Voyez le Mercure de France, année
5. Cette église n'était d'abord qu'une chapelle relevant de l*abbaye de Saîntc-Genevicve, Devenue paroisse, elle dépendait toujours de l'abbaye.
il. 4
leur de rUniversilé, lequel demeurait au PÎessis1. On fait tous les ans un recteur, et il y a cent vingt-huit ans qu'il n'est, mort un recteur en place 2. On étoit curieux de voir les cérémonies que Ton ferait, d'autant que les prérogatives du recteur sont magnifiques.; mais l'épar* gne a empêché l'Université de les conserver. Le dernier enterrement a coûté, suivant les registres, vingt-huit mille livres, qui étoit une somme considérable pour ce temps-là. On doit faire au recteur les mêmes honneurs qu'aux princes du sang, qui est de rester huit jours dans un lit de parade; et, en vertu d'une lettre de cachet, les Cours sont obligées de lui venir jeter de Feau bénite, comme aussi d'assister au service qui se fait pour lui. L'antépénultième, ce qui remonte peutêtre loin, a été enterré de droit à Saint-Denis. - Il n'y a eu cette fois rien de tout cela. L'enterrement s'est fait très-simplement, accompagné seulement de tous les corps de l'Université, de même qu'à la procession du recteur. La seule différence est qu'au service le corps étoit sur une estrade de deux marches et sous un lit de parade à quatre piliers, et de même aux services qui se sont faits aux Mathurins 3. Voilà comme les anciens droits se perdent ! C'est néanmoins vilain à l'Université, et comme peu à peu ce recteur n'est plus regardé que comme un pédant et un cuistre ! •
On a dit un bon mot sur le compte de H. le cardinal de Bissy, qu'il ne faut pas omettre ici. Il a été réellement malade ces jours-ci. Le médecin, dit-on, lui ayant trouvé de la fièvre un matin, a paru surpris. Le valet de chambre lui a dit : « Comment voulez-vous, mon-
1. Pierre Vie), recteur. ïl mourut le 13 mars, à soixante-trois ans. Voyez le Mercure de France, 1728, mars, p. 8 5 G- S 59.
2. Cette élection' se faisait tous les trois mois, mais le recteur sortant pouvait être réélu.
3. Rue des Mathunns-Saint-Jacqucs. Ce couvent était occupé par des religieux de la Sainte-Trinité de la Rédemption d s captifs, appelés aussi Frères aux Anes. - ■
« sieur, que cela soit autrement? Monseigneur a tra- « vaille jusqu'à deux heures après minuit. Eh! oui, « monsieur, c'est pour répondre à. là consultation de
a ces avocats! Ces b -là sont cause de la maladie de
<f rtion maître! Cela leur est bien aisé à eux d'écrire « comme ils font; ils trouvent tout ce qu'ils disent dans <c la Sainte-Écriture. Mais ce qu'écrit Monseigneur, il « le prend tout de sa tête ! »
Les évêques du parti de la Cour ont écrit la plupart à M. le cardinal de Fleury très-sérieusement, au sujet de la consultation des avocats, pour l'exciter à les punir, et en avoir vengeance; j'en ai placé une de M. de Rôchebonne1, évêque de Carcassonne. Il y en a mêmeencore de plus fortes. M. le cardinal les remet tous, après l'affaire du congrès qui l'embarrasse assez* .;
J'ai la lettre des douze évêques au Roi, avec leurs noms de famille; ce sont effectivement tous gens de, distinction. Ils l'ont datée du 28 octobre -, antérieurement de deux jours à la consultation ; mais c'est un tour. Tout le monde dit que c'est la consultation des avocats qui a mené le branle; j'ai la lettre avec des apostilles à côté de chaque article pour réponse.
J'ai aussi la lettre de M. de Maurepas2, au nom du * Roi, à tous les évoques, qui les blâme de leur associa^ tion dans cette affaire.
Avril*
L'cvêquc de Baycux. — Les «Svôques ou Lourrc chez M. do Hoban. — -
Bon mot.
M, de Lorraine, évêque de Bayeux, a fait une réponsejustificative et forte à M, de Maurepas3. Cela ne pou-
i\ Louis-Joseph de Châteauneuf de Rochebonne, cvèque de Carcassonne, 12 avril 1722 — décembre 1729. Sa Lettre à monseigneur le cardinal de Fleury se trouve dans le niss., t. n, p« 129.
2. Cette lettre est du .29 mars 1723. Voyez mssM t. n. p, 133»
3* La lettre est du 10 avril. Voyez mss., t. n, p, 135.
JOUUNAL DE BARBIER
voit convenir qu'à lui à cause de son grand rang, mais il se meurt.
Mais tout ceci n'est rien. Le Roi a nommé et fait assembler un nombre d'évêques, qui étoient à Paris et des environs. Cela s'entend de ceux du parti des Jésuites (car tous les douze ci-dessus et les appelants ont eu des lettres de cachet pour rester dans leurs évêchés), pour examiner la consultation des avocats. Ils se sont assenw blés chez 'M. le cardinal de Rohan, qui a un appartement au Louvre. On dit que l'assemblée a fini hier. Ce n'est pas pour répondre par raisons à la consultation, ni pour la juger, mais pour y donner une qualification et donner simplement leur avis, car le Roi s'est réservé la connoissance de -celte affaire pour en décider, c'està-dire que M. le cardinal de Fleury sera maître d'ordonner ce qu'il jugera à propos; et quelque bonne contenance qu'aient tenue jusqu'ici nos avocats, il pourroit bien leur arriver quelque chose. M. l'archevêque d'Embrun est ici, qui n'oubliera rien pour avoir une réparation contre Àubry, et il faut avouer que, pour un homme constitué en dignité, il est furieusement déchiré par un écrit qui est présentement dans toutes les Cours.
Il faut mettre ici un bon mot au sujet de l'assemblée de ces évêques au Louvre. Un homme, passant par là et voyant nombre de carrosses, demanda à un autre ce que c'était, et à propos de quoi tous ces carrosses, oc Mon- « sieur, dit celui-ci, ce sont des écoliers des Jésuites qui « composent pour les prix. » 11 est fort joli, c'est-à-dire que les Jésuites leur avoient fait la leçon, et que chacun fait là de son mieux pour eux, afin d'avoir des prix, qui sont les bénéfices et les évêchés.
Mai.
Suite do l'histoire des paniers. — Pamphlet contre les princes du sang. — Mprt de EU Le Blfliic. ^ Opposition de neuf évolues. — Désistement du
' cardinal de Noaïllcs. — Femme en léthargie. — Fille phénomène u Stras* bourg. — Naïveté des médecins. « M. Bauyn d'AngcrvillierSj secrétaire d'État de la guerre. — M. deHarlay, intendant de Paris*
M. Le Blanc, secrétaire d'État, est très-mal. 11 a reçu tous scs sacrements. 11 n'y a plus rien à espérer; c'est
une vieille v non-soignéé, dont il faut que la bombe
crève. Il y a du mouvement pour sa place.
L'histoire des paniers de la Cour a eu des. suites. Y ayant de la distinction entre la Reine et les princesses du sang, celles-ci ont voulu en avoir avec les duchesses, et de fait l'ont obtenue : un tabouret vide entre. Cela a fort piqué les ducs. Il a paru un écrit manuscrit, qui a couru en cour, contre les princes du sang, très-vif et très-injurieux, de manière qu'il a été brûlé par la main du bourreau 11 n'a pas été possible d'avoir cet écrit. On Ta d'abord attribué dans le public au duc de La Trémoille, et depuis au chevalier de Rohan-Chabot, parce que ce sont là les grandes maisons de nos ducs; mais, par bonheur pour l'auteur, on ne sait pas de qui cela vient. J'ai joint ici l'arrêt du Parlement2.
Mercredi, 19 de ce mois, est mort à onze heures du malin, M. Le Blanc, secrétaire d'État de la guerre, fort regretté de tout le monde, après avoir souffert plusieurs incisions et opérations; le vrai, c'étoit un sang absolument corrompu par une v...... enracinée. Cet hommelà a élé bien tourmenté dans les dernières années de sa vie. On parle fort du successeur; mais on ne sait pas encore qui sera nommé.
Le service de M. Le Blanc s'est fait, mardi 25, à Notre-Dame, Il a été enterré dans la chapelle de Traisnel5. Quoiqu'il ne laisse aucune suite, tout Paris et
1 . Ce pamphlet ne fut pas imprimé. L'arrêt du Parlement est du vendredi 30 avril 1728, imprimé par Pierre Simon, 4 pages in-4. L'exécution eut lieu le même jour, à midi, au pied du grand escalier du palais. Voyez aus9i le Mercure de France, année 1728, mai, p. 1072.
2, Voyez mss., t. n; p. 145.
(3. Ou des Ursins. (Note de Barbier d'increville.) Cette chapelle, dédiée
JOURNÀl DE BARDIËIU
toute la Cour y étoient en robe et épée. Ce qui marque bien la considération qu'on avoit pour lui* ' Des douze évêques qui avoient écrit la lettre au Roi, neuf ont formé opposition1, entre les mains de M. le procureur général, à tout enregistrement de lettres patentes * brefs et autres choses, parce que l'on n'avoit point encore envoyé au Parlement le bref du pape, qui confirme le concile d'Embrun, ce qui doit être; quoique le Roi l'ait déjà confirmé. A la tête de ces neuf étoit M. le cardinal de Noailles, notre archevêque.
Ma foi, lundi 24 de ce mois de mai, M. de Noailles a fait signifier à M. le procureur général un désistement pur et simple de son opposition. On dit que M. le duc de Noailles, son neveu et le père de La Tour, général de l'Oratoire, l'ont tant tourmenté qu'ils l'ont déterminé à cela. Et de plus, on l'a emmené hors de Paris, pour lui éviter des visites. Voilà, Dieu merci! bien des Ibis que ce bonhomme-là varie, parce qu'il n'a guère été capable de prendre un parli par lui-même. Quoi qu'il èn soit, l'alarme est dans le camp jansénien. 11 y . en a qui n'ont pas 'dîné le jour de la nouvelle. C'est cet archevêque dé Paris, honnête homme et aimé, à la tête de ce parti, qui embarrassoit le plus. Je crois à présent qu'on va les mener bon train.
Je lis une chose fort extraordinaire dans le Mercure* d'avril dernier, de la relation d'un médecin à Saint- Sauige8, ville du Nivernois, nommé M. Théveneau, sur
à saint Hemit tirait son surnom du tombeau de Jean des UrsinsH prévôt des marchands, baron de'Traisnel, mort en 1431 et enterré dans la chapelle avec Michel de Vîtry, sa femme» Voyez Du Breul, Avtiq, de Paris, p, 12.
1. Voyez mss,, t. n, p. 147. Cette protestation fut signifiée par Basly, , procureur, à la requête du cardinal de Noailles, archevêque de PariSj et des cvèques d'Angoulênie, de Montpellier, d'Auserre, de Ilodez, de Blois, de Troyes, de Bayeux, de Tournai.
â; Voyez le Mercure de France, 1728^ avril, p. 7i9-7î7,ctaout 1727, p. 1789.
3, Sahit-Saulgc, petite ville (Je 1$ Nièvre, et çhef-licu de canton, ,
la maladie de la demoiselle Gignol, femme d'un notaire et huissier à Saint-Saulge, qui tomboit dans les assoupissements léthargiques, avec privation de tous sens, et qui n'avoit de soulagement que quand on lui ouvroit la veine. Il rend compte que, depuis le mois de septembre 1726, jusqu'en février 1728, il lui a fait ouvrir la veine dix mille cent quatre-vingt-dix-neuf fois, ce qui ne paroît pas croyable, et il en rend compte jour par jour : on ne tiroit, comme on juge bien, que très-peu de sang, et il suppute qu'on peut lui avoir tiré vingt et une livres dix onces et six gros de sang.
11 s'est vérifié par toutes les gazettes et Mercure qu'à Strasbourg il est mort cette année une fille d'environ soixante ans, à qui la Faculté "de médecine faisoit une pension depuis vingt ans, et qui avoit d'autres charités , parce qu'elle avoit le ventre extraordinairement gros. Elle n'avoit jamais voulu se le laisser tâter que par-dessus par pudeur et par la douleur de l'attouchement. À sa mort, il y a eu grand empressement pour l'ouvrir, pour la découverte de choses extraordinaires. On lui a trouvé le ventre à l'ordinaire, et à côté de son lit, un petit matelas rempli de chiffons, qui pesoit vingt livres et qu'elle mettoit tous les jours* Cela a fait beaucoup de honte à la Faculté, On marque que cette fille avoit augmenté son enflure à mesure que les charités augmentaient.
- j M. Bauyn d'Angervilliers1, intendant de Paris, a été nommé par le Roi secrétaire d'État de la guerre, à la place de M. Le Blanc. C'est une assez bonne famille de robe, et pour lui il y a longtemps que j'ai entendu dire
* qu'il étoit presque le seul capable de remplir celte placé. . Il a fait plusieurs intendances. Nous n'avons point en^ core d'intendant de Paris; mais on croit que ce sera M. de Harlay, qui est intendant de Strasbourg- On est
• 1. Batryn-d'AngerviEUers, secrétaire d'État de la guerre, le 23 mai 1723, mourut en fonctions le 15 février i 7 40. •
obligé de le retirer de là à cause de ses hauteurs cl des sottises qu'il fait avec les officiers de la garnison. Cela a été jusqu'au point que M. de Montmirail, lieutenant de Roi1 de Strasbourg, lui a dit qu'il méritéroit qu'il le fît jeter parles fenêtres. D'autres disent qu'il a donné ini soufflet à un officier,' lequel, attendu sa fonction, lui a donné des coups de bâton. On Ta déjà retiré de Metz pour pareille querelle avec M. de Saillans, qui en étoit gouverneur. En considération de son nom, on veut lui donner de quoi subsister, car il n'est pas riche, et l'intendance de Paris vaut quarante mille livres de rente, et il né sera exposé ici à aucun démêlé. C'est M. de Harlay2 qui est intendant de Paris.
Déclaration contre les imprimeurs. — - Les Nouvelles ecclésiastiques. — Lo . Koi part un vendredi a Compièçne. ■L— M. le, Duc invité. — Congres u Sois&ons, — Le cardinal de Fleury.
On vient de publier une déclaration du Roi, du 29 mai, qui fait défense, sous peine du carcan, pour la première fois, d'imprimer, sans permission, tout ce qui peut avoir Irait à la Bulle, à la religion, sous le titre de Mémoire ou de Nouvelles ecclésiastiques; il y a aussi peine de bannissement contre les auteurs. Malgré cela, on a encore imprimé et distribué, dans la première quinzaine de juin, les Nouvelles ecclésiastiques* en quatre feuilles
1. Il y avait deux, sortes de lieutenants de Koi : i0 les lieutenants commandant au nom du Roi, une armée ou une province; et les lieutenants commandant une place de guerre. Ce titre,- supprimé en 1791, -fut rétabli pendant quelques années, sous la Restauration.
2. Ce M. de Harlay de Ccly s'était distingué dans une exptîdition ayant pour objet l'empoisonnement du roi Stanislas. C'était un homme qui avait beaucoup d'esprit, de grandes dettes, et qui dans une situation difficile sut toujours mettre les rieurs de son côté. ' K
3. Ces Nouvelles commencèrent à paraître le 23 février 1728. Ce journal janséniste ne cessa sa -publication qu'en 1789. Un ancien prêtre du diocèse de
* Tours, mort en 17 61, Jacques-Fontaine de Roche, en fut l'un des principaux rédacteurs; Barbier, plus bas, années 1730 et 1731 , donnera des détails bien curieux sur le mode de publicité de ce journal, , '
d'imprimé. Il est vrai que cela est humiliant pour le gouvernement de ne pouvoir être obéi et de ne pouvoir découvrir où cela se fait.
Le Roi est partiale 4 de ce mois, pour Compiègne jusqu'au 28 du mois; il est parti vendredi dernier. Louis XIV ne partoit jamais ce jour-là. Il y aura dixhuit chasses. M. le Duc est du voyage, et y est actuellement, je crois, parce qu'on a eu besoin de son équipage de chasse. 'On a déjà mandé que le Roi s'y plaît infiniment; c'est aussi un beau pays de chasse. ,
Le congrès dont on parle depuis si longtemps so tient à Soissons; c'est M. le cardinal de Fleury, qui est premier plénipotentiaire, qui en fait l'ouverture, et ç'a été la raison du voyage de Compiègne. Le cardinal n'a pas voulu quitter le Roi ; il n'y a que six lieues de Soissons à Compiègne, et tous les chemins ont été accommodés magnifiquement. Le cardinal y a été, le 13 de ce mois; il a donné avis de son arrivée à Soissons, et tous les plénipotentiaires sont venus le voir; le même jour, il leur a rendu visite à tous. Le 14, on a ouvert le congrès; après l'assemblée, le cardinal' a donné un dîner magnifique. Le lendemain après l'assemblée, lecomtedeZinzendorf1, grand chancelier de l'Empereur et son premier plénipotentiaire, a donné de même un repas. Et le troisième jour, le duc de Boûrnonville, premier plénipotentiaire de l'Espagne, en a fait autant.
J'ai vu une lettre d'un officier du Roi, qui mande que dans la salle du congrès on avoit fait tendre les Conquêtes de Louis XIV, ce que les plénipotentiaires n'ont pas trouvé bon. On les a ôtées, et on a mis l'histoire de Josué. Il marquoit aussi que le cardinal avoit fait mettre le portrait du Roi avec un dais dans son appartement, ce qui n'a pas été trouvé bon, et on Taôté.
Le cardinal est retourné le samedi à Compiègne. M. de
i* Philippe- Louis, comte de Zinzeadorf, ministre d'État, 167 M 742.
FéneIon*et M. le marquis de Vi llars-Ceresl 3 sont nos deux autres plénipotentiaires, * 1
Le Roi s'est fort plu à Compiègné. La chasse a été difficile, parce que les bêtes y sont fortes; ce. sont de vieux routiers. Il a ordonné de faire soixante routes dans la forêt; il est revenu à Versailles le 1er juillet.
Juillet.
Mort de mademoiselle de ClioiscuL ~ Mort d'un plénipotentiaire. — Lettre au Roi par les cVôques. — Le cardinal de Noaillcs abandonne les jahsé- , nistes. — La Reine accouche d'une Tille.
Il n'y a eu encore à Soissons que l'ouverture du congrès; tous les plénipotentiaires ne sont pas même arrivés,* et il y a eu vacance pour un mois.
Mademoiselle de Choiseul , dont la question d'état à fait tant de bruit à Paris et a duré tant de temps, n'a pas plutôt été déclarée fille du duc cle Choiseul, avec un legs universel de. madame la comtesse de Haufefôrt, qu'elle est morte, au commencement de ce mois. Il v a une terre de vingt- cinq mille livres de rente substituée par le testament de madame de Hautefort pour le prince le Conti.
. M. le baron de Penterrieder, second plénipotentiaire de l'Empereur, et celui sur lequel il pouvoit le plus compter^ homme de négociation, est mort à Soissons, Tout est en suspens.
11 a paru ravis des cardinaux et évêques assemblés au Louvre, de Tordre du Roi, au sujet de la consultation des avocats sur le concile d'Embrun. Cet avis est raisonné, il est en forme de lettre au Roiz* On y réfute
1, Gabriei-JacquesdeSalignac, marquis de Fcnelon, ambassadeur àLaHave. * 2. Louis-Buffiie-Toussaint-Hyacinthe, comte de Braricas-Cérest.
3. Lettre des cardinaux, évêques, etc., assemblés extraordinairement a Paris* pour donner à S. M. leur avis et jugement sur un écrit imprimé, quià pour litre ;-Cousultation de MM. les Avocats du Parlement de PariSj au ^sujet du jugement rendu à Kmbruu contre M, J'cvequc do Seuez. Paris, 1728,
assez pertinemment la consultation (il est bien écrit) et les évêques la qualifient et la condamnent; et cela est suivi d'un arrêt du conseil d'État, du 3 juillet 1723* rendu sur le vu de l'avis et jugement de ces cardinaux et évêques. Le Roi ordonné que la consultation des avocats sera supprimée comme contenant des propositions opposées à la doctrine de l'Église, injurieuses à son autorité, contraires aux lois de l'État, et défend à tous ses sujets d'en retenir ni d'en distribuer aucuns exemplaires ; et cette consultation a été déjà affichée et condamnée à Rome.
Le cardinal de Nqailles, qui étpit le grand ami des jansénistes, leur a, ma foi, tourné le cM tout à fait. Il a toujours assez varié. Cette fois il a accepté la Constitution purement et simplement, à ce que Ton dit, et qu'il a envoyé un projet de mandement à Rome pour l'examiner. On l'attend pour le faire publier dans les paroisses. Cela va faire bien du remuement à Paris, car il est certain que le peuple est janséniste sans savoir pourquoi, et parce que cet archevêque l'étoit un peu.
Sur l'attente de l'accouchement de la Reine et l'espérance que ce sera un dauphin, on a fait à l'Hôtel de Ville des préparatifs étonnants pour un feu et pour des fêtes qu'il y auroit sur l'eau. :
Mercredi, jour de Sainte-Anne, 28 de juillet, la Reine est accouchée; mais comme on n'a entendu ni canon, ni tocsin, on se doute que c'est une fille1, et le bruit est tel par toute la ville. On dit déjà qu'elle est morte. Il faut en attendre des nouvelles plus sûres. Elle est accouchée réellement d'une fille qui se porte bien, à huit heures du matin dix minutes. On étoit d'un très-grand chagrin à Versailles. Cependant le Roi a très-bien pris la chose, et a dit à la Reine qu'il falloit prendre parole avec Payrat, son accoucheur, pour l'année prochaine pour un garçon.
i. Louise-Marie de France, Cette princesse mourut en 1 733,
Août.
Le congrès de Soissons. — Découverte du corps de saint Augustin..
La Reine et la Princesse sont en bonne santé, Il n'y a eu aucun Te Deum, feu, ni réjouissance pour l'açcou-, chement de la Reine.
Le 18, le Roi est parti pour, Fontainebleau jusqu'au mois (le novembre. La Reine ira le mois prochain.
Le congrès de Soissonsva très-doucement. La plupart des plénipotentiaires sont à Paris, où ils font belle figure, et où il y a beaucoup d'étrangers.
On a appris dans les gazettes, qu'au mois de juillet, à Pavie, dans le Milanois, en travaillant à un pilier d'église, on a trouvé un tombeau de marbre, dedans un cercueil d'argent-, dedans un cercueil de plomb sur lequel il y avoit cette inscription : Corpus sanctiAugustini. On a dressé un procès-verbal. Le Pape a nommé des commissaires, et il a été décidé que c étoit le corps de saint Augustin. Aussi M. Baillet, qui a épluché la vie des saints, est-il convenu que le corps de saint Augustin, évêque d'Hippone en Afrique, avoit été transporté en Sicile, et ensuite à Pavie, en Italie1.
- Septembre.
La Reine souffrante, — Le Roi à Versailles. — Mort de la- roi ne de Sardaigne.—
Deuil.
La Reine a eu quelques incommodités de sa couche qui la retiennent à Versailles. On dit qu'elle n'ira point à Fontainebleau sans aller à Notre-Dame faire ses dévotions, qu'elle en a fait vœu pour demander un dauphin.
1. Suivant Baillet, Vies des SaîntSj Î8 août, in-3°, p. 925, Fierre, évêque de Pavie, transféra, le 28 février 712, par ordre de Luitprand, roi des Lombards, le corps de saint Augustin de Sardaigne à réglise Saiut-Pierre de Pavie. Luitprand, pour mieux, conserver les reliques du saint, aurait fait faire trois caveaux pareils, et aurait déposé le corps ailleurs. C'est ainsi que Pou explique la disparition de ce tombeau. Les Augustins firent à Paris, le 1G février 1729, une fête solennelle en l'honneur de la découverte du corps dcPévêque d'Hippone. Yoy. le Mercure, 1729, février, p. 398.
Le ttoi est revenu de Fontainebleau à Versailles, et est retourné le lendemain à Fontainebleau, On dit môme que, contre les ordres de la Faculté, il a couché avec la Reine.
Le 19 de ce mois, on a pris ici un grand deuil pour la mort de Anne-Marie d'Orléans, duchesse de Savoie et reine de Sardaigne, laquelle étoit grand' mère maternelle du Roi. Elle éloit aussi sœur de père de feu M. le Régent et tante de M. le duc d'Orléans d'aujourd'hui. Ce deuil durera quatre mois et demi : trois semaines en pleureuses, trois semaines en pleurettes, six semaines en deuil et six semaines en petit deuil
Octobre*
La Kcine à Paris. — Elle entend la messe à Notre-Dame, — Détails. — Los oiseaux à la porte de la Conférence. — Remboursement des rentes. — Le cardinal de ftoaillcs accepte la Constitution. — Son mandement. — Le Contre-poison de l'Acceptation. — Colère des jansénistes. — Le Roi a la petite vérole,
Lundi, 4 de ce mois, noire bonne Reine a vu Paris2; elle est venue à Notre-Dame pour demander à la Vierge un dauphin, et de là à Sainte-Geneviève, à la même fin ; et il y a eu un mandement de l'archevêque pour les prières de quarante heures dans toutes les églises du diocèse.
Elle est venue en quelque façon incognito, c'est-à-dire que ce n'étoit point une entrée. Elle avoit le même train qu'elle a tous les jours quand elle sort. Quatre carrosses à huit chevaux, dont il y en a deux magnifiques; vingt gardes à cheval, quelques pages, dix ou douze valets de pied. Il n'y avoit point de soldats aux gardes dans les . rues de Paris. Il y avoit seulement du guet, de la rohe courte et autres archers dans tous les carrefours par où elle passoit; les boutiques étoient ouvertes à l'ordinaire.
Elle partit à près de neuf heures de Versailles, et