C'est-à-dire, oppose ctd'une opinion contraire
sorte que la maison du Maine et celle de Toulouse don vent être piquées.
M. le duc de Bourbon avoit fait aussi des menées de* puis peu dans l'idée peut-être de reprendre le ministère.
M. le duc de Noailles prétendoit beaucoup à cette place :; cette maison n'est pas encore contente. Mais ce qui est de plus fort, c'est que le bruit commun est que M. le duc d'Orléans a décraré le lendemain qu'il n'iroitplus à aucun Conseil. Cela fait un mécontentement marqué.
Ce qui est de certain, c'est que, par le bruit public, cela n'est du goût de personne. Il n'est pas aimé, soit à cause de sa hauteur, soit à cause de mauvais bruits qui ont couru sur son compte. Je crois bien qu'il aùrà de furieux assauts à essuyer; mais il a beaucoup d'esprit, de la politique; il sait beaucoup et de tout, qui est un grand point pour venir à bout d'une administration générale. 11 a été conseiller au Grand Conseil, avocat général au Parlement, président a mortier, et ensuite ses emplois de Cour, Enfin, s'il se soutient dans cette place, c'est un grand poste pour un homme qui n'a pas cinquante-deux ans et qui se porte bien. 11 a un fils de dix ans ; il aura le temps de l'élever, et sa famille. . Madame Chauvelin, sa femme, a aussi un assez beau rang, pour la fille de M* Fontaine des Montées, gros commerçant d'Orléans. Elle est assez jolie, ët l'on en dit du bien. Les princesses du sang l'ont été voir. Mais qu elle prenne garde à elle, car si elle venoit à mourirle grand jeu de M. Chauvelin seroit de prendre les ordres et de se faire cardinal, cela Tassureroit dans son poste, et le pape ne demanderoit pas mieux.
Ceci est encore un grand coup d'étoile pour un nommé Àugeard, qui est certainement un garçon de mérite. Il étoît avocat, a fait même un livre ou Recueil d'arrêts1, sans fortune, avoit épousé une fille de soixante ans, qui
t. Ârrêis notables des différents tribunaux, par Matthieu Augear^j, Faris, i7*0ri71S, 3 VGl..inf4°, cditM 1756, % ygj, m-fol, . ' ; ■ .
JOURNAL b\i BARBIER
avoit du bien, lequel a été perdu dans le système. 11 éloit de tout temps ami de M, Ghauvelin , qui ne lui auroit servi de rien, s'il étoit resté président à mortier. Aussitôt que M. Ghauvelin a été nommé garde des sceaux , il a envoyé cherché Augeard pour être son secré- ); taire. Et voilà aujourd'hui cet homme premier .secrél taire , premier commis et homme de confiance du premier ministre. On ne peut pas un plus beau poste pour le crédit, pour se faire de grands amis et pour devenir bien riche, même sans friponnerie.
Avril.
M. le duc d'Orléans. — Procès de M. le comte de Nogcnt-Bautru j sa femme et sa Gllc. — M. de Fcrriol. — CbicoyncaUj médecin du Roi. — La mar-
c quise de Resncl aux Tuileries. — lusolencc des laquais. — Mort do AL Du moulin, 4 curé de Saint-Jac<jucs-du-Haut-Pas. — Les Nouvelles eo
' elèsias tiques.
M. le duc d'Orléans a été voir M, Te cardinal de Flcury, à Issy , et enfin il retournera au Conseil. Cet éloignemont n'a pas duré longtemps. Il étoit inutile de déclarer en public qu'il n'iroit plus. On ne sait de qui il prend conseil pour faire de pareilles démarches dans le rang qu'il tient ici.
M. le comte de Nogent1, qui s'appelle Bautru en son nom, est lieutenant général des armées du Roi , fils et peut-être petit-fils d'officier général, frère de madame la duchesse de Biron ; c'est un homme qui toujours Ta porté fort haut et a fait le seigneur à la cour. Sa hauteur lui a attiré une scène fort déplaisante, en insultant à sa table, à Nogent-le-Roi, pendant les vacances, un officier2 de son voisinage, au sujet d'un mariage pour sa fille3. Il a même eu la sottise de demander une réparation devant
1. Louis-Armand Bautru, né en 1667, mort en 1736, comte de Nogeni, lieutenant général.
2. François Brochard, sieur de La ïtfbordière. Suivant le Journal de la Cour, il se nommait M. de La Bochellcrie.
3. Henriette*Émittet née en 1709, légitimée plus tard par son père, Iq comte de Nogeut. Elle §e maria, eu 1743^ au marquis Louis de fljelun,
AVniL 1732. 257
les juges de Chartres. Cela a donné occasion à cet officier de faire oude faire faire un petit mémoire1 que Ton a trouvé parfaitement écrit, qui a été répandu dans tout Paris. Il n'est pas étonnant qu'il ait été recherché. Il contient une critique fine qui ravale de beaucoup la prétendue noblesse du comte de Nogent. Quoi de plus flatteur que de voir abaisser les gens en place ! Les juges de Chartres les ont mis dos à dos, hors de cour. Ainsi il ne reste de celle affaire que l'éclaircissement de ce qui étoit ignoré de tout le monde. 11 est bien imprudent de ne pas mesurer ses airs sur son origine personnelle dont on doit s'instruire. Dans le mémoire ci-joint, l'officier parle de la noblesse de sa mère, on se demanderoit à propos de quoi ; c'est une petite allusion, sur ce que M. de Ferriol 2, ambassadeur à Constantinople, ramena ici deux esclaves très-belles; il en garda une pour lui3. Le comte de Nogent, qui peut-être éloit son ami, prit l'autre4 ; nonseulement il l'a gardée, mais il l'a épousée, et c'est d'elle que vient la fille a marier , qui a fait le sujet de la dispute5.
1» Yoyez dans le Recueil des causes célèbres de Gayot de Pitaval, t. vu, p. 246, le Mémoire pour François Brochard, sieur de La Ribordière, officier dans le régiment royal d'artillerie, accusé contre M. le comte de Nogent, -accusateur. Ce mémoire, rédigé par un sieur Olivier, a été publié en 4 pages in-4°.
2. Charles de Ferriol, baron d'Argental^ ambassadeur près de la Porte* Ottomane, 1696 à 1711.
3. Sans doute mademoiselle Aïssé, qui fut achetée par ÛI. de Ferriol, vers 1694.
4» Cette jeune esclave fut baptisée à Paris, en 1686, sous le nom de Marie- Jnlienne-Julistanne, fille du pacha de Nehausel, en Hongrie;. elle fut naturalisée en juin 1717. Elle vécut longtemps avec le comte de Nogent, qui ne P épousa qu'en 1736.
S. Ce comte de Nogent eut encore, en Pannée 1733, une ridicule affaire avec son curé, qu'il prétendait contraindre à venir au-devant de lui avec le bénitier et le goupillon. Sur le refus de celui-ci, M. de Nogent réunit tous les habitants de la paroisse et fit un singulier panégyrique du pauvre prêtre t lequel t peu satisfait de cette équipée, attaqua son seigneur à la Tournelle. Le comte, par arrêt, fut condamné à reconnaître le curé pour homme de bien, et de plus à payer quatre cents livres de dommages-intérêts. Yoyez le
258 JOUIÏNAL DE BAKim-IK.
Je n*ai pas pu trouver la dale du temps que Maurice Ifyulru1 étQit lieutenant des la prévôté d'Angers,
On a é^é- longtemps à la Cour sans nommer de premier médecin, après la mort de AL Chirac. La Reine s*étoit intéressée pour M, Helvétius,qui est le sien et qui est très-habile, mais il ner plaît pas au cardinal. On dit mêmequ'on a attendu après les couches de la Reine pour ne lui causer aucun chagrin. On a enfin nommé M. Chicoyneau2, gendre de défunt M. Chirac, qui est de la -Faculté de Montpellier. C'est une injure à la Faculté de Paris, où il y a de très-habiles gens ; c'est un poste trèsçonsidérable et par le crédit et par le revenu de plus de soixante mille livres de rente.
Lq 15, dernière fête de Pâques, il arriva une aventure aux Tuileries. Madame la marquise de Resnel3, femme de grande qualité, s'y promenoit le soir avec une autre dame et un monsieur. C'est une grande femme, maigre, un visage très-long et qui met effectivement extrêmement de rouge. Sa mine dans cet équipage parut extraordinaire au peuple, qui y étoit en grande abondance. Les premiers qui s'en aperçurent disoient : « Mais voilà « une femme qui est comme un masque ! « Cela donna curiosité à d'autres, qui entendirent cela. Une douzaine de personnes, qui s'avancèrent pour la voir, en attira bien d'autres, de manière qu'en un moment elle fut environnée de deux mille âmes, qui la suivoient et qui
Journal de la Cour, 1733, septembre, Revue rétrospective, 2e série, t. tu, p. 00*97.
- i. Maurice Bautru , siçur de Matras, lieutenant général de la prévôté .d'Angers, seizième siècle.
2. François Chicoyneau, né à Montpellier, eu 1672, était fils de Michel Chicoyueau, professeur d'anatomie et de botanique h l'Université de cette ville. Il fut reçu docteur en 1 693, succéda à son père dans ses fonctions de professeur à l'Université, et lors de la peste, fut envoyé à Marseille, en 172Q, par le duc d'Orléans. Il vint à Paris et fut successivement médecin des Enfants de France, puis du Roi, Il mourut le 13 avril 1752.
3. Henriette FiU-James, née en 170Ç, mariée en 1722 à Jean-Baptislc- Xouis de Cicrmout-d'Aïuboisc, comte <Jç He&nç), dame du palais depuis 1723*
-s'empressoienl pour savoir co que c'étoit- On lut conseilla et à sa compagnie de s'en aller. Cette populace la suivit ;avec huées jusqu'au Pont-Royal où étoit son carrosse. Quelqu'un alla se plaindre à M. Bontemps, gouverneur des Tuileries ; il envoya quelque exempt pour démêler dans la multitude qui a voit été l'auteur de cette impertinence. On soupçonna un marchand orfèvre qu'on indiqua à tort et à travers; on le mit le lendemain en prison , et on l'en fit sortir deux jours après. Madame de Resnel en a, été pour une scène très-désagréable. « En-
core, disoit-on, si cela pouvoit corriger les femmes « de mettre tant de rouge, » En tous cas, c'est jouer de malheur. On est fait au rouge dans ce pays-ci, et pareille ;aventufe n'est arrivée à personne*
Vendredi 25, le Roi est parti pour Compiègne pour près de deux mois ; il aura le temps de s'en donner à la chasse. Les minisires suivent qui ne sont pas trop aises. C'est loin de Paris, on s'y ennuie beaucoup, et o\} ne fait point d'affaires. Le cardinal est aussi parti, le samedi ; il alla en chemin faisant diner à Goussainville, chez ■M. le premier président Nicolaï.
- On brûla, le 26, devant Notre-Dame, plusieurs écrits en vertu d'un.arrêl du Conseil1. Il faut toujours que les jansénistes donnent quelques nouveautés, mais on a trouvé extraordinaire qu'un arrêt du Conseil d'en haut, le Roi y étant, prononce une peine à exécuter par le bourreau. On dit que cela ne s'est jamais vu et que cela ne convient pas dans la bouche du Roi. Puisqu'on nomme M. Hérault lieutenant de police et des conseillers commissaires en cette partie, il falloit leur laisser
prononcer ce jugement.
Lundi 28, oh enterra M/Dumoulin, curé de Saint- Jacques-du-Haut-Pas, grand janséniste, appelant et rappelant.. Tous les curés de Paris y étoient et nombre de conseillers au Parlement. Les curés ne voulurent point
i, Arrêt du Conseil du 24. avril 1732. Yoy, Mercure cîp FfflnçÇ) £.635,
-y recevoir ceux de SainMiAienne et de Saint-Médard, religieux de Sainte-Geneviève, parce qu ils ne sont que desservants, non plus que le cure des Invalides , .prêtre de Saint-Lazare, attendu qu'il n'a point de titre, et qu'il est amovible, a la volonté de M. le général de Saint- Lazare. Ce qui fuft plus particulier, la messe fut dite par M. Goulard, archidiacre de Paris, grand moliniste, assisté pour diacre et sous-diacre'de deux cures de Paris, grands jansénistes; en sorte qu'ils prioient Dieu conjointement pour ce janséniste, qui, mourant appelant, est réputé , selon la morale présente , mourir hors de l'Église et être par conséquent réprouvé. Cela montre bien le ridicule de toutes ces disputes.
Autre expédition, le 29 de ce mois, pour brider des JSouvelles ecclésiastiques , qui, nonobstant ce, continuent toujours de se débiter. Marie Beaubourg, qui a élé bannie, n'a jamais vxilu dire de qui elle tenoit ces papiers. A la vérité, suivant le projet des jansénistes, elle ne devoit pas connoître la personne qui lui avoit remis; Il faut observer que, dans -ce jugement de M. Hérault et autres commissaires du Roi en cette partie, ils ne dévoient pas en cette qualité dire : ce Ordonnons confor- « mément àl'arrêt du Parlement,'» des commissaires du Roi n'ayant pas besoin de l'autorité d'un arrêt: mais cela est fait par politique pour etayer leur jugement qui n'est pas du goût du public janséniste, et faire voir qu'ils ne font que suivre ce qui est ordonné par le Parlement.
mal*
Anniversaire de M. Pâris. — Mandement de l'archevêque de Paris conlrc les Nouvelles ecclésiastiques. — Parlement mécontent. — Le premier président mande* à Compiqjne, — Nouveau bilonnier des avocats. — M. Nouet, — Vingt-un curés refusent de publier le mandement. — Les avocats jansénistes. — Le nouveau curé de Saiut-Jacqucs-du-Haut-Pas. — Les curé.s de Saint- Landry et de Saint- EusLachc. — Le Roi défend au Parlement de s7 assembler. — Rumeurs. — L'abbé Pu celle. — Le Parlement s'assemble* Lettre de cachet. — Le premier président. — Remontrances rédigées.
— Députés nommés. — Les avocats cessent de plaider.,** Les députés du Parlement mal reçus par le Roi. — L^bbé Pucelle exilé à Corbigny. — M. Titon k Vincennes. — Le président de Verdun. — Assemblée. — Situation désagréable du premier président. — Opposition dans le Parle* ment, lettré du chancelier. < — Bruits divers. — Lettre de cachet. — Les audiences ne peuvent tenir. -^Mésaventure du conseiller Nau. — Chanson sur Pebbé Pucelle. — La Grand- Chambre. — Le Parlement veut donner sa démission. — Les gens du Roi à Compiègnc. — Arrêté. — Le procureur général veut gagner du temps. — Ajournement de l'appel commo d'abus. — Audiences ouvertes. — Le Roi refuse de recevoir son Parlement. t- Chanson, — Le chancelier réprimande les gens du Roi à Versailles.— Indocilité de M. Titon et de l'abbé Pucelle.
M. Paris, d'heureuse mémoire, est mort le 1er mai 1727. Les jansénistes n'ont pas oublié cette époque. Aujourd'hui, 1" mai, il y a eu un concours de monde étonnant dans l'église deSaint-Médard. A six heures du ma* tin; il y avoit un nombre considérable d'ecclésiastiques, dont beaucoup ont communié. Il y avoit très-peu de messes, parce qu'on ne reçoit plus à la sacristie pour en faire dire, 11 y a eu aussi grand nombre de carrosses de gens de considération, 11 y a toujours une garde du guet comme dans les barrières au cœur de Paris. Les archers ont fait une querelle et ont maltraité le cocher de M, Robert, conseiller de Grand'Chambre, pendant qu'il étoit dans l'église , et Font même méné au corps-degarde. M. Robert, étant sorti, a dit que si son cocher avoit tort, il le puniroit, mais que, s'il avoit raison, il falloit punir les archers. Tout le peuple , qui s'étoit là amassé, a crié à M* Robert, qui étoit en manteau et en rabat, que son cocher avoit raison. M. Robert, qui est un homme fort doux et fort posé, a apaisé le peuple, en disant qu'il verroit cela; et comme on se doutoit apparemment de PefTet de cet anniversaire, Du Val, commissaire du guet, étoit là pour voir ce qui se passeroit. 11 a fait rendre le cocher à M, Robert , en lui faisant de grandes politesses. 11 est certain qu'en Cour on n'aimera pas la continuation de ce zèle du public, malgré les défenses de la police et de l'archevêque de Paris.
Mais les préjugés du public en matière de religion ne s'effacent pas aisément*
Samedi, 3 de ce mois, on a publié un mandement de M, l'archevêque de Pans1, qui condamne les, Nouvelles ecclésiastiques qui se distribuent dans Paris, défend de les lire, garder, sous peine d'excommunication. Ce maniement est parf aitement bien écrit, et ce qu'il dit même des Nouvelles ecclésiastiques est vrai. Ce sont des libelles séditieux et diffamatoires; d'ailleurs sortant d'une belle plume.
M. l'archevêque ordonne de publier son mandement aux prônes de toutes les paroisses. Le même jour, 3 du mois, vingt et un curés de Paris ont écrit à M,, l'archevêque qu'ils çondamnoient également comme lui les Nouvelles ecclésiastiques , mais qu'ils ne publieroient pas son mandement comme contenant choses qu'ils nepensojent pas. C'est peut-être sur ce que, dans le jugement, on condamne ces écrits comme contraires à des décrets apostoliques reçus dans le royaume et par toute l'Église. Cela s'entend de la Constitution Unigenitus, et ces curés ne conviennent pas apparemment qu'elle soit reçue par toute PÉglise, ou bien on dit qu'ils se plaignent qu'il n'a pas été dénoncé dans la forme ordinaire, c'est-à-dire adressé aux archiprêtres. Ceci n'en demeurera pas là , d'autant que c'est un mépris marqué contre l'archevêque, et que d'ailleurs les Nouvelles ecclésiastiques ne cesseront pas.
MM. les gens du Roi du Parlement se sont assemblés ausujetdumandement. L'on trouve, diUon,mauvaisqu 'il y ait: « Si mandons aux :offi tiers de notre Cour d'Église,» parce que le terme de Cour n'appartient qu'aux juges supérieurs comme le Parlement ; en quoi les ecclésiastiques ne cherchent peu a peu qu'à empiéter. Ceci est assez vrai.
Le Parlement deyoit s'assembler aujourd'hui, 9 mai,
. i. Chez Simon, i 7 3 ^ t JiH,
MAI 1732. 2Gâ
a ce sujet apparemment. La Cour eh a cri âVis; ils ont été mandés avec défense de s'asserribler ; ëh sorte cju ils sont partis, le premier président, M. dé BÏaricmësniî et M. Molé, le procureur général et les trois avocats généraux, pour Compiègne. Il faut que l'affairé soit sérieuse de leur faire faire un voyâge de trente-six lieues..
11 paroît bien que la Cour ne Veut pas qu'ils mettent lè nêz dans toutes ces affaires-ci , puisque, par un dernier arrêt du Conseil, du 3 de ce mois1, le Roi évoque à lui et à son Conseil la conrïoissance dé tout ce qui regardera ' les prétendus miracles du sieur Paris.
Aujourd'hui, 9 mai, jour de Sàint-NicôTâs, ôri fait iâ cérémonie d'un nouveau bâtonnier des avocats. Celui qui sort fait un discours dans la chambre Sâiht-Lôuis, C ést M* Le Roy de Vallièrès qui étoit à la tête des exilés en vacances. La curiosité, à cause des circonstances du temps, y avoit attiré un monde étonnant. Il n'a point parlé par détail ni de l'exil., ïii dès contestations. Il a commencé par dire que, quelques traverses qu'il eût eues dans l'année de son administration, aucune fonction rie pouvoit lui être plus honorable par les marques d'amitié, qu'il avoit reçues de ses confrères. H a fait son discours sur la prudence qui cônsistoit à prendre des partis suivant la droiture , l'équité et ce qiie l'on doit à sa \ religion et à sa patrie ; qu'il ne falloit pas toujours juger de la prudence par les événements; que les avocats dévoient être d'autant pins satisfaits de ce qu'ils avoiént fait, qu'ils en avoient été récompensés par l'applaudissement général du public. Il les a encouragés à avoir toujours les mêmes. sentiments, en faisant entendre que ç'étoit pour les intérêts du Roi , de la religion et de la patrie, que les jurisconsultes étoient en état d'être aussi utiles à- l'Église qu'au public. Il a cité les exemples d'Eusèbe, avocat à Àntioche-, qui interrompit, dans
i. Mercure de France, 1732, mai, p. 1047.
264 JOUftNAL DE BARBIER.
l'église d'Àntiqche, publiquement, Neslorius*, en lui disant qu'il n'enseignoit pas les véritables maximes» que cela lui attira lant d'estime qu'il fut élu évêque par ïe peuple et le clergé, comme cela se pratiquoit autrefois; encore.de deux autres avocats, et enfin de M/de - Pilhou2, qui avoit interjeté un appel à un futur concile. Tout le monde a été obligé de convenir que son discours , a été très-ferme. Je m'en doutois bien , au caractère de l'homme, et je ne crois pas que le clergé et la Cour, qui en seront bien informés, en soient bien contents.
C'est M. Nouet qui est entré en sa place, fameux dans les matières bénéficiâtes, très*riche et père du conseiller au Parlement. Il est encore jeune, parce qu'il y en a douze avant lui qui ont remercié. Il a une pension du Roi et une de trois mille livres du clergé, dont il est conseil; pourquoi il paroissoit d'abord suspect. C/est un homme de beaucoup d'esprit, très-fin, très-haut à force d'affectation d'humilité et de modestie, trop malin pour être bon. Dieu veuille qu'il arrive quelque événement pour voir comment il s'en tirera, non-seulement lui, mais l'Ordre. Il est de la règle que celui qui fait le discours fasse un petit éloge de celui qui entre en sa place. M. Le Roy de Vallières n'a pas dit un mot de M, Nouet,
Au sujet de l'arrêt du Conseil , du 3 mai, qui évoque la connoissance des miracles du sieur Paris au Conseil du Roi , un de mes confrères disoit qu'il ne falloit pas s'étonner de cela ; tout se fait de travers» puisque le lieutenant de police fait fermer le cimetière d'une église, et cquc l'archevêque ordonne la suppression des Gazettes.
Mais à propos du mandement dernier, l'affaire devient sérieuse et aura de mauvaises suites. Sur le refus de vingt et un curés de Paris de publier au prône le man-
1, Nestorius, né en Syrie, à Germanica. Il fut nommé patriarche de Constantinople, en 428, et se fit le chef d'une nouvelle hérésie, en distinguant dans le Christ deux personnes et deux natures* Il fut condamné au concile d'Èphèse, en 4SI, Déposé et banni> il mourut en Libye, en 439.
1, Pierre Pithou, jurisconsulte et philologue( né aTroycs, 1o39-159$#-
demônt en question , l'archevêque a procédé devant son officiai, et samedi dernier, 10, on a signifié à tous ces cures, par vin appariteur de l'officialité, une sentence sur requête qui les condamne à publier le lendemain , dimanche, sinon qu'il sera procédé contre eux par les voies de droit. Hier, dimanche, le mandement n'a point été publié dans toules les paroisses de ces curés jansénistes ; ils n'ont point obéi à la sentence, ils se plaignent que ce mandement ait été publié dans les rues avant que les curés l'aient eu pour le publier, mais cela a été fait adroitement pour le rendre public, se doutant bien qu'il ne seroit pas publié dans toutes les paroisses. Le véritable grief contre le mandement est de ce qu'il y est parlé de la Constitution, comme décret apostolique reçu par toute l'Église. Ils ne conviennent pas de ce fait , et c'étoit un piège pour les en faire convenir s'ilsavoient % publié purement et simplement le mandement. En tous cas, ce refus et cette désobéissance sont très-déshonorants pour l'archevêque. 11 ne peut plus en avoir le démenti. Les curés ont formé opposition à la sentence de Tofficialité. On dit qu'ils plaideront mercredi prochain, et que c'est M. Aubry, avocat, qui est chargé par eux et qui plaidera contre le promoteur.
Je crains fort aussi que nos avocats ne s'embarquent encore dans cette affaire-ci. Des principaux, du parti s'assemblèrent, samedi, 10 (apparemment que c'est pour conférer entre eux), et M* Aubry, qui doit plaider, pour ranger les moyens de la cause. La clique janséniste des .avocats, qui sont le plus entêtés pour le parti, est composée principalement de: MM. Berroyer, Duhamel, aveugle, Aubry, Gacon, Pothouin, Visinier, MM. Le Roy et quelques autres qu'ils admettent peut-être dans le Conseil. Je ne sais si Prévost se retiendra à cause de son exil. M. de La Vigne n'ose peut-être pas trop se mêler de ces conciliabules particuliers, parce qu'il est conseil de M; le garde des sceaux, et adjoint. Aussi ces six ou