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416 JOUBNAL DE BÀRBLKR.

métier sur le pavé de Paris que de s'adresser ainsi à des princes du sang.

Cette nouvelle étoit générale dans le beau monde de Paris; cependant elle n'est pas vraie. Dimanchë, 5 de ce mois, mademoiselle Quoniam alla à l'Opéra /dans une loge. Aussitôt qu'elle fut aperçue des jeunes gens du parterre, ils claquèrent des mains pour marquer la joie publique sûr la fausseté de la nouvelle. Le soir, elle alla aux Tuileries, où toules les princesses de la maison de Condé étoient, ce qui faisoit faire une haie des deux côtés quand elles passoient. On en faisoit une pareille à mademoiselle Quoniam, quand elle passoit, et on lui faisoit compliment général par gestes. C'est la lille d'une belle rôtisseuse à la Porte de Paris1, qui étoit plus belle que n'est sa fille, quoique très-jolie, qui, sous la régence de M. le duc d'Orléans, eut le crédit de faire conduire son mari aux îles pour pouwir profiter ici plus librement de ses talents 2.

Le 4 de ce mois, le fameux père Girard, jésuite, dont il a été tant parlé, est mort dans la maison des Jésuites, à Dole, en Franclie-Comté ; il étoit de cette ville. On a répandu qu'il étoit mort en odeur de sainteté.

Lundi, 27 de ce mois, par arrêt de la Tournelle, on a

i . ta Porte ou TAport se trouvait derrière le Grand-Châtelet 2. Cette femme, qui eut 'pendant quelque temps une certaine célébrité, était tille d'un pâtissier nommé Cottereau. Êtle avait épousé Quoniam, rôtisseur. Devenu la maîtresse, dit-on, de Coche, valet de chambre du duc d'Orléans, elle obtint une lettre de cachet pour envoyer son mari au Mississipi. Afin d'en faciliter l'exécution, elle emmena. un dimanche le pauvre Quouiam dans uu fiacre, dans lMntcntion apparente de faire une promenade autour de Paris. Ils avaient à peine traversé la barrière, que des archers se présentent, fout descendre le mari, lui mettent les menottes, et la femme revient à Paris user de sa liberté. Cette scandaleuse aventure eicita la verve des chansonniers, Nous citerons seulement le premier couplet d'une des complaintes:

Or, sus, pleurons tous le malheur De cet aimable rôtisseur,

Lon, lan, la, derirette, Parti pour le Mississipi,

Loiij lau, la, deriri, etc.

décrété de prise de corps le marquis de L'Aigle et le chevalier de Brèves, qui ont pris les devants, la femme de chambre, plaignante; laquelle a été arrêtée, par la raison que, dans sa déposition, elle a dit tout le contraire de ce qui est dans sa plainte, à cause des trois mille livres qu'elle a reçues (la justice n'approuve pas ces contrariétés à prix d'argent); Lambert, secrétaire de M. le procureur du Roi, et, ditori, le frotteur du procureur du Roi. Lambert s'est constitué prisonnier^ la Conciergerie; on dit que c'est lui qui retire du greffe criminel les affaires sur lesquelles le procureur du Roi doit donner des conclusions. Et on ajoute que le procureur du Roi étant à sa maison de campagne, c'est son frotteur qui est chargé de lui porter les paquets, 11 s'agit de savoir par qui les pièces de cette affaire ont été soustraites. On, craint que le procureur du Roi ne s en tire mal.

Août*

La Tournellë et le marquis de L'Aigle. — Le marquis de Mircpoix épouse la petite-fille de Samuel Bernard. — Mariage de M. de Lamoignon* — Le Roi à Chantilly. — Préparatifs de guerre." ■ — Le maréchal de Bcrwick en Alsace. — Le roi Stanislas. — Son départ secret. — Affaire de M. de Laurière. — Mésaventure du commissaire de Lespinay au Luxembourg. «— Humiliation de M. Parent, conseiller, — Vol il la Gr a ml ; Chambre,

Mercredi 12, on a travaillé à la Tournellë sur le rapr port de M. Symonnet1 , conseiller de Grand'Chambre, qui est un juge très-exact et très-intègre, à l'affaire du marquis de L'Aigle. M. Titon, conseiller, qui est de la Tournellë, a ouvert l'avis de décréter d'assigné, pour être ouï, M. le procureur du Roi. Cela a suffi pour arrêter, parce qu'il est conseiller honoraire du Parlement; en sorte que l'affaire est remise à l'assemblée de toutes les chambres pour mardi 18. C'est M. Titon, grand janséniste, qui en veut toujours aux officiers vendus à la

1 1 ï^ui s- François Symonnet

Cour pour la CpnsUlutiçm, q\ù a rendu, ce service à M. le procureur du Roi contre qui le public déclame fort. . Le 16 de mais, il y a eu ici un grand mariage de la fille* du président Bernard de Rieux, petiteTtilje de Samuel Bernard, avec le marquis de Mirepçix2, de la maison de Lavis de Yentadour. Elle n'a que dou?e ans et demi. Samuel Bernard lui donne huit cent mille livres en mariage. Il y a eu une fête magnifique3. Bien des gens blâment le marquis de Mirepoix, qui a près de trente mille. livres de rente, de s'allier avec un norn $nssi bas et aussi décrié que celui-là. Mais on ne çonnoît prçsenr. tement ici que l'argent, *

Ce Samuel Bernard est incompréhensible pour la fqiv tune et Iq bien. Il y a trqis mois qu'il a marié |a fille de. son fils aîné, le maître deg requêtes, à M- de Lamojgnon, président à.mortier, avec huit cent mille livres ; et, dans un mois, on doit faire le mariage de sa propre fille du second lit avec M. Mole, président à mortier, à qui il donne pareille dot.

Il à établi ses fils richement ; il a depuis payé leurs dettes, qui se montoient à cinq ou six millions; il a donné à madame Fontaine4, sa maîtresse, la seigneurie de Passy, où il a fait faire un bâtiment de plus de trois cent mille livrçs, Il a marié et bien établi trois filles de madame Fontaine. Sa table, pour dîner seulement, lui coûte cent cinquante millelivres par an. Et à quatre-vingtdeux ans, il est à la tête de toute cette famille. Où peuton trouver des sommes d'argent aussi considérables?

11 y a ici une nouvelle qui fait plus de bruit. Diman-

i. Anne-Gabriel le-Henriette Bernard de Rîeux, morte en 1736. - 5. Charles-Pierre-Gaston de Lévis de Lomagne, marquis de Mirepoix,. colonel du régiment (le Saintopge. Il fut ambassadeur à Vienne.

3, Voyez le Mercure de France^ 1 733, septembre.

4. Marie-Anne OartOD, fille de Dancourt, l'auteur, était alors veuve de Jran-Loui&TGuillaume de Fontaine, commissaire des galères, qu'elle avait, oijousé en I7pî. Elle eut plusieurs filles de Samuel Bernard, L'une d'elles se maria avec le fermier général Dupin et fut pendant quelque temps la protectrice de J.-J* Rousseau,

' AOUT I73â '4l"9

che , 16 dë ce mois, lé Rôi ést parti dé Cômpiègne, et, au lieii d'âlîêf à Véfsàilîés Voir la Reirië* après dèux mois d'absênéë, il va passer tïôis jôiifs à Chantilly, chez M. le Dllô; et iriêftié lé cardinal de tfleiiry est vènû seul .d'abord à Chantilly, ôt efet éhâtiitê pârti poiif Versailles, 11 làisSë le Roi èëul à Chantiily*, où il rie doit pàs comp* ter âvoif des amis après l'insulte qu'il à faite , il y à quelques àhnéës, à M, le Duc. Cela fait râisorinèf les politiques. Lès Uns disent qtîè M. lè t>ûc sëra géïiéfalissimé des tfôupeS, leà aùtfeé sôu^ônnèht Un changement dans le triinislë'rë. Quôi qu'il arrivé, lè peuple rife doit rien attendre dé bôfi pour lui.

Tout se préparé ici connrie pouf une gf&Hdé guêtre. M. le maréchal de Bénvick ix été nomnrté pour commander les troupes éri ÀÏsacë, pti il y à cërit faille liorrimës. Il est même déjà parti. Ôn dit aussi qu'oii envoie des troupes eii Italie çonlfe "PËiUpefeùr. L* Angleterre et la Hollande, ne prennent jusqu'ici aûcUn parti dans cette affaire , qui regaf de l'élection du foi dé Pologne; Mais, malgré Unis ces préparatifs pour cette campagnë qui commence un peti tard, Comme TEmpéreur n'est pas en état dé nous résister, Oh croit que Cetté gliêrre né durera pas, ëfc que. cela finira par un accommode-*ment qui sèfà l'élection du rôi Stanislas, pèrë de Ut Reine, pour foi de Pologne, et le consentement de la France au mariage de l'archiduchesse avec lé duc de Lorraine, et à là pragmatique sanction dé l'Empereur pour la disposition dé Ses royaumes.

Le foi Stanislas est venu passer dëux jours à Versailles, Voir la Reine, èà fille. 11 n'est plus ni à Versailles, ni à Chàmbofd. On dit que, jeudi dernier* 20 dé ce mois, il y eut un ordre à la poste de refuser des chevaux à quelque personne que ce fût, même pour aller à Versailles ; ce qui a fait conjecturer que le roi Stanislas étoit parti d'ici pour aller s'embarquer à Brest, d'autant que la diète d'élection du Roi est toujours fixée en Pu-

lognç pour le 25 de ce mois. Il étoit venu prendre congé du Roi, son gendre, que peut-être ne reverra-t-il plus; car il est sûrement arrivé à Brest pour s'embarquer.

Samedi 22, M. de Laurière, conseiller au Grand Conseil, qui a son fils dans la même compagnie, a été déshonoré par un arrêt de la Tournelle, qui Pa condamné en trois mille livres de dommages et intérêts envers son fermier; et en six mille livres envers un bourgeois de Paris1 qu'il avoit fait conduire dans les prisons de sa terre, en vertu d'une sentence de son juge, comme caution, à la suite d'une procédure très-vive et très-vicieuse, avec permission de faire publier et afficher l'arrêt. Il avoit été même décrété d'assigné, pour être ouï', par le Grand Conseil, sur une plainte rendue contre lui par les mêmes parties. C'est un homme extrêmement processif et habile en procédure , qui originairement faisoit les affaires d'une branche cadette de la maison de Saint- Simon. Par ses intrigues, il a épousé l'héritière de cette branche, et il a si bien suivi tous les procès, qu'il a fait revenir à sa femme plus de trente mille livres de rentes. Mais il s'est très-gâté dans cette dernière affaire. .

Dimanche 23, le commissaire de TEspinay, du quartier Saint-Àndré-des-Arcs , s'est avisé , faisant sa visite , le matin, dans la rue d'Enfer, d'entrer en robe dans le Luxembourg et de trouver mauvais que le suisse donnât à boire dans le jardin. Il a demandé à parler à l'écuver de la reine d'Espagne, qui a le Luxembourg pour son logement. Au lieu de le mener à l'appartement de l'écuyer, le suisse l'a fait entrer et Ta enfermé dans une espèce de prison qui est dans la cour, où il est resté deux heures et d'où il n'est sorti que par ordre de la reine, avec la huée de deux cents personnes qui s'étoient amassées. Cela est bien imprudent pour un officier qui

1. Ce bourgeois, beau-frère du fermier, se nommait Desjardins. Àubry, dans celte affaire, défendit les victimes de l'avarice du conseiller* Yoy. Journal de la Cour y Revue rètrospect.% Ie série, t. vî, p. 270, 27 5,

doit savoir son métier et qu'il n'a point de police à faire dans une maison royale occupée par la reine d'Espagne/ M. Parent, conseiller de la seconde chambre des enquêtes du Parlement, a reçu, ce mois-ci, une insulte marquée de la part de sa chambre. C'est un homme de beaucoup d'esprit, qui parle parfaitement bien, et qui, clans les assemblées de l'année dernière, étoit un des plus vifs contre la Constitution et pour le parti janséniste. Soit par timidité, soit par autre raison, il a cessé de se trouver aux assemblées et de soutenir depuis !e - même parti avec la même vivacité, sans néanmoins qu'on puisse lui reprocher le moindre procédé. Non-seulement on n'a pas voulu l'entendre pour le rapport des affaires dont il est beaucoup chargé, mais, ce mois-ci, étant venu à l'audience, s'étant placé d'un côté, tous les autres conseillers se sont placés de l'autre, et l'ont laissé seul sur son banc. Il y est revenu d'autres jours , et on en a agi de la même manière, en présence du public que cette nouvelle a attiré à l'audience de cette chambre. Cela est un peu vif, et il est même étonnant que la Cour n'ose pas y mettre ordre.

Samedi, 29 de ce mois, un particulier s'avisa de pren-* dre et de voler un mouchoir dans la Grand'Chambre^ pendant l'audience, dans la poche de son voisin. Cela fit du bruit; il fut arrêté sur-le-champ. On lui a fait son procès. L'avocat général a rendu plainte à la Cour, permission d'informer. On a entendu trois témoins. On avoit envoyé chercher un greffier criminel plus au fait de conduire Ja procédure criminelle ; et il a été condamné à faire amende honorable, marqué de trois lettres, et en trois années de galères. Ce qui n'a été exécuté que le lundi matin. Il y a eu trois voix pour le pendre. Étant ainsi pris en flagrant délit, le juge étoit en droit de faire le procès, pourvu que ce soit tout de suite et sans discontinuation de l'audience; autrement il faudroit le renvoyer à la Tournelle.

^25 lOUHNAL DE BAIIBIER.

Ceux qui sont pris pour avoir fait pareils vols dans l'église péhdarit les. messes * sont envoyés à Biceire ou tout au plus condamnés au fouet; mais on compte que le manque de respect pour le tribunal de la justice et les magistrats est bien plus grave.

Septembre^

M. Pévéqué de Troncs et le Journal de Trévoux. — Les Êlèvatiotyk sur les Mystères^ de Bossuct. —Affaire de Pologne. —Le commandeur de Tliianges — Le roi Stanislas à Varsovie. — Mariage du président Molé et de la Allé de Samuel Bernard. — Détails. — Épi(jramme,

Ce Parlement-ci n'a été que trop tranquille sur les affairés du temps. Cela forme une stérilité de nouvelles et d'événements j et les bruits de guerre ont furieusement étouffé les affaires de la Constitution; cependant, pour ne pas laisser perdre son droit, on a vu ce que là seconde chambre des enquêtes a fait, le mois dernier, au sujét de M. Parent; et jeudi, 3 de ce mois, quelques avocats ont tenu une assemblée sur l'affaire du concile natiônal projeté par les évêques pour préparer apparemment matière à dispute en temps et lieu* * Ce sont les Jésuites qui font le Journal de Trévoux1 pour les mémoires des sciences et des beaux-arts. Dans le journal du mois de juin 1731, il a paru une lettre du sieur Fichant2 i prêtre deQuimper, homme aposté par eux pour occasionner une réponse du journaliste, au sujet du livré dés Élévations2, imprimé sous le nom du fameux M. Bôssûet, évêque de Meaux. Ils ont critiqué ce livre par rapport à la doctrine et conclu qu'il n'étoit pas de lui4* et que cela étoit supposé, La critique princi-

1 . Mémoires des Sciences et Ârlh publiés à Trévoux, in-î 2, i 70 i à 1 7 .

2. Lè Journal de Ib Cour, l, c, t. y* p, 399^ appelle ce journaliste Oguân. Voyez pLUs haut, p. 395t noté 7; "t

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