HISTOIRE ASSEZ PARTICULIÈRE
Le *Pineau, lieutenant de vaisseau, fils d'un premier commis de la marine, homme de. quarante-neuf ans, avoit été dans un très-grand péril sur mer, il y a six pu sept ans. Le vaisseau prenoit eau. Plusieurs personnes
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éloicnl pcries; ceux qui restoient firent un vomi que s'ils en revenoient ils jeûneroient tous les vendredis et enlendroient la messe tous les jours pendant un an. Ils arrivèrent au port deRochcfort, où tout le monde faisoit des acclamations comme d'un miracle, :11s donnèrent ordre de faire faire un tableau de ce naufrage, de lé dédier à la Vierge, et on le mit dans la principale église de Rochcfort. Cela s'exécuta.
Le Pineau étoit parti devant pour venir h Paris. C'étoit un grand garçon bien fait, de l'esprit, et dans toutes sortes de plaisirs; il n'avoit pas trop bien exécuté son vœu. Il y a trois mois qu'il fut obligé de retourner à Rochefort; étant entré dans cette môme église, il fut frappé de ce tableau, et il se ressouvint que c'étoil son naufrage; son vœu lui repassa dans l'esprit et il tomba en mélancolie. La nuit, il vit en songe une grande solitude, une maison religieuse et un chœur rempli de religieux. Cela le toucha. Il conçut de là que le ciel lui marquoit de se retirer; il en prit le dessein. Il revint à Paris, donna ordre à quelques dettes, et sur-le-champ est parti pour se mettre à La Trappe, où il est à présent. M. Dupuis, président au Grand-Conseil, son neveu, a été l'y voir, ces vacances, pour le détourner de ce dessein ; il y a paru très-déterminé, et il lui a dit une circonstance très-particulière, c'est que, quand il est arrivé à La Trappe, où il n'avoit jamais été, il a reconnu la même solitude, la même maison et la même église qu'il avoit vues en songe. C'est un fait certain et très-surprenant.
M. le garde des sceaux Chauvelin a fait une bévue assez considérable, il n'y a pas longtemps, comme secrétaire d'État des affaires étrangères. On a porté le paquet d'Espagne en Angleterre, et celui d'Angleterre en Espagne, On dit qu'on jouoit un peu l'Angleterre, et qu'ils l'auront vu. Cela brouillera les cartes; quoique ce puisse être la faute d'un commis, cela tombe toujours sur le- maître.
Janvier.
Seconde consultation <lcs avocats* — M* Àubry. — Le peuple janséniste —
Les assorti meurs et les bourgeois de Paris.
Il y a eu s ce mois-ci, de grands mouvements à Paris, au sujet de la seconde consultation1 des avocats de Paris, que l*on attend tous les jours et que Ton voudrait bien empêcher d'entrer* Cela est long parce qu'ils sont cinquante qui ont signé, et chacun d'eux a eu deux jours l'original avant que de le signer, pour lire la minute. C'est Aubry, grand avocat plaidant, âgé de quarantedeux ou trois ans, qui Ta faite et rédigée. M, l'évêque de Senez lui a même envoyé, en conséquence, les Conciles du P. Labbe2,en dix-neuf volumes, ce qui vaut bien sept à huit cents livres. L'on conçoit qu'il à eu des mémoires sur le dogme et les faits particuliers par les plus zélés jansénistes.
On a saisi deux mille exemplaires à Chartres, et autant à Étampes, car cela a été imprimé très-secrètement en province, ce qui retarde l'arrivée et la curiosité des Parisiens; car voilà dans cette ville deux partis bien formés sous prétexte de religion, les jansénistes et les molinistes, sur des faits, des -distinctions et des interprétations que la plupart des uns et des autres n'entendent pas; mais n'importe ! Le parti des jansénistes est plus fort de vrai et entêté comme un diable. Les femmes,
1. Consultation de tes avocats du Parlement de Paris, au sujet d'un jugement rendu à Embrun contre M. Vcvêquc de Sencz, in* 4.
2. Sacrosahèta concilia ad regiam editionem exa'cta^ etc., 1072. Paris, 13 vol. in-folio.
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femmelettes, jusqu'aux femmes de chambre qui s'y fcroient hacher. Enfin, hier, mon laquais me demanda en me couchant : « Monsieur, est-il vrai, ce que l'on dit, <t que, quand la Constitution sera reçue, on n'ira plus à <c confesse? » - — « On ne sera pas si aise, lui dis-je,non, « mon ami, cela ne vous empêchera ni de dîner, ni de « souper, ni d'aller à confesse tant que vous voudrez, » L'on voit par là les impertinences populaires.
Le bourgeois de Paris est effrayé d'une nouvelle sorte 1 de voleurs, qui, à six ou sept heures du soir, avec un gros bâton court, étourdissent un homme d'un coup sur la tête, et le volent. Cela a fait augmenter le guet; on a pris de grandes précautions, ^'autres disent que le.bruit étoit faux. On a fait des Visites, le soir et la nuit, très? exactes dans les auberges et dans les mauvais lieux, jusqu'à regarder dans les armoires d'honnêtes gens logés en chanibçe garnie, Cela s'est dissipé, on n'en parlp plus; cela réveille la police, et cela n'est pas mal.
ïfévrJcr.
Êpigramme. — La simonie de 1 Archevêque d?Enibrun. ri Réflexions sur lés avocats. — Chansons.— Voltaire. La consultalion fait du bruit.
Enfin, la consultalion des avocats est entrée et arrivée et distribuée, pas autant qu'on auroit voulu. On avoit promis, dit-on, en Cour, six millô livres de pension à M* Hérault s'il l'empêchoit ; ce qui a donné lieu à quatre vers en épigramme :
te
Hérault, la terreur des écrits, En guette un, dit-on, de friande capture, f II Ta trouvé, on le dit, on l'assure,
Entre les mains de tout Paris.
Je l'ai lue, mais je n'ai pas pu en avoir une à moi1, car elles sont et seront encore plus rares. C'est un ouvrage long et trop long : il y a cinquante pages d'im-
t* J'en ai une présentement. [Note de Barbier*)
pression ■ mais c'est un bel ouvrage; il prouve l'incompétence du concile d'Embrun dans la forme, la nécessité, d'un concile général ; mais il entre aussi dans la matière, au sujet de la constitution de la paix de Clément IX, du Fprmulajre d'Alexandre VU, au sujet du livre de Jansénius et des cinq propositions condamnées. Il attaque le pape, les évêques d'à présent, déchire M. l'archevêque d'Embrun, président du concile, au sujet d'un procès qu'il a eu pour un bénéfice* On rapporte le fait et les moyens pour prouver qu'il n'a été condaninô que parce que la confidence1 étoit prouvée de sa part, qui est un crime ecclésiastique des plus considérables. C'est, encore une fois, un bel ouvrage où les principes pour les lois de l'État et les libertés de l'Église Gallicane sont bien établis; mais il est visible que c'est moins une consultation qu!un libelle fait volontairement par ces avocats par chaleur de parti. Ils ont cru qu'il n'y avoit qu'eux qui fussent en droit dans l'État, par leur indépendance, de déclarer les grandes vérités de l'Église, sans respecter ni l'autorité du Roi, bien ou mal employée, ni celle du pape, ni celle de tous les évêques, 'qui, en un mot, se trouvent réunis dans le même parti, à l'exception de quatre.
Des cinquante avocats qui ont signé la Constitution, il y en a six ou sept qui entendent ces sortes de matières. Le reste n'y entend rien; cela est mêlé de consultants et de plaidants, dont les six premiers du Palais sont du nombre : Àubry, Normant, Cochin, Julien de Prunay, Huaft et encore quelques autres. En consultants, il y a l MM. Duhamel, Berruyer, La Vigne, Denyau, Pothouin, Leroy; Guyot des Chesnes et Tartarin avoient signé la première, mais ils n'ont pas voulu signer la seconde* Le
1 . C'était une convention secrète par laquelle on conservait les revenus d'un bénéfice que l'on donnait ou faisait obtenir à une autre personne. Ce procès, honteux pour l'abbé de Tencin, lui fut intenté au Parlement, en 1722, par l'abbé de Vcssières» Voyez Duclos, t, h, p. 32-33.
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surplus des cinquante sont avocats du second ordre, qui certainement ont demandé à signer. H y a même des jeunes gens, comptant par là que leur fortune étoit faite, et que cela leur feroit un honneur infini.
Heureusement que ni mon père ni moi nous ne sommes point mêlés dans cette liste des cinquante* Je crois qu'il faut faire son emploi avec honneur sans se mêler d'àflaires d'État sur lesquelles on n'a ni pouvoir ni mission,
On a fait, sur MM. les avocats qui ont signé (on n'en comptoit que trente au lieu de cinquante), une chanson assez jolie pour se moquer d'eux, de ce qu'ils parlent du dogme. Elle est faile sur l'air de : Jean de Vair en France; elle sera jointe ici.
6uu la consultai ion des avocats au sujet du coinclle
d'embrun.
Sur l'air : De Jean de Vair en France.
Du fumeux concile d'Embrun^
Que faut-il que Ton pense?
Tous les évêques en commun
En ont pris la défense; Mais c'est bien affaire aux prélats!
Écoutons plutôt sur ce cas * Les avocats, les avocats, Les avocats, les avocats de France!
Jadis, pour affermir la foi,
Les Pères en concile Du Saint-Esprit suivoient la loi, Consultoient l'Évangile.
: Ce n'est plus là bonne façon,
L'Esprit-Saint doit prendre le ton Des avocats, des avocats, Des avocats, des avocats de France!
Quand d'un fatal schisme autrefois, L'Église menacée,
Par le concours de trois cents voix, Combattoit à Nicoe; Pour terminer tous ces débats, Ne fit-on pus juger le cas Aux avocats, aux avocats,
Aux avocats, aux avocats de France?
Que de troubles ne vit-on pas
Âu concile d'Éphèse?
11 fallut livrer vingt combats Pour proscrire une thèse* Mais faltoit-il tant de fracas?
Pourquoi ne consultoit-on pas Les avocats, les avocats, Les avocats, les avocats de France?
Des conciles dans tous les temps
On sait assez les formes, Leurs canons et leurs règlements
Font des livres énormes.
Mais qu'est-il besoin de canons?
Pour moi, je m'en tiens aux facturas Pes avocats, des avocats, Des avocats, des avocats de France!
Peut on, sans le code et la loi,
Condamner une secte? • Juge-t-on d'un dogme de foi
Sans lire la Pandecte?
Ah! réprimons ces attentats!
Moi, j'en appelle avec Cujas Aux avocats, aux avocats. Aux avocats, aux avocats de France!
JOUHNAL DE DARRIEn.
Saint Augustin et saint Thomas
Ont dit de lionnes choses; iMais c'est au corps des avocats
A leur prêter les glose*.
Honneur aux docteurs, aux prélats !
Mais qu'on ne les compare pas Aux avocats, aux avocats, Aux avocats, aux avocats de France!
Du troupeau soyez les pasteurs,
Dit Jésus aux apôtres, Mais vous n'êtes pas seuls docteurs,
Mon Église en a d'autres.
Ne iiez et ne déliez, Qu'avant tout vous ne consultiez Les avocats, les avocats, Les avocats, les avocats de France!
Les avocats italiens,
Du Nord et d'Allemagne, Ne sont pas théologiens,
Non plus que ceux d'Espagne; Ils croient aux dogmes de foi, Mais d'en décider c'est remploi Des avocats, des avocats, Des avocats, des avocats de France!
Grands avocats, zélés docteurs
De l'Église nouvelle, Des conciles vrjns directeurs,
Ranimez votre zèle!
En paradis, n'en doutez pas, Saint Pierre vous tendra les. bras!
Grands avocats, grands avocats, Grands avocats, grands avocats de France!
FÉVïUEti (753. 35'
Avec dé S\ lîdèlès chiens,
Troupeau ; soyez tranquille, * ;
Ils mordent vtis gardiens
Dans l'accès de leur bile; Dieu sait comme fuiront les loups, Entendant aboyer pour vous Les avocats, les avocats,- Les avocats, les avocats de Fr&nce ! .
Ne prenez pas ceci pour Vous,
Avocats quë j'estime, tië vous confondre avec dès foiis,
Je nie ferois ûn crimè; Je ne côhnois que les Aiibry • Et trente avocats de Paris, Pour avocats, pour avocats; Pour avocats, pour avocats de France!
. il y a eu aussi un fort bel ouvrage fait par Voltaire, qui est en Angleterre,- contre le concile d'Embrun et sur toute la matière 1 qui sera aussi joint;
Mais, pour la consultation, on dit qu'on en est fort piqué en Cour, et qu'elle fait grand bruit. U y est arrive un échec. M. l'archevêque d'Embrun a écrit une lettre circulaire à toutes les personnës constituées ici èh dignité, tant à la Cour qu'à Paris, pour se justifier; il marqué que le procès qu'il a eu, et qu'il a perdu, ii no l'a entrepris que sur la consultation de MM. Noiiet, Chevalier et Àubry, qui l'avoient conduit dans le dessein qu'il avoit de réunir un bénéfice à son abbaye. Il se plaint que M. Àxibry 2, qu'il à consulté et qiii a plaidé