Gazelle de France > i 727t p
2. Suivant.Duclos, t. h, p. 265-367, le duc de Richelieu, l'abbé de Zinzendorf, fils du grand chancelier de l'Empire, et ic comte de Westerloo, capitaine des hallebardiers de l'Empereur, s'arrangèrent avec un aventurier qui leur promît de leur faire voir le diable. Le lieu de l'entrevue était une carrière. Le lendemain, les ouvriers qui y travaillaient trouvèrent un homme vêtu en Arménien et baigné dans son sang. L'aventure fit scandale. 11 fallut que le cardinal de Fïèury s'en mêlât pour obtenir l'absolution à Rome, Seul, le comte de Westcrlog fut obligé de se sauver* '
o 'abord à la Bastille, et ayant fait ensuite réflexion que celte prison éloil trop honorable pour un fou, on Va mis che? les Pères de Charenton1, asile ordinaire de ceux qui ont perdu .l'esprit.
Aput*
Retour de M. d'Àguesscau. — La Reine accouche de deux filles. — M. dJArmciionvillc rend les sceaux. — ■ Te Dcum. — Le Roi prend les sceaux.— Le président Chquvelin garde des sceaux. : — Son habileté*. — La princesse de Carignan. = — M. Ch.au velin, ministre des affaires étrangères. — Ignorance de M. d'ÀrhïéitonviUc. — Affaire Mascrany. — Le comte de Morvillc. — r Lettres contre le cardinal de Flcury. — Pensions u M. dJArménonville et à M. de Morvillc. — Question de préséance entre le garde dea sceaux et le maréchal de Villars. — M. d'Armcnon ville à Madrid.
Deux grands événements dans un môme jour, jeudi, 14, veille de la Vierge, Le premier : M, le chancelier cVAguesseau, qui est depuis si longtemps relégué à sa terre de Fresnes, est à Paris d'hier soir, et on ne le sait que d'aujourd'hui. Le Roi Ta rappelé pour faire les fonctions de sa charge; mais on ne sait point encore s'il aura les sceaux, pu si M. d'Arménon ville les coivservera .
A onze heures un quart, aujourd'hui jeudi, la Reine est accouchée de deux filles2. On ne s'y attendoitpas. Il lui prit hier soir un .vomissement* Elle avoit mangé des figues et un melon à la glace. Toute la médecine a regardé cela comme une indigestion. Ils disent aussi „ qu'elle est accouchée avant terme, et on n'attendoit la couche que dans Je mois de septembre; d'autres disent que les médecins s'étoient trompés et qu'elle étoit à terme. Quoi qu'il en soit, elle se porte assez bien. Le Roi
t» Cet établissement, desservi au dir-nuUième siècle par des religieux., est situé à Charenton-Saint-Maurice, près Paris. Il fut fondé, en 1644, par Sebastien Le Blanc. Il ne contenait alors qu'une douzaine de lits. Cet hospice servit quelquefois de prisou. L'abbé Decoulmiers en fut nommé, en 1 737, le directeur et le reconstitua, et un décret de l'an x de la République l'affecta spécialement au traitement de la folie.
î, Marie-Louise-Èlisabctb et Aimç-'lïenricUo de France.
ost fort charmé de son ouvrage, et il à passé du temps dans l'appartement dé madame de Ventadour à considérer les deux enfants. Coiïîme lés douleurs ont pris à là lîeiné la nuit du mercredi àû jeudi, on â êù le temps d'avertir les princes qui dévoient être présents à cet accouchement.
Dans là Gazette d'htêf, samedi, if y âvoit seùlemént que le Roi âvoit rappelé le sieiif d'Aguesseau, cnâhceîier de Ffaricê, pour ëxefcëf les fonctions de sa charge, sans aïïtré explication pour lés sceaux. L'on sait que, jeudi aif soif, M. d'Àrménonvillë les remit entre îes rnains du Rc>i d'une manière très -noble, disant que « M. d'Aguesseau étant revenu, personne ne pouvoit * oc mieux s'acquitter que lui de la place de garde des « sceaux; » et dé 1S M. d'Armérïon ville est ténu et s'est retiré dans léchâteâu de Madrid1, aif bois de Boulogne, dont il est capitaine des chasses, et où il a lin très-beau logement. Cette action même lui fait beaucoup d'honneur, car on ne dit point qu'on lui ait redemandé les sceaux.
Aujourd'hui dimanche, 17 de ce mois, on â chanté un Te Deum pour l'heureux accouchement de la Reine. La curiosité m'a fait aller, ainsi que beaucoup d'autres, pour voir arriver M. d'Aguesseau, et pour savoir s'il avoît avec lui les deux hoquetons de la prévôté de l'hôtel, qui rie quittent pas ordinairement les sceaux. Il les avoit, et même lé sieur de Monlicouf , exempt de la prévôté, qui est attaché à suivre le garde des sceaux. Cependant, en conciliant tout cè qui s'est dit, c'est un fait certain qu'il n'a pas les sceaux, cl comme lè Roi les ayant entré les mains, ils sont assez bien gardés. Les hoquetons ont eu - , ordre dë l'accompagner à la cérémonie, ïïiais ils ne sont pas restés à côté, de lui, dans le choeur, où Ton dit qu'ils sont ordinairement. M. d'Àguesseau, l'avocat général,
t . M. le comte Léon de La Borde vient de publier L'histoire de ce château. Va«'"v.| Dumoulin, in- SL
.12 JOURNAL DE BAUBIKU.
son fils, est convenu à plusieurs de messieurs, qui me Von dit en sortant de 1 église, que son père n'avoit pas les sceaux. M. le chancelier alloit droit de Notre-Dame à Versailles. Mais on est fort en peine de savoir ce que le Roi. veut faire des sceaux quil garde depuis jeudi1; quelques-uns disoient que ce pourroit être pour tenir les sceaux une fois lui-même comme a fait Louis XIV2.
On dit aussi que plusieurs^personnes sollicitent fortement pour les avoir, entre autres MM. Chauvelin et Lamoignon de Blancm^snil, présidents à mortier; tous deux amis du cardinal de Fleury. Il paroît extraordinaire qu'on ne les rende pas au chancelier en le rappelant.
Au surplus, on sait d'où vient le rappel, qui a été si secret. Le Roi va deux ou trois fois la semaine à Rambouillet, chez le comte de Toulouse. Madame la comtesse de Toulouse a beaucoup d'esprit ; elle amuse le-Roi, et il n'y a qu'elle qui ait du pouvoir sur son esprit. Elle est sœur de M. le duc de Noailles. Celui-ci est intime ami de tout temps de M. d'Aguesseau; ils éloient en place, l'un de chancelier1, l'antre de président et administrateur des finances dans le temps de la Régence. Us furent disgraciés en môme temps, et M. d'Argcnson eut en même temps les deux places. C'est donc de Rambouillet qu'est parti le coup sans que le cardinal de Fleury y ait . part, en sorte qu'il se trouve par cascade que M. d'Arménonville a lui-même élevé le lieu de sa défaite, car il avoit aulrefds Rambouillet, étant directeur général des finances. 11 y fit tant de dépenses et tant d'embellissements (folie ordinaire des financiers), lui surtout qui a un goût infini, que Louis XIV lui demanda Rambouillet pour le comte de Toulouse, son fils. Il n'osa même
\ . Louis XY gardâ tes sceaux trois Jours et les couaa à Bachelier, soa; valut de chambre, y. Journal de Marais, Revue rêtrotpecl., t x, W série, p. 35S.
2 . En i 1572. louis XIV a tenu les sceaux pendant trois mois, après la mort de M. Séguîer. Au bout des trois mois, il les a donnes à M. d'Atigre. Deux ans après, en 4 67*, il l'a nommé chancelier. (Note de Barbier d'Incvevilte.)
montrer les mémoires des dépenses qu'il y avoit faites. Le Roi a trouvé cet endroit beau pour la chasse, et la compagnie de madame de Toulouse lui a plu, et c'est là où s'est tramé ce changement.
M. le président Chauvelin1 est garde des sceaux; il les reçut hier, 17 de ce mois, du Roi, et prêta serment dans l'après-midi, pendant que M. le chancelier étoit au Te Deum. Voilà un des coups de politique des plus extraordinaires; il y a là du dessous qu'on ne sait pas trop bien; mais cela ne fait pas plaisir au premier président et aux autres présidents à mortier.
Il semble par là que le dessein de la Cour n'étoit pas de le donner à M. le chancelier; et, en cflet, on noies a pas demandés à M. d'Arménonville, c'est lui qui, de son chef, les a remis, comptant apparemment qu'on les donnerait à M. d'Agucsseau, et ayant dit, lui-même, .que cela lui étoit du, de manière que sa retraite lui fait tout l'honneur possible.
Le Roi a pris et gardé ses sceaux pendant qu'on jouoit la politique de M* Chauvelin. On dit qu'il a un crédit infini à la Cour2, et que personne n'est plus déljé que lui; il a d'ailleurs de gros biens par sa femme, qui est la petite-llllc d'un commerçant d'Orléans, Fontaine des Alontées; il aura deux millioqs de sa femme. On voudroit quasi le blâmer d'avoir fait des menées pour cela, ■ mais il est toujours garde des sceaux, illustre sa famille et a une place de plus de cent vingt mille francs de rente.
À l'égard de M. d'Àgucsseau, voilà encore le plus vilain soufflet qu'on put lui donner,0. Si M. d'Arménonville avoit conservé les sceaux, cela étoit moins piquant ; mais de le rappeler pour donner en sa présence les sceaux à un autre, c'est, au goût de tout le monde, une injure
1, Cermaiii-Louïs.
2. Ou cl î t qtic c'est en parlio madame la priticesâe de Carignan. [Soie de Uarbier.)
Ji. 2 .
14 JOURNAL DE DAttDIËR.
insigne èt marquée. Cet homme-la, en effet, a une physionomie malheureuse et sombre. C'est un pùils" de science,-. et- voilà tout, saris dêhors. 11 avoit hier, en allant au Te Deum, les yeux baissés sur ses souliers, à son ordinaire, voyant tout le Monde stàns qu'on lui vît les yeux. Son histoire fie serâ pas belïé : il n'a fait que des sottises depuis qu'il est chancelier, et il est entré dans celte place par la plus vilainé porte1 du monde, én trahissant sa patrie. C'est lui qui à trahi lé Parlement, soutenu M. lè duc d'Orléans, pour empêcher l'exécution iu testament du Roi , et qui a été cause en partie de tous ies malheurs qui sont arrivés depuis. Enfin le voilà, révenu pour la seconde fois sans qu'on l'ait beaucoup ménagé.-
Pour consoler M, d'Àguesseaû, le Roi lui a accordé deux hoquetons et un lieutenant, qui ira dans son carrosse. ' C'est toujours une marque de distinction.
La nouvelle est bien plus belle aujourd'hui, 22. M. Chauvelih1 est minist re et secrétaire d'État des affaires étrangères, à la place dé M. de Morville, et il achette le cordon bleuie M. Dodun, qui passera sur ia tête de M. le premier président Portail* Voilà certainement un exemple de fortune. Que d'élévation en (fois jours de temps, et à l'âge de quarante ans ! 11 avoit dit qu'il feroit la chambre des vacations au palais, comme président à mortier, iquoique garde des sceaux; mais il a averti, depuis qu'il est secrétaire d'État, qu'il ne le pourroit pas.
Pour les d'Arménonville, voilà une maison bien rabaissée. On ne conçoit pas comment un père et un fils, qui ont les deux premiers postes de TÉtat, se laissent donner ainsi des coups de dessous; car il y à quelque chose dans ces changements-là qu'on ne'conçoit pas.
Par rapport tfu père, il faut convenir qu'iî ne sait rien, et avec cela il avoit de petits secrétaires, tant pour le sceau que pour le conseil, et il n'a pas laissé que de
i. Voyez le Journal de Marais, 1727, aofit, l. c , t. x, p. 333-301,
. x\OUT 1727. 15
faire des çlourderies, une en dernier lieu assez grande-: il fait recevoir président tm Grand Conseil, par lettres de jussion, M. de Grassi, qui est homme de peu de chose. Ce président opina un jour longuement et d'une façon extraordinaire ; le président de Mascrany lui fit là-dessus quelques remontrances; ils s'échauffèrent et en vinrent aux gros mots. M. d'Arménonville a rendu un arrêt du Conseil seul , qui permet au sieur Grassi d'informer, et cependant suspend M. le président Mascrany dans le temps qu'il n'y a qu'un ajournement personnel qui puisse interdire un magistrat. Le Grand Conseil, par députés, a porté ses plaintes au cardinal. Cette aventure a fait tort à M, d'Arménonville.
À l'égard du fils, on lui met plusieurs choses sur son compte : 1° M, le Duc, étant premier ministre, je fit écrire à Rome pour empêcher que le cardinal de Fleury n'eut le chapeau. Depuis que M. le Duc est hors de place, le cardinal a demandé à M. de Morville s'il avoit écrit sur ce ton^là; celui-ci a nié la chose assez imprudent ment , puisqu'il n'y avoit pas de sa faute. Le cardinal a écrit en cour de Rome, a fait venir quelques-unes des lettres de M. de Morville, et les lui a représeiitées, ce qui a causé du froid1.
2° On dit que dans ce dernier traité, signé le 30 mai dernier, il s'est trouvé que M. de Morville n'ayoit pas traité avec les Ànglois aussi avantageusement qu'il le devoit et qu'il le pouvoit.
3° La reine d'Espagne, qui gouverne, n'a pas oublié le tour qu'on lui a fait du temps de M. le Duc, de lui renvoyer l'Infante, sa fille. Comme cela s'est fait par le ministère de M. de Morville, le roi d'Espagne et elle ont déclaré depuis longtemps qu'ils ne youloient avoir au-? cune négociation avec lui. On erpit que cela a beaucoup contribué à le sortir de place.
M. Chauyelin a à Versailles le pavillon de M. de Mor-
t. Journal de marais, lt ot} t. x, p. 360.
- 16 . . JOURNAL m DÀIUïlER.
ville. On dit que M. le maréchal d'Uxelles, qui est un homme de quatre-vingts ans, et qui est le plus habile homme que nous ayons pour la négociation, a beaucoup contribué à lui faire avoir la place de M, de Morville, et que depuis un an il l'instruit pour ce qui regarda les affaires étrangères. -
Il y a eu dispute pour le pas au dernier conseil. M. le maréchal de Villars a prétendu que les maréchaux de France dévoient avoir la préséance devant le garde des sceaux. Je ne sais pas encore ce qui. a été décidé ; mais, suivant ce que j'ai entendu de côté et d'autre, cette affaire est une suite du renvoi de l'Infante 'én Espagne. La reine d'Espagne, qui est vindicative, a marqué qu'elle ne vouloit aucun commerce avec la France, que les ministres qui a voient eu part à cette insulte, et qui en avoient été d'avis dans le conseil, ne fussent dehors. Le coup a commencé par M. le Duc, qui étoit l'auteur, et M. le garde des sceaux et le secrétaire des affaires étrangères ont suivi, et on n'aura rappelé le chancelier que pour ôter de place M, d'Arménonville. Cela fait bien voir le peu de certitude qu'il y a dans tous ces grands postes-là, et la politique infinie qu'il faudroit avoir pour s'y maintenir.
On donne à M. le garde des sceaux d'Annénonville trente-six mille livres de pension, et vingt mille livres de pension à M. de Morville , son fils* C'est ainsi qu'on agit dans ce pays. On retranche à cent pauvres familles des rentes viagères, qui les faisoierit subsister, acquises avec des effets dont le Roi étoit débiteur et dont le fonds est éteint; on donne cinquante-six mille livres de pension à gens qui ont été dans de grands postes , dans lesquels ils ont amassé des biens considérables, toujours aux dépens du peuple, et cela pour se reposer et ne rien faire ! Peut-on rien de moins sensé?
A l'égard de la contestation sur le pas entre le garde des sceaux et les maréchaux de France , le cardinal de
Fleury prit la parole et dit que le Roi avoit pourvu à cette difficulté, parce qu'il avoit donné à M. Chauvelin la survivance de la place de chancelier, et, en cette qualité, il a eu le pas.
Ceux qui savent le particulier croient qu'on ne songeoit pas à donner les sceaux à M. Chauvelin, ni à les ôter au garde des sceaux d'Arménonville ; mais, pour M. de Morvillc, il étoit résolu depuis longtemps de le déplacer ; et depuis six mois, dit-on, M. Chauvelin travailloit avec le maréchal d'Uxelles pour les affaires étrangères.
Le jeudi de la couche de la Reine, M. d'Arménonville alla à Versailles pour y être présent; il savoitbien que M, le chancelier étoit à Paris de la veille au soir; il trouva le cardinal de Fleury dans les appartements; ils se prirent la main sans se rien dire, et M. d'Arménonville a fait reporter les sceaux au Roi par M. de Morville, son fils, avec une lettre au Roi, par laquelle il lui marquoit que les sceaux étoient inséparables de la place de chancelier; que, pour lui, il n'avoit autre chose à faire que de se retirer pour prier Dieu pour la conservation do la santé de Sa Majesté et pour songer à son salut.
Le cardinal a pu être piqué de ce que M. d'Arménon^ ville sembloit donner un conseil au Roi, et de ce qu'il avoit remis les sceaux sans lui en parler. En ce pays-là, on ne pardonne rien, et cela aura engagé Al. le cardinal à faire donner les sceaux à M. Chauvelin,
Pour M. d'Arménonville, il s'est retiré à Madrid, où toute la Cour et la Ville sont venues le voir. (1}.
Le public n'est pas satisfait de ce changement, et l'on ne goûte pas de voir mettre ministre des affaires étrangères un homme qui n?en a ni usage ni connoissance.
1. Le duc d'Arménonville a donné son nom à la partie du bois de Boulogne qui longe la grande avenue de Neuilly, entre la porte Maillot et l'avenue des Sablons.
13 JOLIUXAL 1}E -funcililt.
Septembre
M. |c comte de Toulouse a lç détail àù la marine; m Lç Roi à FontainçM^iit. — La Constilutiou Unigenttus. — Gôncilc à Embrun. — Mémoire . c!çs cuvés de Paris.
On a rendu à M, le comte de Toulouse le détail de la marine qu'il avoit autrefois comme grand amiral, et que l'on çtvoit donné au secrétaire d'État de la manne, en sorte que M, de Maiirepas, qui Test, ira travailler à présent avec le portefeuille chez M. le çpmte de Toulouse.
Cet arrangement a été fait à Rambouillet, Le Roi part, le 9 de ce mois, pour Fontainebleau; il ira de même très-souvent à la Rivière, qui est la maison de M.* le comte de Toulouse; il se fera là encore quelque change* ment, car madame la comtesse de Toulouse vqudrojt bien, je crois, faire le duç de NoaUles, son frère,. surîi]T tendant des finances, 11 a déjà eu, du temps de la Rç^ gence, la direction de la finance, et il a beaucoup d'esprit pour cela , on pourvoit ôter M. le comte de Saint-.Flo? rentin1 qui n'a que vingHrois ans et qui est assez inu= tile, donner la place de secrétaire d'jïtat à M. Le Pelletier des Forts, contrôleur général, qui seroU charmé d'avoir cette place pour son fils.
La mère du roi Stanislas et gr^nd'mère de la Reine est morte à Chambord ces jours-ci, en sorte que voilà un grand deuil pour le reste de Tannée,
Les affaires de la religion sont ici en grand mouvez ment depuis quelque temps. On met tout en usage pour faire valoir cette Constitution Unigenitus, qui dans le public n'a pas grand renom.
11 y a eu une lettre du Roi, du 24 mai dernier, qui indique un concile provincial à Embrun ?, au 15 juin» L'archevêque d'Embrun, métropolitain, expose dans sa lettre-circulaire à ses suffragants que c'est pourexami-
1 . Louis Phelippeaux, comte de Saint-Floreatiu.Yoy. pîus haut, t. i,.p, 355.
2, Voyez V Appendice»
ners'il ne s'est point commis quelque attentat contre la soumission due à l'Église, pour punir sévèrement l'opiniâtreté des rebelles, pour retrancher et extirper les profanes nouveautés du langage et les erreurs couvertes sous le faux nom de bonne doctrine.
On a cité à ce concile M. Tévêque de Senez1-, au suiet d'une instruction pastorale qu'il a donnée, où il parle de la signature pure pt simple du formulaire; il condamne la Constitution, élève le livre du père Quesnel ?.
L'évêque de Senez est appelant au futur concile de l'acceptation de la Constitution et de tout ce qui s'est fait. Il a réitéré ses appels ; cependant il y a une déclaration du Roi de 1720, qui déclare nuls les appels et fait défense d'appeler.
En sorte que voilà le sujet de l'assemblée du concile. M. de Senez a eu une consultation signée de vingt de nos meilleurs avocats, laquelle a été imprimée, qui l'autorise à réitérer ses appels au futur concile, sous prétexte que la déclaration du Roi de 1720 n'a été enregistrée au Parlement qu'avec des restrictions pour la conservation des libertés de VEglise Gallicane, et qui lui lui conseille d'interjeter appel comme d'abus au Parlement de -tout ce qui se fera contre lui. *
Pendant la tenue de ce concile, on a jeté dans Paris une infinité d'écrits très^savants et très^-vifs en même temps contre ce conçjle, et qui ne font encore qu'aigrir le parti de la cour de Rome*
Trente curés de Paris ont écrit une lettre au cardinal de Noailles, leur archevêque, en forme de Mémoire* sur
!♦ Jean Soanen, né à Riom en 1647, fut évèque de Senez du i« juillet 1696 à 1 727, époque de sa déposition. U mourut en 1740, après avoir soufr fert longtemps à ca,use de ses opinions jansénistes. L'abbé Gaultier a publié, en i 750, La Vie et les Lettres de M. Soanen, 2 vol. in-4.
2. Pasquier Quesnel, oratorien, janséniste célèbre, né à Paris en 1634, mort à Amsterdam en 1719. Son livre des Réflexions morales fut la cause de son exil et fut condamné en partie par la bulle Vnigenitus.
3. Cette lettre ou protestation a pour titre : Mémoire présenté par trente cures de la ville de Paris à S. E, monseigneur le cardinal de NoaillesJ
le bruit qui couroit qu'il alloit accepter la Constitution. Par arrêt du Conseil d'État, cet écrit a été supprimé; il a été ordonné qu'il seroit mis au greffe du lieutenant de police et lacéré par lui, ce qui étoit une bévue dans ■ larrêt du Conseil, qui a faitdirc que M. Hérault, lieutenant de police, étoit le bourreau du Conseil; parce que ordinairement les libelles et les écrits séditieux sont condamnés à être brûlés par la main du bourreau, au lieu qu'il falloit mettre simplement dans l'arrêt du Conseil, pour être lacéré en sa présence.
Octobre.
Le libraire Osmont — Pamphlets jansénistes. — Estampes. — Osmoiit ou pilori en effigie. — L'arclicvâquc (l'Embrun primat de la Louisiane*
Un libraire de la rue Saint-Jacques, nommé Osmont1, fils d'un libraire, marié à la fille d'un nommé La Roue, miroitier, s'est avisé, par l'appât du gain, d'imprimer la lettre des trente curés f un autre livret intitulé : les Trots Puissances, qui étoit contre MM. les cardinaux do Fleury, de Rohan et de Bissy ; il a été vendu et trahi par son prote. On est venu saisir chez lui les exemplaires; par bonheur pour lui qu'il n'y étoit pas, et qu'il a été si bien caché qu'on ne Ta pas encore pris. Tous les ouvriers et les domestiques ont été pris prisonniers. On a délivré une commission à M. Hérault, lieutenant de police, et à des conseillers du Châtelet, pour juger. cette affaire en dernier ressort. Et par jugement rendu au commencement de ce mois d'octobre , on a condamné par contumace, à la vérité, le sieur Osmont àu carcan et à trois ans de bannissement. Les deux familles, déshonorées par là, sont à Fontainebleau à tâcher d'obtenir la commutation de cette peine infamante en une amende
leur archevêque t au sujet du bruit qui s'était répandu d'une prochaine acceptation de la bulle Unigenilus. 1727, Paris, in-4. ï. Voyez plus haut, L i, p, 1 50 v
pécuniaire; d'autant qu'il n'y avoit point de loi qui ordonnât peines pareilles pour imprimer contre les ordonnances de police sans permission. Quoi qu'il eu soit, ils ont apparemment obtenu un succès, car le jugement n'a pas encore été exécute. Ce qu'il y a d'étonnant, malgré toutes les recherches que Ton fait dans Paris pour découvrir les auteurs de ces ouvrages et les imprimeurs, tous les jours on distribue dans Paris des ouvrages imprimés, écrits violents, satiriques, qui rendent compte de la violence et de la vexation qu'on exerce dans cette affaire pour faire valoir cette Constitution, et qui se déchaînent contre les membres de ce concile. Il faut que les jansénistes aient quelque presse dans un coin de Paris qu'on ne puisse pas découvrir.
Il faut convenir d'un fait, qu'il n'y a que les evêques et les abbés de cour qui aspirent aux grâces, qui se soient rangés du parti des Jésuites; car tout le second ordre ecclésiastique, la plus grande partie des bourgeois de Paris, de la robe et du Tiers-État, même ce qui est le plus plaisant, les femmes et le peuple, tout est déchaîné contre les Jésuites et crie en secret contre tout ce qui se fait. Voilà pourquoi ces écrits critiques courent par , toute la ville et passent secrètement de main en main.
Ce qui rend môme le concile peu respectable et peu respecté du citoyen catholique, c'est que l'archevêque d'Embrun, président, est l'abbé de Tencin, ami de La'w, homme dévoué à la cour, dont la conduite n'est pai 1 des plus régulières, et dont la sœur étoit fille d'intrigue et a eu une sotte histoire, qui n'a pas été oubliée dans ce petit recueil1. Cela ne sonne pas bien pour un événement aussi grand et aussi sérieux qu'un concile provincial.
D'un autre côté, l'accusé, l'évêque de Senez, est le père Soanen, de l'Oratoire, qui a prêché toute sa vie . avec grand éclat, qui a quatre-vingts ans, et qui dans
J. L'aventure avec La^Frcsnaye. Voyez plus haut, t. i, p, 420-421.
22 JOURNAL UK BAItBIEIl.
son éyêché mène une vie exemplaire et en apôtre, donr nant tout aux pauvres, et est continuellement en visile. Voilà ce qui révolte.
Cependant, malgré cela, les Jésuites en viendront à bout, soit 'par menaces et violence contre les uns, soit par récompense et bienfaits pour les autres»
Avec tout cela> le concile, qui se tenoitdans les formes à Embrun, où il y avoit des troupes exprès, a décidé et rendu son jugement, le 20 septembre dernier, par lequel riustruclion pastorale de M. de Senez a été condamnée comme séditieuse, contraire aux lois de l'État et préparant plusieurs hérésies; et M.<de Senez est suspendu de toutes fonctions el juridictions sacerdotales et épiscopales jusqu'à la rétractation de son instruction paslo-? raie, au moyen de laquelle le concile a donné le pouvoir à l'archevêque d'Embrun, son métropolitain, de l'absoudre. On lui a signifié le jugement, le 21, et il a rôtpondu par une protestation de nullité contre tout ce qui ayoit été fait, lui déposé et relégué dans l'abbaye de la Chaise-Dieu \ appartenant à M, le cardinal de Rolian. Après celui-ci, on attend quelque autre concile provincial.
On dit qu'on a fait une fort drôle d'estampe représen^ tant l'assemblée du concile, L'évêquc de Senez ôtoit au bas, comme l'accusé, avec un rayon de gloire autour de la tête; le président tenoit un papier à la main, et derrière son fauteuil étoit un Jésuite qui lui mettoit une paire de lunettes sur le nez, comme pour lui dire : « Tenez, voilà le jugement, tel qu'il faut que vous le ren-r diez. » Et dans les fauteuils, des deux côtés, éloient des Jésuites, qui tenoient chacun sur leurs genoux un évêque,
i. Xa Chaise-Dieu, Casa Dei, petîle ville d'Auvergne, dans le département "de la Ilautc-Loirc, doit son nom à une célèbre abbaye de Tordre de Saint-Beuoït, fondée au onzième siècle par Robert l'Auvergnat. L'église, construite par le pape Clément VI, est un magnifique monument d'architecture. C'est là qu'autour du tombeau de ce pape Ton voit encore la représentation de la dausc macabre.
L'imagination est assez plaisante, mais je crois l'estampe rare et difficile à trouver.
Pour le coup, le jugement d'Osmont,* libraire,* a été exécuté. On a posé l'effigie dans la place de Cambrai.* Son tableau n'y a été qu'un moment, et on a brûlé des exemplaires. On a eu l'attention de ne pas faire passer la marche le long de la rue Saint-Jacques , à cause dô toute sa famille qui y est.
J'ai vu passer sous mes fenêtres la charrette,- mercredi matin, accompagnée de deux cenls-archcrs à pied,- sans exagération, pour conduire rien. Le bourreau étoit derrière, et le greffier de la commission à cheval. La céré- * monie ne s'est pas réitérée le samedi suivant.
11 est étonnant qu'avec l'autorité* on imprime tous les jours quelque écrit nouveau.
. Comme on ne manque point ici dtf donner un brevet dans le régiment de la Calotte à ceux de quelque rang et condition qu'ils soient, qui font quelque action désapprouvée généralement, on en a donné un à l'archevêque d'Embrun, déprimât de la Louisiane ; et dans ces sortes de brevets, on rend compte ordinairement- des beaux faits de celui qu'on honore d'un nouveau titre,' comme on le verra par le brevet ci-joint1.
Novembre.
M. de La Porte, granit vicaire de M. de Senez; secrétaire en Sardnigne. — Son mamlemcnt. ~ Consultation des avocats sur les nullités du concile d'Ern-' brun. — Désordres chez la reine d1 Espagne au Luxembourg. — Le duc do' Nevcrs.
Le concile d'Embrun a nommé un grand vicaire pour faire les fonctions de l'épiscopat. Mais M. de La Porte, grand vicaire de M. de Seriez, s est retiré, dans les Étais du roi de Sardaighe, éïi Savoie, avec permission de ce prince qui la lui a donnée tout entière; on dit même
i. Voyez mss., t. it, p. 9o.
24 jouknal Dh KAiuwtfn,
avec une pension de quinze cents livres. De là, il a envoyé un mandement daté, comme on entend, du diocèse de Sencz, par lequel il excommunie en plein le vicaire du concile. Ce' mandement imprimé a couru ici et est très-beau.
On parle d'un concile national qui sera tenu à Saint- Germain en Laye. Il y aura deux légats du pape qui seront des cardinaux de France. Il y a grande apparence que ce concile se tenant sitôt suivra les maximes de l'autre (celui d'Embrun).
On attend une grande consultation signée de plusieurs avocats, qui établit les nullités du concile d'Embrun. Elle est faite, elle ne paroi t pas encore ; on dit que c'est une pièce magnifique. Comme cela part de gens désintéressés et éclairés, on craint en cour cette pièce. Le cardinal a consulté le premier président et le procureur général sur les moyens de l'empêcher; mais on lui a dit qu'il n'y avoit aucune voie de fait à exercer contre aucun membre de ce corps, qui cesseroit sur-le-champ toutes ses fonctions dans le barreau et même dans l'intérieur des cabinets. M. Hérault, lieutenant de police, a envoyé des défenses à tous les imprimeurs de l'imprimer, sous peine de la vie. On dit que M* Guyot des Chesnes et Tartarin, qui ont signé la première, ont refusé de signer celle-ci, pour éviter tout événement. On ne veut point se faire des querelles; mais comme il y a, beaucoup de nos messieurs caustiques, et qui n'ont rien à perdre, il y aura toujours assez de signatures.
11 y a eu depuis quelque temps un peu de confusion dans la maison de la reine d'Espagne qui logeairLuxembourg. Elle sé brouille avec le roi d'Espagne, par les conseils de Son Altesse Royale madame la duchesse d'Orléans, sa mère* Le roi d'Espagne lui u nommé pour grand maître de sa maison et grand éd/yer, le prince de Robecq1, et pour camarcra-mayor, qui est la surin-