‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 67 sur 90 · Famille de Normandie · texte numérisé non relu

Famille de Normandie

2. Régiment d'infanterie fondé en 1706, qui, en 1791, porta le numéro 93.

3. Ce marquis avait un intendant qui lui enleva un jour cent mille francs d'effets.

4. Elle s'appelait Anne-Catherine Miotte, et était mariée à M. René Hatte, fermier général. Quelque temps après cet événement, M. Hatte maria sa fille h M. Girardiu de Yauvray, maître des requêtes, de peur, disait-il, qu'on ne vint lui faire violence. Voyez Journal de la Cour, t, vi, p. 264, Ce mariage ne fut pas heureux, et Barbier, à la date de novembre 1737, nous donne des détails curieux^ mais peu édifiants, et sur le mari et sur la femme. *

5. Celte femme, nommée Marie Yiart, était mariée a uu sieur flou-oai

rendre sa plainte chez le commissaire Charles avec les témoins qui avoient vu sortir les quidams, constata, par la visite d'un chirurgien, Télat violent où elle étoit. On dit publiquement que l'affaire est accommodée avec la fille, à qui ils donnent trois mille livres d'argent comptant. Elle en a peut-être bien fait d'autres volontairement, qui ne lui ont pas tant valu. Cependant on dit que M. le procureur général à donné l'ordre au procureur du Roi du Châtelet de poursuivre cette affaire pour la cause publique, pour ne pas souffrir des impertinences pareilles de jeunes gens de condition, sous prétexte de la protection d'un prince du sang.

Juillet*

Suites tïc l'affaire du marquis de L'Aigle. — Le procureur du Roi. — Le Chûlelct et la Tourncllc. — Le président Portail. — Arrêt. — Le comte de Clermont. — Belle réponse du procureur général. — Les abbayes et les maîtresses du comte de Clermont. — Mademoiselle Camargo. — Madame et mademoiselle Quonîam. — Mort du père Girard. — Le marquis de V Aigle et le chevalier de Brèves décrétés.

L'affaire1 du marquis de L'Aigle fait ici grand bruit, quoique la partie civile se soit désistée de sa plainte. M. le cardinal de Fleury a envoyé une lettre de cachet à Tliôtel de Condé, au prince, dont dépend le régiment d'Enghien, d'avoir la démission du marquis de L' Aigle, de nommer un autre colonel dans quinze jours, sinon que le Roi y pourvoira. On dit effectivement qu'ils ont fait des choses affreuses à cette femme de chambre, qui est mariée ; ils lui ont mis un mouchoir dans la bouche; ils lui ont fourré les doigts par-devant et par-derrière ; on dit même qu'elle est très-mal.

La règle est au Châtelet, dans des affaires publiques, que, dans les vingt-quatre heures, le commissaire porte au greffe criminel une expédition de sa plainte, son pro-

l. Voyez le Journal de la Cour, Revue rètrospecl^ 4e série, t. vi, p. 262, 265.

U4 JOÛANAL DE BAlllUlJi.

pès-verbal et rinforinalion qu-j| a faite- sur-le-cljâinp. >éla se met dans un portefeuille que le greffier remet à M. le procureur du Roi, s§ns qu'il donne aucun récépissé. Aujourd'hui, le procès-verbal et l'information ne se trouvent plus.

Jeudi , 2 de ce mois, on a mandé à la Tournelle criminelle du Parlement M. Moreau, procureur du Roi du .Ghâtelet, un d?S greffiers criminels et le commissaire Charles» Qi] A Umcq cruellement le procureur dt! Roi, qui se défendit nrjal, disant qu'il avoit été incommodé, qu'ij avoit été à Àsnières, qu'il ne savpit point comment ces pièces pouvoient être égarées ; parce que aupara^ vant on avoit interrogé le commissaire et le greffier* Le commissaire a représenté la minute de sa plainte, jusque-là que le président Portail, fils du premier président, qui est très-roide, à la Tournelle criminelle, où il préside, a complimenté le commissaire Charles, en lui disant : « La Cour vous loue de votre exactitude, vous <i exhorte de continuer , et vous assure de sa protec- « tion. » En sorte que tout roule sur le procureur du Roi qui, d'ailleurs, n'est pas trop bien famé. . ,Arrct de la Tournelle* qui, « attendu la négligence « des officiers du Châtelet , )> s?est retenu la connois* sance do cette affaire, ordonne qu'à la diligence du procureur général du Roi, il sera informé : 1° du crime; 2° do la soustraction du procès^verbal et information, et que dorénavant le greffier ne délivrera rien au procureur du (toi , sans que celui-ci s'en charge sur un registre qu'il y aura à cet effet,

Qn dit aussi que M. le comte de Clérmont a été voir M. le procureur général pour lo prier d'assoupir cela; que le magistrat ayant répondu que le ministère de sa charge ne lui permettoit pas de demeurer dans le silence, M. le comte de Clérmont le prit sur le haut ton, et lui

1 . Arrêt de lq cour du Parlement du 2 juillet i733, in-4. Paris. V.^mioii, 4 pages.

dit qu'il devoit entendre que les. prières d'un homme? comme lui étoient des ordres. M. le procureur général, qui n'est pas homme à se déferrer, lui a répondu qu'il étoit plein de respect pour MM, les prinegs dy sang ; mais qu'il ne recevoit des ordres que du Roi,

Cette affaire est des plus tristes pour le procureur du Roi, qui n'est pas en place pour tenir tôte de même à un prince du sang. Peut-être a-Hi voulu le servir en supprimant les pièces du prppps ; peut-être aussi Mt je comte de Clermont, lui avant demandé a les voir , J$s aurar. U'û mises dans sa poche ? Et comment faire avec ce prince du sang? 11 faut attendre ce que cela deviendra.

M. le comte de Clermont ne inène pas une conduite bien régulière; i) est abbé1, et jouit de plus de deux cent milleJivres de rente de bénéfices- il est sans cpée, mais ses cheveux en bourse, et en habit brodé et galonné; doit deux millions dans Paris, et change tous les jours de t maîtresse. Il avoit une fille, nommée mademoiselle Quoniam?, jeune et jolie, q^n avpit reprise pour la troisième fois. Ces jqurs passés, il prit mademoiselle Camargo, fameuse danseuse à l'Opéra; et, dans un souper, il donna la Quoniam au jeune prince deÇonti3, son neveu, nouvellement marié avec une princesse d'Qrléans. On s'est bien douté que cette intrigue ne conviendroit pas à madame la duchesse d'Orléans douairière, ni au dtic d'Orléans, qui sont dans la grande dévotion, d'autant que cela empêcheroit ce jeune prince d'avoir lignée. Par lettre de cachet, on a enfermé la jeune Quoniam dans un couvent, qui auroit bien mieux fait de faire son

1. Du Bec-Hellouin, en Normandie, diocèse de Rouen; {le SajntrClaude en Franche-Comté, diocèse, de Lyon (qui valait trente mille livres de renie) ; de Blarmoutiers, diocèse de Tours ; de Chaalis, diocèse de Seulis ; et de Çercamp, diocèse d'Amiens.

2. Cette jeune fille avait,' dit-on, été vendue à l'âge de treize ans, par sa mère au comte de Clermont, qui avait alors seize ans. Le comte la gSrda un mois, et en la quittant voulut lui faire tenir cent louis par le marquis de LWigle. Le marquis, messager infidèle, garda pour lui ia moitié de la somme.

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