Anne-Auguste de Montmorency
tendante, madame la princesse de Bcrghcs1, qui est fille du duc de Rohnn. Elle les a renvoyés, et cllca auprès d'elle madame laduchessede Sforcc2,qui gouverne l'esprit de Son Altesse Royale, qui est une princesse haute, n'entendant point de réponse à ce qu'elle veut, et peu capable de choisir le vrai dans son vouloir. La reine a pour grand écuyer le duc de Nevers3, neveu do la duchçsse de Sforce. Il y a eu bien des courses d'un pays à l'autre, et pour peine de la désobéissance (tout le revenu de la Reine est son douaire), l'argent a manqué; il a fallu retrancher le train. Cela est venu à tel excès, que le roi d'Espagne a mêlé le roi de France dans sa querelle, de manière que M. de Cbauvelin, garde des sceaux, a été ces jours-ci au Palais-Royal dire à Son* Altesse Royale qu'elle eût à faire retirer de la maison de sa fille madame de Sforce et M, le duc de Nevers; sinon, que le Roi leur enverroit des lettres, de cachet. La duchesse d'Orléans a été trouver sa fdle, qu'elle gouverne entièrement. La reine a dix-sept ans, bien faite, blanche, grasse et assez aimable; mais on dit que c'est un enfant sans sentiment, sans résolution, comme à l'âge de sept ans.
Enfin, mardi dernier, 25 novembre, la reine d'Espagne cassa sa maison, monta en carrosse avec madame la marquise de Paulmy; sa dame d'honneur, et deux cameristes qui sont ses femmes de chambre, un chien et deux chats, et s'est retirée dans le couvent des Carmélites4, faubourg Saint-Germain, en sorte que celte pauvre reine est la victime des conseils de sa mère. Cela se fait-il et par hauteur et par mauvais conseil? Cela se fait-il par *
1. Anne-Henriette-Charlotte de Rohan-Chabot, née en 1682, mariée au prince de Bcrghcs depuis 1710.
2. Adélaïde-Louise de Damas de Tlnangcs était alors veuve depuis 1635 de Louis-Frauçois Conti Sforce.
3- Le prince de Vergague. Yoyez plus haut, t* i, p. 105, note 4, et Marais, t. x, p. 350,
4. Ce couvent occupait une partie de remplacement de la place Bellechasse jusqu'à la rue de Grenelle,
il. 3
politique et par jalousie, de voir sa fille aller et venir dans un rang au-dessus d'elle? La critiqué n'y trbuvera-tcllc point quelque autre raison? C'est ce qu'on ne sait point1.
9>ccembr<s
M. le Duc h Versailles. — Affaire dix duc de Crussol arrange; — Hislôîrè de Le Pineau, lieutenant de vaisseau. ^- Bcsfue de M. deChauvclîn.
Grande nouvelle à Paris! M.- le Duc a fait sa paix avec le roi d'Espagne; car il n'avoii été exilé à Chantilly qûë pour satisfaire le roi d'Espagne^ sur le renvoi de.rinfSftlff et le mariage du Roi. Le Roi Ta rappelé. Mercredi dernier, 3 de ce mois, il sailua lé Roi a Versailles. Il n'y âvoit que lui et le cardinal avec le Roi , en série qu'efri ne peut savoir que par eux cë qui s'est dit dans le cabinet, quelque curiosité qu'ait eue toute la Cour à cet événement; On dit seulement que le compliment de M. le Duc fait,* le cardinal y répondit, le Roi ne parle pas beaucoup; mais.le Roi, qui n'a que la chasse en tête, interrogea par trois différentes fois M.* le Duc sur les cerfs et les sangliers qui étoient à Chantilly.* Le cardinal rompit les chiens h chaque fois, attendu qu'il n'a pas trop envié que le Roi fréquente Chantilly comme par le passé; Après un quart d'heure, M. le Duc alla voir la Reine, avec qui il fut demi heure tête à tète; elle lui a obligation, de son état. Après, il fut chez le cardinal où il fut aussi longtemps, 11 alla ensuite dans la maison du grand maître, car. il n'a point d'appartement dans le château* où il reçut la visite de toute la Cour. Le jeudi etvenclredi, à.Parisy il a eu le concours de tout Parisj c'est-à-dire gens en droit de se présenter devant un prince du sang. Il est retourné samedi à Chantilly, en sorte qu'il ira faire sa cour quand il voudra, mais il n'est point, quant à présent, dans les conseils.
M. le duc de Crussol, qui s'est si bien tiré de son duel*
t. La mère n'a pas tant de tort qu'on le croit. — M* le duc de Nevcrs... (Noie de Jiarbiery.\ oyez Marais, l. c.t t. x, p. 303.
OKCEUBUE 1727. 27
s'éloit relire à Avignon; il s'est rendu à lu Conciergerie, et, par arrêt du lundi, .... de ce. mois, il a été déchargé . de l'accusation et renvoyé. Cela n'a, dit-on, passé que de deux voix, mais cela a été fait exprès apparemment, car le Parlement s'est prêté de bonne grâce à cette affaire; le duc d'Uzôs son père, le duc de La Rochefoucauld, son beau-père, et le maréchal de Villerpi, parent, ont sollicité très-régulièrement; on a eu le crédit par M. de Bullion, prévôt de Paris, son oncle, de prendre " les premières informations qui étpient mal faites, de les jeter au feu et d'en faire d'autres; et c'est M, Drouet, ancien greffier criminel du Parlement, très-habile, qui les a faites. Il a fallu pour cela être maître des contrôles et avoir bien du crédit, de manière qu'il rçsultoit, dit-pn, que celui qui étoit tué ctoit plus petit que celui qui avpit tué; ce n'etpit pas le moyen de reconnoitre le duc de Çrusso], qui n'alloil qu'au coude du comte de Ranlzau. Celte affaire a' coûté soixante mille livres à M. le duc d'ïjzès, car loul cela ne se fait pas pour rien, et on a enlevé cinq personnes, comme charretiers et femmes, qui étoi'ent dans les champs et qui avoientvu la chose, et que l'on a menés à la terre de La Rochcfoucauld avec deux cents livres de pension viagère chacun. Quoi qu'il en soit, la maison d'Uzcs seroit bien fâchée que cette affaire ne fut pas arrivée. Il faut dire aussi que, d'abord, madame la duchesse de Brunswick, tante à la mode de Bretagne du comte de Ranlzau, et l'ambassadeur de l'Empereur, par son ordre, vouloient poursuivre, et qu'à la fin ils se sont désistés, ce qui a donné lieu -à faire venir ici le duc de Crussol pour se purger.