RUPTURE DU TENDON DU MUSCLE DROIT ANTɬ RIEUR DE LA CUISSE
Les exemples de cette sorte de rupture sont rares dans la pratique, plus rares encore dans les livres ; la première mention n’en remonte pas plus haut que Ruysch ; Boyer n’en avait vu qu’un seul cas; et M. üemarquay, qui a publié sur ce sujet un intéressant Mémoire , n’avait pu en trouver dans les annales de la science que dix observations, auxquelles il en ajouta trois nouvelles dues à MM. Malgaigne, Velpeau et Blandin. En voici un cas communiqué par M. Lacroix d’Orbec, au Bulletin de thérapeutique.
« M. L . . âgé de 71 ans , de petite sta¬
ture, replet, se promenant à sa campagne dans la matinée du 16 août 1842, glissa sur le gazon desséché par la grande chaleur qui régnait alors, perdit l’équilibre, et. tomba violemment sur le siège sans pouvoir se relever. Dans l’effort qu’il lit pour prévenir cette chute, il ressentit à la partie inférieure de la cuisse droite, vers le genou, une vive douleur accompagnée d’un bruit sec assez fort. Appelé quelques instants après l’accident, les circonstances qui précèdent m’ayant été racontées, je préjugeai qu’il s’agissait d’une rupture de rotule par contraction musculaire; mais, ayant examiné le membre, je fus étrangement surpris de trouver la rotule intacte. En effet, la douleur ressentie nese rapportait pas à cet os ; elle avait lieu, mais faiblement alors, à quatre ou cinq centimètres au-dessus. En cet endroit donc existait une dépression telle qu’en pressant un peu, je pus aisément y enfoncer la partie moyenne de l’index. Dès lors, je ne doutai plus que je n’eusse affaire à une rupture du tendon du muscle droit antérieur de la cuisse; car je m’étais assuré, par l’absence .complète des signes caractéristiques, qu’il n’existait pas de fracture du fémur. Ainsi dépression, douleur locale seulement manifeste au toucher et par la contraction musculaire, impossibilité des mouvements d’extension de la jambe;
tels étaient, je le répète, les signes sur lesquels je dus établir mon diagnostic ( il n’y avait aucun gonflement du membre).
« Le cas était nouveau pour moi ; il l’eût sans doute été pour bien d’autres ; car aucun des confrères des villes voisines auxquels j’en ai parlé, n’en ont rencontré de semblable, soit dans les hôpitaux, soit dans leur pratique. Cependant il fallait prendre un parti. Je n’hésitai pas; je préparai et appliquai de suite le bandage unissant des plaies en travers ; inutile de dire que le malade avait été préalablement mis au lit, le membre entouré inférieurement cl’un bandage roulé et placé sur des coussins gradués, de telle sorte que le pied et la jambe dépassaient beaucoup le niveau du tronc et de la tête. A ces moyens furent joints, dans les premiers jours, la diète absolue et des boissons tempérantes pour prévenir les accidents inflammatoires, qui heureusement ne se manifestèrent pas, grâce à l’heureuse constitution de M. L..., dont la patience admirable et la résignation à toute épreuve secondèrent puissamment mes efforts.
« Plusieurs pansements furent nécessaires, tant pour resserrer les bandes relâchées que pour modifier légèrement l’appareil et en renouveler quelques parties. Trois à quatre semaines environ après l’événement, je commençai à imprimer aux articulations de faibles mouvements, dont l’étendue fut successivement augmentée, pour prévenir l’ankylose qu’une longue immobilité eût pu produire sans cette précaution.
« Vers le 50e jour, le bandage unissant fut enlevé; mais je continuai l’usage du bandage circulaire que j’appliquai en 8 de chiffre autour du genou, et dont je lis remonter les doloires jusqu’à l’extrémité supérieure de la cuisse, dans le but de comprimer les muscles et d’en prévenir la contraction involontaire. Ce simple appareil fut continué jusqu’au 70e jour, bien qu’avant cette époque la réunion m’eût paru complètement opérée ; mais il fallait lui donner le temps de se consolider. Dès lors je laissai le membre libre de toute entrave, ne conservant que les coussins, dont je diminuai graduellement le nombre jusqu’à ce que je fusse arrivé à la position horizontale.
« Le 80e jour seulement je permis àM. L... de se lever. On le plaça dans un fauteuil ; bientôt il put marcher avec des béquilles. 11 ne tarda pas à y substituer l’aide d’un bras , puis un bâton. Vingt-un mois se sont écoulés depuis ce grave accident , et la cure est parfaite. M. L... marche aussi bien qu’auparavant ; il n’a éprouvé , pendant les premiers mois, d’autre inconvénient qu’un certain gonflement de la jambe: effet inévitable, mais passager, de l’inaction à laquelle le membre avait été si longtemps condamné. »
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Nous n'avons rien k dire sur le traitement au lit quatre-vingts jours. D’après ce que très-rationnel employé par M. Lacroix; si ce nous savons aujourd’hui de la réunion des os n’est que peut-être a-t-il poussé la prudence et des tendons, soixante jours sutfisent de un peu k l’excès, en retenant son malade reste pour une rupture de ce genre.
Obstétrique*
MÉMOIRE SUR LE SEXE DE L’ENFANT , COUSi-
dêré comme cause de difficulté et de danger dans la parturition ; par J, -Y. Simpson, professeur d'accouchements a l’Université d’Edimbourg.
La science doit déjà au professeur Simpson, d’Edimbourg, d’ingénieuses recherches sur plusieurs questions qu’il s’est efforcé d’éclairer par la statistique. Nous avons fait connaître cette année ( p. 57) le résultat des investigations par lesquelles il a renversé l’opinion accréditée depuis Hunter, sur la stérilité des femmes nées sœurs jumelles de garçons. Aujourd’hui Simpson établit sur des données précises une opinion assez généralement reçue, mais qui, pour prendre rang dans la science, avait besoin de la sanction des faits.
Le Mémoire de l’illustre accoucheur d’Edimbourg renferme quatre chapitres.
Il démontre dans le premier que les dangers et les difficultés de la parturition sont plus grands pour la mère dans le cas d’enfants mâles que dans le cas d’enfants du sexe féminin.
Il fait voir dans le second que les dangers et les accidents qui résultent de la parturition et de ses suites sont plus grands pour les garçons que pour les filles.
Il expose dans le troisième les causes qui rendent plus souvent dangereuse ou fatale k la mère et k l’enfant la naissance des enfants mâles.
Le quatrième est consacré k des déductions pratiques.
Pour arriver k la solution des questions qu’il s’était proposé de résoudre, Simpson s’est servi des tables que lui tournissait 1 ouvrage du docteur Collins, ancien Master (médecin-accoucheur en chef) de la Maternité de Dublin. Ces tables donnent le résultat statistique de plus de seize mille accouchements; parfaitement complètes sous tous les rapports, elles le sont surtout sous celui du sexe de l’enfant, qui importe particulièrement k l’éclaircissement de la question examinée dans ce Mémoire.
A l’aide de ces tables, Simpson établit une série de propositions, dont 1 exactitude, tondée sur des nombres imposants, ne saurait être contestée.
première proposition. Parmi les met es gui succombent eu accouchant ou aux suites immédiates de la parturition, un plus grand nombre avait donné naissance à des pat çous .
La statistique montre qu’en examinant la question sous ce point de vue, la proportion des garçons aux filles est comme 214 : 100.
deuxième proposition. — Les accouchements qui offrent des difficultés ou quelque complication morbide sont , en majorité, ceux dans lesquels l'enfant est du sexe masculin.
En comprenant ici les accouchements prolongés, les accouchements compliqués de convulsions ou de rupture de l’utérus, ceux enfin qui ont été suivis d’hémorragie ou de fièvres puerpérales , et faisant du tout une seule masse, on trouve que les garçons sont aux filles comme 165 : 100 troisième proposition — Les enfants mortnés de femmes qui succombent pendant le travail ou en couches sont plus souvent garçons que filles. Le contraire a lieu pour ceux qui naissent vivants.
Pour le premier terme de la proposition, nous trouvons les rapports suivants :
Garçons morts k garçons vivants , 95 : 100. Filles mortes k filles vivantes, 48:100.
Pour le deuxième terme:
Garçons vivants k garçons morts, 110 : 100. Filles vivantes k filles mortes, 226 : 100-
quatrième proposition. — Parmi les enfants mort-nés , il y a plus de garçons que de filles.
Ici' le rapport des garçons aux filles est : : 122 : 100.
cinquième proposition. — Les enfants qui meurent pendant le travail même de l’accouchement sont plus souvent du sexe masculin que du sexe féminin.
Ici sont écartés du calcul les enfants morts et déjà putréfiés, et Fon ne tient compte que de ceux qui succombent pendant la parturition même. La proportion des garçons mort-nés aux filles mort-nées est beaucoup plus forte ; elle est : : 151 : 100sixième proposition. — Parmi les enfants qui naissent vivants, il y a plus de garçons que de filles offrant quelque état morbide ou quelque lésion produite par le travail de l’accouchement.
Sur dix-sept enfants morts dans la première demi-heure qui avait suivi leur naissance, lés tables du docteur Collins signalent seize garçons et une seule fille.
septième proposition. — Plus de garçons que de filles meurent dans les premiers jours, les premiers mois et les premières années qui suivent la naissance ; la dispro-
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portion va en diminuant , et cesse après un certain espace de temps.
Cette proposition, est comme la précédente, appuyée sur les documents statistiques puisés d’une part dans l’ouvrage de Collins, où se trouve soigneusement noté le sexe de 139 enfants morts dans le cours de leur première semaine, et dans les tables dressées pour l’Angleterre en J 841, de la mortalité pendant les cinq premières années de la vie.
Passant à la recherche des causes qui rendent la mortalité plus grande chez les garçons que chez les filles, Simpson écarte d’abord l’hypothèse de Clarke, de Quetelet, de Graves qui attribuent cette mortalité plus grande au besoin, pour les enfants mâles, de matériaux nutritifs plus abondants et à l’impossibilité où se trouve souvent la mère de les fournir. C’est encore à l’aide de la statistique que l’auteur renverse cette opinion erronée et qu’il établit cette proposition nouvelle:
huitième proposition. — Parmi les enfants qui meurent dans l'utérus , avant le début du travail, il y a autant de filles que de garçons.
Sur 296 enfants à terme, nés morts et putréfiés, Simpson compte 148 garçons et 148 tilles.
Sur 293 enfants nés avant terme, morts et putréfiés, il trouve 146 garçons et 147 filles.
Si, au contraire, la différence est trèsgrande lorsqu’il s’agit d’enfants morts pendant le travail même, c’est que le volume des garçons est généralement plus considérable que celui des filles, et que cet excès se fait surtout remarquer dans les dimensions de la tête.
11 résulte des recherches de Clarke que la tête des enfants mâles, mesurée d’une oreille à l’autre en contournant le sommet, est de 2 lignes 5/7 (mes. anglaise) plus grande que celle des filles ; que la circonférence menée sur les extrémités du diamètre occipito-frontal a 4 lignes 2/3 de plus chez les enfants du sexe masculin; d’où il suit que le diamètre transverse de la tête a 1/8 de pouce de plus chez les garçons que chez les filles. Simpson, d’après ces données, établit qu’en surface, la tête des enfants mâles l’emporte d’un dixneuvième sur celle des filles.
Mais de si légères différences dans les dimensions sont-elles bien suffisantes pour expliquer de si notables différences dans les résultats ? Voilà ce qu’il s’agissait de démontrer. Plusieurs sortes de preuves sont fournies par Simpson.
Il établit d’abord qu’il ne saurait exister d’autre cause que celle qui vient d’être indiquée. Passant ensuite à des preuves positives, il démontre, toujours à l’aide de la statistique, que la proportion des garçons augmente à mesure que la parturition devient
plus difficile ; que cette proportion est plus forte dans les cas qui exigent l’application du forceps que dans les accouchements simplement prolongés, et plus forte encore dans les cas qui réclament l’emploi des crochets; que le contraire a lieu dès que l’obstacle à la parturition diminue, comme on peut s’en convaincre par la moindre proportion des garçons qui succombent pendant le travail dans le cas de naissance prématurée, relativement à la proportion de ceux qui meurent dans les accouchements à terme, etc.
Démontrant ensuite par les chiffres que les accidents qui compliquent la parturition après la naissance de l’enfant sont aussi fréquents dans le cas de filles que dans le cas de garçons, l’auteur fournit à la thèse qu’il soutient une preuve indirecte qu’il formule ainsi :
neuvième proposition. — Parmi les accidents qui peuvent compliquer le troisième temps du travail, un nombre égal s'observe dans les naissances de filles et dans les naissances de garçons.
Enfin l’auteur, considérant la différence qui existe, sous le rapport des difficultés et des dangers, malgré une très-petite différence dans la largeur des voies génitales, entre un premier accouchement et ceux qui le suivent, conclut, par analogie, que la trèspetite différence qui s’observe , suivant le sexe, dans le volume de la tête, suffit pour rendre la parturition plus longue, plus difficile, plus dangereuse dans les cas d’enfants mâles; les deux propositions suivantes sont, comme toutes celles qui précèdent, appuyées sur une masse considérable de faits.
dixième proposition.— Une première parturition est plus dangereuse pour la mère et l'enfant que les parturitions suivantes ; elle est aussi pour l'un et pour l'autre plus souvent fatale.
onzième proposition. — L' accouchement est généralement plus long quand l'enfant est du sexe masculin.
Or, cette plus longue durée est précisément la cause du danger que court l’enfant ; car elle a pour conséquence une longue compression de l’encéphale, plus volumineux, suivant Tiedmann, chez les garçons que chez les filles, et d’ailleurs si volumineux proportionnellement au reste du corps à la naissance et dans les premières années qui la suivent. Et quant aux mères, on conçoit que la longueur du travail a pour elles des conséquences non moins fâcheuses, non-seulement à cause des accidents de toute sorte qui peuvent en résulter, mais encore en raison des opérations diverses auxquelles l’impuissance de la nature oblige de recourir.
S’il peut résulter d’un très-léger excès dans le volume de la tête, de si fâcheuses conséquences, on comprend de quelle importance il
REVUE CRITIQUE
est que cette partie, lorsqu’elle se présente, s’engage dans la direction de ses plus petits diamètres ; jusqu’à quel point une légère déviation, lorsqu’elle persiste, peut être fâcheuse ; comment la simple réplétion du rectum et de la vessie peut ajouter aux difficultés par le rétrécissement qu’elle produit dans les voies génitales ; et quels avantages enfin on se procure par l’emploi des moyens propres à prévenir la congestion et la tuméfaction des parties molles qui tapissent le bassin, et à faciliter la dilatation des organes maternels.
Simpson se livre, en terminant , à quelques conjectures sur l’influence du sexe de l’enfant considéré d’une manière générale dans ses rapports avec la mortalité de la Grande-Bretagne ; et prenant pour base les
résultats fournis par la Maternité de Dublin et qui ont servi de fondement aux propositions précédentes, il établit que si 3,000 femmes meurent annuellement en travail ou des suites de la parturition , il y en a plus de 500 pour lesquelles cette fatale issue n’a d’autre cause que l’excès de volume propre au sexe masculin ; que cet excès de volume est également l’unique cause qui fait périr tous les ans le cinquième des enfants qui meurent en venant au monde, c’est-à-dire près de 1,500; enfin qu’on peut porter à 5,000 par an le nombre de ceux qui succombent dans le cours de leur première année, aux conséquences d’une parturition dont la longueur et les difficultés tenaient à la même cause. — Somme totale , 7,000 individus par an!!
PlÀai*m£ïColog;ie
DES CRAYONS DERMOGRAPHIQUES DE M. PYRLAS,
et de leur application au diagnostic des affections chirurgicales.
Il y a quelques mois, M. Piorry ayant signalé à sa clinique les inconvénients de l’encre et du nitrate d’argent, uniques ressources pour tracer sur les téguments les limites des organes étudiés par la plessimétrie, un jeune Grec, M. J. Pyrlas, imagina une composition dont l’empreinte pouvait résister à la transpiration et même au bain, et qui lui servait à confectionner des crayons dits démographiques. M. Piorry s’en servit avec succès; mais comme leur utilité paraissait restreinte à la pratique médicale, nous n’y avions pas arrêté notre attention. Tout récemment, M. Piorry vient d’en imaginer de nouvelles applications, qui promettent aux chirurgiens des ressources précieuses ; nous croyons donc faire une chose utile en en consignant ici les formules :
Première formule.
Axonge . 1 partie.
Térébenthine de Venise. 2
Cire . 3
Noir de fumée . q. s.
Faites fondre, agitez et malaxez avec une spatule, en ajoutant petit à petit le noir de fumée, jusqu’à consistance peu molle. Ensuite retirez le tout du feu, et agitez toujours jusqu’à refroidissement. Donnez à la masse la forme de crayons.
Pour enlever de la peau les lignes tracées par ces crayons, il suffit de les frotter légèrement avec un linge imbibé d’essence de térébenthine.
D’ailleurs, si Ton voulait avoir un crayon moins durable, et facile à effacer sans avoir recours à autre chose qu’à un simple frottement , on remplacerait la térébenthine par du savon commun, et l’on mettrait partie égale de cire.
chirait'gienle.
Enfin, si l’on désirait des crayons rouges, on remplacerait le noir de fumée par du cinabre ou du bioxyde de mercure (précipité rouge).
Cette première formule, avec ses variétés, ne laissait rien à désirer par une température froide ou seulement tempérée ; mais les crayons se ramollissaient trop facilement pendant les chaleurs. De là la formule suivante :
Deuxième formule.
Colophane . * 5 parties.
Stéarine . 4
Cire . . 2
Noir de fumée . q. s.
Faites fondre, agitez et malaxez avec une spatule, en y ajoutant peu à peu le noir de fumée jusqu’à consistance peu molle; ensuite versez dans des moules pour former les crayons, et laissez refroidir.
Voyons maintenant le nouveau parti que M. Piorry a tiré de ces crayons.
«Je soignais en ville, dit-il, une petite fille de 18 mois, atteinte d’une hypertrophie rachidienne partielle, probablement de nature tuberculeuse. Je désirais avoir le dessin exact du volume et de la configuration de la tumeur, afin de mieux apprécier les changements qui pourraient survenir sous l’influence du traitement. Or, en me servant de la plessimétrie pour limiter exactement les points où la matité ostéique cessait d’avoir lieu, je traçai une marque noire autour de la tumeur à 1 aide du crayon dermographique. Désirant conservei cette figure, il me vint l’idée toute simple d’appliquer à sa surface une feuille de papier blanc, et d’exercer des frictions sur ce papier; de cette façon, le crayon qui avait laissé des traces sur la peau, produisit aussi une empreinte noire sur le papier. L’image produite avait ici l’inconvénient d’être renversée, de sorte qu’il fallait regarder à contre-jour à travers le papier pour se former une idée juste
BULLETIN CLINIQUE
de la forme et des rapports de l’objet désiré. 11 me fut facile de remédier à cet inconvénient, d’abord en noircissant de nouveau avec le crayon dermographique la figure obtenue; puis en appliquant une nouvelle feuille de papier sur la première, et en y prenant enfin une nouvelle empreinte, j’eus un dessin exactement semblable à celui que j’avais obtenu sur la peau. Il devenait, dès lors, facile d’avoir autant d’exemplaires que je l’eusse voulu du dessin dont il s’agit. »
On comprend tout ce que ce procédé offre de ressources pour mesurer les organes intérieurs , à l’aide de la plessimétrie ; mais ceci regarde la médecine proprement dite. M. Piorry a signalé lui-même bon nombre de cas chirurgicaux où son utilité sera plus grande encore ; ainsi , par exemple :
« 1° Pour l’inspection et la palpation , il fournira les moyens de conserver un dessin exact de la circonscription de phlegmasies diverses, de douleurs cutanées, d’ulcérations, de tumeurs, etc.; de sorte qu’il est peu d’affections chirurgicales où cette organographie ne soit utile.
« 2° Pour l’orthopédie , elle servira à recueillir le dessin plessimétrique exact de la colonne vertébrale. Ce dessin servira de terme de comparaison pour apprécier les changements en bien comme en mal qui, plus tard,
pourront survenir dans la direction de Pépine. (Nous ajouterons ici que, sans qu’il soit besoin du plessimètre, il sera facile de noter la direction des épines vertébrales, des crêtes iliaques et des omoplates.)
« 3° Dans une foule de cas, cç moyen pourra servir à conserver un dessin, grossier sans doute, mais exact, des faits d’anatomie en rapport avec les organes sains et malades qu’on jugerait utile de conserver.
« 4° Enfin le chirurgien, dans la délimitation des tumeurs de diverses sortes, en marche croissante ou rétrograde, et dans beaucoup d’autres cas, pourrait tirer le plus grand parti de la dermographie reproduite sur le papier. »
On conçoit d’ailleurs que des esquisses de ce genre, envoyées à distance à un chirurgien consultant, lui donneront une idée bien plus exacte que toutes les descriptions du monde. Nous croyons donc qu’il y a là un moyen nouveau et précieux pour l’observation et pour le diagnostic. M. Piorry a proposé de le nommer organotypie ; peut-être celui ôé or g ano graphie qu’il a aussi employé et qui se rangerait ainsi à côté des dérivés analogues, géographie, typographie, serait-il à la fois plus exact et plus facile à retenir.
(Gazette des hôpitaux.)
BULLETIN CLINIQUE
OBSERVATION DE FRACTURE COMMINUTIVE DE la jambe avec paraplégie; par le docteur Roussilhe, chirurgien de l’hôpital de Castelnaudary.
Les cas de fractures des extrémités inférieures, compliquées de paraplégie, sont rares. M. Reynaud, chirurgien en chef de la marine à Toulon, en a rapporté un cas dans le numéro de septembre du Bulletin de thérapeutique. M. Malgaigne, en analysant ce fait, cite quatre cas analogues, dans trois desquels il n’y a pas eu consolidation de la fracture dans l’extrémité paralysée ; dans le quatrième , la guérison eut lieu en cinq semaines. Dans l’observation suivante, la formation du cal et la consolidation a eu lieu dans l’espace de temps ordinaire.
Obs.— M. Auguste T***, lieutenant au 25e régiment d’infanterie de ligne, âgé de 41 ans, entra à l’hôpital de Castelnaudary le 26 mars 1844. La veille au soir, dans un accès d’aliénation mentale, il s’était jeté du second étage dans la rue. La jambe gauche était le siège d’une fracture comminutive à son tiers inférieur, avec issue du fragment supérieur à travers la peau. Il y avait en même temps paralysie des extrémités inférieures, de la
vessie et de l’intestin rectum. Le malade avait été pansé en ville : on avait réséqué l’extrémité du fragment supérieur du tibia pour en favoriser la réduction.
Le 27, à notre visite, l’appareil appliqué la veille étant trop serré, il fut enlevé , et nous constatâmes l’état suivant. Plaie à la partie antérieure et interne de la jambe ; l’exploration de cette plaie nous permit de reconnaître une esquille d’os détachée qui fut extraite. La sensibilité et le mouvement étaient nuis dans les deux extrémités ; la vessie était distendue par l’urine qui sortait par regorgement. La jambe fut placée dans un appareil à fracture et arrosée avec l’eau froide; la vessie fut vidée par la sonde. Le malade fut saigné.
Le 2 avril, les accidents inflammatoires sont modérés, la suppuration est établie; paralysie dans le même état.
Le 15, un abcès se forme vers la malléole externe , il est ouvert avec le bistouri ; la vessie est toujours paralysée ainsi que ses extrémités inférieures.
Le 30, la suppuration, qui avait été trèsabondante, a beaucoup diminué ; il sort une esquille. La vessie commence à se vider naturellement ainsi que l’intestin; les jambes sont toujours dans le même état.
BIBLIOGRAPHIE
Le 25 mai, le cal est solide, on lève l’appareil; la vessie et l’intestin fonctionnent bien; la jambe droite a repris un peu de mouvement.
Le 1er juin, application de cautères à la région lombaire , qu’on a entretenus jusqu’à ce jour. Sous l’iïitluence de ce moyen et de l’usage de l’extrait alcoolique de noix vomique, de la brucine, de l’ergot de seigle, le malade a vu ses mouvements revenir graduellement; il remue très-bien les jambes quand il est couché , mais elles ne peuvent encore servir à la station.
On sait que les fractures comminutives demandent un temps beaucoup plus long pour leur consolidation que les fractures simples, Le pus qui baigne les extrémités de l’os fracturé nuit à la solidification du cal; dans ma pratique particulière, j’ai toujours vu que
le cal ne commençait à prendre de la consistance que lorsque le pus diminuait. Je me rappelle un homme de 66 ans qui reçut un coup de pied de cheval qui lui fractura le fémur ; le fragment supérieur sortait à travers la peau; il y eut une suppuration énorme pendant trois mois. À sa mort il n’y avait pas de trace de cal. Dans une fracture comminutive de la jambe, la suppuration fut aussi très-abondante ; on ne put lever l’appareil qu’après quatre mois. Sans nier l’influence du système nerveux sur la consolidation des fractures, nous pensons que, dans les fractures comminutives, c’est le pus qui baigne les fragments qui est la cause la plus fréquente de la non-consolidation.
En terminant, je ferai remarquer que depuis son accident M T*** n’a présenté aucun symptôme d’aliénation mentale.
Dr Roussllhe.
BIBLIOGRAPHIE
TRAITÉ DES MALADIES CHIRURGICALES et des
opérations qui leur conviennent , par
Bover; 5e édition, publiée par le baron
Philippe Boyer, chirurgien de l’hôpital
Saint-Louis , etc. — Tome Ier; xxiij —
858 pages (1).
Depuis quelques années, il se fait dans les études chirurgicales un mouvement qui ne saurait être méconnu ni passé sous silence. On apprécie sans doute à leur haute et légitime valeur les leçons des maîtres qui occupent la scène; mais on a compris que les leçons des maîtres qui ont vécu avant nous méritent aussi quelque attention ; que le génie et le talent, à quelque époque qu’ils aient apparu, demeurent toujours du talent et du génie; qu’on ne peut que gagner à étudier leurs œuvres, leurs idées, leurs méthodes;
Nocturnâ versare manu, vers are diurnû ,
et Paris seulement a vu s’élever successivement de véritables monuments littéraires consacrés à Hippocrate, à A. Paré, à J. Hunter. A côté de ces grands noms peut se placer sans trop d infériorité celui de Boyer ; et c’est avec une vive satisfaction que nous annonçons la nouvelle édition de ses œuvres chirurgicales.
Nous attendrons que l’ouvrage entier ait été publié pour lui consacrer un article plus
(1) Cette édition aura 6 volumes, de 800 pages chacun, un volume tous les trois mois. Prix pour les souscripteurs : 8 fr. le volume ; pour les personnes qui n’auraient pas souscrit avant la mise en vente du troisième volume, ce prix sera élevé à 9 fr. — Chez Labé, éditeur, place de l’Ecole-de-Médecine , n°l.
étendu ; pour jeter un coup-Tœil impartial sur les qualités et les défauts peut-être qui lui ont donné une si grande influence sur la chirurgie contemporaine ; et, autant qu’il nous sera possible, pour apprécier l’auteur et le livre en regard de ceux qui avaient précédé comme de ceux qui ont suivi. Qu’il nous suffise de répéter pour le moment, ce qui est certes dans la pensée de tout le monde, que nulle bibliothèque de chirurgie ne peut se passer du grand Traité de Boyer; et ajoutons seulement quelques mots sur la manière dont le nouvel éditeur a compris son œuvre.
C’est M. Ph. Boyer qui s’est donné la mission filiale d’annoter et de compléter l’ouvrage de son père; et nous ne pouvons que donner notre entier assentiment à la manière dont il l’a comprise. Respecter avant tout le texte, et cependant combler les lacunes de manière à offrir encore aux praticiens et aux élèves le guide le plus sûr qu’ils aient eu jusqu’à présent , telle est la règle générale qu’il s’est imposée. Pour cela, tantôt il a ajouté de courtes notes au bas des pages; d’autres fois, lorsque les additions devaient être plus longues, il les a placées après le texte en les marquant d’un signe particulier. Peut-être eût-il encore été mieux de les imprimer en caractères différents ; mais après tout le lecteur n’aura pas à se plaindre si la valeur des intercalations les lui fait confondre avec le texte même. Ces additions sont fort nombreuses dans le premier volume ; M. Ph. Boyer y a mis 'un Traité d’hygiène qui n’a peut-être pas une couleur assez chirurgicale ; puis deux petits traités sur la Pathologie et la Thérapeutique générales; après quoi viennent enfin les maladies chirurgicales.
NOUVELLES ET VARIÉTÉS
L’ordre général de Boyer a été conservé ; il débute comme on sait par les affections communes à tous les tissus; passe ensuite à celles de chaque tissu en particulier, et enlin à celles des régions et des organes. Après avoir établi un ordre si lumineux et si complet, l’auteur n’avait pas su s’y conformer toujours; quelques transpositions auraient suffi pour rétablir la régularité ; M. Ph. Boyer n’a pas osé se les permettre. Nous l’en eussions volontiers absous pour notre part;
cependant ce respect pour son auteur, même dans quelques imperfections, ne nous déplaît point; et nous préférons de beaucoup en pareille matière l’excès de réserve à la licence. L’ouvrage sera complet en six volumes ; cette fois l’éditeur ne fait qu’accomplir le désir de Boyer lui-même.
Disons enfin, ce qui n’est pas indifférent, que la beauté matérielle de cette édition la ferait seule préférer aux précédentes ; et que le premier volume est orné d’un portrait de l’auteur.
NOUVELLES ET VARIÉTÉS
L’abondance des matières nous oblige à remettre au prochain numéro le compte-rendu des séances ordinaires des deux Academies, qui n ont offert d’ailleurs qu’un médiocre intérêt. Disons seulement que M. Moreau a présenté à l’Académie de médecine, le 8 octobre, un enfant atteint d’hydro-encéphalocèle. Une courte discussion, élevée à ce sujet, a été reprise dans les séances suivantes ; nous avons rapporté l’observation détaillée ci-devant page 533.