‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 47 sur 90 · MAI 1732. 2G · texte numérisé non relu

MAI 1732. 2G

ont prévu tous les cas : que si on trouvoit à son passage un secrétaire d'État , qu'on n'aurait point égard à ce qu'il dirait, et que si le Roi, étant parvenu à lui, leur défendoit de parler ni de répliquer, le premier président auroit son discours tout écrit et le laisseroit sur le bureau ou la table de la chambre, pour notifier la démission des charges, car ils sont tous résolus à quitter, s'ils n'ont pus justice et raison du ministère. Ce parti est très-vif; mais dans les grands maux, les grands vemôdes ! Ceci fait craindre à tous les honnêtes gens des suites fâcheuses. 11 semble qu'il doit arriver de ceci, ou l'abaissement total du Parlement, ou un changement de ministère. Il est certain que le dessein des évêques est d'ôter au Parlement, qui les gêne et les incommode depuis longtemps , la connoissance de leur administration, et d'établir, pour toutes les affaires qui sont actuellement évoquées au Conseil du Roi, une chambre et juridiction composée de prélats et d'ecclésiastiques , en quoi ils deviendraient par là les maîtres de vexer tout le clergé du second ordre, et l'on prévoit que cette chambre dégénérerait en inquisition.

Cette délibération fameuse a donc été enregistrée ; on a nommé les députés, le premier président et les présidents à mortier, douze conseillers de Grand'Chambre , qui sont : l'abbé Pucelle, M. Canaye et un conseiller, le plus ancien de chaque chambre des enquêtes et requêtes, et le parquet des gens du Roi, en sorte qu'ils sont une vingtaine environ.

En conséquence, il n'y a eu d'audience en aucune chambre, et le bruit s'est répandu sur-le-champ dans le Palais, où il y avoit grand monde, que le Parlement se retirait. Le sieur Griffon, avocat, a été à. la Cour des Aides , où Ton plaidoit ; il a tiré par la manche le sieur Àngot, jeune avocat, qui avoit la parole, et lui a dit : « Je a t'apprends que le Parlement s'est retiré. » Dans le moment, Angot a repris la parole et a dit : « Messieurs,

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« je prèrids trop de part à là douleur publique; j'apprends que le Parlement se retire; vous me dispeiir ,« serez de continuer, » 11 a laissé sa cause à moitié, et la Cour a levé. Cette démarche d'Angot paroît précipitée, et n'estpas approuvée de tout le monde. On a été 'de même avertir au Châtelet; les avocats ont plié leurs sacs et sont sortis. On en a fait de même au Grand Conseil, et l'après-midi, les cabinets des consultants ont été fermés. Mon père a renvoyé ceux qui avoient des paroles prises. Voilà le feu bien animé* et une seconde vacance pour nous.

> Le Parlement député est parti de Paris, le mardi' 13, sur les deux heures après midi. Il doit, dit-on, avoir audience, mercredi, à midi. On attend avec grande impatience l'événement de cette dépûtation. Il est à présumer que le Roi ne voudra pas, ou, pour mieux dire, qu'on ne lui conseillera pas d'avoir le démenti de Cette affaire, pour ne pas, dit-on, compromettre l'autorité royale ; et, en ce cas, il ne peut parer la démarche et la résolution du Parlement; joint à la liaison des curés et des avocats, qu'en prenant un parti forcé, violent et au plus sévère. D'un autre côté, le cardinal est vieux et paisible, incapable de -soutenir de grands événements; le garde des sceaux et adjoint est plus entreprenant, mais il n'est pas encore assez ferme dans sa place pour hasarder de grands coups, surtout ayant contre lui, sourdement et par jalousie, le chancelier, les ministres et la plupart des gens de la Cour ; en sorte que je le crois lrès?embarrassé.

Mercredi 14, les députés ont eu audience; le Roi les a reçus très-froidement ; il leur a dit ; « Je vous ai fait « savoir ma volonté, et je veux qu'elle soit pleinement a exécutée; je ne veux ni remontrances ni réplique en « . quelque forme et de quelque nature que ce soit. Vous m n'avez déjà que trop mérité mon indignation. Soyez

plus soumis, et retournez à vos fonctions, »

-IL le premier président ayant voulu parler au Roi*: « Sire, » le Roi lui dit: « Taisez -vous ! » M. l'abbé. Pucelle s'etant avancé pour présenter au Roi le papiersur lequel étoit écrit le discours-, le Roi dit à M, de Maurepas : a Déchirez ! » ce que le secrétaire d'Etat fit sur-le-champ*

Le Parlement s'est retiré, et chacun est. revenu dans des voitures différentes. 11 n'y a guère d'exemple qu'il ait été aussi maltraité. Le ministère étoit averti de tout, et ils avoient eu le temps de prendre leur parti; car M. le premier président étoit parti, mardi, à deux heures, avec M. le président Portail, son fils, en berline à six chevaux de poste, et étoit par conséquent arrivé bien devant les autres.

Dans le retour, mercredi î4 , au soir, à Senlis , un sous-brigadier des gardes du corps a présenté une lettre de cachet à M. l'abbé Pucelle, et l'a conduit, par ordre du Roi, à son- abbaye de Bénédictins, à Corbigny 2, qui est dans le Morvan, entre Àutun et Àuxerre, On lui a fait toutes les politesses possibles; on lui a laissé le

i. Discours arrêté dans rassemblée du mardi, \ 3 mai 17 32| sur le modèle du discours de M. le premier président de Verdun, de mars 1626, à Louis XIII, pour dire ou pour présenter au Roi par écrit en cas de défense, do parler ;

f Que comme il s'agit de la religion, de la sûreté de la personne dé S. M. « et de son État, qu'il ne répute point à désobéissance, si quelque évocation t ou interdiction qui put Intervenir à son Parlement d'en connoitre, il n'y 0 pourroit déférer, ce que M. le chancelier devoit faire trouver bon à S. M. ■ à l'exemple de sesprédécesseurs qui n'avoient redouté l'indignation de Leurs « Majestés pour les servir plus utilement en affaire de cette conséquence, et

• dont ils avoient puis été grandement loués de Leurs Majestés.

, t Si le Roi persiato à dépouiller son Parlement de la plus essentielle de « ses fonctions, la plus utile pour le bien de son service, et dont la conscience « de son Parlement est la plus chargée, ils supplient très-humblement le Roi « de le dispenser de continuer des fonctions, dont il ne pourroit s'acquitter « d'une manière utile pour le bien de son État, tant qu'il auroit les mains liées

• sur le plus important et le plus indispensable de ses devoirs. »

. 2. L'abbaye de Corbigny, dans la Nièvre, de l'ordre de Saint-Benoît; en latin, Corbiniacum, placée sous le patronage de saint Léonard et de saint pierre, existait déjà en S 64.

JOURNAL DE BARBIEK,

choix de la voiture et tout le temps qu'il faudroit pour faire le chemin. L'exil est des plus doux dans son abbaye, où toute sa famille Tira voir,

La nuit du mercredi à jeudi, à une heure après minuit,un sous-brigadier des mousquetaires, accompagné de six mousquetaires, a élé arrêter, de Tordre du Roi» M. Titon, conseiller des enquêtes, et Ta conduit au château de Vincennes. C'est lui qui, à l'assemblée, avoit rapporté le discours du premier président de Verdun 1 au Roi, en 1626, qu'on a pris pour modèle dans celuici, pour la menace de la cessation des fonctions ordinaires ; qui avoit dit h sa compagnie : « Imaginez-vous « que le Roi en se couchant ait défendu de* le réveiller « sous quelque prétexte que ce soit : le feu prend pena dant la nuit au châteaïï et gagne l'appartement du « Roi, croyez-vous que ce fût lui désobéir que de réveiller « le Roi, malgré ses défenses? Nous sommes, messieurs, « dans la même circonstance ; le Roi dort , le feu est « aux quatre coins de son royaume! c'est à nous de « l'éveiller ! »

M. Titon a été plongé dans la débauche pendant sa jeunesse; c'est un homme de quarante ans; il a changé du tout au tout depuis quelques années, et il s* est jeté dans la plus haute dévotion, grand janséniste, qui, tous les- mercredis» visite les prisonniers; les samedis, les malades de l'Hôtel-Dieu, et grand protecteur de M. Paris, et remplissant avec cela exactement les devoirs de sa charge 2*

1. Le premier président de Verdun tint ce discours au Roi, en 1626, lorsque rassemblée du clergé, après s'être dissoute, se réunit de nouveau malgré les arrêts prohibitifs du Parlement, pour rétracter la censure d'un libelle attribué au père Garasse. Le Roi évoqua l'affaire, et manda le Parlement au Louvre. ' *

2. M. Titon, à ce qu'il paraît, retomba plus tard dans les yieux péchés de sa jeunesse* il abandonna le parti janséniste qui avait payé ses dettes, et au grand scandale de ses confrères du Parlement, eut des maîtresses et une petite maison, Yoycz plus bas, année 1753.

Lo jeudi, tous les députés ont été de retour à Paris a m ici j.

Vendredi 16, le Parlement s'est assemblé à huit heures du matin, 11 le falloit de nécessité pour être instruit de % la députation. La Grand'Chambre en place, on a envoyé avertir, en la manière accoutumée, toutes les chambres des enquêtes et requêtes , qui s'y sont rendues en nombre complet, c'est-à-dire que peu manquèrent.

Le premier président a fait le récit de ce qui s'éloit passé à leur réception à Compiègne, si ce n'est qu'il a omis le fait de la lacération du discours, qui étoit pourtant un fait grave et très-insultant pour le Parlement, fait qui étoit su de tout Paris dès la veille. M. le premier président a dit ensuite le malheur arrivé aux deux confrères exilés, et que la règle étoit, en pareil cas, d'envoyer quérir les gens du Roi pour les envoyer au Roi lui demander un jour pour que son Parlement lui envoyât faire des remontrances sur l'exil des conseillers arrêtés. Peut-être cela est-il concerté avec le ministère, parce que cela donnoit du temps pour prendre des arrangements.

Il est arrivé alors ce qu'on n'a jamais vu dans l'histoire. Dans le moment que M. le premier président a fini son discours, tous les présidents et conseillers des cinq chambres des enquêtes et requêtes , et plusieurs conseillers de Grand'Chambre, se sont levés et se sont retirés sans dire un mot, semblables à une volée de pigeons qui partent d'un toit au bruit d'un coup de fusil. Le premier président, les présidents à mortier et les conseillers de Grand'Chambre, du moins pour la plus grande partie, sont restés en place sans se lever, et un demi-quart d'heure après, le premier président et les autres se sont retirés. On dit qu'ils ont suivi le premier président chez lui; apparemment qu'ils y ont tenu conseil entre eux. Le premier président est bien heureux dans celte occasion que le grand banc et la Grand'Chambre ne l'aient

pas abandonné. Il rejettera toute la 'mutinerie sur les enquêtes 'et requêtes, cl la Cour peut tirer un grand avantage de cette division.

Apparemment qu'avant rassemblée des chambres, cette désertion muette était concertée entre toutes les

cinq chambres du Parlement. 11 est certain qu'on ne peut punir personne en particulier pour avoir ouvert cet avis.

Les courriers, sont partis pour Compiègne. Il s'agit do voira présent le parti qu'ils prendront en Cour, et je conclus quek si le Parlement n'est pas soutenu parquet ques puissances de Cour qui attendent à se déclarer contre le ministère, ma foi! il sera la dupo.de tout ceci'. Cependant, il y a trois choses qui rendent les entreprises dangereuses du côté de la Cour : 1° la jonction des Par^ lements du royaume à celui de Paris, qui seroit trèsembarrassante par la cessation de toutes les affaires ; 2° si Ton ôte les vingt-deux curés de Paris, le public s'abstiendra dfaller au prône et à la grand'messe pour ne pas entendre la publication du mandement, ce qui forme esclandre et irréligion; 3° la cessation des aumô* nés aux pauvres de ces paroisses.

Le jeudi ou vendredi, on a transféré M. Titon du château de Vincennes* au château de Ham en Picardie, qui est un assez vilain endroit.

Les nouvellistes ont eu tout le temps ici de promener leur imagination sur ce que Ton fera ou ne fera pas, car vendredi et samedi , les choses sont dans le même état sans qu'il y ait rien de nouveau de -la part de la Cour, où Ton a tenu sans doute de grands conseils, tandis qu'à Paris il y a eu aussi bien des menées entre le Parlement; les curés, les avocats et les jansénistes, parmi'lesquels il y a certainement quelqu'un qui a quelque correspondance secrète pour savoir ce qui se passe à Compiègne. ■ Dimanche, 1S, il y a eu, le malin, assemblée chez le premier président des présidents à mortier et de quelques

conseillers de Grand'Çhambre ; ils ont tous conclu unanimement qu'il ne falloit point se séparer de leurs confrères à c'est-à-dire du reste du Parlement, et qu'il ne falloit point tenir d'audience. Gela a été mandé à Cornpiôghe.

- Le lundi, 19, il y a eu un grand conseil à Compiègnë; On disoit que les princes et les notables du royaume, comme sont ceux qui ont séance à un lit de justice , y avoient été appelés, mais cette nouvelle n'est pas vraie* Les princes du sang étoient seulement présents à l'audience qu'a eue le Parlement à Compiègnë et à la mauvaise réception que le Roi lui a faite. On ne sait point ce qui à été conclu dans ce conseil, mais* la nuit du lundi, il est arrivé une lettre au premier président, écrite par le chancelier1* En conséquence, le mardi, 20, M*, le premier prési-

i . lettre de Mgr le chancelier à M. le premier président, du lundi 1 9 mai : ■ Le Roi n'a pu apprendre sans une extrême surprise, que tous les officiers des chambres' des enquêtes et des requêtes du palais, avoient abandonné l'exercice de leurs fonctions depuis vendredi dernier, et S. M. ne peut corn* prendre que la Grand'Çhambre même, qui, dans les temps précédents; s'etoit toujours distinguée par la 'fermeté à remplir ses devoirs, diffère encore de s'assembler pour tenir ses séances ordinaires.

o Je . ne saurois même vous dissimuler, monsieur, que S. M. attendent de * votre zélé pour son service que vous seriez entré ce matin à la Grand'Çhambre-, cl S. M., qui connoît la fidélité et l'attachement de tous MM. lés présidents et d'un grand nombre de la Grand'Çhambre, est persuadé qu'ils ne vous " auroient pas abandonné dans cette occasion. Le Roi ne peut souffrir la durée d'un éclat également contraire au respect qui lui est dû, au devoir le plus essentiel des magistrats et à l'intérêt de ses sujets. Ainsi S. M. me chargé de vous écrire qu'elle veut que tous les officiers de son Parlement rentrent sans' aucun délai dans l'exercice ordinaire de leurs fonctions ; le Roi vous ordonne Je leur faire savoir ses intentions aussitôt que vous aure* reçu cette lettre, afin qu'ils s'y conforment avec la soumission qu'ils doivent à ses ordres. Et S. M. .vous charge personnellement d'y tenir la main, ne doutant point aussi, que tous MM. les présidents ne soient les. premiers à donner l'exemple au reste de la compagnie, en exécutant fidèlement les ordres tUT Roi, pour éviter les résolutions rigoureuses que S. Û, ne pourroit pafl s'empêcher de prendre à l'égard de cette -compagnie; Prévenez-les,' monsieur, en rendant au* Roi incessamment le compte qu'il attend de la manière dont ses ordres auront été suivis.

t Soyez persuadé de tous les sentiments avec lesquels je suis, etc. •

dent a fait assembler chez lui les présidents à morlîer, des conseillers de Grand'Chambre , et, dit-on, les premiers présidents des enquêtes et requêtes ; mais Ton dit que, dans cette assemblée, on n'a pris aucun parti, que tout est resté dans le même état. Ce qui est de certain, c'est que le procureur général et lés avocats généraux sont partis à deux heures après midi pour Compiègne, sans mission particulière, mais pour conférer apparemment. avec M. le chancelier. L'on croit pourtant que c'est de concert avec la Cour,

Autre fait certain. M. le comte de Maurepas, secrétaire-d'État, a écrit à M. Hérault, la nuit de lundi, que le Roi étoit informé qu'il se répandoit des bruits dans Paris qu'on vouloit ôter au Parlement les appellations comme d'abus, créer une chambre ecclésiastique qui en auroit la connoissance ; laquelle chambre dégénèreroit ensuite en inquisition; que ce n'étoit point là l'intention du Roi ; quev M. Hérault eût à assembler les commissaires de Paris pour leur faire lecture de cette lettre. Ce qui a été fait mardi matin, et M. Hérault leurra ordonné d'aller dans les endroits publics , où l'on s'assemble, comme les cafés, pour défendre de tenir de pareils discours qui étoient contraires aux intentions du Roi, sous peine de désobéissance ; et les maîtres des cafés ont été chargés d'en avertir ceux qui y entrent.

Or, ceci est une espèce de manifeste et de justification de la part de la Cour, ce qui paroissoit avoir trait à un accommodement avec le Parlement. C'est un grand point que les président s à mortier et la Grand'Chambre ne se soient point désunis du corps du Parlement. À la vérité, leur audience auroit été bien inutile, car îl est certain qu'aucun- avocat n'y auroit plaidé,, et n'auroit travaillé pour affaires de la Grand'Chambre.

11 faut dire aussi qu'il n'y a pas une grande politique de la part du ministère, ayant le but d'établir cette Constitution, de détruire ce jansénisme et de réunir les peu-

pies sous une même forme de religion pour la morale, sachant d'ailleurs depuis longtemps l'opposition du Parlement, en général, à ce système, qui est un composé de plus de deux cents personnes qu'il n'est pas possible de gagner, 11 falloit prendre ses mesures de loin , et qu'à propos de rien, dans un lit de justice, le Roi attribuât à la Grand'Chambre seule le titre de Cour des Pairs, que les enregistrements ne se feroient plus que par cette seule chambre, et que les chambres des enquêtes et requêtes ne participeroient plus à ce droit et ne seroient plus d'*aucune assemblée ; ce qui ne seroit pas sans fondement, parce que, dans l'origine du Parlement, il n'y avoit qu'une chambre, et c'est à celte chambre qu'est attribuée la connaissance des régales, des appels comme d'abus et des duels. Les autres chambres du Parlement n'ont été créées et multipliées que par deux raisons : l'une qu'à mesure que le royaume s'est augmenté, les affaires des particuliers se sont multipliées de façon qu'il a fallu plus grand nombre de juges;, l'autre la création des charges pour avoir de l'argent dans des temps de guerre, et, par là, l'autorité des ministres n'auroit poinf été contrecarrée, parce qu'il auroit été bien plus aisé de gagner ceux qui auroient composé celte chambre, La Grand'Chambre auroit favorisé ce projet par l'élévation que cela auroit donné h leurs charges ; mais cette entreprise n'est plus faisable dans un temps de troubles, où tout le projet du ministère est à découvert.

Les gens du Roi sont revenus de Compiègne, le mercredi au soir. Il y a eu, jeudi, 22, conférence chez M. le premier président, et le bruit dans Paris étoit un accommodement futur. Cependant, j'avois vu en campagne deux personnes qui me dirent qu'on n'avôit dit autre chose aux gens du Roi, sinon que !e Roi avoit donné ses ordres et qu'il n'y avoit qu'à les exécuter.

Vendredi, 23, sur les quatre à cinq heures du matin, chacun des présidents et conseillers au Parlement a reçu

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une lettre de cachet qui lui a été apportée par deux mousquetaires (c'étoit par des officiers pour les présidents), par laquelle le Roi écrit: « Je vous écris cette lettre, «, monsieur N..., pour vous dire que je vous ordonnera « peine de désobéissance, de vous rendre, vendredi, 23 «/.de cê mois, à huit heures du matin , en mon Parle- « ment, pour y continuer les fonctions de votre charge. « Sur ce,je prie Dieu, monsieur N..., qu'il vous ait en sa « sainte garde. — "Écrite à Compiègne, le 21 mai 1732. « — Signé : Louis. » Et plus bas : « Phelipeaux, »

En conséquence, le premier président, les présidents à mortier et les conseillers de Grand'Ghambre se sont rendus à la Grand'Ghambre, les autres à la Tournelle, et chacun des enquêtes et requêtes dans sa chambre particulière* .

On a ouvert l'audience , à l'ordinaire , à la Grand- Chambre; mais faute de procureurs et d'avocats , on a levé, et cela ne pouvoit pas être autrement, puisque personne n'éloit averti.

A la Tournêlle, tenue par M. le président Portail fils, et (îomposée de conseillers de Grand'Ghambre et des enquêtes M. Naii, fort ami des Jésuites, conseiller de Grand'Ghambre, a voulu rapporter une affaire, mais les conseillers des enquêtes ont envoyé chercher leurs confrères,, pour venir conférer dans leurs chambres, et la Tôurnelle par là a cessé.

L'après-midi, M. le président LePeletier a ouvert, à la Grand'Chambre, l'audience de relevée ; mais elle a été levée sur-le-champ par la même raison qu'il n'y avoit: personne pour plaider.

Jusqu'ici, il n'y a que le grand banc et la Grand'- Ghambre qui se soient prêtés à continuer leurs fonctions/quoiqu'il n'y ait eu aucun arrêt aujourd'hui. On ne sait point ce que les enquêtes ont déterminé , ni ce que c'est que ce prétendu accommodement dont on avoit parlé. Si la Grand'Ghambre se sépare des enquêtes,

les .choses seront plus brouillées que jamais, et cela nous fera une affaire personnelle, car sûrement les avocats ne plaideront point à la Grand'Chambrc. Ils ont tenu là-dessus leur petit conseil particulier , et les cabinets des consultants seront fermés; ce qui est, à* mon sens, le plus embarrassant pour le public» car si les avocats vouloient travailler dans le cabinet, on se passèroit aisément des enquêtes, et on .portèrent' devant les avocats toutes les grandes affaires, soit par des compromis, soit par des arrêts du. Conseil , qui les • nornmeroient .commissaires, comme il y en a déjà beaucoup, ' * Malgré le sérieux de celte affaire, il faut pourtant rapporter la petite chanson qui court à l'occasion des exilés. Sur l'air : Ma pinte et ma mie, à guç !

Le Roi, pour plaire à Fleury

Et à sa séquelle, Vient cPexiler de Paris

Le zélé Pucelle.

Le peuple va murmurer, EL (es 11 lies vont crier :

et Rendez-nous Pucelle!

0 gué ! .

Rendez-nous Pucelle. M »

Samedi 24, tout le Parlement s'est rendu au Palais, chacun dans sa chambre ; mais il n'y a eu d'audience en aucun endroit- Tous les greffes ont été fermés, et point de signification, le tout de Tordre du Parlement, d'autant que cette affaire se brouille de plus en plus; chacun délibère de son côté dans chaque chambre, et la nouvelle qui couroit le jeudi dans Paris, d'un accommodement, étoit fausse.

On dit que si le Parlement avoit bien fait, le vendredi, sur la lettre de cachet qui luiordonnoit de rentrer pour remplir leurs fonctions, ils ne dévoient point douter de

Le comte du Maurepas fut, dit-on, l'auteur de cette complainte.

leur droit, et, malgré les arrêts du Conseil portant évocation, enjoindre au procureur général d'interjeter appel comme d'abus du mandement de M. l'archevêque, rendre l'arrêt, le faire imprimer sur-le-champ, et le faire publier dans les rues. Avant qu'on eût été et revenu de Compiègne, l'arrêt auroit été. dans les mains de tout Paris, et même envoyé en province.

Mais on a pris un autre parti ; la Grand'Chambre paroît unie plus que jamais; elle a, dit:on, délibéré d'envoyer MM. les gens du Roi à Compiègne, pour savoir de Sa Majesté si, par sa lettre de cachet de vendredi, 23, il entend remettre le Parlement dans ses fonctions entières. On communiquera ce parti à messieurs des enquêtes qui ne manqueront pas d'y adhérer, et Ton dit que le vœu commun du Parlement, en cas que la réponse du Roi persiste à restreindre leurs fonctions et à leur ôter la connoissance de ces affaires-ci, est de remettre tous leurs provisions au greffe avec leur démission. On ne doit pour cela s'assembler que mardi, 27, et enenvoyer les gens du Roi le lendemain; la Cour aura le temps de prendre des mesures d'ici à ce temps-là, car ce parti est violent; par là, ils se mettent au-dessus de la menacé de la suppression. Et si le Parlement persisloit vraiment dans ce parti sans se trahir les uns et les autres, ils embarrasseroient fort la Cour, tant par la cessation des affaires que par la jonction des autres Parlements, ce qui produit même un mal encore plus considérable, qui est pour le commerce, car dans ce temps de troubles au dedans du royaume, on ne trouve plus de crédit, ni sur l'Espagne, ni sur la Hollande, ni ailleurs. Les jansénistes se flattent de la jonction du Parlement, qui n'est pas bien sûre , car les Parlements de province n'aiment pas celui de Paris, qui n'a pas jusqu'ici, et dans les occasions, fraternisé avec eux, l'ayant pris surun ton haut et de distinction.

Lundi 26, le Parlement fut assemblé, au sujet do

lettres patentes que le procureur général avoit reçues, la veille, de Compiègne. On a délibéré, et il y a eu trois opinions : une d'enregistrer purement et simplement les lettres patentes, il n'y a eu que quelques conseillers dévoués à la Cour qui aient été de ce parti ; la seconde a été d'enregistrer les lettres patentes et de faire en même temps un arrêté dans lequel le Parlement feroit le détail de tous ses droits, entre autres des appels comme d'abus, et se les réserveroit avec des commissaires qu'on nommeroit pour dresser cet arrêté ; la troisième opinion, outre cet arrêté, de faire venir le procureur général et de lui ordonner d'interjeter appel comme d'abus du dernier mandement de M. l'archevêque ; et le résultat de cette assemblée a été de nommer des commissaires qui doivent travailler aujourd'hui sur les lettres patentes et sur ces différentes opinions, pour en rendre compte. dans 1-as-

semblée générale qui tiendra demain mardi.

Mardi 27, le Parlement s'est assemblé à neuf heures du matin, et est resté assemblé jusqu'à près d'une heure. Les commissaires ont rendu compte de leur travail , après les contestations et disputes ordinaires. On a enregistré les lettres patentes avec cet arrêté : - •

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