François Aline, dit Joinville, dit La France
3. Laurent Laure et Louis Glaronj dit Dragon, soldats aux gardes françaises- Il y avait encore dans cette affaire, un nommé Pierre La Fouasse, dit Yitry, domestique du marquis de Uonchevreuil.
ont été condamnés à être pendus; Joinville, préalablement appliqué à la question, et sursis au jugement des soldats aux gardes, appel. MM; de la Tournelle, plus amateurs apparemment de musique, ont trouve la chose si grave, qu'ils ont condamné M. Du Lis et Joinville à être rompus vifs1, ce qui a étéexécuté le 9 de ce mois, en effigie pour Du Lis et très-réellement pour Joinville, qui, pourtant par grâce, a été étranglé. Ce jugement a été assez rude, d'autant que les coups de bâton n'ont point été donnés. Au surplus, c'est néanmoins un ' exemple nécessaire, pour les étrangers surtout, qui, sortant du pays, croiroient pouvoir se venger impunément d*un quelqu'un à qui ils en voudroient. Mais, au demeurant, voilà un homme bien sot avec son bien de
s'être ainsi déshonoré pour une p en quelque endroit
qu'il aille à présent.
Un fait que je sais du rapporteur : les lettres de Du
* Lis à Joinville n'étoient point signées» Quoique Joinville avouât tout, on étoit embarrassé pour condamner Du Lis. La Pélissier, sachant l'embarras pour la comparaison d'écriture, a eu le cœur d'apporter, ou, pour
* mieux dire, d'indiquer à M. le procureur du Roi un
* contrat de quatre mille livres de rente que Du Lis a voit passé chez un notaire à son profit, et une procuration qu'il avoit passée chez un autre notaire. On a fait rap-
* procher les minutes qu'on a mises, avec les lettres qu'on
* avoit, entre les mains de deux experts qui ont décidé que c'étoit récriture de Du Lis. 11 y avoit preuve que
" Joinville et les deux soldats aux gardes avoient attendu Francœur, au sortir de l'Opéra, avec un bâton sous leurs habits* Mais Francœur rentra chez lui en compagnie. Ils le suivirent, entrèrent même dans l'allée de sa maison sans pouvoir rien faire.
Pour les deux soldats, ils sont tirés d'affaire2. On a
i# L'arrêt fut rendu le 8 mai 1731. Il est imprimé par Pierre Simon, in-4. 2. Joinville a dît ne pas connoître un des deux. Il a dit avoir doimé de
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ordonné un' plus amplement informé, et ce pendant garderont prison. On aura (Ht : Eh voila assez pour l'exemple, sans faire perdre encore deux hommes à des capitaines. Puisqu'on a été si rigide dans cette affaire, et qu'on veut suivre les ordonnances, il felloit décréter mademoiselle Pélissier; car la. voila véhémentement soupçonnée d'avoir un commerce avec un juif, ce qui' est défendu sous des peines*. D^il leurs, jç'est juije gueuse qui, par son libertinage, est causée de tous ces malheurs. Àyant un amant comme Du Us* qui lui a fait beaucoup de bien, elle ne djevoit p<*s être en débauche avec Francœur. Gela seul mériloit de la faire enfermer; mais, parce qu'on a'hesoin 'de mademoiselle Pélissier à POpéra de Paris, on Ta laissée là, et on regarde cela comme une gentillesse. Et comme on na que faire du sieur Joinville, on le rompt ;en place de * Grève. En tout cas, si j étois à la place de Francœur, je tremblerois toujours; il y* a bi.en: à appréhender avec, un homme qui a tant d'argent et qui doit être piqué personnellement par une condamnation pareille, qjii d'ailleurs a tout son bien.eri pays étranger. M.JVouct, rapporteur de cette affaire au Parlement, n'étoit que d'avis tout bonnement de confirmer la sentence du Ghâtelet sans vouloir embellir la chose (c'est M, Nouet, fils de l'avocat).
A la vérité, il y a eu line lettre du Roi à M. de Blancmesnil, président de la Tournelle, pour faire justice; c'est ce qui a peut-être déterminé les juges à çett.e condamnation à la roue pour l'exemple, ce qui reyenoit au même, puisque Joinville a été étranglé. 11 a joué de malheur et souffert plus qu'un autre, parce que la corde du tourniquet a cassé. 11 a fallu chercher une outre corde, qu'il étoit à moitié étranglé; mais ce hasard ne vient point du fait des juges.
l'argent ù de Laure ; mais ceJa «c.faisoit qu'un témoin. De Laurc, soldat, * bleu fait de nier. (A'ote de Barbier,) .
Oh dit que Dii Lis à été renvoyé et prié de se retirer par les étals généraux, et qu'il est en Angleterre,
Quoiqu'il en soit, cé jugement et le crédit de mademoiselle Pélissier n'drit point échappé à la critique du public dans deux petits couplets :
Sur Pair de : Tous les capucins du monde .
Pélissier, Marseille a des chaînes Bien moins funestes que les tiennes!
Sous tes fers on est accablé, Sans que jamais rièn tranquillisé :
Quand on les porté on est volé if On est rôùé quand on les brise;
Âcimirez combien Ton eétimè ' Le coup d'archet plus que la rime.
Que Voltaire soit assommé,
"Thémis s'en tait, la cour s'en joue!
Que Francœur ne soit qu'alarmé; .Le seul complot mène à la roue.
Ce pauvre Voltaire n*avoit que faire de ce ressouvenir; c'est tin jeune homme de nos meilleurs poètes, fils de* M. Arouet2, receveur des epicës dè la Chambre des Comptes, à qui M. le chevalier de Rôhan-Clïabot3 avoit, dit-on, fait donner des coups de bâton4 pour payement de vers. Voltaire partit peu de temps après pour l'Angleterre, et il n'en a rien été.
Aujourd'hui, 10 de ce mois de mai, M. le comte d'Ageriôis6 a gagne sa cause contre vingt-deux ducs et pairs,
1. A cause de l'histoire des diamants. (Note de Barbier. ) Voy. p. 140-14 i.
2. François Arouetj ancien notaire au.Châtelet, trésorier de la Chambre des Comptes.
3. Gui-Auguste de Rohan Chabot, dit lé chevalier de Rohany comte do Chabot, né en 1683, mort lieutenant général en 1760*
4. En 1726. Voltaire fut mis à la' Bastille pour avoir voulu se venger de cet infâme guet-apeus. Le marquis d'Argenson, dans ses Loisirs, bien qu'ami de Voltaire, semble satisfaitde la mésaventure du poëte, car il dit : Bien frappe,
R. Armand- Louis Vignerotvcomte d'Agenois, duc d'Aiguillon, 16S3-17 50, auteur du Cosmopolite .
qui s'étoient opposés à sa réception de duc et pair, comme duc d'Aiguillon, duché, érigé en faveur de la nièce du cardinal de Richelieu, et auquel il étoit appelé par la substitution. M. le marquis de Richelieu, son père, n'avoit pas pu obtenir du Roi la permission de poursuivre sa réception, parce qu'il n'étoit pas dans le service, et que c'éloit un homme simple. Celui-ci, qui a la protection de madame la princesse de Conti, dernière douairière*, a été plus heureux. M. Gilbert, premier avocat, a conclu contre lui à l'extinction du duché. Par l'arrêt, on a débouté les ducs et pairs de leur opposition, et il a été dit qu'il auroit séance au Parlement, du jour de sa réception seulement. Sur quoi il faut observer que cela ne pouvoit pas être autrement, parce que ce duché a été possédé par deux femmes de suite l, en sorte que personne n'a encore prêté serment au Parlement. Le comte d'Àgenois sera le premier; mais, en Cour, il aura son rang de duc et pair du jour de l'érection, qui est de 1638. C'est M. Normant, qui plaidoit pour lui et qui a plaidé bien au-dessus de M. Aubry, qui étoit pour MM. les ducs. Par là, le cardinal de Richelieu a laissé à ses neveux trois duchés : Richelieu, Fronsac et Aiguillon.
Juin.
Maraimberg et l'ordre des avocats. — Le nouveau tableau- — Maraimberg exclu. — M. Tartaiîu dépose le tableau au greffe. — M. Le Roy de Val- Jières bâtonnier. — Le tableau réclamé. — Assemblées des avocats. — Mémoire. — Mort de M. Nicolaï de Goussainville. — Gendron} oculiste. — Aventure au magasin de l'Opéra, — Gruer et mesdemoiselles Pélissier, Du v al et Camai'go. — Les lunettes de Campra. — Vers.
Il y a grande confusion dans l'Ordre des avocats, au sujet de Maraimberg, qui est celui qui avoit occasionné,
1. lu M &rie -Madeleine Vignerot, Elle de Françoise du Plessis, sœur du cardinal de Richelieu» première duahesse d'Aiguillon ; 20 Marie-Thérèse Vig ne roi, fi Me de François Vigne rot* i^-v de M irie- Madeleine, qui succéda & *a tenu comme duchesse d'Aiguillon,,
par zèle de parti, la grande affaire que Ton avoit eue avec la Cour.
On avoit dit, dans ce temps-là, que M* Normant et M. Julien de Prunay, ayant traité cette affaire avec M. le cardinal de Fleury, il leur avoit dit : « Du moins « souffrez que je punisse Maraimberg. » Et que ceux-ci a voient répondu : « Nous ne pouvons convenir de cela, « ni l'abandonner ; mais nous le punirons nous-mêmes, « en le rayant du tableau. » Et enfin il avoit transpiré sourdement pourtant que par convention secrète on devoit renvoyer Maraimberg.
Au mois de mai dernier, il a été question de faire un nouveau tableau par lequel on a fait plusieurs réformes. C'éloit M. Tartarin 1, bâtonnier sortant, qui faisoit ce tableau. Au sujet de Maraimberg, on a tenu une assemblée générale. Normant, Julien de Prunay, M. Tartarin et quelques autres ont cru, qu'attendu l'obligation qu'on avoit de la réussite de l'accommodement avec la Cour, eux proposant de ne point admettre Maraimberg dans le nouveau tableau, cela passeroit d'une voix, ils se sont trompés. L'esprit hautain de la plus grande partie des avocats et surtout des jeunes gens leur a fait croire apparemment qu'il seroit honteux de déférer à une convention que l'on pouvoit regarder comme un ordre. En un mot, les trois quarts des voix ont été pour conserver Maraimberg dans le tableau. Certainement ce parti étoit mauvais, parce que Maraimberg est un homme de parti, trop zélé et imprudent, mais d'ailleurs homme inutile et qui ne faisoit rien; mais cependant, soit qu'on eût mal fait d'hasarder une assemblée générale-, il est vrai de dire que ce qui se passe dans un corps, à la pluralité des voix, doit s'exécuter.
11 faut croire pourtant que la Cour, mécontente de ce
i. Guillaume Tartarin. Il mourut le il septembre 1732, et son éloge fut prononcé devant le Parle ment; au mois de décembre suivant, par M. Chauve lin, avocat général.
ÏG2 JOURNAL BARBIER.
parti, animée mettie-iiai* tes évêques, en aura écrit à M. Tartarin : il en a parlé aux anciens et aux principaux en particulier'. On avoit même chargé M. Berroyer, ancien bâtonnier, et trois autres, d'en aller conférer, lundi dernier 4 dë ce mois, au Parquet, avec les gens du Roi, MaiSj sans attendre tout ce résultat, M. Tartarin a mis lé tableau au greffe^ dans lequel: Maraimberg n'est point admis, en sorte que M.. Tartarin, de concert avec M. Normant et quelques autres, à rayé Maraimberg de son autorité privée. Le mardi; cela a fait un tapage épouvantable; on n'a plaidé nulle part, pas même au Chàtëlëtw La cause du rôle, qui dëvoit se plaider à la Grand'Cbâmbrëj a été rayée du rôle de Tordre du premier président,, malgré la remontrance du procureur, et Norman t a plaidé avec Cadet ; avocat, la cause qui suiVoit dans le rôle, ce qui a attiré à Normant quantité de sottises de là part de ses confrères. Ils se plaignent hautement du procédé de M; Tartarin, qui est une per-
* lidib et une trahison; Ils ont réveillé* à ce sujet, quelques histoires de lui , qui ne sont pas effectivement bien nettes sur la matièré de l'intérêt. En un moU cela fait une division dans l'ordre.
• M. Le Roy dé Vallières , qui est bâtonnier depuis le mois de mai* parce que mon.pèire et un autre ont refusé
1 pour incommodité, après avoir donné cependant chacun mille livres, qui est le présent du bâtonnier pour les pauvres veuves (et, en effet, mon père est fort heureux dé n'être point à la tête de ces esprits caustiques et turbulents, surtout dans des temps de troubles; ç'a été aussi le principâl motif du refus) ; Mi Le Roy donc est à la tête de deux cents avocats* parmi lesquels il y a quelques bons plaidants , qui i depuis mardi dernier, tiennent une assemblée tous les jours dans la chambre de Saint-Louis *. Ils demandent qu'on rende le tableau ; il n'est plus même quèstion dé Maraimberg qui, dit-on,
1» Où se tient aujourd'hui La Cour de cassation.
se retire de lui-même, niais du moins pour qu'on i'emfette ce tablèâu au greffe d'un commun accord:
Ge qui est certain, c'est qu'on ne rendra pas le tableau; Le premier président ne le souffrira pas* et toutes ces assèmblées se termineront à faire une division dans l'Ordre, enfre les anciens et les jeunes. C'est ce que la Cour et les évêquès souhaitent, parce qu'il sera plus aisé en-ce cas-là de donner prise sur l'Ordre.
La fin de toutes ces assemblées est qu'on a fait un mémoire de faits pour faire voir le mauvais du procédé de M. Tartarin-, et il a été délibéré que ce mémoire seroît remis à la bibliothèque des avocats * en . sorte qu'il n'a paê été seulement publié. J'ai .bien prévu que cela en rc&terôit là. Le bâtonnier a mal* commencé là son année d'exercice.
Le 15 de cé rîiois, j'ai perdu un homme que je pouvois regardéf comme ami, M* Nicolaï tle.Goussainviile, reçu, dés 1717-, en survivance de la charge de premier président de la Chambre des Comptes. Il ôtoit le huitième de son nom. Il est mort à trente-neuf ans, avec seize cent mille livres de biens}- et quarante ou soixante mille livres de rente-, et garçon. G'étoit un homme mélancolique 'et particulier ; avec néanmoins de l'esprit, beaucoup dé bon sens et une probité à paroître farouche dans ce siècte-ci, et pour le moins aussi haut que le premier président* son père; Il n'avoit point voulu se marier; il avoit été attaché -, pendant plus de dix ans, à la femme de M. Pihon-, .conseiller au Parlement dans la même chambre, qui est encore belle femme; Il y a dix-huit mois, on lui fit l'opération de la fistulë; cette maladie l'a" tenu, près de huit mois dans son appartement. Je crois que dès ce temps-là, il y àvoit quelque brouillerie avec ladite dàme. Je l'ai vu bien remis de cette maladie; mais cet homme, naturellement mélancolique, aimant assez à rêver creux, a nourri au dedans de lui un chagrin