‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 45 sur 90 · IL · texte numérisé non relu

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ï>66 JOURNAL DÉ BARBIER.

sept avocats j qui soht très-habiles et très-employés, se prônent et se produisent les uns et les autres dans toutes les affaires de Paris. 11 faut que mon père, qui n'est point lié avec eux et qui ne va pas au Palais, ait autant de réputation qu'il en a pour conserver dans la consultation et l'arbitrage un emploi aussi considérable que célui qu'il a.

Dimanche* 11, le nouveau curé de Saint-Jacques-du- Haut-Pas, nommé par l'archevêque, fit le prône. 11 y avoit un monde étonnant, et bien des gens dè quelque chose, tant de robe que d'épée -, et beaucoup aussi par curiosité. Il commença par difë qu'il ne poûvoit espérer qu'on eût pouf lui les mêmes considérations qu'on avoit pour son prédécesseur-, qui étoit un homme de beaucoup de mérite, qu'il ferait ses efforts pour mériter la confiance de ses paroissiens; ensuite il est tombé sur la subordination et l'obéissance qu'on devoit à- ses supérieurs , et, en disant cela il a fait le geste d'un homme qui veut tirer quelque chose de sa poche. On s'est douté que c'étoit le mandement , tout le monde s'est levé et a sorti de l'église avec un fracas effroyable, en renversant les chaiseb les unes dessus les autres , et se culbutant. Il est sorti dans ce moment plus de deux mille âmes. Il y avoit des femmes qui pleuroient et qui disoient qu'il eloit bien indigne de publier des choses comme celles-là. Le curé a toujours continué délire à quelques personnes qui sont restées sur les chaises. Ce que c'est que la prévention du peuple !

Le curé de Saint-Landry1, dans la Cité, qui étoit du nombre des vingt et un, est revenu du côté do M. l'archevêque, en disant qu'il est trop vieux pour avoir un procès contre son archevêque; il a publié son mandc-

*. i. Cette église paroissiale remontait à des temps très-réculéà. C'était, en une petite chapelle où Tévêque de Paris Tenait prier. C'est là que le conseiller Broussel fut enterré ; sur Remplacement de cette égliset démolie ver» 1800, on a ouvert la rue d* A rcoïe.

prient, le monde est sorti de même de celte petite paroisse, et il est resté six personnes dans l'église1.

Mais on dit que le curé de Saint-Eustache2, qui est M. Secousse, qui n'éloit point du nombre des curés opposants, a eu une grande conférence avec M. Par-* chevêque; qu'il avoit tenu sa paroisse trèsrtranquille jusqu'à présent , mais qu'il ne pouvoit pas publier le njandement qu'il lui avoit envoyé, et ce refus, dans la plus grosse paroisse de Paris, a été d'un grand poids*

Dimanche, 11, messieurs du Parlement, qui étoient allés à Compiègne, sont revenus le soir. Lundi matin, 12, le Parlement s'est assemblé pour savoir la réponse, M. le premier président a dit que le Roi leur avoit dit» lui-même, qu'il défendoit expressément à son Parlement de s'assembler, de faire aucun arrêté, ni aucune délibération touchant les affaires de l'Église ; qu'il ne devoit s'assembler que pour recevoir ses ordres et les exécuter, çt qu'il ne le contraignit pas à lui faire sentir son autorité.

Ce récit a causé un murmure étonnant. Après que le premier président a fini, M. l'abbé Pucelle a pris la parole et a parlé, à ce qu'on dit, fort bien ; qu'il étoit odieux que le Parlement fût traité de la sorte, et qu'il ne falloit pas souffrir cela; que ç'étoit la suite ordinaire du gouvernement des cardinaux. Beaucoup d'aulresont parlé avec véhémence, et on a voulu traiter la matière dont il s'agissoit. Le premier président s'est levé pour rompre l'assemblée, en répétant toujours les ordres du Roi. On lui a dit des avanies, qu'il. n'avoit qu'à s'en aller, mais qu'on lui déclarent qu'on se passeroit de lui et que le Parlement continuerait II a voulu faire registrer l'ordre verbal du Roi. Le Parlement n'a pas voulu, et on a dit que, s'il y avoit quelque greffier assez hardi pour le

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