Jean-Charles de Crussol, duc d'Uzès
3. le maréchal Josias, comte de Hantzau, était né dans le Holstein, au commencement du dix-septième siècle. Après avoir servi en Suède, il vint eu France, en 1638, et fut nommé par Louis XIU maréchal de camp. \\ fut nommé maréchal en 1645, après la prise de Cravelincs*. Grand homme de guerre, il mourut en 1650, tout mutilé de ses blessures, sans laisser de postérité directe. — Le comte de Rantzau, dont il est question ici, était sans doute un de ses parents, venu à f aris pour chercher fortune.
morveux, et que s'il n'étoit pas homme de condition, |l lui donneroit dés coups de pied dans le c.;. La garde vint, chacun sortit. Le samedi, le comte alla à Versailles et y resta jusqu'au mardi; le duc de Crussol le chercha partout à Paris. Quelque cher qu'il fût à sa famille, l'on, sentit bien qu'il n'y avoit pas d'autre moyen que d'avoir raison de l'insulte. Le mercredi matin, à huit heures, on alla à l'auberge du comte, rue de Tournon, lui dire qu'un jeune homme l'attcndoit dans le Luxembourg. 11 entendit ce que cela signifioit, il s habilla et s'y rendit; ils firent deux tours ensemble comme si de rien n'éloit; ils sortirent par la rue d'Enfer et gagnèrent le derrière d'un mur. Là ils se battirent tous les deux en braves gens. Il faut observer que le comte de Rantzau étoit un grand garçon bien fait, et que le duc de Crussol est un enfant très-petit, contrefait et bossu. Le duc lui donna im premier coup d'épée qui fit tomber l'autre; s'étantrelcvé, le duc lui donna un second coup d'épée, il tomba encore» Le duc lui demanda si ce n'était pas assez, et qu'il était inutile de se tuer. Le comte, de rage, se releva et dit qu'il falloit périr. Le duc de Crussol le tua roide mort, et s'en alla repasser par le Luxembourg; l'action a été vue de trois femmes et deux charretiers, à qui sur-le-champ gens, quiétoient là exprès, donnèrent de l'argent. Le soir, le duc de Crussol étoit aux Tuileries, et le jeudi aussi, mais sa taille Tavoit trahi, et tout Paris savoit que c'étoit lui. Le vendredi, le Parlement a rendu un arrêt, les deux chambres assemblées, sur les conclusions du procureur général par lequel il étoit enjoint sur la notoriété publique au duc de Crussol de se rendre ès prisons de la Conciergerie. On a regardé cet arrêt comme une grâce pour l'avertir de se retirer. Aussi est-il partLle samedi, dit-on, pour Avignon, et l'on poursuit la procédure. On a publé ces jours-ci des monitoires.
Quoi qu'il en soit, celte action étoit indispensable, et
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elle est bienglorieuse au duc de Crussol pour sa famille et pour son rang de premier duc et pair de France.
Juillet.
Le inarquîs Je Gavidelu au camp de Metz. — Les Vlrancaut du régiment du Lyonoois, — Le duc de Richelieu à Vienne. — Le diable et les Cordeliera. Extravagance de M. de Saint-Fa rfjeau.
Il est arrivé un beau tour à nos jeunes gens d'armée. Le marquis dé Gandelu1, frère de M. le duc de Gesvres, gouverneur dé Paris et premier gentilhomme de la chambre, a son régiment de cavalerie2 à un camp contre Metz, parce que les troupes sont restées campées dans tous les camps que nous avons pour consommer, dit-on, les approvisionnements. Étant bien ivre, il a excité ses - camarades et quelques officiers de son régiment à faire et . imaginer quelque bon tour, qui a été, réflexion faite, d'aller enlever dans le camp les drapeaux du régiment dé Lyonhois3 appartenant au duc de Retz. Ils y ont été; on n'étoit point sur la méfiance, ils sont entrés au nombre de dix à douze, l'épée à la main; la sentinelle a eu la prudence de tirer en l'air pour avertir ; on est venu, on leur a arraché quelques drapeaux qu'ils avoient déjà pris. Cela a fait du bruit; Ton s'est battu, et il y a eu nombre de gens de part et d'autre blessés et tués. Il faut avoir autant de crédit que M. le duc de Gesvres, pour qu'il ne soit pas au moins cassé d'une pareille affaire.
Il a couru un fort vilain bruit sur le compte de M, le duc de Richelieu, ambassadeur à Vienne4. On dit qu'il
i. Léon-Louis Potier, comte de Tresmes, marquis de Gandelu. mestre de camp de cavalerie"Ml épousa, en hvt\\ i7S9,Éléoûore-Maric de Bloutmorency- Luxembourg» fille du prince de Tingry. } .
2# Le régiment de Gesyres avait été créé en 1666*
3. Ce régiment d'infanterie avait été créé en 1660* Lors de la réorganisation de l'armée en 1 791, il prit le n* 27. Dans ce régiment, les tambours portaient la livrée du colonel. ' ,
4. Richelieu avait été envoyé comme ambassadeur à Vienne, en 172b, pour tenir tète à Ripperda, l'ambassadeur d'Espagne. Voyez Lcmontcy, Histoire tlï la n^euce, t, ut p. 229.
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d toujours aimé la chimie, la magie et ces sorles de . sciences extraordinaires; qu'il s'est lié d'amitié avec un seigneur de la cour de l'Empereur, de môme goût; qu'ils ont emmené deux Cordeliers avec eux dans une maison de campagne; qu'ils leur ont fait dire la messe, et, après la consécration, donné les hosties à deux boucs, l'un noir et l'autre blanc, dans le dessein de voir le diable; que le nonce du Pape, ayant été averti, les a surpris ; qu'il a envoyé les deux Cordeliers à l'Inquisition, et que l'Empereur a écrit au Roi. Dans le fait, il y a eu dans la Gazette1 qu'on établissoit chez l'Empereur une inquisition pour arrêter et punir des impiétés qui s'y commetloient, ce qui prouve qu'il y a quelque chose de vrai. Cependant, cette histoire étoit générale dans Paris, où Ton dit à présent que M. le duc de Richelieu n'y a point de part2.
11 est arrivé une grande extravagance à un, M. de Saint-Fargcau, lieutenant-colonel d'un régiment. 11 s'est adressé à quelqu'un pour parler au Roi en secret, disant qu'il avoit quelque chose d'important à lui dire, comme officier. On lui dit de s'adresser à M. Le Blanc- Il y a clé. Ayant conféré avec Le Blanc, il lui a avoué qu'il avoit eu une révélation qui étoit que la Reine accoucheroit de deux enfants; qu'ils mourroient; que six semaines après,- la Reine mourroit, et que quatre mois . après la petite vérole prendront au Roi, dont il mourroit aussi. Une pareille confidence n'a pas laissé que de surprendre M. Le Blanc, 11 n'a pas rebuté d'abord notre prophète : il a remis à conférer avec lui. M. Le Blanc en a parlé au cardinal de Fleury. On a mis cet homme