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Élévations sur les mystères

4. Ce fut à cette occasion que révèquè de Troyes fit au Parlement la dénonciation dont il a été plus haut question, et sur laquelle Barbier re^ierit ici. Voyez aussi Journal de ta Cour, Revue rètrospect., Le.,

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pale est dans les remarqués que fait le sieur Fichant sur les propositions du livre qu'il fai|» connoître être hérétiques et venir du calviniste, contraires à ce qu'avoit écrit M. de Meaux, d'où il conclut : Le livre ne peut pas être de lui. M. Tévêque de Troyes a pris le fait et cause de M. Tévêque de Meaux, son oncle, a dénoncé le jour-^ nal et présenté sa requête au Parlement tant contre le prètrede Quimper que contre les Jésuites» pour avoir réparation à la mémoire de son oncle. Cette affairé a fait du bruit. Elle a été portée en Cour pour voir s'il y avoit moyen de raccommoder ; mais elle a été poursuivie au Parlement. On n'a point plaidé, parce que le prêtre et les Jésuites sont convenus de tout, et ont donné telles déclarations qu'on leur a demandées sur la vérification du manuscrit écrit entièrement de la main deM, Bpssuet, évêque de Meaux, ce qui a été constaté par un arrêt du 7 septembre que M. Tévêque de Troyes a eu la liberté de faire imprimer, et qui se débite parfaitement. Il suffit à Paris que ce soit un arrêt contre les pcre$ Jésuites ; mais ces bons pères sont plus malins qu'on ne pense. Je crains que la victoire de M, Tévêque de Troyes n'ait une queue : on épluchera tant ce livre des Élévations, qui est bien matière à chicane, qu'on y trouvera, de quoi mordre. Quelque particulier le dénoncera à Rome ; il y aura une congrégation^ on déclarera le livre hérétique, et puis il y aura une Constitution, baptisée d'unç autre façon, qui fera oublier celle Unigenitus. Voila bien la. preuve acquise par arrêt qu'il est bien de M. Tévêque de Meaux; les Jésuites sûrement se vengeront tôt au tard des déclarations humiliantes qu'ils ont été obligés de faire à ce sujet.

L'affaire de Pologne a été conduite par nos ministres; avec toute la prudence et le secret imaginables. La nouvelle de Paris et dans les Gazettes étoit que le roi Stanislas étoit arrivé à Brest et embarqué sur la flotte pour aller débarquer à Dantzick; le fait est qu'il étoit parti

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de Paris M, le commandeur de Thianges en chaise de poste. 11 ne ressemble pas trop au roi Stanislas, 11 a voit arboré le cordon bleu. 11 est arrivé ainsi à Brest et est monté sur la flotte (sur laquelle personne ne connoissoit de vue le roi Stanislas), etreçu sur le pied du roi Stanislas. La flotte est même sortie de Brest. Pendant ce tempslà, le roi Stanislas étoit parti incognito de Versailles, sans suite, a pris la route de Pologne par terre et a passé par toute l'Allemagne. Il étoit dans une! chaise avec un nommé Lancelot, son gentilhomme, qui passoit pour un marchand, et le roi étoit son commis. Lancelot àvoit un passe-port du primat comme négociant de Pologne. 11 y avoit aussi avec eux trois hommes à cheval, qu'ils ont dit être gens inconnus qui les suivoienl par compagnie. Ils ont été arrêtés en, Allemagne, et Lancelot a tiré son passe-port avec plusieurs factures. Le marquis de Monti, instruit delà marche, avoit envoyé son neveu faire quelque voyage à Francfort1, avec ordre de se trouver un tel jour à deux lieues de Varsovie, de rester dans l'auberge et d'attendre des marchands dont il avoit besoin. Le roi Stanislas y est arrivé, est monté dans les équipages du neveu de l'ambassadeur, et est ainsi entré, le 8, à ce que l'on prétend, dans Varsovie. Il est descendu chez M. de Monti. On dit aussi que le primat et quelques seigneurs sont venus le voir le jour même. Le primat a fait ses négociations; et, le 11, il a été entendre la messe, à neuf heures, dans Saint- Jean-Baptiste cle Varsovie, cathédrale, en habit de Polouois, et son cordon bleu par-dessus.

Depuis plus de vingt ans qu'il n'a paru en Pologne, cela fait dans une ville un homme inconnu à bien du monde; cependant ce cordon bleu l'a fait remarquer. Des gens ont été avertir les ministres étrangers qu'on croyoit que le roi Stanislas étoit à la messe, à quoi ils ne

| . Fi'aticfovt-sui'-i'Ovkr.

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s'attendoient guère; enfin il a été. reconnu, et le peuple Ta suivi jusqu'à l'hôtel de* M. de Monti avec acclamalions. Le primat et M. de Monti ont fait les démarches nécessaires auprès de quelques seigneurs, qui étoient opposés à son élection. La présence, de ce prince et la conduite de son arrivée ont déterminé en sa faveur, en sorte que, le 12, il a été proclamé roi d'une voix unanime.

Le même jour, il a envoyé un courrier au Roi, qui est arrivé ici, à Versailles, dimanche, 20 de ce mois, entre onze heures et minuit. 11 a descendu chez le garde des sceaux, qui étoit encore à table. Ils ont été chez le cardinal, qui se couchoil, et ensuite chez le Roi, qui étoit déjà retiré. Après avoir ouvert le paquet \ il s'est jeté au col de la Reine, laquelle l'a embrassé aussi de son côté avec des démonstrations de joie parfaite. Après quoi la Reine a été rendre grâces à Dieu dans la chapelle.

On regarde la course de ce courrier comme fort extraordinaire : du 12 au 20, faire cinq cents lieues par terre! C'est un gentilhomme suédois qui étoit attaché au roi Stanislas, qui deChambord faisoit très-souvent le voyage de Pologne, uniquement pour rendre compte au Roi de ce qui s'y passoit.

On dit que le roi de Pologne, après avoir fait chanter le Te Deum dans la cathédrale, s'est mis à la tête de vingt-cinq mille Polonois pour aller attaquer les Moscovites, qui étoient campés à huit lieues de Varsovie. S'il les hatou qu'il les fasse fuir, ce qui est assez la suite d'un coup imprévu comme celui-là, sa gloire et son bonheur seront complets.

11 y a grande apparence que cette élection volontaire ne sera point troublée dans ce pays-là. Le roi de Suède1 a quarante mille hommes sur pied et est pour lui. L'Empereur et rélecteur de Saxe n'oseront plus rien tenter. On ne sait pas ce que devient notre flotte, qui est partie

i. Frédéric de Hesse-CasseU Voyez plus haut, t. t, p. 179, note- L U mourut le 2b mars 1751*

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de Brest. La question importante parmi les politiques est si, nonobstant cette nouvelle, il y aura toujours guerre. Que deviendront .ces cent mille hommes qui sont sur le Rhin, et les troupes qui étoient presque destinées h entrer en Italie? car il. n'y a encore aucuns ordres positifs à cet égard. ; " „

. Lundi 21, a été célébré le fameux mariaget de M.Molé1, président à mortier, avec la propre fîlleMe Samuel Bernard, qui lui a donné en dot douze cent mille livres.

Il y a eu une fête superbe dans la maison de Bernard, On a fait élever en bois un grand salon dans le jardin, qui étoit orne de peintures, de glaces, de lustres. On dit que cette décoration a coûté trentcrcinq mille livres. Il y à eu concert Taprès-rmidi de tout ce qu'il y a de plus habile à Paris. Il y avoit une table en fer à cheval pour soixante couverts, qui a été servie magnifiquement avec beaucoup d'ordre. Il y a eu des danses3. Après minuit, on s'est rendu à SainUEustache pour la cérémonie, 1/églisë étoit ornéë de même. 11 y avoit six cents bou^ gies, tant en lustres que girandoles et bras ; cent hommes du guet au portail et des Suisses, Malheureusement, M. le prince de Guise4, parent de M. Molé à cause de §a femme * du côté des Nicolaï (paroe que le garde des sceaux Molé5 àvoit épousé une Nicolaï), a reçu un cçup d'un Suiàse dans le tumulte, lequel Suisse et été mis sui> le?champ en prison.

Tout ce grand fracas et cette dépense oxaessive ne laissent pas que d'indisposer le public, et avec raison. Les noces des princes n'ont rien de semblable. Qn dit

1. Matthieu^Françoîs Molé, né en 1705. l\ fut premier président du Parlement de 1757 à 1763»

2. Bonne-Çélicité Bçrnard, fille de Samuel Bernard et de mademoiselle de Saint-Chamaus.

3. Voyez dans le Mercure de France, i 7.3 3, octobre, p. S 3 1 0 , la description do cette fêle.

4. Anne-Marie-Joseph de Lorraine d'Harcourt, duc de Guise depuis août 1718, ce titre' éteint depuis' 1675 ayant #é renouvelé en éa faveur.

5. Matthieu Molé, garde des sceaux, premier président, 158i?l $aC.

OCTOBRE t7 33. ' 427

même, par plaisanterie, qu'on a retenu le modèle de la salle poiir servir un jour au mariage de monseigneur le Dauphin. 11 est certain que cela est impertinent dans la personne du fils d'un peintre*, qui a fait trois fortes banqueroutes. Cela a donné lieu à des chansons et à des vers qui ne font pas honneur aux alliés de la famille Bernard; J'ai su que cette fête n'avoit pas été du goût et de l'avis de M, Molé; mais Bernard, qui est homme entier et insolent et qui se croit tout permis, Ta voulu absolument.

0 temps! ô mœurs! ô siècle déréglé !

Où l'on voit déroger les plus nobles familles!

Lamoignon, Mirepoix, Molé,

De Bernard épousent les filles, El sont les receleurs du bien qu'il a volé !

Octobre*

Prtyoratifs de guerre. — Luxe des princes du sang et des officiers. — Le duc de Richelieu. — J,es chaînes de poste. — Mot du Roi. — Belle-Isle, maître de Nancy. — La duchesse de Lorraine à Lunévîlle. — Manifeste du Roi. — Villars, marcthal général. — L'électeur de Saxo proclamé rai de Pologne. — kc roi Stanislas h fiantzick. — Déclaration de guerre contre l'Empereur. — J7armée russe a Varsovie. — Imprimés de l;évéfjue de Laon. — -.Les larmes de mademoiselle Camargo. — Pépart du maréchal de Villars pour FItalic. — Capitulation de Rehl. — Le maréchal de Villars à Lyon. — - Le régiment de Pourbpnnais hjphc pied. — Vers et prophétie.

Depuis la nouvelle de l'élection du roi Stanislas, il est sûrement arrivé plusieurs courriers, et cependant il ne transpire rien de ce qui se passe en Pologne, d'où

que l'élection n'est pas aussi tranquille qu'on le croyoit. L'on dit aussi qu'il y a sept, des premières familles de la Pologne qui sont opposées p, Féiecr lion, et qui sont restées au delà de la Vistule sans paroître dans le champ d-élection, parce qu?ils ont une

- t. Samuel Bernard, graveur et peintre miniaturiste, mort en 16S7, professeur àl\\cadémie royale de peinture, à Paris.

428 JOUItNAL DE BA1UMEIU

méthodcfdans ce pays-là : quand une élection est unanime et que quelques particuliers seulement s'y opposent, c'est-à-dire nomment un autre pour roi sans distinction de. rang, on le sabre, et par là on conserve l'unanimité.

D'ailleurs la guerre se prépare plus que jamais. Il y a un corps d'armée destiné pour l'Italie, où il y a même apparence que sera le fort et le sérieux de la guerre par les projets que Ton peut imaginer de la part de la reine d'Espagne, par rapporta don Carlos, son fils.

Nos princes du sang seront, cette campagne, en Allemagne, où il n'y a pourtant pas apparence que Ton fasse grande expédition celte année. M. le Duc reste tranquille et laisse aller la jeunesse, et M. le duc d'Orléans se contente d'aller à Sainte-Geneviève; .M. le comte de Charolois part pour l'Allemagne, et M. le comte de Clermonl, qui devroit s'occuper à visiter ses bénéfices, a demandé au Roi la permission de servir; et, en conséquence, il a envoyé un courrier en cour de Rome, pour obtenir du pape une dispense, à cause qu'il possède grand nombre de bénéfices.

Le prince de Conti, nouvellement marié, qui n'a pas plus de dix-sept ans, va à l'armée. Ses équipages sont . déjà partis.

On se pique assez pour avoir des équipages magnifiques. Le duc de Richelieu, ci-devant ambassadeur à Vienne, qui n'est pas encore officier général1, a, à ce qu'on dit, soixante-douze mulets, trente chevaux pour lui, grand nombre de valets, et il a fait faire des tentes sur le modèle de celles du Roi. La guerre n'est que superficielle; il peut y avoir de la politique à laisser faire çette dépense aux seigneurs, ce qui les abaisse toujours et les met dans la dépendance du gouvernement ; mais si la guerre est sérieuse, il paroîtroit plus sage d'empe-

1 . Il était colonel d'un régiment qui portait son nom et qui avait été créé eu 1&05. . ^\

cher cette émulation, de prescrive une façon de vivre moins délicate et moins somptueuse. Les officiers généraux, qui sont riches, mènent des aides de cuisine et des aides d'office, comme si c'étoit pour célébrer quelque fête. Et ceux qui ne sont pas également riches se ruinent et se mettent horsd'élatdesoutenir plusieurs campagnes.

Le Roi est parti, )e dernier du mois passé, pour Fontainebleau pour deux mois, et le tout pour chasser tous les jours à son ordinaire. On dit que le maréchal de Villars l'a engagé d'aller voir son armée; qu'il lui a répondu que c étoit bien son dessein; qu'il partiroit un beau jour, sans grande suite, à cheval sur ses fesses, pour aller sur le Rhin, pour apprendre aux jeunes gens que les chaises de poste ne leur conviennent pas. Effectivement un simple capitaine de dragons ou de cavalerie croiroit être déshonoré s'il n'avoit pas sa chaise de poste, ce qui est ridicule pour des militaires. On dit qu'il y a à présent dix-huit cents chaises de poste dans la ville dè Strasbourg, que le maréchal de Benvick a empêchées d'aller plus loin.

Le 13, le comte de Belle-Isle s'est emparé de la ville de Nancy et de la Lorraine. Le Roi en avoit fait demander l'agrément à madame la duchesse de Lorraine par M. de Verneuil, secrétaire du cabinet, et lui offrir un asile dans ses États, sous prétexte que les ennemis du Roi pourroient s'en emparer. Cela s'est fait dans toutes les guerres d'Allemagne. La duchesse de Lorraine s'est retirée à Luné ville.

Le 13, toute l'armée a commencé à passer le Rhin. On a investi le fort de Kehl. Et le 19, on a ouvert la tranchée. Nous avons, à ce qu'on dit, plus de cent mille hommes à présent par delà le Rhin.

Il a paru ici un manifeste sous le titre des Motifs des résolutions du Roi, que le major général de l'armée a lu et publié à différentes fois à notre armée avant de passer le Rhin. Cette guerre est singulière ; c'est une vengeance

personnelle contre l'Empereur de l'insulte qu'il lui a faite de s'opposer ouvertement au rétablissement du roi Stanislas, beaiHpère, du Roi, sur le trône de Pologne. 11 est certain que cela est piquant pour un roi de France. On pouvoit s'attendre et prévoir cet événement, quand on a fait le mariage du Roi. Mais l'Epnpereur pourroit répondre qu'on ne paroît pas ici trop disposé à lui laisser faire nommer le dpc de Lorraine roi des Romains, pour le marier avec sa fille aînée. .

Le 18 de ce mois, le Roi a donné à M. le maréchal de Villars le titre de maréchal général de ses camps et armées, ce qui. donne les mêmes fonctions de connétable, qu'il n'auroit pas comme doyen des maréchaux de France. Depuis qu'il n'y a plus de connétable en France, il n'y a eu que M. le maréchal de Turenne qui ait eu ce titre. Ainsi, çela est fort honorable à M. le maréchal de Villars. 11 a quatre-vingts a.ns, et cependant il part pour commander les troupes ei\ Italie, où il y a onze lieutenants généraux nommés, tous braves officiers.

On dit dans les Gazettes que le traité entre l'Espagne, le roi de Sardaigne et la France a été signé, le 27 de septembre. L'armée des trois couronnes sera composée de plus de cent mille hommes. On dit que lç roi de Sardaigne sera généralissime.

Mais nous apprenons une mauvaise nouvelle : que rélecteur de Saxe a été proclamé roi de Pologne par leç confédérés au delà de la Vistule, dans le camp de Prague, le 5 de ce mois , et qu'il a du partir de l)resde à la têté de ses troupes, joindre l'armée russienno, et se faire couronner dans Cracovie, qui est Je Jieu du couronnement des rois de Pologne*

* Le roi Stanislas a été obligé, il y a <Jéj£ (lu temps, de quitter Varsovie, où il n'étpit, pas en §i|retét 11 est à présent à DanUick avec Je primat et des soigneurs de su tour, ijui assenée l'armçc do h couronne.

La durée dè la diète de l'électiôtt dù Roi '-en Polognë h'èst qiië de six semaines. Elle a été ouverte lé 25 août; elle fiiiissoit le 6 octobre, en sorte qliè lès confédérés ont fait à propos l'élection dë l'électeur dé Saxe le 5 dë ce riïois. Il y a parmi eux iioïhbrë dès pUrë puissants seignetirs de Pologne*

Suivant Cë qu'on peut conjecturer, il ft-ya pas à eSpôrèr.qué le rôi Stanislas resté en Polôghë; L'électeur dë Saxe â quarante nulle hommes de bonnes trOupës ré^ gléës, les troupes dé là czàrine et les Polohois, qui sont de son côté; au lieu que le roi Stanislas est isolé. H ii*est pas possible que nous lui donnions du secours à cinq cents lieues d'ici. :

C'est fcè qui rëiid cette guèrrë-ci très-èmbârrassàritê pour Je point d'honneur surtout. Le Roi déclare à toulé l'Europe qu'il est insulté; il le sera encore plus réellement quâhd le tx>i Stanislas sera chassé de Pologne. Si malheureusement l'Empereur trouvoit le moyen d'accommoder l'Espagne et le rôi de Sàrdaighe (ce qui seroit facile par un mariage de la seconde archiduchesse avec don Càrlôs, et que cela se fil sans nous, de façon à être obligés de nous retirer sans prendre là vengeancè , que Ton â annoncée à l'Europe par le manifeste) , cette affaire, embarquée avec hauteur, ne toufneroit pas à là gloire et à l'avantage du Roi,

On a publié ici, le 26 de ce mois^ Une ordonnance dû Roi, datée à Fontainebleau du 10 octobre, portant déclaration de guerre contre l'Empereur personnellement, pour tirer vengeance de l'insulte faite par lui dans la personne du roi de Pologne, beau-père du rôi de France.

- L'insulte est d'autant plus grave de la "part Tde T Empereur qu'il s'oppose au rétablissement du roi Stanislas sur le trône de Pologne. Ce n'est pas, à vraiment parler, une simple et nouvelle élection ; il a été réellement en possession. Je vois dans un manifeste de Charles XII,

' roi de Suède, daté à Bender du 28 janvier 171 1 , imprimé dans le Mercure de Trévoux de mai 1711, que le roi Auguste, électeur de Saxe, avoit été d'abord élu roi de Pologne ; que, par l'entreprise du roi de Suède, il y eut une seconde élection du roi Stanislas, laquelle a été confirmée par le traité de Varsovie, suivie d'une abdication du roi Auguste, par le traité d'AIt-Rahstadt, et une renonciation solennelle à tous les droits qu'il pouvoit avoir sur le royaume de Pologne et le duché de Lithuanie, ce qui fut confirmé par un acte authentique que Sélecteur de Saxe envoya à la république, par lequel il délioit les Polonois du serment de fidélité qu'ils lui avoient prêté, ce qui avoit été reconnu par plusieurs princes de l'Europe; et que c'est après ces traités que l'électeur de Saxe, avec le secours du czar, étoit entré dans la Pologne à la tête d'une armée, et en avoit chassé le roi Stanislas , en sorte qu'il se trouve deux fois élu roi et successivement troublé, en vingt années de temps, par le père et le fils*

On a eu la nouvelle que, malgré les précautions des Polonois, l'armée russienne avoit passé la Vistule et étoit entrée dans Varsovie ; l'électeur de Saxe y entrant aussi avec une armée de quarante mille hommes qu'il a, comment le roi Stanislas pourra-t-il résister ? On ne dit point que le roi de Suède marche à son secours ; et avant que les Turcs, que l'on a peut-être gagnés d'ici, aient mis une armée en campagne pour aller en Pologne, l'électeur de Saxe doit être maître de tout.

Malgré les troubles de la guerre, l'évêque de Laon*ne veut pas avoir le dernier, touchant les affaires de la Constitution. Il a paru deux imprimés sous son nom, contre tout ce qui a été fait au Parlement dans celle année, et contre un mandement de M. Tévêque de Montpellier, lesquels ont été supprimés comme attentatoires à l'autorité des déclarations du Roi, par arrêt du Conseil <Ju 22*de ce mois.

''Octobre ""1733. : 433

Le public a perdu de ce qiie M. le comte de Clermont; abbé et bénéficier, a pris le parti des armes. 11 a pris depuis peu pour' maîtresse laCamargo, fameuse danseuse de l'Opéra. Elle n'a pas dansé depuis le départ du prince, pour ne pas interrompre sa tristesse; on dit même qu'elle a demandé permission de ne plus dansèr jusqu'à son retour ; en sorte que le crime s'annonce ouvertement. Et, en faveur de ces beaux sentiments qu'elle affecte par air, le public se trouve privé d'une actrice , qui est gngée pour lui. Cela paroît indécent et ridicule,

M. le maréchal de Villars est parti de Paris avec M; de Contades, lieutenant général, le 25 de ce mois. Bien des gens blâment, cette entreprise à son âge. Il a fini la guerre et fait la paix avec toute la gloire .possible, il y a vingt ans, et il risque à se déshonorer, ou du moins à ternir cette gloire par quelque fâcheux événement. On tlit que le prince Eugène1, qui est aussi fort âgé, va commander les troupes de l'Empereur en Italie, et qu'il a dit que puisque le maréchal de Villars étoit assez fol pour y aller, qu'il iroit aussi.

Le 28, le général Phul, commandant dans le fort de lvehl, a fait battre la chamade, et, le 29, nos troupes sont entrées dans le fort. Il n'y a eu que quelques officiers tués ou blessés à ce siège, capitaines ou lieutenants, et même très-peu de soldats. On dit même que, par les munitions qu'on y a laissées, le commandant auroit pu faire une plus longue résistance. La capitulation a été faite avec le maréchal de Berwick avec toutes les Conditions les plus honorables, entait de guerre, pour la sortie de la garnison et leur retraite jusqu'à Ulm, avec une escorte de nos troupes.

On ne sait pas ce que notre armée va faire h présent.

1 . François-Eugène de Savoie-Carignan, fils du comte de Soissons Qt d'Olympe Mancini. Sur le refus de Louis XIV de lui donner un régiment, il . passa au service de l'Empereur et Gt avec succès la guerre contre la France et les Turcs. 11 mourut en 173C.

ii. 37

434 JOURNAL DE îunDipîu

Les uns disent qu'on va faire quelque siège nouveau ; d'autres, qu'une partie de l'armée va marcher en avant dans le pays dè l'empire; d'autres, qu'on va rétablir le Fort-Louis * et d'autres forts que nous avions par-delà le Rhin avant la dernière paix, afin de nous y cantonner et d'être maîtres des passages.

On apprend par les Gazettes que l'Empereur fait mar? cher au-devant de nous en Allemagne une armée de quarante ou cinquante mille hommes.

. A l'égard de la Pologne , on ne sait pas au vrai 1^ situation du roi Stanislas ; on le croit embarrassé, parce que nous ne pouvons pas lui donner de secours à présent, . On dit cependant dans notre Gazette que l'armée de la couronne est à présent de trente mille hommes, et que tout le peuple est pour lui, comme aussi que notre saint-père le pape Ta reconnu par son nonce pour roi de Pologne, ce qui seroit de conséquence, parce que les Polonois sont bons catholiques romains.. Si cela est, avec l'assemblée du clergé qui se doit tenir ici , le mois de février prochain , pour donner de l'argent au Roi , cela fait mauvaise nouvelle pour pps jansénistes, car ils ne manqueront pas de songer et d'aller en avant pour leurs affaires de religion.

Ce qui est de certain, c'est qu'on ne sait présentement de nouvelles que par les Gazettes, et tout le monde convient que jamais le ministère de ce pays-ci n'a été plus secret, qui est une grande qualité. 11 paroît même . que lve tout se négocie avec finesse avec les cours dont nous avons besoin pour nos entreprises.

On ne sait rien de positif de l'armée d'Italie, sinon qu'une partie de nos troupes, qui en étoient plus proches, sont actuellement sous Verceil, ville du Piémont, à neuf

1. Fort- L ou ii,* petite ville de la basse Alsace, bâtie par Louis XIV et fortifiée par Yauban, dans une île du Rhin, à sept lieues de Strasbourg et à quatre de Haguenau.

lieues de Turin, et que le roi de Sardaigne a dû y arriver le 29, en qualité de généralissime.

M. le maréchal de Villars a été reçu à Lyon, le 29, avec des feux de joie. Comme la galanterie est de tout âge, il a commandé des fêtes et des bals dans toutes les grandes villes. On dît qu'il a promis, en partant, à la Reine qu'il entendroit la messe de minuit "dans la Ville de Milan. M. le duc de Noailles avoit promis d'entendre la messe, le jour de la Toussaint, dans le fort de Kehl, et il a tenu parole. * . te bruit s'est répandu ici que le prince de Conti a voulu aller à la tranchée, qu'il est aimé des troupes. Il n'a que seize ans ; mais il a de qui tenir pour être brave.

On dit aussi que le régiment de Bourboniiois dont le duc de Bouffïers est colonel, a très-mal fait son devoir/ et que les officiers, qui étoient au désespoir, ont fait les derniers efforts pour les ramener par trois fois. Presque tous les régiments sont composés de gens qui n'ônt jamais vu le feu, et il faut les aguerrir avant que d'eri être sûrs.

1 Comme on ne sait rien de positif sur les affaires de Pologne, cela a donné lieu à Une petite chanson sur un Noël : Où vont-ils ces gais bergers? etc. :

Est-il Roi? Ne l'est-il pas?

Ce prince qu'on déplore!

| Fuit-il? Va-t-il au combat?

j. C'est ce que Ton ignore!

Où est-il, ce pauvre Stanislas?

Le verrons-nous encore?

; Comme le roi Stanislas est parti le 25 d'août, fête. de Saint-Louis, ou peu de jours auparavant, il y a des gens qui conjecturent son retour de Pologne sur PÉvangile du jour de Saint-Louis, dans saint Luc, chapitre xix, verset 12, qui porte : <x Qu'il y a un homme d'une grande

"1/ Ce régiment d'infanterie devint, ch 1791, le 13e de ligue. ■ - ~ .

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