‹ Journal de Barbier, tome 2Chapitre 81 sur 90 · Au (mss · texte numérisé non relu

Au (mss

la porte; ta1 sentinelle répondit qu'elle 3 avoit des ordres contraires. Le major dit de faire venir l'officier, à qui il \ dit : « Monsieur, faites-moi ouvrir cette porte pour faire a sortir ces deux hommes-là. » L'officier fit difficulté. Le major dit; «'Monsieur ne me connoissez-vous pas? « Je suis le major général. t>— « Cela est vrai, dit Toffi- « cier ; mais il y a deux heures que vous avez donné des « ordres du conseil de guerre tout contraires ; je ne vous « connois plus. » Et sur-le-champ fit prendre les armes au corps de garde.

Ce contre-temps, que le major, général , maître de la place, n'avoit point prévu, l'intrigua fort, aussi bien que le roi. Il sentit qu'en faisant du bruit, tout alloit être découvert. Il prit son parti sur-le-champ , tira l'officier à l'écart et lui dit : « Que faites-vous là, monsieur? « c'est le roi Stanislas! » L'officier de garde, qui craU gnoit au contraire que ce ne fût une trahison du major contre le roi , fut fort surpris ; il voulut s'éclaircir du fait, prit lui-même une lanterne dans le corps de garde, s'approcha adroitement, et, l'ayant reconnu, lui dit: « Sire, je vous demande pardon de mon zèle ; mais que « ne m*avoit-on prévenu ! » Aussitôt il fit retirer les soldats dans le corps de garde et fit ouvrir la porte par la sentinelle. Cette première aventure étoit capable de perdre le roi et de répandre son évasion, ou du moins de la faire soupçonner dès le soir même.

Nos deux paysans sortis allèrent à l'endroit où devoit être le patron avec sa barque. La ville de Dantzick est entourée de marais et d'inondations qu'il falloit passeravant d'arriver à la Vistule. On alloit dans la barque dans les endroits où il y avoit beaucoup d'eau, et dans d'autres il falloit porter la barque. Chacun mit la main à l'œuvre. On ne pouvoit faire cette manœuvre pénible' et longue que pendant la nui}, à cause des partis de Mos-

i. Le (mss.).

^, Qu'il (mss.).

covites, de Cosaques et de Saxons qui. battaient continuellement tout le pays, . pour empêcher la fuite du roi.

Le jour parut qu'ils n'avoient fait qu'un quart de lieue. Il fallut cacher la barque dans les roseaux et se retirer dans quelque maison de paysans qui se trouyoient dans les champs. Le roi s'aperçut dans ce premier trajet que son patron étoit un étourdi, et que les deux autres étoient des brigands ; mais il n'y avoit pas moyen de reculer.

Ils entrèrent chez une bonne femme sous prétexte de boire et de se reposer. Le Roi demanda si on ne voyoit pas quelquefois des troupes. La femme leur apprit qu'il vènoit très -souvent des Moscovites et des Cosaques boire chez elle* L'hôtesse s'aperçut de la peine que cela lui faisoit : « Je vois votre embarras, lui dit-elle ; « vous ne voudriez pas être vu. Vous n'avez pas la « physionomie d'un simple paysan. Montez tous les « deux dans mon grenier; vous vous cacherez pendant « le jour sous des bottes de paille. » Le roi et Steinflich montèrent au grenier, et, malgré l'inquiétude des événements, Steinflich s'endormit très-sérieusement.

Le roi regarda d'abord par une lucarne la pauvre ville de Dantzick, qui lui fournit de tristes réflexions. Se promenant dans le grenier, il aperçut par une autre lucarne une bande de cinq ou six Cosaques; sur quoi il réveilla Steinflich. La bonne hôtesse, qui les avoit pris en amitié sans les connoître, vint les avertir que cette bande étoit entrée chez elle pour boire, qu'ils feroient peut-être longue séance, et qu'ils eussent à se tenir bien cachés sans faire de bruit. Malgré la fatigue de la nuit, aucun des deux n'eut envie de s'endormir.

Le patron et ses deux compagnons buvoient pareillement en bas et s'étoient liés d'écot avec les Cosaques , ce qui faisoit trembler les habitants du grenier, qu'ils ne se prissent de vin, et qu'ils ne lâchassent quelque chose de trop.

Heureusement, le vin ne fît aucun mauvais effet. Le patron et les autres sentoient bien qu'ils s'étoient chargés d'une, commission délicate, et qu'ils avoient grand intérêt de n'être pas découverts, quoiqu'ils ne sussent pas que c'étoit le roi. Les Cosaques s'en allèrent; l'hôtesse monta en haut, leur porta à manger dont ils avoient grand besoin. Et la nuit venue, ils recherchèrent leur barque pour continuer la route et gagner la Vistule. Comme les nuits étoient fort courtes dans le mois de juin, nos voyageurs ne firent encore cette nuit-là qu'un quart de lieue, après avoir marché dans Veau, transporté la barque et essuyé toutes sortes de fatigues. La plus grande étoit de voir le patron et les deux brigands se décourager et se repentir de l'entreprise. Cette irrésolution étoit dangereuse , et on ne la guérissoit que par des promesses.

. 11 fallut faire la même manœuvre, cacher la barque dans les roseaux, et se retirer pendant je jour, lis aperçurent une maison. « Allons là à tout hasard, dit le roi « à Steinflich ; il n'y a pas à choisir. » Arrivés tous cinq, on ne donnoit point à boire dans ce logis ; l'hôte parut, et le roi lui dit : « Monsieur, nous avons marché toute ot la nuit; il faut que nous passions la Vistule; nous ne « pouvons pas gagner la rivière sans nous reposer, et »c nous vous serions bien obligés de nous recevoir. »

— oc Je vois de quoi il s'agit, reprit l'hôte; vous ne « vous souciez pas de marcher le jour, et vous n'avez « pas tort : tout ce pays-ci est rempli de partis qui « rôdent jour et nuit. On cherche quelqu'un. On a <c donné même partout plusieurs signalements. » Et il regardoit le roi en disant cela. — <t Mais fiez-vous à

* moi, ajoula-t-'il; vous n'avez qu'à vous tranquilliser « chez moi. On vous donnera tout, ce qu'il vous faut.

* Vous voulez passer la Vistule, je vous la ferai passer. » Le roi mande aussi dans sa lettre qu'il avoit trouve là un homme fidèle, actif et intelligent.

Notre homme s'avisa de laisser échapper deux chevaux de son écurie» qui se mirent à courir dans les champs, et il parcourut de son côté tous les environs de sa maison pour examiner les partis de Saxons, de Moscovites ët de Cosaques qui pou voient être à la découverte, 11 en rencontra, en eftet, plusieurs qui lui demandèrent qui il étoit, et où il alloit. Il leur répondit qu'il demeuroit dans cette maison prochaine, qu'il avoit eu le malheur de perdre deux chevaux qu'il cherchoit. Les uns lui dirent qu'ils en avoient vu un de tel poil ; les autres qu'ils n'avoient rien vu. On lui laissoit passer son chemin, et il examinôit ces gens et la route qu'ils tenoient.

A la fin du jour, il revint à la maison retrouver ses hôtes, et leur dit ce qu'il avoit vu. Le patron, qui s'étoit chargé avec M. de Monti cte passer deux hommes sur la Vistule, devoit avoir une barque en un endroit qu'il désigna. Notre hôte dit à toute la bande : « Suivez- moi, « que je vous y conduise ! »

11 marchoit le premier, et, quand il apercevoit quelqu'un des partis qu'il avoit rencontrés le jour, il faisoit mettre ventre à terre à toute la compagnie pour laisser passer le parti; ils arrivèrent ainsi, non sans risque et sans frayeur, sur le bord de la Vistule. Mais point de barque. Le patron insista qu'il devoit y en avoir. On tint conseil, « Il faut, dit-on, se séparer. Que les uns « bordent la rivière d'un côté, les autres d'un autre, un « certain espace de chemin , et venir se rejoindre au a même endroit où nous sommes, que la barque soit « trouvée ou non. »

Le roi eut pour compagnons le patron et les deux brigands. Steinflich s'en alla avec l'habitant du pays. Ces deux-ci rencontrèrent un parti. L'hôte dit : « Nous a sommes perdus ! ils nous voient! Il faut faire comme « si nous nous étions rencontrés par hasard, dire que « vous allez à tel endroit, et nous quitter. »

Le parti ne manqua pas d'arrêter nos deux hommes

et de leur demander où ils alloient? L'hôte leur dit : « Messieurs, c'est moi que vous rencontrâtes hier; j'ai « retrouvé un de mes chevaux et je cherche l'autre. f< Monsieur passe son chemin et va à un tel endroit. Nous « nous sommes joints à quelques pas d'ici, » Steinflich, qui parle allemand, fit quelque raisonnement convenable et dit adieu à l'hôte dans le dessein de ne faire que tourner pour revenir au rendez-vous. Mais malheureusement le parti l'observa et lui dit : <* Vous allez « bien doucement. Pourquoi vous écartez- vous de votre <t chemin? » En sorte que Steinflich, suivi de près par ce parti, fut obligé non-seulement de répondre à leurs questions, mais de continuer un chemin tout différent de celui du rendez-vous.

L'hôte revint sans Steinflich, trouva le roi et sa compagnie au rendez-vous, et personne n'avoit vu de barque. L'hôte dit : « Suivez-moi à un quart de lieue d'ici, « je sais un homme de mes amis qui en a une, et je « vous ferai passer. »

Quelque chagrin qu'eût le roi de la perte de Steinflich, il n'étoit pas possible de le chercher ni de l'attendre. On se mit en route. L'hôte tint parole, trouva la barque, et dit au roi : « Monsieur, qui que vous soyez, je vous « souhaite un bon voyage; je suis charmé d'avoir pu « vous être utile. » Le roi prit son nom, et renvoya de là un des deux hommes du patron pour retourner à Dantzick dire à M. de Monti qu'il avoit passé la Vistule.

Étant passés, le roi alla à un gros village qu'il aperçut avec le patron et son compagnon, et, après s'être un peu remis de leurs fatigues, il fit marché pour un chariot pour le mener, disoit-il, à Mariembourg. Le compagnon du patron s'étoit enivré, crioit tout haut qu'il étoit bien malheureux d'avoir entrepris ce voyage, qu'il jouoit à se faire pendre, et il jouoit, en effet, par son indiscrétion, à perdre tout. Le Roi le fit taire avec

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menaces,* le prit au travers du corps et le jeta dans le chariot.

Quand on fut éloigné du village , le roi dit : « Mes « enfants , je ne veux point aller à Mariembourg, mais « sur le bord du Noga. » Les murmures redoublèrent. — « Que voulez-vous faire sur le Noga? Vous ne le pas- « serez pas; on a enlevé toutes les barques. » — « Quoi « qu'il en soit, dit le roi, je veux y aller. Si nous ne « pouvons pas passer, alors nous reviendrons à Mariem-

* bourg* » Le roi n'avoit garde d'aller dans cette ville, qui est dans la Prusse polonoise, où il auroit pu être reconnu et arrêté.

' Ces gens, inquiets, firent beaucoup de chemin et gagnèrent le bord d'une rivière qu'ils disoient être le Noga. Le roi descendit du chariot, s'orienta, examina le pays et soutint que ce n'étoit point là le Noga, qu il le connoissoit bien. Voyant qu'il ne pouvoit y avoir que du mauvais dessein de la part de ses conducteurs, il alla lui-même à une maison où il aperçut de la lumière. 11 demanda quelle étoit cette rivière? On lui dit quec'étoit la Vistùle. C'eût été une belle affaire s'il eût repassé cette rivière pour se jeter dans les mains de ses ennemis ! Et on lui enseigna le chemin pour gagner le Noga. 4 Arrivés sur le bord de cette xuvière, il la reconnut parfaitement; mais la difficulté étoit d'avoir une barque pour la passer, et c'éloit le coup de partie, parce que, de Y autre côté du Noga, le roi étoit sur les États du roi de Prusse et en sûreté.

* Le roi descendit de son chariot et gagna seul une première maison; il s'adressa à une femme et lui demanda comment on pouvoit passer la rivière? « Cela « n'est guère possible, dit la femme, on a enlevé toutes « les barques, et il est défendu de laisser passer qui que « ce soit. » — « Comment, dit le roi; voilà des ordres « bien mal donnés; on devoit donc me prévenir de cela. « Je suis le boucher de l'armée de M. le comte de Muiv*

« nich, général des Moscovites; je vais chercher des « bestiaux que j'ai de l'autre côté pour les mener au « camp; je n'ai pas pris apparemment mon plus droit « chemin. Mais comment ferai-je à présent? » — « Ah! « monsieur, dit la femme, vous êtes boucher! J'ai ici « des bestiaux, vous devriez bien me les prendre, » — «Voyons-les, » dit le roi. Il caressa la femme, fit marché avec elle, lui donna des arrhes pour les reprendre à son retour. « Monsieur, dit-elle, j'attends mon « mari et mon fils qui sont aux champs* Il y a un homme « de l'autre côté qui a une" barque sur des roulettes. « Mon fils a un signal pour faire venir la barque, et « vous pourrez passer par ce moyeri-là. »

Le roi rétourna' au chariot, et le renvoya, revint à la maison avec le patron et son compagnon. Le mari et le iils rentrèrent; la femme leur conta la chose comme elle étoit. Le roi continua toujours son personnage déboucher, et promit de prendre les bestiaux. Le fils donna son signal, la barque vint, et toute la compagnie passa le Noga. . ' Le roi descendit le premier; et quand il eut les deux pieds sur le pays ami, la joie d'être sauvé lui rendit sa tranquillité et sa force. Il parla en maître, et leur défendit à tous de sortir de la barque* Il mande qu'il les aurait alors assommés tous lui seul, si on avoit voulu lui résister ; et, en effet,* le roi de Pologne est brave et d'une force supérieure* Et il dit au patron : * Tu peux « à présent retourner à Dantzick dire à M, 'de Monli « que je suis passé le Noga. »

Alors le roi, quoique seul, goûta le plaisir d'être en liberté après avoir essuyé tant de dangers. L'habit de paysan dont il étoit vêtu lui parut trop pesant; il l'ôta, le mit sur une pierre et l'abandonna au premier passante Il resta en simple camisole. 11 gagna la ville de Marienwerder1, qui h'étoit pas éloignée. Arrivé dans cette ville, il demanda la meilleure auberge, s?y fit

i. Yille de la Potnéranie prussienne* * /

498 journal de mubiër.

donner bien à souper et y reposa bien tranquillement toute la huit.

te lendemain matin, il voulut encore jouir de son état particulier; il prit sa pipe, et, en camisole, alla se promener sur le pont èt fumer. Un ancien officier prus** . sien, qui avoit servi sous lui en Suède, le reconnut; il alla droit au magistrat lui dire qu'il eût la bonté de se rendre au gouvernement; et qu'il avoit quelque chose d'important à déclarer.

« Messieurs, dit^et officier au gouverneur et au ma- « gistrat, vous avez ici un hôte de grande conséquence : « le roi Stanislas ! » — « Cela n'est pas possible, dirent- « ils, cela auroit fait bruit dans la ville. » — « Mais, dit <c l'officier, il n'est pas en équipage à faire fracas, » et s'étant approché d'une fenêtre : « Voyez-vous sur le pont « cet homme, en camisole blanche, qui fume? c'est lui- <( même !»

« Allons sur le pont, dit le gouverneur, cela n'est pas <c croyable, » Ils passèrent tous les trois, comme en se promenant, et envisagèrent l'homme à la camisole. Le roi connoissoit aussi lé gouverneur et en étoit connu; il ne se dérangea pas dé sa posture et les laissa passer. Au bout dù pont, le gouverneur dit à l'officier : <t Je crois « aussi que' c'est lui, Rèpàssons encore pour le mieux « examiner* » Le gouverneur s'arrêta et lui dit : « Mon- « sieur* quë faites-vous là? » « Vous le voyez bien, dit ♦« le roi, jè fume. » ^ « Y a-t-il*îlongternps que vous êtes « dans cette ville? » — « D'hier -au soir. « Y êtes^vous « pour longtemps? » <— <cië ne sais.r»*Le gouverneur se retourna, et dit.à l'officiêc assez haut « C'est, en vérité, v le roi de Pologne 1 » Le roi leur tendit les bras d'un air riant et leur dit : « Messieurs, c'est lui-même! »

Alors on lui rendit les respects qui, lui étoient dus. Ils le conduisirent au* gouvernement où il leur conta ses aventures et on répara bientôt le défaut de son équipage. Le roi étoit entré le vendredi au soir dans Marien-

verder. Le général Steinflich y arriva lé dimanche fort inquiet de ce qu'étoit devenu le roi. Il faut avouer qu'il faut avoir de la prudence, de la force et de la résolution pour soutenir tous ces hasards. Mais aussi il y a eu une étoile bien "heureuse de n'être point tombé entre les mains de gens prévenus et gagnés, ou qui, se méfiant de quelque chose, n'aient point envisagé des vues d'intérêt en livrant On homme dans la conduite duquel il y avoit du mystère.

Le roi, depuis cette relation , a écrit une autre lettre à la reine de Pologne, par laquelle il lui mande qu'il est en parfaite santé ; qu'il est aussi en sûreté qu'elle à Saint-Cyr, mais qu'il ne peut pas lui dire où il est; qu'il courra peut-être le bruit qu'il est bien malade, même en danger de la vie, mais qu'elle n'ait aucune inquiétude de ces bruits.

Septembre.

Instruction pastorale de M* Colbert, évêque de Montpellier. — Réponse de M. de Tencin, archevêque d'Embrun. — Arrêt du Conseil* — Détails. — Mort de Bombilo» — Nouvelles d'Italie. — Surprise du camp françois. — M. le maréchal de Broglie et ses fils. Victoire de Guastalla. — Mort de M. le marquis de La Chastre. — Le régiment de Champagne. — Chansons. — Détails sur le maréchal de Broglie. — Le prince de MontauLan à Paris. — Le Capitaine des cuirassiers* — M. Bouquot et la toile d'araignée.

Le bruit des armes qui occupe toute l'Europe trèssérieusement n'empêche pas MM. les ecclésiastiques de songer à leurs querelles de religion. M. Colbert, évêque de Montpellier, grand janséniste, a fait l'année der^ nière une très-belle instruction pastorale au sujet des miracles de M. Pâris \ Par un bref de Rome , du 3 octobre 1733, cette instruction a été condamnée comme

i. Instruction pastorale de monseigneur l'èvêque de Montpellier, adressée au ctergè et aux fidèles de son diocèse, au sujet des miracles que Dieu fait en faveur des appelants de la bulle Unigenilus, 1738, \u-A, i>2 pages» Cette instruction fut supprimée par arrêt du conseil d'État du 23 avril 1733, L'évèque protesta par une Lettre de monseigneur V évêque de Montpellier au sujet de l'arrêt du conseil d'État , etc*, 8 pages in-i.

contenant des propositions fausses, scandaleuses, séditieuses, outrageantes, absurdes, téméraires, blasphématoires, schismatiques, erronées et notoirement hérétiques. Ils ne manquent pas de qualifications à la cour de Rome, et ils les appliquent, in globo sans s'embarrasser ordinairement d'en donner ni explication ni application.

D'un autre côté, M. de Tencin, archevêque d'Embrun, avoit réfuté un peu vivement cette instruction pastorale*. M. l'évêque de Montpellier, piqué de cette réponse, a profité d'un prétendu nouveau miracle, arrivé dans son diocèse par la vertu de la terre du tombeau de M. Paris (car on a envoyé de cette terre sacrée dans toutes les provinces), et il a adressé une lettre pastorale2 aux fidèles de son diocèse, le 21 avril de cette année 1734, par laquelle il persiste à prouver la vérité et la possibilité des miracles de M. Paris. Il attaque la cour de Rome, il outrage M. d'Embrun, il le traite d'ignorant, d'homme peu versé dans les Écritures, d'une religion très-douleuse et très-éloignée de la saine doctrine; en sorte que Ton voit, dans ces écrits, la charité et l'humilité épiscopales. Il nous annonce par les prophéties mêmes, que, comme la religion chrétienne s'est retirée de l'Asie et de l'Afrique, où elle avoit commencé, l'Église qui , selon eux, doit subsister jusqu'à la fin des siècles, se lassera de résider dans un pays corrompu et qu'elle ira s'établir dans le fond des Indes et à la Chine , et que les Juifs, ancien peuple de Dieu, rentreront en grâce avec lui. Le sort de celle lettre pastorale a été d'être supprimée par un arrêt du

1 . Instructionpastorale de monseigneur l'archevêque prince d'Embrun, dans laquelle il réfute V ouvrage ' qui a paru sous ce titre ; Instruction pastorale, etc., 1733, 42 pages in-4*

2. Lettre pastorale de monseigneur, Vêvêque de Montpellier, adressée au clergé et aux fidèles de son. diocèse, pour leur notifier un miracle opéré dans son diocèse par l'intercession de M. François de Pdris, 17 34, 64 pages in-4.

Conseil, et il seroit encore mieux s'il" ne parôissoit pas tie semblables écrits qui au fond ne sont que des libelles diffamatoires contre la religion. Plus on creuse ces matières, soit sur les prophéties, soit sur les anciens miracles reçus par l'Église, et plus on voit l'obscurité des unes et l'incertitude des autres qui se sont établis dans ces temps reculés avec autant de fondement que ce qui se passe aujourd'hui sous nos yeux. Heureusement que ces écrits sont lus par peu de gens capables de faire sans prévention les réflexions qu'ils méritent

On a enterré dans ce mois-ci^ dans le cimetière de la paroisse de Saint-Séverin, un vieux fou prêtre, appelé le sieur Bombilo, ami de M. Paris, qui lui avoit légué une pension. Il y avoit plus de six cents personnes à voir cet enterrement , comme si c'eût été un prophète décidé. Et si le curé, qui est homme sage, quoique du parti , avoit voulu donner les mains à' la frénésie du peuple, il ne seroit rien resté de sa bière de son drap et delà terre de sa fosse. Il ne faut pas même désespérer que, dans quelque temps d'ici , les jansénistes ne nous produisent quelque miracle de "ce* particulier, quand le crédit de M. Pàris sera un peu usé.

Les miracles de ce dernier ont suscité une bonne querelle entre M. l'évêque de Montpellier, Colbert en son nom, et M. deTencin, archevêque d'Embrun, président du dernier concile. M. l'évêque de Montpellier a fait un mandement, il y a un an, pour justifier les miracles de M. Paris; c'est au demeurant un ouvrage curieux.et pour l'éloquence* et pour l'érudition , indépendamment du mérite du fond.

Cet ouvrage a été condamné à Rome, par un bref du 3 octobre 1733, comme contenant des propositions fausses, scandaleuses, séditieuses, outrageantes, absurdes, téméraires, blasphématoires, schismatiques; erronées et notoirement hérétiques. Rien n'est plus plaisant que ce protocole de qualifications qu'ils appliquent, à Rome, à

tout ce qirine leur convient pas* M. l'archevêque d'Embrun n'a pas cru le Saint-Siège assez fort; il s'est mêlé de la partie et a donné une instruction pastorale, par la* quelle il a réfuté, et un peu vivement, l'écrit de M, de Montpellier. Celui-ci n'a pas voulu avoir le dernier, il a pris prétexte d'un prétendu nouveau miracle, arrivé dans son diocèse, pour lâcher une lettre pastorale, le 21 avril 1734, qui a paru imprimée depuis peu, par laquelle il répond à M. d'Embrun. Et, en traitant la matière, ces messieurs se traitent seulement d'ignorants d'impies, d'hérétiques; ce n'est peut-être pas ce, qu'il y a de moins, vrai dans tous ces écrits. M, de Montpellier, à force dë creuser les prophéties, nous annonce que la religion chrétienne ne subsistera plus dans l'Europe, et que l'Église qui , selon' eux , doit toujours subsister, se retirera dans les Indes, au bout du mondes Elle a déjà assez changé de domicile pour que cela puisse arriver. Cette lettre pastorale a été supprimée par un arrêt du Conseil, mais elle n'en est pas moins publique. Heureusement que ces ouvrages soni lus de peu de personnes, et qu'il y en a très-peu capables, en lés lisant, de faire de sages et solides réflexions; car, à force d'expliquer l'Écriture et les prophéties, on n'y connoîtroit plus rien, ce qui n'est l'intérêt ni des évêques ni de l'Etat.

Pendant que ces messieurs se déchirent à coups de plume, MM. les militaires ont des affaires plus réelles et plus sérieuses. Il est arrivé de grands événements ce mois-ci en Italie.

Messieurs .nos généraux, comme dit la chanson, n'ayant pas profité de la bataille de Parme, on n'en sait pas la raison , Mes ennemis se sont retirés et campés derrière la rivière de la Secchia et nous nous sommes campés de l'autre côté ; les armées en présence n'étant séparées que par cette petite rivière, laquelle est guéable en plusieurs endroits.

Il a paru que le dessein des impériaux d'entrer dans

lé Parmesan et dans le Milanois étoit échoué, et, dé notre côté, n'ayant d'autre dessein que de conserver le pays qu'on a conquis, on s'est contenté de les arrêter. On a étendu notre infanterie le long de la Secchia eri différents quartiers éloignés les uns des autres. On a envoyé la cavalerie et les dragons en quartier de rafraîchissements; on a donné des congés à plusieurs officiers; et, en un mot, quoique les deux armées fussent très-voisines et en présence, messieurs nos^ généraux se sont imaginés que la campagne étoit finie, parce que nous n'avions pas dessein d'attaquer ni de rien entreprendre.

Les ennemis, bien mieux servis que nous en espions, ont appris la mauvaise disposition de notre armée et ont voulu profiter de notre tranquillité. M. le maréchal de Broglie avoit choisi une cassine pour se loger qui lui plaisoit, et il y avoit dans son quartier environ quatre à, cinq mille hommes , entre autres le régiment de Picardie, Dauphin, Bourbon et autres, qui étoient éloignés des autres brigades , parce qu'il falloit allonger l'infanterie pour border la Secchia, par le défaut de cavalerie que l'on n'avoit renvoyée dans des quartiers de rafraîchissement que pour épargner la dépense d'avoir du fourrage ; mauvais ménage ! M. le maréchal de Coigny avoit voulu mettre des troupes dans la cassine de M. le maréchal de Broglie ; mais, comme elle étoit belle, celui-ci l'avoit voulu garder pour son ïogement, et il n'avoit placé que des grands gardes ordinaires, composées de quarante ou cinquante hommes, sans songer qu'il y avoit un gué vis-à-vis sa maison.

Le 15, sur les six heures du matin1, les Allemands ont passé cette rivière peu large par ce gué, sur deux colonnes de cavalerie et d'infanterie; les gardes n?ont pas pu résister ; ils ont surpris le camp dont une partie étoit sortie pour faire des fascines et l'autre étoit encore au lit. M. le maréchal dé Broglie qui , à ce qu'on dit ,

i . Vôyoi dans Wippemlice, n° v, la leltrc d'un officier di! Pioaidio.

504 JOUHNAl Ûfi ÈÀftfiïER.

avoit donné un grand souper la veille , n'eut que le temps de se jeter par une fenêtre, nu pieds, avec ses deux fils, pour se sauver du côté de la cassine du maréchal de Coigny, qui étoit derrière sa maison , et tous ses équipages ont été pillés sans y rien laisser. Plusieurs officiers des plus alertes s'étoient jetés dans la maison du maréchal de Broglie pour sauver leur général et ont été massacrés dans la cour; d'autres ont été surpris dans leur lit, dans le camp, et tués, et un assez grand nombre faits prisonniers. J'apprends néanmoins par un de mes amis, officier du régiment de Champagne de retour de ce pays-là, qu'il n'y a guère eu que cent hommes tués dans cette surprise.

M. le maréchal de Coigny, averti de cette déroute, est • accouru; on a rassemblé toutes les troupes par une alerte générale, en sorte que non-seulement les troupes du quartier de M. de Broglie, mais aussi la brigade de Champagne, qui étoit à un quart de lieue» ont été obligées d'abandonner leurs tentes et leurs équipages. M. de Coigny s'est retiré du côté du Pô, où nous avions des retranchements et des corps de réserve, et on a suivi les bords de cette rivière pour descendre à Guastalla, sous le canon de cette ville, où étoient tous J es gros équipages et les provisions de Vannée, et où on a fait rendre aussi toute la cavalerie et les dragons qui étoient en, quartiers de rafraîchissements de ce côté-là.

Les ennemis, qui étoient passés vis-à-vis la maison de M. de Broglie, ont pillé tout le camp. Les brigades de Picardie, de Dauphin, de Champagne ont perdu entièrement tous leurs équipages de manière que tous les officiers sont restés avec leur seule chemise, leurs habits d'ordonnance et leurs armes; et c'est le régiment Dauphin qui a le plus souffert, parce qu'ils ont été les premiers surpris. Mais aussi les ennemis ont perdu du temps à ce pillage. Ils ont donné le temps à nos troupes de se mettre en ordre de bataille et de marcher en bon

ordre. Au liéu même d'aller droit à Guaslalla se joindre avec le reste de leur armée qui avoit aussi passé la Secchia, ils se sont amusés à suivre nos troupes, qui faisoient un grand tour pour ne pas quitter le bord du Pô, comptant, ou qu'on seroit obligé d'en venir à une bataille, ou de donner sur notre arrière-garde; mais pendant trois jours les troupes ont marché de part et d'autre; les armées ont été en présence. 11 y a eu seulement quelques escarmouches, et les deux armées, composées de vingt-huit à trente mille hommes chacune, se sont trouvées rassemblées dans une plaine, sous Guastalla. On a oublié, dans tout cet embarras, un régiment piémontois et un françois, qui étoient à garder un poste éloigné, à qui on n'a pas envoyé ordre de quitter ce poste pour rejoindre notre armée. Les ennemis les ont pris prisonniers; mais avec tout cela, ils n'ont pas profité de l'avantage qu'ils dévoient tirer d'une pareille surprise parfaitement concertée par M. de Kœnigseck1, général de r Empereur.

Le bruit s'étoit répandu à Paris que nous avions été trahis par les moines d'une grande abbaye de Bénédictins, à San Benedetto, qui avoient fait sonner matines à onze heures du soir au lieu de minuit, pour donner le signal aux Allemands qu'ils pouvoient exécuter leur entreprise. On disoit même que dans cette abbaye, qui est fort vaste, il y avoit deux à trois mille Allemands cachés, qui étoient sortis la nuit. On disoit aussi que les ennemis avoient surpris notre camp la nuit, à trois heures

* du matin; mais tous ces faits ne sont pas vrais. Ils n'ont été répandus apparemment que pour excuser M, le ma-

1 réchal de Broglie, qui est seul la cause de cette mauvaise aventure, pour s'être logé dans une maison vis-à-vis un gué, pendant que toute l'armée ennemie étoit de l'autre côté d'une petite rivière guéable en plusieurs endroits; pour n'avoir pas su ce gué, pour n'y avoir pas mis un

K Loltioire Jos. G. Kœaigseck, diplomate et gcuéral, Km 3- 1751.

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corps de troupes assez considérable pour la sûreté du camp, et pour avoir trop bu dans le souper du 14, Car il est certain qu'il étoit près de sept heures du malin, et grand jour, et qu'on r.elevoit les grands gardes lorsque les ennemis ont entrepris de passer la Secchia, et que Ton a entendu les premiers coups de fusil. Et ces imprudences pouvoient coûter la perte de notre armée, et nous obliger de nous retirer tout de suite jusqu?au Mont-Cénis! mais le sort en a décidé autrement.

Le 19, au matin, sur les neuf heures, les armées étant en bataille, les Allemands nous ont attaqués avec beaucoup de vigueur; mais, malgré la consternation qui der voit être dans notre armée et la fatigue de trois jours de marche et de mouvements, ta valeur est si grande daris nos troupes qu'on a repoussé les ennemis dans tous les endroits. Notre cavalerie, aidée de nos grenadiers, a fait reculer les cuirassiers et la cavalerie de l'Empereur, que l'on avoit crue supérieure à la notre. Le combat a été très-opiniàtre pendant cinq heures; mais depuis deux heures après midi jusqu'à cinq, la victoire s'est déclarée pour la France, et elle a été complète; les ennemis ont abandonné le champ de bataille. On a pris canons, étendards, fait des prisonniers, ce qui est expliqué dans la relation de cette bataille, qui est imprimée1. Il est certain que l'Empereur a perdu la plus grande partie de ses officiers généraux* Dans cette relation on passe très-légèrement sur la surprise qui étoit absolument à notre désavantage. Cette bataille a été sanglante, et nous coûte cher. Il n'y a eu que la cavalerie, tes grenadiers et les carabiniers, qui en soient venus aux mains. L'infanterie, de part et d'autre, ne s'est battue qu'avec les armes à feu. On m'^a dit que nous avions cinq mille soldats et sept ou huit cents officiers tués ou blessés, et que les ennemis perdoient douze mille hommes. Quoi

1. Relation de la victoire remportée par V armée du roi de France et ^ar celle du roi de Sardaignc à Guustdlla} ,17 3a,

qu'il en soit^ j'ai vu, par plusieurs lettres d'Italie, que cettë victoire nous coûte infiniment, et que nous avons perdu grand nombre de braves gens.

Ce qui est dans la relation par rapport au roi de Sardaigne est très-véritable, il a donné des preuves d'une grande valeur; il s'est jeté dans la gauche, où étoit le fort de l'attaque; Il a été dans tous les rangs, il a tiré le régiment de Picardie de la droite, et s'est mis à la tête de ce régiment pour charger les ennemis en les appelant : « mes amis de Picardie! » Il s'est exposé pendant toute l'action comme un simple officier; cela fait un prince redoutable et respectable pour les autres têtes couronnées qui sont paisiblement à tenir conseil dans 'leurs maisons de plaisance, tandis que leurs sujets se battent très- sérieusement. Les troupes piémontoises ont fait aussi des merveilles; et, pour les Allemands, ils se sont battus comme des diables. On dit qu'ils marchent dans un ordre et une discipline admirables, et avec un silence qui étonne. MM. les maréchaux de Coigny et de Broglie se sont comportés aussi avec toute la valeur possible, et avec beaucoup de prudence dans tous les mouvements de Tannée. Ils se sont présentés partout. Aussi faut-il avouer qu'ils agissoient en désespérés pour réparer un événement aussi fâcheux arrivé par leur imprudence. Ils n'en avoient pas fait de même dans le combat de Parme. Gens qui étoient tout au milieu m'ont bien dit que Ton ne les avoit vus en aucun endroit, et qu'ils se tenoient derrière les combattants. On m'a rapporté même un vilain mot de M. le maréchal de Coigny. Dans le commencement du combat, la brigade de Champagne passa des fossés sans tirer un coup de fusil, essuyant le feu des ennemis, et donna la baïonnette au bout du fusil. C'est dans cet endroit où M. le marquis de la Chastre1, brigadier, qui étoit à la tête, reçut un

i. Louis- Charles de La Chastre* Il avait épousé, en 1723* Marie-ÉIisabeth de Jficolaï. Il portait alors le nom de 211. de Xançai. Voyez t. i, p. 257,

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coup.de fusil dans la cuisse qui lui coupa la veine, dont il mourut sur-le-champ, Le régiment de Champagne avoit enfoncé, mais on craignoit en même temps que des troupes ennemies ne les prissent par derrière. On envoya dire à M. le maréchal de Coigny que le régiment de Champagne enfonçoit, et que s'il vouloit envoyer une brigade pour le soutenir, il répondoit de prendre le canon des ennemis. Le maréchal répondit que, puisqu'il s'étoit avancé sans son ordre, il s'en tireroit comme il pourroit, en sorte que cette attaque ne dura qu'un quart d'heure, et la brigade de Champagne fut obligée, de se retirer. Un officier de Champagne m'avoit bien écrit que s'ils avoient été soutenus, la bataille, qui a duré près de onze heures avec un carnage effroyable,' auroit été décidée pour nous en deux heures de temps. Mais il n'avoit pas osé m' écrire cette particularité, qui

est des plus ridicules. :

M. le maréchal de Coigny a envoyé le fils aîné1 de M. le maréchal deBroglie apporter au Roi la nouvelle de la victoire sous Guastalla,eton aregardé cela commeune belle action de sa part, après la faute de M. de Broglie. 11 a été néanmoins fort bien reçu du Roi, qui lui a accordé un régiment. La victoire a fait oublier la surprise, mais les chansonniers de Paris ne lui ont pas pardonné, et il s'est répandu la chanson suivante sur le même air de la chanson pour l'affaire de la Parme :

Eh ! vite ! eh ! vite ! eh ! vite ! apportez du coco > Voici venir Margot à la tête des crocs. C'est M. lemaréchal deBroglie qu'on fait dfabord parler :

« Messieurs les Allemands, je ne le croyois pas,

« Quoi qu'en dît la chanson, que vous fussiez ingrats!

i, -Victor-François, comte, puis duc de BrogUe, né en 1718, mort dans l'eiul en iS04. Nommé maréchal de France en 1758, il battit les prussiens à Sundershausem, à Berghen et à Corbach. Il tomba dans la disgrâce à la suite de démêlés avec le prince de Soubise. En i 7S9, il devint ministre <je 1^ guerre pour quelque temps, et fut bientôt obligé de s'exiler,

« Mais, hélas î à mon dam, m'en voilà convaincu , « Puisque vous me forcez de vous montrer le c.»

« S'il est un temps pour tout, comme dit Salomon, « La nuit est pour dormir, couché tout de son long; « C'est donc mal fait à vous, messieurs les Allemands, « De venir m'éveiller contre le droit des gens. »

Mais eux, sans écouler, comme vrais Allemands, Menacent d'enfoncer : « Qu'on ouvre promptement! 1 Et perdant tout respect pour ce grand maréchal, Son beau petit sermon reçoivent assez mal.

« Vous êtes bien pressés, messieurs les Allemands! « De prendre ma culotte, ah ! donnez-moi le temps! « Par Noé, vous savez qu'il n'est pas bienséant « De montrer ce qu'on porte à messieurs ses enfants. •

« — Oh! pardi ! par mon foi! répond un Allemand, « Si toi point dépêcher, moi t'y prends promptement; « Mais si veux sauver toi, laisse-moi ton argent! « Moi boire à ta santé plus que gaillardement!

« — Amis, si vous voulez, emportez mon bâton, « Il ne m'est pas si cher que ce sac de doublons. « Pour en rassembler tant, j'avois fait maints efforts! « Quoi ! tout perdre en un jour ! eh bien ! plutôt la mort!

« — Ah! mon papa, partons, s'écrient ses enfants « Ces messieurs les rendront, ce sont d'honnêtes gens; « Et d'ailleurs des François toujours le commandant, « Vous vous acquitterez sur eux bien largement! »

Tous les trois en chemise, alors les eussiez vus, Sans honte et sans pudeur, fuir et montrer le c... Criant: « Maudit soyez, monsieur de Kœnigsek, « Qui droit dès le matin nous mettez tous à sec. »

Coigny, qui dès dix heures avoit au moins ronflé, Entendant ce tapage, accourt tout èssdûfflé- « Ou fuyez-vous? dit-il, mais par précaution Bientôt aussi lui-même il tourne les talons.

« Pour sauver le bagage une seconde foisy <t Mon ftis, avertissez monsieur de Maillebois. » A peine avoit-il eu le temps de se botter, Que les méchants houssards avoient tout emporté.

Maté/ ^uând fut ârfivé fnonsiètïr de Maillebois/ En chevalièi1 sans petîr amène1 les1 François, A Bonas, à Lannion, à Lautrec, à Boissieux, Messieurs les Allemands de loin font lesadieux.

Nous n'avons donc besoin qué d'être bîén conduits Pour passer sur le ventre S tous nos ènriéhiisï Mais c'est un grand malheur que Dieu ne veuille pas Nous donner une tête avec d'aussi bons bras.

Ainsi pfiôns1 trétôùs lé divin Rédempteur Qui de notre bori Roi tient en sa maïtf lè cœur, Qu'il lui fasse connoître, et plutôt que plus tard, Qu'avec tels généraux il met tout au hasard!

AUTRE* Sur le même air.

Messieurs les Allemands fort inutilement

Sont venus nuitâmmént surprendre notre ca'mp.

Messieurs nos généraux, réveillés à propos,

Se sont sauvés à poinï sans cfiausses ni pôurpôint.

Messieurs les Allemands, vous vous moquez des gens, De venir à minuit faire charivari,

Si Ton eût averti monséignéur de Broglie,

Vous ne l'auriez, mardi, point trouvé dans son Ht.

ÀUfR'E. '

Kœnigseck et sa grande armée Nous ont visités cette nuit; Nos troupes très-alarmées, Sans équipages et sans bruit, S'en sont enfuies, landerirette, S'en sont enfuiés, ïanderirii

Broglie, sans aucune escorte/ Court au quartièr de Coigny, Portant, à la chèvfe morte1, Le plus jeune de ses fils,

En montrant son landerirette, En montrant son landeriri.

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Coigny, en grande coîèref Dit: a Mo^dieu, que vois-je ici! * « Il ne falloit pas tant borre^ « Vous n'eussiez pas tant dormi!

a Peste soit du landerirette, « Peste soit du landeriri! »

« Pour recouvrer votre gloire,

« Retournez a nos ennemis,

« Mais n'avez-vous point la foire?

« On la gagne à moindre prix!

a Couvrez votre landerirette,

« Prenez un de mes vieux habits ! »

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