‹ Journal de chirurgieChapitre 104 sur 113 · NEUCOURT. — FRACTURES DE LA MACHOIRE INFÉRIEURE · texte numérisé non relu

NEUCOURT. — FRACTURES DE LA MACHOIRE INFÉRIEURE

Le malade étant couché sur le côté droit, le membre pelvien gauche fléchi, afin de donner tout son relief à 1 ’abcès, avec un bistouri aigu je fis, à plat, une ponction à la partie la plus déclive, tout à fait sur le pourtour encore légèrement induré du foyer. Il s’échappa un filet de pus toujours mal lié; par cette ouverture j’introduisis un bistouri à lame fort étroite, à pointe mousse, garni de linge dans son tiers inférieur, afin de ne pas hacher la plaie d’entrée dans ses diverses évolutions; et tournant successivement le tranchant vers la paroi fessière et vers la paroi cutanée, je fis sur chacune trois scarifications convergeant vers l’ouverture par une de leurs extrémités comme les nervures d’une patte d’oie. L’instrument fut ensuite retiré, et le foyer bien débarrassé du mélange de pus, de mucosités et de sang qu’il contenait, à l’aide d’une forte pression exercée méthodiquement avec la main, avant l’ablation de laquelle l’ouverture lut couverte d’une mouche de diachylon, pour éviter l’introduction de l’air. Je prescrivis des fomentations froides sur la région, un bandage légèrement compressif, et le repos absolu. Pendant trois jours, même pansement ; pas de fièvre ; il ne sort rien du foyer ; la petite plaie d’entrée a seule donné quelques gouttes de pus. Le troisième jour, le malade était entièrement guéri. Un épanchement de lymphe plastique s’était fait dans 1 intérieur du foyer; et, sous l’influence de cette inflammation adhésive, le recollement s était opéré. Il y avait même eu résorption des matériaux en excès et inutiles à la consolidation de la cicatrice; car au toucher qu’on pouvait exercer largement, protondément et sans causer de douleur, on ne trouvait aucune trace d’induration ni d’engorgement, et cela au huitième jour de l’opération.

Je livre ce procédé thérapeutique, appuyé d’une observation exacte et authentique, à l’appréciation des praticiens. Un seul fait ne suffit pas sans doute pour tirer des conclusions bien étendues ; cependant je crois pouvoir émettre cette idée qui se rattache à un de mes opuscules précédents, que, de même que je l’ai obtenue pour une muqueuse accidentelle, on pourra obtenir la cicatrisation adhésive des muqueuses entre elles, si l’on prend le soin d’en détruire l’épithélium, qui s’oppose essentiellement à cette adhesion; et l’on y parviendra facilement à l’aide des scarifications. J’ai déjà formulé cette opinion en 1837, dans ma thèse inaugurale, à l’article intitulé : d ’un autre mode de suture transversale des intestins ; mais je ne pouvais, comme aujourd’hui, affirmer; car, à cette époque, je n’avais eu aucune occasion de 1 expérimentei sur l’homme, et d’en conclure d’après un fait d’analogie.

Observations «le fracture de la mâchoire inférieure, suivies

de remarques ; par M. ï\ HœiJCJOiJirr, D.-M.-P., ancien interne des hôpitaux de Paris, membre de la Société anatomique et de la Société médicale d’observation .

L’histoire des fractures de la mâchoire inférieure est traitée d’une manière à peu près uniforme par les auteurs, et tout le monde paraît d’accord sur la manière dont elles se comportent. Les observations que je vais rapporter, présentant certains points en opposition avec les idées généralement admises, m’ont paru mériter quelque attention.

Les particularités sur lesquelles je veux surtout insister sont les suivantes : Dans mon premier cas, lorsqu’ on faisait abaisser la mâchoire, l’intervalle entre les fragments disparaissait ; il se reproduisait lorsqu’on rapprochait la mâchoire inférieure de la supérieure; et ces mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement développaient delà douleur. De plus, on produisait un écartement notable des deux fragments en pressant simultanément 'sur l’angle de la mâchoire des deux côtés. Si, au contraire, on maintenait les fragments rapprochés par la pression des doigts sur les dents, de chaque côté de la fracture, l’écartement n’avait plus lieu dans les mouvements d’élévation et d’abaissement qui se faisaient alors sans douleur. Cette fracture était simple et située à la partie antérieure. Dans un autre cas où il y avait fracture double, les mêmes mouvements dé-

360 TRAVAUX ORIGINAUX

terminaient un écartement, mais beaucoup moins prononcé : du reste, le désordre des parties permettait difficilement un examen attentif.

A part ces circonstances sur lesquelles je reviendrai , l’histoire de ces deux malades montrera combien le traitement offre quelquefois de difficulté, et comment il faut savoir saisir et satisfaire des indications fort diverses.

Obs. I. — Fracture simple du corps de la mâchoire; — manière particulière dont les fragments se comportent entre eux ; — indications et contre-indications qu’on en tire pour le

traitement ; — contention de la fracture a l'aide d’un fil d’or guérison.

Àndrand (Jean), âgé de 24 ans, serrurier, entré à l’hôpital Necker, le 11 juillet 1844, couché au n° 4, salle Saint-Pierre.

Ce jeune homme, d’une forte constitution, bien portant d’habitude, dit avoir été attaqué dans la rue quatre jours avant son entrée à l’hôpital. Il perdit connaissance au premier coup qui fut donné sur la tête; on le porta chez lui, et on reconnut une plaie contuse au-dessus du sourcil gauche, et, de plus, une fracture de la mâchoire inférieure.

Le chirurgien qu’il fit appeler lui appliqua des sangsues et des cataplasmes, et lui conseilla d’entrer à l’hôpital, ce qu’il fit aussitôt.

Entré le 11 juillet, il est dans l’état suivant: bon état général, appétit, sommeil la nuit. A la partie externe de l’arcade sourcilière du côté gauche, on remarque une plaie déchirée et contuse, large comme une pièce de dix sous, et qui ne pénètre pas jusqu’à l’os. Il y a autour une rougeur très-vive avec gonflement étendu jusqu’à la paupière supérieure, de façon que l’œil est constamment fermé ; du reste, peu de douleur. Le long de la mâchoire inférieure, dans toute l’étendue du corps de l’os, mais surtout en avant, douleur vive exaspérée par la pression, par les mouvements de la mâchoire, lorsque le malade parle, mange ou avale sa salive. Pendant les trois ou quatre premiers jours, la quantité de salive a été plus abondante que d’habitude, mais d’une manière qui a à peine fixé l’attention du malade. Le premier jour et le lendemain de l’accident, il a craché beaucoup de sang.

On ne remarque ni plaie, ni contusion à l’extérieur de la mâchoire ; le malade avait perdu connaissance aussitôt après avoir reçu le premier coup, celui du sourcil , de sorte qu’il ne peut savoir comment il a été frappé.

Cet homme n’a jamais eu ni fracture, ni luxation delà mâchoire; la conformation du visage est normale ; le menton est long et se termine un peu en pointe.

Lorsqu’on examine l’intérieur de la bouche, on remarque que les deux incisives antérieures et inférieures sont déchaussées, mais cela paraît être l’état normal de ces dents; du reste, les gencives sont saines, sans teinte rouge ni violacée, sans gonflement. Toutes les dents existent, et les incisives sont très-serrées entre elles.

Entre la première et la deuxième incisives du côté droit, on remarque une solution de continuité dirigée perpendiculairement à l’os,' sans altération de la gencive qui la recouvre. Les dents du fragment droit sont élevées de 2 millimètres environ au-dessus de celle du fragment gauche; on peut facilement rétablir le niveau par les manœuvres convenables, et on produit alors une crépitation manifeste; mais aussitôt qu’on abandonne les fragments, ils se déplacent comme auparavant.

M. Chassaignac, qui faisait alors le service, fixa mon attention sur le phénomène suivant: en faisant abaisser la mâchoire, les fragments se rapprochent, et on distingue à peine la fracture ; tandis que si on la fait élever en la rapprochant de la supérieure, à mesure que la mâchoire s’élève, on voit les fragments s’écarter: l’écartement peut acquérir près de 2 millimètres d’étendue. Le défaut de niveau entre les fragments persiste dans toutes les positions. La deuxième incisive droite présente une assez notable mobilité dans son alvéole; les autres sont saines.

Ces mouvements alternatifs d’élévation et d’abaissement déterminent de la douleur ; mais lorsqu’on les fait exécuter après avoir fixé les deux fragments l’un contre l’autre en appuyant sur les dents au moyen des doigts, l’écartement n’a plus lieu, et la douleur cesse.

Si on presse avec les doigts sur l’angle de la mâchoire de chaque côté, on produit aussitôt l’écartement des fragments.

La douleur était si vive dans les premiers jours, que le malade n’osait remuer la mâchoire. Six jours après elle était moindre.

Le chevestre appliqué ne remplissant nullement l’indication, c’est-à-dire le rapprochement

Page 1