même temps, il y a eu assemblée du maréchal d'Alègre avec le comte de Pons 5 et le comte deChâtillon. Ces trois personnes sont ce qu'il y a de mieux dans le royaume et valent mieux que les ducs. Ce comte de Pons est de Bretagne. Il y a eu plusieurs duchesses de Bretagne de sa maison. On dit que c'est ce qu'il y a de plus ancien et de plus illustre. Ils ont lait un mémoire.
1. Marie-Anne de Castin, épousa en 1723, Félix de Gontaut, duc de Biron.
2. Marie-Marguerite-Êlisabeth d'Alègre, mariée, en 1705, à Muximilien- Josephde Ricôurt de Rupelmonde, tué en i 7 1 0, à Villaviciosa.
Voltaire, t. 14, p. 275, a adressé à cette dame les ^vers suivants :
Quand Apollon, avec le Dieu de Tonde, Vint autrefois habiter ces bas lieux, elc.
îi. Yves, marquis d'Alègre, maréchal de France en 1724, mort en 1733.
4. La .vicomte de Thouars, érigée en duchés par lettres-patentes de juillet, 1HG3, reçut le titre de pairie en 1595, et les lettres ne furent enregistrées que le 7 décembre 1599. La vicomlê d'Uzès était déjà duché-pairie depuis*
ii. Charles-Louis do Lorraine, prince de Pons,
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lis prétendent que les duchesses n'ont d'autre prérogative que le tabouret chez la Reine. Ils disent que rentrée du Louvre n'est pas de droit, que c'est M. le duc d'Épernon qui divertissoit fort la Reine mère, et qui, ne venant point au Louvre, sous prétexte de goutte et d'incommodité , la Reine lui permit d'entrer en carrosse jusqu'au degré, et peu à peu les autres prirent la même liberté.
Mais, quoi qu'il en soit, l'affaire a été décidée par M. le cardinal de Fleury, en faveur des duchesses à qui le pas a été accordé dans trois occasions : A la Gène, pour-la serviette, à la procession, et1.... Delà, elles prendront pied pour les autres occasions, car on dit que, quand les dames vont avec la Reine dans son carrosse, elles marchent comme elles se trouvent quand il n'y a pas de princesses du sang. Si celle qui suit la Reine n'est pas duchesse, elle monte après la Reine et se met à côté d'elle dans le fond indistinctement.
On dit aussi que Louis XIV et M. le duc d'Orléans Régent n'avoient point osé décider cette dispute de pas et de rang, qui a été souvent renouvelée. Aussi, depuis ce (emps-ià, il n'y a pas une femme de qualité à la cour de la Reine.
A propos du nom d'Orléans, pendant la quinzaine de Pâques, M. le duc d'Orléans a fait une retraite à Sainte- Geneviève; il mangeoit au réfectoire comme les religieux, assistoit à tous les offices, sans avoir ni pages, ni valet de pied. 11 faisoit toutes les mêmes attitudes et les contorsions de corps des religieux. Le public l'alloit voir dans le chœur; .mais, quoique cela soit louable comme chrétien, cela est si peu convenable à un premier prince du sang, qui peut également bien vivre sans cela, que cela n'a pas augmenté l'estime qu'on a pour lui, ni le crédit qu'il a.
t» Ce passage e$i rc»tc eu tytanc <Jaii3 le rass., t, uf p. 3 h V
JOUIîNAL DK BAHBIER.
Sécheresse. — La châsse de sainte Geneviève. — LMvcquo d'Orléans grand constitutîonnaire, — Refus de sacrements a Orléans. — - Traité de Vienne. *— Compagnie d'Ostcnde. — Encore Du Lis et la Pélissier. — Fraricœur le Violon. — Guet à peiis. =— Join ville arrêtr, condamné et roué. — Arrêt contre Du Lis. — SbMats aux gardes. — Èpigramiric. -^Voltaire et le chevalier de liohan, — . Chabot. — Le comte d'AgiSnois, duc et pair d'Aiguillon.
L'hiver a duré cette année jusqu'aux premiers jours de mai, qu'on a voit encore besoin de feu. Depuis trois mois; il ne pleut pas. Là châsse de sainte Géneviève est actuellement découverte, et toutes les paroisses et cou* vents vont en procession à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève* Nous verrons ce qui en adviendra.
L'évêque d'Orléans» qui est Fleuriau1 en son nom, frère du dernier gardé des sceaux, est fort haï dans sa ville. Il est grand constîtutionnaire. Il y a quelque temps qu'une femme étant malade, le prêtre qui lui porta les sacrements, lui demanda, si elle acceptoit la Constitution; elle lui répondit qu'elle ne savoit ce que c'étoit, qu'elle suivoit la religion de ses pères, Après plusieurs discours en controverse, en présence de témoins, le prêtre s'en retourna sans lui donner les sacrements; la femme ne' mourut pas. Elle rendit plainte du fait au lieutenant criminel d'Orléans, et interjeta appel comme d'abus du refus au Parlement. L'official d'Orléans intimé, la cause a été plaidée en la Grand'Chambre. Par arrêt, on a déclaré qu'il y avoit abus ; défenses à tout prêtre de faire aucune question tni interpellation pareille au sujet de la Constitution, enjoint à l'évêque d'Orléans d'y tenir la main.
Ce qui fait bruit à présent est un traité signé à Vienne, au mois de mars dernier, entre l'Empereur et l'Angleterre, par lequel ils s'obligent de se secourir, eux et
I. Louis-Gaston Fleuriau' d'Arménonville , évêque d'Orléans, 5 janvier »707 au 0 juin 1733,
leurs successeurs, pour se maintenir dans leurs possessions, et notamment l'archiduchesse aînée ou celui qui aura droit dans la possession des pays héréditaires de la maison d'Autriche. Au moyen dé quoi TEmpercur supprime le commerce de la compagnie d'Ostende* en faveur des Anglois, et l'Empereur consent que les six mille Espagnols soient introduits dans le duché de Plaisance. Ils invitent nommément les Hollandois d'accéder à ce traité, et consentent d'y admettre toutes les puissances qui voudront le signer. En sorte que les politiques regardent ceci, non-seulement désavantageux à la Francè, par l'agrandissement des Anglois, mais encore humiliant pour la nation. Le traité de Sévillé, entre nous, l'Espagne et l'Angleterre, ne plaisoit déjà pas trop-; mais nous qui étions au congrès de Soissons, arbitres entre FEspagnoet l'Angleterre! que sans nous consulter, sans notre participation, 1; Angleterre et FEmpereur s'unissent, traitent et disposent; cela n'est pas honorabje. On dit que le roi d'Espagne ne veut pas signer; ce qui a causé une brouilierie entre lui et la reine; Ceci va avoir des suites, car les amis, dit-on, de M. le cardinal de Fleury et ceux de M. Chauvelin, secrétaire d'État des affaires étrangères, leur ont représenté que ceci n'étoit pas brillant pour nous. Il y a quelque apparence qu en ceci on a jeté les yeux sur le duc de Lorraine pour épouser l'archiduchesse aînée, et le faire empereur ou du moins roi des Romains, car il y a dans les Gazettes qu'il doit aller en Angleterre. Sûrement, en fait de politique, on est plus habile en ce pays-là qu'ici.
On a vu, dans l'année dernière2, qu'il étoit venu ici à Paris un juif, demeurant ordinairement en Hollande, riche de sept pu huit cent mille livres de rentes, homme de cinquante-cinq ans, qui a eu pour maîtresse madc~
1. Cette compagnie fut créée en 1718 par le capitaine Mervïellc de Saint- MaloT obligé de vendre à l'étranger une cargaison de la'Chine. Le t9 décembre 1722, l'Empereur Pérîgea en compnguie de sis mille actions.
2, Voyez plus haut, 17 30, mars, p. 100, et décembre, p. 140-141.
JOUftNÀL DE BARBIER*
. moiselle Pélissicr, actrice de l'Opéra. H a dépensé considérablement avec elle, faisant ici grande figure, cloit toujours le premier au balcon de TOpéra, où il faisoit retenir sa place, et alloit au Cours avec mademoiselle Pélissier en carrosse à six chevaux, au milieu de la file comme les princesses/ La fin de toute cette aventure a
. été tragique. M, Du Lis a quitté la Pélissier et a eu avec elle le procès dont il a été parlé pour la restitution
. des diamants, qu'il disoit ne lui avoir que confiés, que
. parce qu'il a su que mademoiselle Pélissier letrompoit, et qu'elle couchoit toujours avec le sieur Francœur1, violon de l'Opéra, qu'elle aime. Il a quitté Paris et s'en est retourné en Hollande, 11 lui a pris envie de se venger de ces perfidies; il a envoyé le nommé Joinville2, qu'il avoit pris à son service et qui l'avoit suivi en Hollande, à l'effet de faire donner de bons coups de bâton à M. Francœur, et aussi, a-t-on dit dans le public, de faire quelques marques au visage de mademoiselle Pélissier. Malheureusement Joinville ne savoit ni lire ni écrire; il s'est adressé, pour écrire ses lettres de correspondance avec Du Lis, à un maître écrivain, pour mander à Du Lis qu'il s'étoit adressé à des soldats aux gardes3 pour entrer dans l'exécution, moyennant payement. Mais Técrivain a été intimidé par un ami à qui il a conté la chose, en sorte qu'il a déclaré le tout à M. Hérault. Mademoiselle Pélissier et Francœur sont aimés par le plaisir qu'ils procurent au public. M, Hérault, lieutenant de police; a fait arrêter Joinville et les soldats aux gardes. L'affaire a été examinée si sérieusement au Châtelet, que M. Du Lis, juif, et Joinville
1. François Francœur, musicien et compositeur dramatique (1698-1787). Il travailla toujours en collaboration avec Rebel. H était surintendant de la
■ musique du Rot»