‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 37 sur 90 · Matthieu Molinier de Beauvais, couver du duc d'Orléans · texte numérisé non relu

Matthieu Molinier de Beauvais, couver du duc d'Orléans

3. Pat; reMrcraise dç la princesse de Carignau. Voyez les détails, sur cette intrigue, dans la Bastille dévoilée, p, 77.

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et ne savoit le pied sur lequel il étoit dans le monde. 11 a eu plusieurs conférences secrètes avec lui, peut-être - par l'entremise de Jésuites. Le curé de la Pissotte étoit mêlé dans le complot, conféroit aussi avec M. le cardinal, aussi bien que ce sieur de Beauvais.

De Bonnel communiqua à M. le cardinal un projet par écrit, pour détruire totalement le jansénisme dans Paris. Ce projet n'avoit été communiqué qu'à M. le garde des sceaux, parce qu'il falloit un secret inviolable, et dans ce projet il étoit question d'arrêter quatorze cents personnes. À la tête de la liste étoient M. de Maurepas, M. d'Angervilliers, secrétaire d'État de la guerre; M- le chancelier d'Àguesseau, M. Hérault, lieutenant général de police lui-même, que de Bonnel avoit dépeint à M. le cardinal comme favorisant sous main les jansénistes; M. Rossignol , son premier commis pour les affaires d'État; M. Orry, contrôleur générai des finances; et, pour remplir ces quatorze cents personnes , nombre de seigneurs de la Cour, de curés de Paris, de gens de robe et de particuliers. Il falloit que ce de Bonnel et les deux autres se fussent mis au fait de tous ceux que l'on pouvoit, soupçonner. 11 y avoit cinq cents gardes du corps destinés pour faire ces exécutions. De Bonnel devoit avoir la place de contrôleur général, et ces diables d'esprit sont si vifs, qu'on a trouvé dans ses papiers, après son exil, car on lui porta la lettre de cachet à quatre Heues de Paris, où il étoit, et on le fit partir sur-lechamp; on y a trouvé des projets d'arrêts du Conseil pour les finances, comme contrôleur général.

Cependant ce projet étoit fait, examiné, arrêté etaccepté par M. le cardinal et par M. le garde des sceaux, 11 n'y avoit qu'une chose qui l'avoit embarrassé : il y avoit aussi dans ce projet d'enlever le tombeau de M. Paris. M. le garde des sceaux dit là-dessus : « Pour celui-là, je ne « m'en chargerois pas. » Ce qui fait voir qu'ils craignent ce parti. On avoit bien vu , pendant quelque temps , le

cardinal inquiet, de mauvaise humeur, ne dormant point; l'exécution affreuse de ce projet lui passoit par la tête. Cela étoit capable de faire une sédition ; mais personne ne savoit ce qu'il avoit.

Enfin, ce projet arrêté, il a été découvert par le plus grand hasard du monde, Jl y a six semaines que M. l'archevêque de Paris manda ce curé de la Pissotte pour lui venir parler à Gonflons. L'archevêque de Paris avoit eu des plaintes contre lui comme curé; mais du reste ne savoit quoi que ce soit. Ce curé, plein de son secret, parut avec un visage fort rouge, de manière que l'archevêque crut qu'il étoit malade. Après lui avoir parlé, le petit curé, plein d'orgueil, dit: « Monseigneur, vous « voulez bien me permettre de vous faire part d'une « fortune qui m'est arrivée; le Roi m'a fait la grâce de <r me donner une abbaye de huit mille livres de rente. » L'archevêque crut davantage qu'il avoit quelques vapeurs, et lui dit : « Voilà qui est bien, monsieur le curé ; « allez manger de la soupe; vous en avez besoin. » Ce curé descenditdans l'office, dîna ; mais, piqué de l'air» de l'archevêque, il passe l'eau, s'en va chez lui, et revient à Conflans avec le brevet du Roi dans sa poche. M. Hérault étoit alors avec l'archevêque. Le petit curé entre : a Monseigneur, dit-il , Votre Grandeur a paru croire tantôt <£ que je lui en imposois;' je vous apporte la preuve de.ee « que je vous ai dit. » L'archevêque lut le brevet; M. Héraultle lut deux fois. Le curé s'en alla après avoir reçu des compliments. M. Hérault dit alors à l'archevêque : « Je « ne conçois rien de ceci. Gomment.M. le cardinal a-t-il « donné une telle abbaye à cet homme qui est un mau- « vais sujet? » M. Hérault lui-même avoit eu aussi plusieurs fois des plaintes contre lui. Les voilà tous les deux fort étonnés.

A Versailles, M. Hérault, qui n'y entendoit aucune finesse, et qui a la confiance de M. le cardinal, lui dé-, dura naturellement son étonnement de l'abbaye qu'il

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avoit donnée à ce curé, qui étoit un mauvais. sujet; que M. l'archevêque lui en parlerait de même. Le cardinal; lui répondit que c'étoit un honnête homme , et qui lui étoit utile. Tous les mots portent dans ce pays-là. M. Hérault travailla d'esprit pour savoir à quoi il pouvoit être utile; il ne se rebuta pas; parla une seconde fois an cardinal , lequel parla durement à M. Hérault et lui reprocha son peu de zèle et d'attention pour le servir comme il faut. Protestations de la part du lieutenant de police. <( Cela est si vrai, dit le cardinal, que vous êtes « à la tête des jansénistes de Paris. » La conversation devint très-vive de la part de M* Hérault pour se justifier. Il a beaucoup d'esprit. Enfin le cardinal, qui est bon, mol, qui a beaucoup de confiance dans M. Hérault, qui aussi étoit inquiet de l'événement d'une telle affaire, déchargea son cœur, et lui éventa toute l'aflaire de de Bonnel, "

M'. Hérault n'eut pas de peine à faire sentir le danger d'une telle entreprise, prit des mesures avec les autres ministres. On écrivit sur-le-champ à M. le cardinal de Polignac, pour empêcher que les bulles du petit curé ne fussent expédiées. Heureusement qu'il n'avoit pas pu trouver encore quatre mille livres qu'il lui falloit pour cela, quoique le Roi lui eût accordé les revenus depuis la vacance; et on. a eu les ordres du Roi pour punir ces gens-ci.

En sorte que cette affaire, qui auroit été' d'une conséquence infinie, n'a pourtant été découverte et n'a manqué que par la vanité du curé, qui a voulu apprendre trop tôt qu'il avoit une abbaye de huit mille livres de rente.

Indépendamment de la liste de de Bonnel, il y a longtemps que je pense qu'il y a du gros dans le parti janséniste, qui n'ose parler ouvertement à cause du cardinal, . mais qui intérieurement et sous main sert le jansénisme.- 0n ne peut pas savoir le fond du cœur de M. iiérault..

À l'extérieur, il fait ce qu'il peut et ce qu'il est obligé de faire, par sa charge, contre les jansénistes; mais les trois quarts de ses. commis, les trois quarts des commissaires et des exempts même sont pour ce parti ; et, comme tous ces gens-là comptent agir par conscience et par religion, il n'est pas étonnant qu'on ne découvre pas encore tout ce que Ton trou veroit. 11 n'y a que le commissaire Regnard etVaunerou, exempt, qui travaillent de bon cœur et font les expéditions contre les jansénistes; aussi les appelle-t-pri le commissaire et l'exempt de la Constitution. 11 faut avouer aussi qu'il n'est pas possible de découvrir, par exemple, l'auteur des Nouvelles, ' ecclésiastiques, car cela' fait tant de cascades entre les mains de plusieurs personnes, d'ailleurs tous honnêtes gens , que cet auteur n'est jamais connu de ceux qui peuvent être arrêtés.

Quand l'auteur des Nouvelles ecclésiastiques a composé sa feuille sur les matériaux qu'il a, il jette les mémoires au feu, il donne sa minute à un autre ; on la copie, alors on jette la minute au feu; une troisième personne porte la minute chez un imprimeur. Cette personne vient prendre les exemplaires pour les distribuer dans Paris. 11 y a peut-être vingt bureaux dans, plusieurs quartiers , c'est-à-dire, vingt particuliers , qui en prennent cent, supposé chacun. Ce n'est pas la même personne qui porte les cent à ces vingt bureaux ; ce sont vingt personnes différentes, et celui qui tient ce bureau paye les cent 'exemplaires à celui qui les lui apporte. 11 en a un pour lui gratis, de même que de tout ce qui s'imprime sur les affaires du temps. Et cet homme sait à qui donner ces exemplaires pour retirer, son argent. Si on arrêtoit, aujourd'hui matin, un de ces particuliers ayant un bureau, sur-le-champ £>n avertit tous les autres , et on transporte les exemplaires dans( un autre endroit, crainte de découverte, en sorte que, quelques personnes qu'on arrête, ia manivelle va tou-

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jours, et il n'est quasi pas possible d'arrêter le cours'do ces nouvelles,

Osmont, libraire, qui a eu cette malheureuse aflaire, i\ y a, je crois, deux ans, ayant été mis au pilori, en effigie, à la vérité,- dans la place de Cambrai, s'est avisé, ces jours, d'imprimer chez lui, sans permission, une Nouvelle vie de M. Paris1. Le commissaire Regnard a été faire la visite chez lui sans aucun avis , comme on le fera très-souvent à présent chez tous les libraires. Voyant qu'on trouverait cette pièce, il a fait monter le commissaire, et s'est sauvé en robe de chambre. On a mis en prison trois compagnons ; la femme a été menée chez M. Hérault, qui s'est défendue le mieux qu'elle a pu. On lui a permis de tenir sa boutique ouverte. Pour le coup, c'est une imprudence qui n'est pas excusable.

Dimanche 25, jour de Sainte-Catherine, les avocats s'assemblèrent à neuf heures du matin, au nombre de cinquante ou soixante, chez M. Bcrroyer, ancien avocaj., M, Tarlarin, dernier bâtonnier, étant dans son lit malade. L'assemblée fut imprévue; elle fut convoquée par M. Normant, qui s'étoit donné des mouvements cousidérables pour un accommodement. M, Berroyer envoya son laquais chez un petit nombre; peut-être môme prit** on ces mesures pour qu'il n'y eût que les principaux, surtout ceux du nombre des quarante, et les plus intéressés , et pour éviter l'inconvénient d'une plus nombreuse assemblée.

M. Normant représenta que, dans les mouvements qu'il s'étoit donnés, la Cour vouloit absolument que les avocats fissent la première démarche de soumission; que cela étoit à sa place, quand il s'agissoit de traiter avec son maître ; qu'il avoit parole d'honneur du ministre que l'on serait content de ce qui, paroîtroit; qu'il n'en pouvoit dire davantage, ni s'expliquer plus au long; qu'il falloit rentrer tous au Palais le lendemain ; que si

K Par Barthélerai Doyen, ia-i2, i73i,Voy. BibLH.Fr.t t.i, n° 11336.

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on avoit quelque confiance en lui de la manière dont il s'étoit comporté dans l'affaire de Tannée passée, on . devoit prendre ce parti sur sa parole, et que sa tête ne scroit pas assez, s'il étoit capable de tromper sa compagnie.

On alla aux voix; quelques-uns, M, Duhamel tout le premier, qui est Ires-vif sur le cas de conscience, trouvèrent que c'étoit reprendre ses fonctions bien légèrement sur de simples paroles auxquelles on pourrait manquer de la part de la Cour ; cependant il y avoit là des anciens, qui sont plus doux ; il fut déterminé qu'on rentrerait le lendemain. On dressa sur-le-champ un petit mémoire de quatre lignes, contenant les griefs des avocats contre M. l'archevêque de Paris, et MM, Normant et Julien de Prunay le portèrent à MM. les gens du Roi, qui n'attendoient que cela pour aller à Marly porter parole au cardinal que les avocats rentraient.

Lundi 26 , tous les avocats se sont trouvés au Palais pour les harangues; il n'y cn.manquoit presque pas, M. Gilbert, premier avocat général, fit un discours à l'ordinaire, où il ne parla de quoi que ce soit; mais le premier président en fît un qui ne rouloit que là-dessus: il commença par témoigner aux avocats le chagrin que la Cour avoit eu de leur retraite, et la joie qu'elle avoit de leur retour, et de ce qu'ils rentraient de leur plein gré et leur propre mouvement dans un temps où ils pouvoient espérer de continuer- leurs fonctions avec honneur, 11 fit sentir qu'on avoit eu tort de quitter; que, quand on étoit lié avec le public par des fonctions aussi utiles, 6n ne devoit point lui manquer; qu'il n'y avoit point d'états où il n'y eût des dégoûts, des peines, des temps orageux à essuyer. 11 fit voir que le Parlement, qui étoit dans le même cas, ne refusoit point ses services à la patrie.

11 y a quelques avocats, des premiers dans la consultation, qui comptent partir encore pour la campagne,

pour attendre ce qui arrivera. Pour moi, quoique persuadé qu'il y a bien des gens en Cour moins portés encore pour les avocats en particulier que pour le parti qu'ils soutiennent, je crois que nous serons attrapés. On dit que l'arrêt que nous attendons ne paroîtra que, dans la semaine prochaine ; qu'il faut qu'il soit arrêté dans le Conseil des Dépêches de samedi prochain. Si cela est, les évêqùes vont tourmenter le cardinal, et, en cas qu'il y ait un arrêt, ce sera quelque verbiage et des mots qui ne signifieront rien. Cela est même très-difficile, car le Roi ne peut pas réformer le mandement d'un arche-, vêque. ILn'ôtera certainement pas la provision qui a clé accordée à l'archevêque de Paris, et les quarante avocats m'ont l'air de rester toujours un peu entichés d'hérésie. Je ne sais pas le; parti qu'ils prendront; mais je crois qu'il sera très* difficile, et même dangereux, des vouloir se retirer une seconde fois. On ne voit pas deux fois le rivage des morts.

J'ai eu raison de dire que le public n'approuveroit pas la démarche des avocats \ aussi n'ont-ils pas été longtemps sans avoir le petit couplet de chanson sur des airs qui ont été chantés à la foire dernière, àrQpcra- Comique,

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