Voyez le Mercure de France^ 1732, décembre
2. Cet hôtel, situé rue de Varennes, au coin du boulevard des Invalides, est devenu la propriété des Dam es-du* Sacré-Cœur.
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Ceci seul fait le portrait de notre gouvernement. Voilà un homme de rien, qui en deux ans de temps est devenu plus riche que des princes, et cette fortune, produite par ce malheureux système, est composée de la perte que deux cents particuliers ont faite sur leurs biens de famille ou sur des biens acquis, après trente ans de travail, dans toutes sortes de professions ! Cependant on a laissé ce bien à cet homme , parce qu'il a été à portée de distribuer un million à des seigneurs et p...... de la Cour;
et on le place dans une charge .honorable de magistrature !
Il laisse une veuve et trois enfants. Sa veuve est la fille de Fargès, ancien munitionnaire des vivres, soldat dans son origine, qui jouit de cinq cent mille livres de rente, et qui a le secret de ne pas payer un de ses créanciers. Il y a déjà plus d'un seigneur de la Cour qui songe à épouser cette riche veuve. , , -
On dit qu'il avoit>plu à la fille de Fargès n'étant encore rien, et qu'il lui avoit fait un enfant, ce qui a obligé Fargès de lui faire épouser sa fille.
La plupart des présidents et conseillers exilés sont de retour à Paris. Sur ce que l'on leur a parlé de la Messe Rouge, qui doit se dire le 1er décembre, ils se sont plaints avec assez de raison. Ils n'ont trouvé ici ni M. le premier président, ni M. le procureur général, qui sont encore dans leurs terres. Ils ne sont avertis de quoi que ce soit par leur lettre de rappel, et ils ne doivent pas so préparer à une Messe Rouge sur un simple bruit de ville qu'il y en aura une. Ce n'est .plus comme le lendemain de Saint-Martin, qui est un jour marqué pour cette cérémonie, Diis interpellât! Apparemment que d'ici à la fin du mois, on prendra ^dessus quelque mesure.
Il y a un fait que l'on ne savoit pas, et qui alarme tout le monde. L'arrêté de mëssieurs du Parlement, du 4 septembre dernier, qui contient leur protestation contre le dernier lit de justice, et leur délibération de
rester les chambres assemblées , ce qui a donné lieu à leur exil, a été cassé par un arrêt du Conseil, qui n'a pas paru dans le public, mais qui a été signifié à M. Gilbert, greffier en chef du Parlement. Cela est suffisamment notifié. Comment messieurs du Parlement prendront-ils ce- fait dans la première assemblée qu'ils tiendront? 11 est à craindre que cela ne cause encore du trouble. Cependant il est temps que cela finisse, car la moitié des gens du Palais et plus est dans la misère. ' Messieurs du Parlement ont reçu chacun un avertissèment pour la Messe Rouge en ces termes : « Vous êtes a averti et prié, de la part de M, le premier président, « de vous trouver au Palais, lundi 1er décembre, à huit « heures du matin, pour assister à la cérémonie solena nelle de la messe du Saint-Esprit, »
Oh dit à présent dans le public que, de la part de la Cour, on a fait retirer des mains de M. Gilbert, greffier en chef, la signification de l'arrêt du Conseil, qui casse l'arrêté du Parlement. Ces faits ne sont pas encore bien éclaircis. 11 est difficile de penser que si la signification a été faite, on ait fait la démarche de la retirer. Ces variations ne seroient pas honorables pour le ministère. A la vérité, il est en possession d'en faire. * On a chanté à Paris plusieurs Te Deum pour la parfaite guérison de M. le duc d'Orléans.
Décembre*
Messe Rouge. — Députation à Versailles. — L'évèque de Soissons. — Ovation de Vabbé Pucelle. — Prophéties d'Isaïe. — Le Parlement à Versailles pour complimenter le Itoi. — Cérémonial. — Chambre des comptes, etc.
— La Reine, le Dauphin. — Le premier président et le cardinal. — P Pourparlers. — Discours du premier président au Roi. — Conseil. —
Déclaration suspendue. — Raccommodement. — Mercuriale. — Mandement du cardinal de Bissy. — On le fait disparaître. — Humiliation de M. Aubry, conseiller. — Nouvelles étrangères. — L'Empereur et le duc de Lorraine. — Don Carlos, duc de Toscane. — La Hollande et ses digues.
— Le iareU
Lundi,- lei de çe mois, presque tout le Parlement s'est
DÉGEMBKE 1732. 365
rendu au Palais, à huit heures du matin, en robes rouges. On a compté jusqu'à cent cinquante-deux robes rouges à la messe.
Tout le Palais étoit si rempli de monde que la curiosité y avoit conduit, pour savoir si les enquêtes et requêtes assisteroient à la messe, qu'on ne pouvoit pas s'y remuer.
Avant la messe, le Parlement s'est assemblé; il n'a été question de rien autre chose que d'arrêter une députation pour aller à Versailles, mercrédi 3, pour complimenter le Roi sur la mort du roi de Sardaigne ; et, dans le nombre des députés, on a nommé M. Vabbé Pucelle, le président Ogier et M. de La Fautrière, qui sont des six prisonniers qui ont été arrêtés les premiers et qui étoient notés à la Cour, M, le cardinal de Fleury et le garde des sceaux n'aimeront point à voir ces visages.
On a ensuite arrêté verbalement que le Parlement resteroit toujours assemblé jusqu'à jeudi prochain, auquel jour on a indiqué une assemblée générale. Et pour cet effet, on n'a signé aucun arrêt de défenses, et on n'a point publié le rôle de Vermandois1, ce qui se fait toujours le jour de la rentrée , parce qu'il faut .huit jours entre la publication du rôle et l'audience, en sorte que le Parlement n'a fait que la simple cérémonie de la messe sans faire aucune fonction.
Ensuite on a été à la messe, qui a été célébrée par M. de Laubrière, évêque de Soissons2, ci-devant conseiller au Parlement, qui est un homme de condition de Bretagne, de mérite et bon moliniste. H s'est fait prêtre après la mort de sa femme , et il a deux enfants. Après la messe, qui n'a fini qu'à près d'une heure, on a été dans la Grand'Chambre, où le premier président fait un
1. Le rôle des affaires du Vermandois. On avait soin au Parlement de faire dresser le rôle des affaires par province et de les juger dans cet ordre,
2. Charles-François Le Febvre de Laubrière, évèque de Soissons, du 13 janvier 1732 au 25 décembre 1738.
366 jouknàl de barbier.
remereinient à l'évêque de l'honneur qu'il a fait à la compagnie, et l'évêque fait un autre compliment à la compagnie. Il a dit, entre autres choses, qu'il avoit adressé ses prières à Dieu pour qu'il eût la bonté de procurer l'accord entre les deux puissances, le sacerdoce et l'empire.
Après ces compliments, M. le premier président a reçu à l'ordinaire le serment de MM. les avocats généraux , des avocats et des procureurs. 11 y avoit à ce serment plus de deux cents avocats, et il n'y a. ordinairement qu'une trentaine.
Après toutes ces cérémonies, messieurs se déshabillent et se mettent en robe noire pour aller dîner chez M. le premier président, où ils ont tous été. Il y a longtemps qu'il n'y a eu une si nombreuse assemblée.
Quand M, l'abbé Pucelle a passé dans la salle qui va à la Sainte-Chapelle, pour se rendre chez le premier président, où tout étoit plein de monde, on a claqué des. mains, et on lui a fait des cris d'applaudissements, en sorte qu'il se cachoit le visage par modestie avec son mouchoir. Rien n'est plus glorieux et plus flatteur. Depuis son retour, il a reçu la visite de tout le Palais, à commencer par le premier président et le procureur général et de toutes les personnes de distinction de Paris, en sorte que cet homme est regardé comme un homme d'État,
Mais le public est fort inquiet sur l'assemblée de jeudi et sur le-parti que Ton prendra par rapport aux affaires, d'autant que , comme le Parlement restoit toujours assemblé, les avocats dévoient attendre jusqu'à jeudi pour reprendre leurs fonctions dans les différents -tribunaux de Paris.
On a fait une remarque fort singulière sur la rentrée du Parlement, qui ne s'est jamais faite que cette fois le 1er décembre. Or, il faut savoir que, dans l'A vent, l'of- Hce est composé des prophéties d'isaïe , et dans l'office
du 1er décembre, dans ce qui s'est dit à la -Messe Rouge, il y avoit le verset 26 du premier chapitre d'Isaïe, conçu en ces termes :
« Restituam tuos judices ut fuerunt antea et consilia- / « rios tuos.ut antiquius, et postea vocaberis civitas justa, a urbs fidelis. »
Èn sorte qu'on augure bien de cette heureuse rencontre.
Mercredi 3, les députés du Parlement sont partis à huit heures du matin pour Versailles; ils étoient quarante-six, savoir : M. le premier président, MM. de Maupeou, Blancmesnil, d'Aligre* Portail etMolé, présidents à mortier, huit conseillers de Grand'Chambre, dontétoit M- l'abbé Pucelle, un président de chaque chambre des enquêtes et requêtes , avec des conseillers et MM. les gens du Roi. Des six premiers magistrats exilés et notés par-dessus lès autres,, il n'y avoit que l'abbé Pucelle.
Il furent introduits en arrivant dans la chambre du Conseil d'hiver; et là, ils furent invités à dîner, de la part du cardinal, du chancelier et du garde des sceaux, en se distribuant; le cardinal nomma pourtant onze personnes pour dîner chez lui.
Le grand maître des cérémonies et M. de Maurepas, secrétaire d'État, conduisirent le Parlement vers le Roi, qui étoit en grand habit de deuil et entouré des ministres et des seigneurs. Après le compliment du premier président sur la mort du roi de Sardaigne, il demanda au Roi la permission d'aller complimenter la Reine, le Roi Taccorda, et dit en même temps : <* N'irez-vous pas « aussi complimenter mon fils? » Le premier président demanda au Roi si son intention étoit que 4a compagnie donnât à M.' le Dauphin le titre de Monseigneur? Le Roi dit que oui. Parce que le Parlement ne connoît de droit d'autre seigneur que le Roi.
Quand le Parlement eût complimenté le Roi, il se rôtira dans l'endroit où jl avoit d'abord attendu, et alors le grand maître et le secrétaire d'État prennent la Cham-
bre des Comptes pour la mener au Roi; ils la ramènent, et ensuite prennent la Cour des Aides ; ensuite ils reprennent le Parlement pour le mener à la Reine , le ramènent, conduisent la Chambre des Comptes, La môme cérémonie se fait encore pour Monseigneur le Dauphin, en sorte que cela est fort long.
Le Parlement alla ensuite rendre visite à M. le cardinal de Fleury. M. le premier président l'invita à disposer le Roi à entendre la compagnie sur la déclaration du 18 août. M. le cardinal répondit avec grande protestation d'amitié , de considération et de respect pour la compagnie; et comme chacun se distribuoit pour le diner, il leur dit de se rendre à trois heures chez lui.
Quand le Parlement fut arrivé, et après avoir tenu de petits conciliabules avec le premier président, d'autres présidents à mortier, l'abbé Pucelle et quelques autres, le cardinal alla trouver le Roi pour lui demander une audience» Le Roi dit qu'il alloit partir pour la Muette , au bois de Boulogne, et qu'il ne pouvoit pas. Le cardinal vint rendre cette réponse. MM. les présidents lui dirent que cette affaire étoit de grande importance, que le lendemain ils dévoient s'assembler, et qu'il auroit été de conséquence de terminer quelque chose avant de se séparer. M. le cardinal offrit de retourner encore au Roi, et il dit en partant : « Messieurs, je vais faire l'impossible. »
Le cardinal trouva le Roi qui descendoit l'escalier : il fit des instances, mais le Roi lui dit qu'il étoit fatigué, à cause de tous les compliments qu'il avoit reçus, matin et après midi ; que le lendemain , il leur donneroit audience au retour de la chasse.
Le cardinal rapporta cette réponse à messieurs du Parlement, les engagea à coucher à Versailles, et on les invita de même à souper, et à dîner pour le lendemain, jeudi, chez les ministres. Ils couchèrent dans des auberges et chez des baigneurs. On ne leur donna point h coucher, *
Tout le Parlement, qui étoit à Paris, attendoit le retour des députés pour l'assemblée du jeudi. M. le premier président envoya un courrier à Paris à son secrétaire, et, sur les dix heures du soir du mercredi, on envoya avertir tous messieurs que les députés n'étoient point revenus, et qu'il n'y auroit point d'assemblée le lendemain.
Cette nouvelle fit beaucoup de bruit dans Paris; il n'étoit jamais arrivé que des députés fussent ainsi restés deux jours à Versailles, On se douta que c' étoit pour négocier un accommodement; mais, en même temps, cela intrigua tout le Parlement, d'autant que les députés, qui n'étoient partis que pour complimenter le Roi, n'avoient aucune mission , ni aucun pouvoir pour accommoder l'affaire; en sorte qu'on se préparoit à de grands discours à la première assemblée.
Le Roi, pendant ce temps-là, coucha à la Muette, et, le lendemain, alla à la chasse dans la forêt de Saint- Germain, et ne revint le jeudi à Versailles que sur les cinq heures du soir. Le Parlement étoit alors dans l'appartement du cardinal, et, dans toute la journée et la. veille au soir, on avoit continué les conférences avec le cardinal et les ministres , pour les maintenir dans les bonnes dispositions où ils paroissoient, quoique personne ne doute que ce fût un jeu joué , et que tout ce qui est arrivé étoit concerté erilre le cardinal, le garde des sceaux, le premier président, quelques présidents à mortier et les' gens du Roi,
Aussitôt qu'on apprit le retour du Roi, le cardinal alla le trouver, et il dit en partant : « Messieurs, je vais a travailler à vous délivrer. »
Un moment après, un huissier du cabinet vint avertir messieurs du Parlement de se rendre au cabinet du Roi.
Étant arrivés, M. le premier président fit ce discours au Roi ;
« Sire,
« Permettez-nous de profiter du moment favorable, « où Votre Majesté veut bien nous entendre, pour lui « témoigner toute la douleur dont nous sommes péné- « très de voir que votre Parlement ait eu le malheur de « déplaire à Votre Majesté et de recevoir des marques « de son indignation.
« Nous reconnoissons toute l'étendue de votre puis- « sance absolue et souveraine; nous la respectons, et « nous serons toujours prêts à en donner l'exemple à « vos sujets. Nous savons que vous êtes notre maître, <k que c'est à vous de commander, et à nous d'obéir ; « et qu'en vous représentant ce qui peut être du bien « de votre service, nous faisons tout ce qui est en notre « pouvoir; mais soyez, Sire, en cette occasion, encore « plus notre père que notre maître; laissez-vous toucher « à la fidélité et à la sincérité de nos sentiments; dai- « gnez nous épargner le déplaisir d'avoir toujours sous « nos yeux et de transmettre à nos successeurs des mo- « nurnenls publics de votre indignation contre votre « Parlement dans la déclaration du 18 août dernier, « Nous sommes près de nous jeter à vos genoux pour « obtenir cette grâce de votre bonté. Ne nous laissez a plus, Sire, d'autres soins que de rendre en votre nom « la justice qui est due à vos sujets, et de donner en « toute occasion à Votre-Majesté des preuves continuelles « et publiques de notre respect, de notre soumission et « de zèle pour votre service. »
Le Roi répondit au premier président qu'il alloit faire assembler son Conseil. Le Parlement se retira, et on le fit rester dans la chambre du Roi, ce qui fut remarqué comme une distinction, attendu que; quand le Roi tient son Conseil, il ne reste personne dans la chambre attenante ; mais l'on entend qu'il y avoit plus de forme dans ce conseil qu'autre chose.
Cependant il dura au moins une heure. On fit entrer
le Parlement dans le cabinet du Roi, il était sept heures du soir. Le Roi leur dit : « Mon chancelier va vous expli- « quer mes intentions. » Le chancelier lut ce qui suit comme étant le résultat du conseil :
« Sa Majesté a été mécontente de son Parlement^ mais « elle se laisse toucher aux assurances qu'elle reçoit de « de son respect et de sa soumission. Elle compte que les « effets y répondront par une conduite qui puisse piaire « à Sa Majesté. Elle veut donc bien que la déclaration a du 18 août dernier demeure en surséance, et lui don- « ner par là l'occasion de mériter les marques de sa « confiance et de sa bonté'. »
Le premier président remercia le Roi au nom de la compagnie. On se retira, on alla tout de suite chez le cardinal, qui étoit revenu dans son appartement. Le garde des sceaux s'y trouva aussi. Le premier président les remercia de leurs bons offices, après quoi MM; les députés revinrent à Paris, et n'y arrivèrent que fort tard, où ils étoient attendus avec grande impatience de toutes les personnes intéressées et de tout le public, et on fit avertir messieurs du Parlement pour l'assemblée du lenmain matin.
Vendredi 5, le Parlement assemblé, M. le premier président rendit compte de ce qui s étoit passé à Versailles. Il fut arrêté qu'il 'seroit fait registre de ce que dessus, et que M. le premier président iroît à Versailles renouveler au Roi les assurances de respect de toute la compagnie et de son zèle pour son service. Et ce jour, l'assemblée générale des chambres fut rompue. On recommença le service par la signature des arrêts de défenses et par la publication du rôle. Et les avocats, qui sont attachés au Châtelet, y allèrent à l'ordinaire.
Lundi 8 , se fit la cérémonie dès harangues pour les avocats dans la Grand'Chambre. L'une , par M. Chauvclin, avocat général, neveu du garde des sceaux, qui fil un fort beau discours sur la présomption, écueil or-
d inaire des sciences. 11 ne fut question de quoi que ce soit. L'autre, par le premier président, qui fit un discours simple et fort éloquent, où il invita les avocats dans les circonstances présentes h redoubler leurs soins et leurs travaux pour le service du public. Après quoi, tout Tordre des avocats en grand nombre, le bâtonnier à la tête, qui est M. Nouet, alla rendre visite au premier président, et tout se passa avec politesse et contentement de toutes les parties.
. Mercredi 10, les mercuriales se sont faites à l'ordinaire, à huis clos. M. le premier président a dit qu'en conséquence de l'arrêté du 3, il avoit été à Versailles rendre compte au Roi, qui lui avoit répondu que ce seroit toujours avec plaisir qu'il donneroit à son.Parlement des marques de sa bienveillance. Le jeudi 11, on a commencé à plaider la cause du rôle des jeudis.
Voilà donc cette grande affaire qui a coûté tant de mouvements , qui intriguoit si fort les politiques , terminée à petit bruit et à peu de frais ! Chaque parti en raisonne différemment. Les jansénistes triomphent, et tous les jeunes conseillers, entre autres, sont tout fiers d'avoir forcé le ministère à plier. Le ministère compte, de son côté, avoir conservé l'autorité du Roi en ne retirant pas nommément la déclaration du, 18 août dernier, et en la suspendant seulement. Les gens de Cour regardent toutes ces démarches comme des sottises qu'on fait faire au. Roi, parce que si la déclaration du 18 août, enregistrée dans un lit de justice solennel tenu à Ver- . sailles, ne vaut rien, qu'elle soit contre les règles, il ne . falloit pas la donner ni faire tout l'appareil d'un lit dè justice qui devient à rien. Si même le Parlement a eu raison de s'y opposer et de protester contre, il étoit déplacé d'exiler cent quarante personnes. On croit inté- . rieurement que la maladie du Roi a eu quelque part à cet accommodement, et que le cardinal et le garde des sceaux ont craint pour eux, si un accident arrivoit dans
la personne du Roi, ce qui seroit un grand malheur pour ce pays-ci dans les conjonctures présentes.
Les évêques se déclarent vaincus, mais ils ne désespèrent pas d'avoir leur revanche sur le Parlement.
Et les gens sensés regardent ceci comme un accommodement plâtré. Il reste toujours le fond de la querelle, qui est le jansénisme, qui va encore s'accroître et se fortifier par cette victoire, le mandement de M. l'archevêque de Paris, qui est rétabli par un arrêt du Conseil et qui est toujours sans exécution de la part des vingtdeux curés, qui ont refusé de le publier. Il avoit même paru il y a quelque temps un mandement de M. le cardinal de Bissy imprimé à Paris, chez la veuve Mazières, fort long, contenant des maximes fortes sur la puissance spirituelle contre la temporelle. Cela étonnoit d'autant plus que ce cardinal, qui a été le boute-feu depuis trois ans qu'il y a des troubles dans Paris, n'avoit fait paroître aucun ouvrage au dehors, et avoit maintenu une tranquillité parfaite dans son diocèse de Meaux, sans inquiéter qui que ce soit au sujet de la Constitution. Mais, quand on s'est déterminé à faire cet accommodement avec le Parlement, avant le retour des exilés, on a fait retirer dans Paris tous ses mandements, soit par argent, soit par autorité, en sorte qu'il n'en paroît plus; et Ton disoit déjà que le Parlement en cherchoit quelqu'un pour le dénoncer. Il y a cependant apparence que le lendemain d'une trêve on aura tâché d'imposer silence là-dessus.
Mais il n'est pas naturel de penser que le clergé, qui a son crédit, qui certainement est mécontent de cette aventure, après quelque temps de silence, ne lâche quelque chose qui renouvellera la querelle. C'est ce que tout le monde craint par rapport aux affaires publiques.
Il est arrivé, il y a quelques jours, une scène humiliante à M. Aubry, doyen des requêtes du Palais en la première chambre, qui a deux fils conseillers au Parle-
JOURNAL DE fîÀRfeiER.
ment. Il n'a assisté à aucune de toutes les assemblées, pendant le trouble du Parlement, et il s'étoit retiré à sa terre de Castelnau1, du côté de Bourges, de façon qu'il n'avoit point reçu de lettre de cachet dans l'exil général. 11 se présenta à la chambre du Conseil pour rapporter une affaire ; il n'eut pas plutôt pris séance, que tous les conseillers se levèrent et se retirèrent dans la buvette. 11 les suivit pour savoir de quoi il s'agissôit; ils prirent tous leur chapeau et s'eri allèrent. Le président Du Bois, qui étoit resté, lui lit entendre poliment l'intention de la compagnie, et qu'il n'avoit d'autre parti à prendre que de se défaire de sa charge. La Cour ne se mêlera point de cette affaire, pour ne point renouveler de querelle. Ce qui fera dorénavant, quand il arrivera des disputes, que qui que ce soit dans le Parlement n'osera se séparer de son corps, et que l'union sera plus grande et générale2.
Les affaires ont recommencé comme à l'ordinaire, et l*on ne parle plus de rien dans Paris. A la vérité, le ministère est occupé à quelque chose de plus sérieux et de plus intéressant que le jansénisme, d'autant qu'il y a une grande affaire qui est sur le point de brouiller l'Europe.
Depuis longtemps l'Empereur a dessein de^ marier l'archiduchesse ainée s au duc de Lorraine 4 et de le faire nômmer roi des Romains. Il l'a fait depuis peu vice-roi de Hongrie6. Et auparavant le duc de Lorraine a voyagé en Hollande, en Angleterre et dans plusieurs- Cours. Apparemment pour assurer celte entreprise.
L'Empereur et l'Angleterre ont établi don Carlos, second fils du roi d'Espagne, dans les duchés de Parme et de Florence , même par anticipation avant la mort
t . Entre Bourrés et Issoudun.