On l'a pris en Espagne pour six mois. [Note de Barbier
2. Pour la première fois, Klle n'y était pns encore venue depuis son mariage.
50 JOURNAL DE RARIUER.
tous- les chemins étoient bordés de tous les habitants des villages voisins, et du côté du Cours, nombre d? peuple de Paris et de carrosses.
À la porte de la Conférence, en deçà de la ville, éloit M. le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, M. le président Lambert, prévôt des marchands, qui lui a fait une harangue, les échevins et toute la Ville. M. de Gesvres avoit là à son ordinaire dans les cérémonies six Suisses, soixante gardes et pliis, dix ou douze gens de livrée et six pages. Personne . ne marche avec plus de magnificence, et tous les archers de ville étoient en file le long du quai, La terrasse des Tuileries étoit pleine de monde:
La marche a été le long du quai du Louvre, le Pont- Neuf, le Marché-Neuf, Au parvis de Notre-Dame étoit un détachement de quelques compagnies des gardes françoises et suisses avec les officiers en hausse-col.
On a tiré le canon à la Bastille et à la Grève, A la porte de Notre-Dame étoient des Cént-Suisses, et le long de' la nef il y avoit une barrière des deux côtés, à hauteur d'appui, derrière laquelle étoit le monde qui étoit entré dans l'église par ami ; et en dedans la barrière étoient des gardes du corps avec la carabine, et des Xent-Suisses de distance en distance-
M. le cardinal de Noaillcs, en crosse et en mitre, précédé de tout son clergé, des chanoines en chapes, et de toute sa maison, gens de livrée et autres officiers, a été recevoir la Reine à la porte de l'église. Là, le cardinal lui a fait un petit compliment1; elle y a répondu. Ensuite tout le cortège ecclésiastique a repassé la nef et entré dans le chœur. Après le cardinal marchoient les m valets de pied de la Reine, pages, officiers, et la Reine de France, appuyée d'un côté sur le marquis de Nangis2,
1. Discours de S. E. Mgr le cardinal de AvaMcs, arckevrque de Paris, à la tUe dit clergé de V Église métropolitaine, fait à la Heine, pour sa réception dans l'église de IS'otre-Dame, le 4 octobre 1729. Paris, 'J.-B. Dclcspinc, 2 pages
2. Louis-Armand de Drlchanteau. Nangis, dans la Btic, petite viïlc du dé*
son chevalier d'honneur, et de l'autre sur le comte de Tessé, son premier écuyer, tous deux gens bien faits et cordons bleus. M; de Breteuil, enlevant secrétaire d'État de la guerre, chancelier de la Reine, ayant aussi le cordon bleu, y étoit ; ensuite mademoiselle de Clermont, surintendante de la Reine, et toutes ses dames du palais.
Il faut observer que pour cette cérémonie, la Reine a quitté le deuil. Les uns disent qu'il n'est pas d'usage que la Reine entre pour la première fois dans Paris en deuil, d'autres croient que la seule raison est que le deuil est moins parant- Quoi qu'il en soit, la Reine avoit une robe de cour, couleur de chair, toute découpée en fes^ tons, sans or ni argent; mais elle étoit chargée de tous les diamants qu'elle pou voit avoir; elle avoit dans ses cheveux le Sancij qui est un diamant de dix-huit cent mille livres, ainsi nommé, dit-on, parce qu'il a appartenu autrefois à Harlay de Sanci, qui étoit un gros soi- gneur du temps d'Henri III et d'Henri IV, et toutes les dames de la suite éloient magnifiques et pleines de diamants* Personne n'étoit en deuil, ni les officiers commandés, M. la duc de Noailles, capitaine des gardes du corps, étoit en habit rouge.
La Reine est ainsi entrée d'abord dans le chœur, où il y avoit un dais et un prie-Dieuroù elle a fait sa prière; .ensuite Je cardinal, avec crosse et croix, l'a ramenée à la porte du chœur.
La Reine a été se mettre sur un prie-Dieu avec un grand tapis de velours rouge bordé d'un grand galon d'or, yis-à-vis la chapelle de la Vierge, entendre la messe. Il n'y avoit point de dais.
. A côté d'elle, deux aumôniers; derrière elle, made-' moiselle de Clermont sur un carreau1, et ses officiers et dames faisoient un cercle derrière elle.
parlement de Seine-el-JUanie; la seigneurie fut érigée, en i6i2, en marquisat, en faveur d'Antoine de Brichanteau, amiral de France.
t. Coussin qui servait à l'église aux prélats, et au.i femmes de qualité*
52 JOURNAL l)E BARBIER.
La messe luï a été dite par son chapelain, et elle ne Ta pas entendue/dans le chœur, parce que les chanoines ne souffrent pas que' d'autres qu'eux y officient.
Pendant la messe, on a chanté un motet avec une grande musique et symphonie.
J'ai vu tout ceci, ayant entendu la messe, placé au milieu des officiers.
Après la -messe, elle a été, par les portes de côté, à la sacristie prendre un bouillon* Elle est rentrée dans le chœur par la petite porte, apparemment pour l'examiner, et elle a regagné la nef pour sortir. Comme je ne cherchois qu'à l'envisager personnellement, j'ai gagné la porte avec un officier pour être à sa portière. J'ai vu que le cardinal Ta reconduite jusqu'à la porte, en habit rouge et calotte, apparemment que le clergé n'y étoit plus, ,
11 faut dire une autre cérémonie qui a eu lieu h la porte de la Conférence, à la porte de Notre-Dame, quand elle y est entrée et quand elle est sortie. On lâche d'une corbeille une vingtaine d'oiseaux qui s'envolent ; c'est un droit et une obligation des jurés oiseliers, symbole de la liberté que les rois et les reines doivent donner aux prisonniers1.
Pour aller à Sainte-Geneviève, elle a passé dessous le Petit-Chàtelet, la rue Galande et la Montagne-Sainte- Geneviève. Il y avoit de môme, à Sainte-Geneviève, des gardes du corps et des Cent-Suissès. La châsse étoit découverte par devant; il y avoit aussi un dais dans le chœur ; et apparemment que l'abbé est venu là recevoir, en crosse et en mitre, à la tête de sa communauté.
Elle est sortie le long de la rue de Saint-Étienne-des- Grès; on a descendu la rue Saint-Jacques3, passé une
1. Cette cérémonie n'avait lieu autrefois que sur le Poni-au-Change, quand les rois le traversaient lors de leur entrée à Paris.
2. Elle s'est arrêtée devant les Jésuites. Le père recteur et le père principal l'ont complimentée et lui ont présente les pensionnaires } k la tête desquels ctoient tous les seigneurs . (JVote de Barbier ,)
secondefois sous le Petit-Châtelet (je ne sais point si on a délivré des prisonniers), le pont Notre-Dame, la rue des Lombards, la rue de la Ferronnerie, rue Saint-Honoré. Oh dit qu'elle a voulu faire le tour de la place de Vendôme. Elle est sortie par la porte Saint-Honoré pour aller dîner à la Muette, dans le bois de Boulogne, où elle . ne sera sûrement arrivée qu'à trois heures.
Sa Majesté avoil l'air bien content. Elle a fait un assez grand tour dans Paris, et elle a vu une affluence de monde étonnante; cela est bien différent de Weissembourg,oùellerésidoit.On a jeté à sa portière de l'argent pour douze mille livres, à ce qu'on dit.
Pour sa personne* elle est petite, plus maigre que grasse, point jolie sans être désagréable, l'air bon et doux, ce qui ne donne pas la majesté requise à une reine.
Mais il faut finir la relation par un malheur. Comme elle sortoit de Sainte-Geneviève, un prêtre s'est retiré dans un coin de la porte, en dehors, pour, dit-on, quelque nécessité. Des ouvriers, qui travaillent à un dôme dans la bibliothèque de Sainte-Geneviève, sont accourus sur les toits pour voir la marche ; ils ont fait tomber une pierre de trois ou quatre livres pesant directement sur la tête' du prêtre, qui en a été tué sur-le-champ. 11 semble que cela finisse mal les stations et les prières de la Reine.
Le 6 de ce mois, la Reine est partie de Versailles pour ^ se rendre à Fontainebleau.
On a publié hier, 22 octobre, un arrêt du Conseil pour un projet de remboursement des rentes sur la Ville par loterie, en mettant, par ceux qui voudront avoir leur remboursement, vingt sols pour autant de mille livres de capitaux qu'ils auront, et cela tons les mois. Je ne crois pas que cela ait grande exécution; d'ailleurs, l'opération n'est pas encore rendue claire par l'arrêt. Un homme, qui aura de fonds cinquante mille livres, qui voudra mettre aux loteries, donnera cinquante livres par mois*
54 JOURNAL DE ÏÎAHBIKK.
il pourra faire cette petite avance pendant trois ou quatre ans sans avoir de lot,
. Il y a longtemps qu'on parle de quelque accommoder ment pour les affaires de l'Église ut- qu'on attend du cardinal de Noailles une acceptation de la Constitution, d'autant que le cardinal de Fleury est venu dîner avec lui, avec M, Çhauvelin, garde des sceaux, ct.M. le duc de Noailles et madame la duchesse de Grammonti ses neveu et nièce, qui le talonnent depuis un temps pour accepter pour faire leur cour; mais on parloit différemment des conditions de l'acceptation.
Aujourd'hui samedi, 23 octobre, a été affiché, h six heures du matin, à toutes les principales portes des églises seulement, et non au . coin des rues, un mander ment de M. le cardinal de Noailles que j'ai bien pris soin d'aller lire, car on ne pouvoitpas le voir autrement, par lequel M. l'archevêque annonce sa soumission au saintsiège, accepte purement et simplement la Constitution, c'est-à-dire la condamnation des cent une propositions .extraites du livre du père Quesnel, avec les mêmes qualifications données par le saint- siège, révoqué son instruction pastorale de 1719 et tout ce qui a paru sous son nom contraire à la présente acceptation, et défend de garder chez soi le livre du père Quesnel et autres ouvrages et libelles faits contre la Constitution, Voilà l'extrait du. mandement. Au bas du mandement est là Constitution imprimée.
Cela a fait grande rumeur dans Paris, car le gros de Paris, hommes, femmes, petits entants, est janséniste, c'est-à-dire en gros, sans savoir la matière, contre la cour de Rome et les Jésuites.
L'on voit aussi que de la part de la Cour, on n'a fait cette opération qu'à demi et en tremblant, car ie matin il y avoit des archers qui accompagnoient les afficheurs. On dit, et je le croîs bien, qu'il y en avoit trois cents qui ont rôdé dans le jour. On n'a pas voulu faire afficher à
lous les coins de rues où l'on a coutume d'afficher, apparemment parce que cela auroit assemblé trop de peuple à la fois. Il est dit dans ce mandement qu'il sera lu et publié où besoin sera; ce n'est point là la forme d'un mandement. L'on voit qu'on n'a pas osé le faire publier, aux prônes des paroisses, crainte de tumulte, d'autant que la plupart des curés refusoient de le publier. Après tout, ces précautions sont sages, car, en bonne politique, et surtout pour fait de religion, il faut, éviter avec grand soin le tumulte du peuple de Paris, surtout quand il y a un parti formé.
11 y a toujours des gens hardis. Sur le mandement affiché au coin de Saint-Séverin, on a eu la hardiesse d'appliquer ce matin, en plein jour, une bande de papier avec deux pains à cacheter, sur laquelle il y avoit : « Les « vrais chrétiens n'accepteront point la Constitution, « quelques persécutions qu'on fasse. » Cela étoit écrit de la main d'une femme. Un autre a voulu arracher un des mandements, cinq hommes l'ont arrêté; il s'est renommé, on l'a lâché, mais on a dressé procès-verbal.
Voici un autre tour. Cet après-midi, il a paru un imprimé appelé le Contre-poison de l 'acceptation, qui sont des protestations faites et signées par le cardinal de Noailles et mises, dit^on, entre les mains de quelque évéque janséniste, par lesquelles il proteste de nullité de tout ce qu'on lui fera faire pour accepter la Constitution, comme surpris de lui, par force, violence, promesses, etc. Les jansénistes avoient cela tout prêt pour jeter dans le public le jour du mandement. Ces protestations-là sont datées du 28 août dernier; et il esl dit au bas que l'original est entre les mains de M. l'évêque deScnez. ^
En fait d'acte, la foi doit être ajoutée au mandement, car il est bien certain que cela n'a pas été imprimé et affiché dans Paris sans son ordre, au lieu que cet imprimé des protestations est sans mission. Où est l'ori- <
56 JOUKNAL DE- BAilMER.
ginal? Qui Ta vu? De qui cela est-il avoué? Qui dira que ce n'est pas une inventiorïdes jansénistes, qui répandent ainsi de supposées protestations? Car, dans les affaires de partis, il y a toujours de la fourberie. Les jansénistes disent que le cardinal est imbécile, que .l'esprit "lui est tombé, et qu'on lui a fait faire ce qu'on a voulu ; et en supposant ces protestations véritables, qui ne sont que du mois de septembre, ils se donneraient bien de garde de dire qu!on les auroit surpris de lui ; quoique ce que des parents auraient pu faire sur l'esprit du cardinal, des évêques, zélés jansénistes, l'auraient fait également pour lui faire lâcher des protestations. Ce qui est de certain, c'est un bonhomme qui n'a été recommandable que par la pureté de ses mœurs. Du reste, il n'a jamais eu d'esprit. On le voit bien par la conduite qu'il a tenue en variant à chaque instant. Il a soixante-seize ans; mais, malgré sa vertu, il fera un vilain personnage dans les écrits ecclésiastiques.
On dit qu'on publiera, lundi, le mandementen question.
On a déchiré, cette nuit, tous les mandements jusqu'à gratter la pierre. A Saint-André, on a couvert de boue l'endroit, la place de l'affiche, ce qui fait voir en général cet esprit janséniste.
Les archers avoient ordre hier de -n'arrêter personne, même qui déchirerait, pour "éviter le tumulte et peutêtre le désordre.
Ce matin, dimanche, on a remis des mandements en beaucoup d'endroits.
La politique est juste. Une publication subite au prône auroit pu causer du mouvement dans les églises, surtout si les curés avoient refuse.
Une simple affiche porte le premier coup. Tout le peuple jusqu'aux artisans ont lu que leur archevêque s'est rétracté et a accepté la Constitution. Tons les grands cris des jansénistes se passeront dans la semaine. En publiant ce mandement, chacun l'achètera,*
et dimanche prochain la publication pourra s'en faire paisiblement1.
On a publié et vendu publiquement le mandement
lundi et mardi.
On déclame un peu à présent contre notre pauvre archevêque. Un janséniste disoit, ces jours-ci, qu'on ne devoitpas attendre que le destructeur du Port-Royal3 mourût défenseur de la vérité.
Il est vrai qu'on peut reprocher ce trait à M. l'archevêque cardinal de Noailles; c'est lui qui a donné la permission de raser la maison et l'église, en sorte que ce n'est plus qu'un champ sur lequel on laboure, sans vestige de maison religieuse. Cette destruction et le renvoi des religieuses s'est fait avec dureté, et M. l'archevêque pouvoit s'y prendre d'une autre manière. Depuis ce temps-là, il a été à la tête du jansénisme, et enfin voilà son dernier acte.
Voici une nouvelle qui fait bien oublier les autres : mardi, 26 octobre, la fièvre a pris au Roi, à Fontainebleau, et aujourd'hui mercredi, on apprend que c'est la petite vérole qui s'est déclarée. Le premier médecin a appelé Dumoulin et autres fameux médecins de Paris»
flfovemtire.
Le Roi guéri. — Te Dcum et réjouissances. — Incendie à Copenhague, — Les pages 'du Roi chez l'ambassadeur de Hollande. — Le fromage do Hollande. — Mort de M. dWrme'nonville. — Son mariage secret.
11 n'y a jamais eu de petite vérole plus heureuse que celle du Roi. Il n'a point été malade ni eu de fièvre; il a bien dormi, en sorte qiie, sans aucun remède, il en est réchappé* L'Hôtel de Ville de Paris en- a déjà marqué sa joie par un Te Deum et des feux ordonnés par le prévôt des marchands dans la ville , et l'archevêque