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PARACENTÈSE DU PÉRICARDE PRATIQUÉE DEUX FOIS SUR LE MÊME SUJET

La paracentèse du péricarde est une de ces opérations dont il est beaucoup plus parlé dans les livres que dans la pratique ; et dans le petit nombre d’essais qui ont été tentés jusqu’à présent, il reste même quelque doute si véritablement l’opérateur est arrivé dans le péricarde. Ce scepticisme ne nous paraît guère pouvoir atteindre le fait qu’on va lire ; il est à~ regretter cependant qu’à l’autopsie on n’ait pas cherché à reconnaître les traces du trocar. Au reste , nous reproduisons cette observation plutôt comme une chose rare et curieuse que comme un exemple à suivre ; et nous croyons que de pareilles tentatives ne peuvent jamais que compromettre l’art.

Un jeune homme, âgé de 19 ans, fut pris d’une douleur aiguë au côté droit de la poitrine , avec dyspnée considérable, et les autres signes de la pneumonie. L’affection datait déjà de quelque temps lorsqu’il fut admis à l’hôpital de Vienne; la période d’acuité était passée, et avait fait place aux signes d’un épanchement dans le thorax.

La face était bouffie, œdémaciée, et exprimait une grande anxiété ; la respiration était courte, précipitée, bruyante; il y avait un hoquet-fréquent qui excitait dans le côté gauche une douleur pongitive; la veine jugulaire gauche était très-gonflée, etc. A la percussion, toute l’étendue de la région sternale rendait un son très-sourd ; sous la clavicule gauche, au contraire, et le long de l’épaule

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correspondante jusqu’à l’aisselle , le son était clair ; et il redevenait sourd dans la région latérale. Du côté droit la résonnance était normale, excepté dans la région latérale à partir de la 4e côte. Le foie s’étendait au moins à deux travers de doigt au-dessus du rebord des fausses côtes. L’impulsion du cœur était très-faible et ses bruits très-indistincts. On entendait un fort murmure respiratoire (le bruit d’expiration était extraordinairement bruyant) dans toute l’étendue du côté gauche, excepté dans la région cardiaque ; il se retrouvait semblablement en haut du côté droit : plus bas il était à peine perceptible. Le pouls était rapide, petit, irrégulier; les urines rares et foncées en couleur. Le malade se plaignait d’un sentiment continuel de pression à l’épigastre, particulièrement lorsqu’il se couchait sur le côté gauche; une forte pression sur la région du cœur y suscitait une douleur aiguë.

Le diagnostic fut ainsi établi : épanchement considérable dans le péricarde, suite d’une péricardite; déterminant la compression du lobe inférieur du poumon ; — de plus, légère exsudation dans la plèvre droite, avec une infiltration du parenchyme pulmonaire, résultat d’une pneumonie ; — et enfin un catarrhe bronchique général.

Comme il était aussi survenu dans un espace de peu de jours des symptômes d’un épanchement dans le péritoine, on se résolut à recourir sans retard à la paracentèse du péricarde.

La ponction fut faite le 5 août dans le cinquième espace intercostal, à deux pouces environ de l’extrémité gauche du sternum, à un pouce environ au-dessous de la mamelle, afin d’éviter plus sûrement la lésion de la mammaire interne ou d’autres vaisseaux notables. De prime abord, il ne s’écoula par la canule qu’une petite quantité d'un liquide rougeâtre ; mais en employant avec ménagement la compression, on en lit bien sortir trois livres. Le malade ressentit un grand soulagement; et le double bruit du cœur aussi bien que le bruit de frottement furent entendus bien plus distinctement immédiatement après. Le lendemain il apparut des symptômes d’inflammation du lobe inférieur du poumon gauche , qui rendirent la saignée nécessaire. Pendant plusieurs jours consécutifs, il se fit un accroissement manifeste de l’épanchement péricardique. On eut recours à la digitale et à l’iode, en même temps qu’on pratiquait des frictions mercurielles.

Gomme l’affection faisait manifestement des progrès, une deuxième ponction fut pratiquée le 22 août ; mais cètte fois il ne sortit pas plus de trois quarts de livre de liquide. Il survint derechef une attaque de pneumonie, que l’on réprima heureusement sans

beaucoup de difficulté. L’état du malade parut s’améliorer jusqu’au 4 du mois suivant; mais alors l’hydropisie du péricarde et celle du péritoine prirent un accroissement rapide, et la mort arriva le 12.

Autopsie. — Des adhérences de la plèvre droite, et un épanchement considérable dans les deux cavités pleurales; le côté gauche contenait entre 8 et 9 livres de liquide , et il y en avait environ 5 livres du côté droit; les deux poumons étaient comprimés et aplatis contre la colonne vertébrale , et offraient en plusieurs points des dépôts tuberculeux. — Le péricarde adhérait au cœur dans une grande étendue de sa surface antérieure, et contenait dans sa cavité plusieurs onces de liquide. — Le cœur lui-même était large et flasque; ses cavités, particulièrement celle du côté droit, étaient considérablement dilatées et remplies de sang coagulé. — Il y avait de 15 à 16 livres de sérosité dans le péritoine; cette membrane était un peu épaissie en plusieurs points. Le foie était hypertrophié, dense, et d’une couleur brun-rougeâtre.

( Schmidt’s J ahrbucher .)

NOUVEAU PROCEDE D’AMPUTATION PARTIELLE DU PIED, par M. Jobert.

Nous empruntons les détails qui vont suivre à un mémoire lu par M. Laborie, à l’Académie de médecine, le 4 juillet 1843, et publié depuis dans les Annales de la chirurgie.

« Madeleine Pley, âgée de 19 ans, entra, en novembre 1840, à l’hôpital Saint-Louis, pour une pneumonie très-grave, compliquée d’une rougeole qui rendit la convalescence longue et pénible; elle dut garder le lit pendant 6 mois ; et après ce temps , elle commençait à peine à pouvoir sortir dans les cours de Thôpital, lorsqu’elle s’aperçut que le pied droit offrait un empâtement, bientôt suivi d’un abcès qu’il fallut ouvrir et qui ne se ferma plus. Les os étaient évidemment altérés; on la fit passer, en septembre 1841, dans le service de M. Jobert.

« Le pied» offrait une forte tuméfaction, siégeant surtout au niveau des articulations des cunéiformes avec les trois premiers métatarsiens. Plusieurs trajets fistuleux existant en ce point permettaient, à l’aide d’un stylet, de pénétrer sur les os qui étaient gonflés et laissaient pénétrer l’instrument explorateur ; les articulations cunéo-métatarsiennes étaient évidemment altérées ; on pouvait faire pénétrer l’instrument entre les surfaces articulaires. L’altération paraissait limitée à ces os seulement ; quant à l’articulation, cuboïdo-métatarsienne, elle paraissait saine.

« En conséquence, M. Jobert, en suivant les inspirations du moment, amputa les deux der-

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niers métatarsiens et les trois cunéiformes, laissant en place le scaphoïde et le cuboïde , qui étaient tout à fait sains.

« Aucun accident ne survint, la réunion fut obtenue par première intention en dedans, mais en dehors elle ne se fit pas ; ce ne fut que bien lentement que la cicatrice devint plus étendue; il resta toujours en dehors une petite fistule ovalaire; un stylet introduit en ce point pénétrait jusqu’aux surfaces osseuses; en pressant sous le pied, on faisait sortir une sérosité filante; du reste, toute douleur avait disparu.

« Quoique la malade n’eût pas marché depuis son opération, et qu’elle fût constamment restée couchée, la jambe dans l’extension; lorsqu’elle quitta l’hôpital, dix mois environ après l’opération, son pied s’appliquait parfaitement sur le sol; il n’existait aucune contraction; le talon n’était pas maintenu élevé. «

M. Laborie ajoute que la marche était facile; car la malade a pu venir plusieurs fois h l’hôpital, sans fatigue , pour montrer son pied; il est vrai qu’il ne note pas de quelle distance. Et enfin il croit pouvoir attribuer le défaut de cicatrisation complète à une véritable fistule synoviale d’une gaine tendineuse.

L’opération que M. Jobert n’avait faite que sous l’inspiration du moment, M. Laborie a cherché à la régulariser. Nous ne reproduirons pas sa description ; d’abord, la désarticulation des deux derniers métatarsiens ne se fait pas autrement que dans l’amputation tarsométatarsienne; quant au reste de l’opération, l’auteur conseille d’abord de poser le pouce ou l’index gauche, selon le pied sur lequel on opère, sur la saillie interne du scaphoïde ; de faire aboutir à ce point l’extrémité interne de l’incision dorsale ; puis d’attaquer l’articulation du scaphoïde avec les trois cunéiformes, et en dernier lieu celle du troisième cunéiforme avec le cuboïde. Ici, seulement, il y a autre chose à couper que les ligaments dorsaux; pour détruire le ligament interosseux, on se servira du procédé indiqué par M. Lisfranc pour détruire la mortaise du deuxième métatarsien; c’est-à-dire qu’on plongera le couteau, le tranchant en haut et en avant, et le faisant agir dans la direction d’une ligne qui, partant du milieu de V extrémité inférieure du tibia, viendrait tomber sur le cinquième métatarsien au point de réunion du tiers moyen avec le tiers inférieur. La division des ligaments plantaires et la taille du lambeau comme dans les autres amputations.

Nous sommes grandement d’avis , d’une manière générale, de conserver au pied le plus de longueur possible ; et c’çst là aussi la conclusion la plus directe du mémoire de

M. Laborie, que nous allons examiner dans l’article suivant.

SUR LA. VALEUR RELATIVE DES AMPUTATIONS PARTIELLES DU PIED, par M. LABORIE.

Nous attacherons une certaine importance à la critique de ce travail, d’abord à cause de l’intérêt réel qu’il présente, mais surtout à raison de l’idée philosophique qui a présidé à sa composition, et qui nous paraît mauvaise et dangereuse. Il est donc d’autant plus urgent de la discuter et de la combattre sérieusement que , si elle a fait quelque peu dévier du droit chemin un excellent esprit comme M. Laborie, elle est de nature à en égarer bien d’autres.

Dans le dessein de traiter son sujet aussi largement que possible, M. Laborie annonce qu’il a voulu étudier anatomiquement, physiologiquement et pratiquement la valeur des diverses amputations partielles du pied, et, par suite, s’efforcer de remédier à ce qu’elles pouvaient présenter de vicieux. C’est un beau dessein, et qui, exposé ainsi d’une manière générale, ne peut qu’être approuvé par tout le monde. Mais, dans l’exécution, M. Laborie s’attache d’abord à comparer les conditions anatomiques de chaque sorte d’amputation, pour en déduire des corollaires physiologiques, et plus tard des conséquences pratiques; après quoi il a cru devoir, comme complément de son mémoire, rapporter quelques observations dans lesquelles les accidents qui ont suivi l’amputation de Ghopart ont été pour les malades une source de longues infirmités. Ainsi, comme on le voit, les observations, c’est-à-dire les seuls faits pertinents, la véritable base pratique, ne viennent là que comme un complément ; et la chose essentielle et capitale pour l’auteur a été l’étude anatomique. Qu’il nous permette de lui dire qu’il a fini par où il aurait dû commencer; que toute sa discussion anatomique tombe à côté de la question , et ne prouve rien de ce qu’il prétend prouver ; et que tout le rôle de l’anatomie en pareille affaire devait être d’arriver comme complément, pour expliquer , si elle le peut, les conséquences renfermées dans les faits pratiques. Reprenons donc son mémoire dans l’ordre logique qu’il aurait dû suivre, c’est-à-dire en mettant d’abord en avant les observations.

Ces observations sont au nombre de six; quatre pour l’amputation de Chopart, une pour celle de M. Lisfranc, une pour celle de M. Jobert. Tout d’abord on dira que c’est bien peu , et l’on ne comprendrait guère comment l’auteur ayant pu, comme il le dit, en réunir davantage, s’est contenté de ce petit nombre, si nous ne savions qu’il regardait la question comme jugée d’avance par l’ana-

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tomie. Les faits qu’il rapporte sont du moins très-curieux; en voici l’analyse succincte.

Amputation de Chopart. — Obs. lre. — Une femme de 59 ans se fait une entorse ; les os s’affectent; après trois ans de souffrances, elle entre dans le service de M. Miclion, qui pratique l’amputation de Chopart. La cicatrice se fit assez promptement ; « cependant la malade ne put jamais, depuis, se servir de son membre ; quand elle marchait, elle éprouvait de vives douleurs dans le pied, douleurs qu’elle rapportait à la cicatrice. » Au bout de 7 mois, un abcès s’ouvrit au niveau de cette cicatrice ; ne se ferma point, et deux ans et demi après, la malade venait se confier aux soins de M. Jobert. Alors la cicatrice, ouverte en dehors, donnait passage à des fongosités de mauvaise nature, et le stylet arrivait sur le calcanéum ramolli. En outre, le pied était fortement porté dans l’extension , le talon élevé, le tendon d’Achille rétracté et tendu sous la peau ; de telle sorte que, si la malade essayait démarcher, elle ne pouvait poser sur le sol que par la partie antérieure du calcanéum, ce qui donnait lieu à des douleurs si intolérables que le repos absolu était devenu forcé.

M. Jobert commença par réséquer la portion altérée du calcanéum, et 15 jours plus tard, il fit la section du tendon d’Achille, après quoi le pied fut ramené et maintenu dans la flexion par un bandage approprié. En deux mois et demi, la cicatrice était complète.

« Depuis, ajoute M. Laborie, nous avons vu plusieurs fois la femme Poncet. La cicatrice se maintient parfaite, très-régulière. Lorsque la malade pose son pied sur le sol pour marcher , le talon reste encore un peu élevé, de telle sorte que la marche est toujours embarrassée ; mais avec une bottine convenable, on pourrait, en partie, remédier à ces inconvénients. Du reste, la santé générale est devenue parfaite ; la malade a pris de l’embonpoint ; elle vient facilement à l’hôpital, à pied, pour consulter. On a, en un mot, remédié autant que possible aux accidents inhérents à l’amputation de Chopart, telle qu’on la pratique ordinairement. »

Obs. II. — Lalande, cordonnier, avait reçu, h l’àge de 2“ ans, un coup de fléau sur le bout du pied gauche, d’où était résultée une altération des phalanges des deux premiers orteils. On lui amputa ces deux orteils à la Charité. ; mais la cicatrice ne se faisant point, on lui proposa une nouvelle amputation, qu’il refusa. Cependant, le mal faisant des progrès, il fallut bien s’y décider, et l’amputation de Chopart fut pratiquée par M. Blandin, à l’Hôtel- Dieu. La cicatrisation fut longue, car le ma¬

lade ne sortit de l’Hôtel-Dieu qu’au bout de 19 mois, le 21 février 1842.

« A cette époque, la guérison paraissait parfaite ; mais à peine Lalande eut-il commencé à se servir de son membre, que les muscles du mollet , agissant sur le pied, le tirèrent fortement dans l’extension. Il en résulta un vif tiraillement de la cicatrice, et ensuite sa déchirure. La marche devint tout à fait impossible. Ce fut alors que Lalande se présenta à l’hôpital Saint-Louis.

& L’état du membre était fort remarquable; le calcanéum, tiré en arrière par les muscles de la partie postérieure de la jambe, restait constamment dans cette position. La cicatrice se trouvait directement en bas et déchirée en plusieurs points; le moignon était d’un rouge livide, le moindre attouchement provoquait de violentes douleurs; du reste, en aucun point, à l’aide du stylet, on n’arrivait sur les os. La santé du malade était altérée par les souffrances , il désirait se faire amputer la jambe ; mais M. Jobert voulut d’abord recourir, pour remédier aux accidents, à la section du tendon d’Achille.

« Cette opération eut tout le succès désirable. Le pied fut ramené à une flexion convenable, et peu à peu les ulcérations développées sur le moignon se cicatrisèrent. Après deux mois de séjour, Lalande put quitter l’hôpital en assez bon état ; mais ce mieux ne persista pas, et trois mois après il y eut récidive de la contraction des muscles du mollet; nouvelle déchirure de la cicatrice. »

Arrivé à ce point, le malheureux malade se mit entre les mains de charlatans ; le mal s’aggrava, les os s’altérèrent; il rentra à l’Hôtel-Dieu, le 2 février 1845, et succomba avant toute opération, le 9 mars suivant,' à une phthisie pulmonaire. L’autopsie montra le calcanéum et l’astragale affectés de carie, et des excavations tuberculeuses dans les poumons.

Les deux faits suivants ont été communiqués par M. Robert.

Obs. III. — Potard, commis, avait subi en 1858, à l’âge de 50 ans, l’amputation de Chopart pour une carie des os du pied, à l’hôpital de la Charité. Rien de remarquable après l’opération ; seulement , vers le 40e ou 50e jour , lorsque la cicatrisation était presque complète, on s’aperçut que le talon fuyait en arrière. Un bandage fut inutilement appliqué en vue de combattre ce renversement qui, plus tard, empêcha complètement la marche.

Deux ans après, Potard revint à la Charité, où M. Yelpeau'lui coupa le tendon d’Achille, et maintint le pied dans sa rectitude à l’aide d’un bandage dextriné. Il quitta l’hôpital , guéri en apparence; mais quelques mois après, mêmes accidents ; la marche, d’abord diffi-

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cile, devint douloureuse et enfin impossible. Le malade s’en vint donc, un an après la première ténotomie , se faire derechef couper le tendon d’Achille, à Saint-Louis, par M. Nélaton. Nouvelle guérison; puis, après quelques mois, nouvelle récidive; et enfin, désespéré, le 15 janvier 1842 Potard entrait à Beaujon dans le service de M. Robert , décidé à subir l’amputation de la jambe.

« Le moignon résultant de U amputation était fortement dévié en arrière. A chaque pas, le poids du corps pesait sur la cicatrice ; et les ligaments antérieurs de V articulation tibiotarsienne supportant le poids du corps, le pied se portait encore plus en arrière. Il en résultait nécessairement un tiraillement de la cicatrice , qui déterminait d’intolérables douleurs. Une ulcération existait au centre de la cicatrice. »

Se refusant au désir du malade, M. Robert tenta, pour la troisième fois, la ténotomie; et bien que le résultat fût moins marqué que dans les ténotomies ordinaires , on obtint néanmoins, sans aucun appareil, un redressement presque complet du pied. Chaque jour aussi, aussitôt que la piqûre de la peau fut cicatrisée, M. Robert eut soin d’exercer une forte traction du pied dans le sens de la flexion , pour empêcher la réunion du tendon et en maintenir les deux bouts écartés. Cette manœuvre fut répétée durant trois semaines; on fit faire ensuite une bottine mécanique, qui retint le pied dans une flexion convenable. Le malade s’exerça peu à peu avec cette bottine, et sortit un mois après, marchant avec facilité. Malheureusement il a été perdu de vue , et son histoire s’arrête a sa sortie de l’hôpital.

Obs. IV. — Tallemant , âgé de 52 ans, entra en juillet 1841 à l’hôpital Beaujon , pour un écrasement du pied droit , et dans un état tel que M. Robert crut devoir immédiatement pratiquer l’amputation de Chopart.

« Tout se passa bien après cette opération pendant trois semaines, et à cette époque survint un érysipèle qui gagna la moitié inférieure de la jambe. Deux abcès se formèrent en arrière et en bas du membre dans le voisinage du tendon d’Achille ; et peu à peu, soit par suite de l’inflammation, soit par toute autre cause, commença la rétraction des muscles jumeaux et soléaire. L’état du membre ne permit pas de remédier à cet accident par l’application d’un appareil approprié. Trois mois après l’opération, le malade débilité* quitta L’hôpital pour aller se rétablir à la campagne. Le moignon était cicatrisé ; mais dès ce moment la contracture était si forte que la marche ne s’effectuait qu’à grand’peine ; le talon ne pouvait poser sur le sol. , ,

« Le 1er février , Tallemant revint a l’hôpital. A cette époque la marche était tout à fait impossible, le pied se trouvant fortement renversé en arrière; tout le poids portait presque directement sur le bout du moignon, et il en résultait d’atroces douleurs et des tiraillements qui menaçaient de rompre la cicatrice.

« En examinant les cicatrices des abcès, on reconnaissait que des adhérences s’étaient établies entre les joints du tendon {sic), et peut-être entre le tendon lui-même et le tissu cellulaire sous-cutané. Avant de pratiquer la ténotomie, qui déjà parce motif semblait présenter des conditions désavantageuses, M. Robert crut devoir tenter le redressement du moignon au moyen d’un appareil mécanique qui fut très-habilement construit par M. Pissot ; il consistait en une branche de levier qui par une de ses extrémités prenait point d’appui au haut et en arrière de la jambe, et qui, retenue fortement contre la partie moyenne de la jambe, repoussait le talon en avant. 11 y eut de l’amélioration , mais le redressement ne fut pas obtenu complet. Le 10 mars , le chirurgien se décida à pratiquer la section du tendon d’Achille; le même appareil fut maintenu après cette opération qui détermina immédiatement un redressement complet. Le 4e jour un érysipèle força d’enlever l’appareil que l’on put réappliquer ; au 15e jour nouvel érysipèle, nouvelle suppression de l’appareil, qui put être définitivement rétabli au 25e jour et maintenu longtemps. Aussitôt que la jambe restait libre, le talon se portait en arrière et en haut, mais il suffisait de peu d’efforts pour le ramener en bonne position.

« Deux mois après sa 2e entrée à l’hôpital Beaujon, Tallemant fut forcé de quitter Paris. M. Robert lui conseilla alors de continuer pendant toutes les nuits l’application de l’appareil orthopédique, et pour le jour on fit faire une bottine à peu près suivant les mêmes principes, à l’aide de laquelle la marche devint facile.

« Depuis cette époque, cet homme n’a pas , donné de ses nouvelles. Il est actuellement gardien du pont de Rouvray, en Bourgogne. Tout doit faire présumer que le but obtenu en dernier lieu a persisté. »

Voilà pour ce qui regarde l’amputation de Chopart. Quant à la désarticulation tarso-métatarsienne, M. Laborie rapporte d’abord en détail l’histoire d’un homme de 52 ans, amputé par M. Jobert pour cause traumatique, et sorti guéri en moins de 5 mois, marchant facilement et sans éprouver de douleur. Le malade n'a pas été suivi plus loin, ce qui est regrettable peut-être. A côté de ce fait l’auteur en mentionne en peu de mots un autre bien différent; l’amputation faite pour une carie des os du métatarse fut suivie de fistules

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intarissables, et le malade garde le lit depuis un an, sans prévoir encore à quelle époque il pourra le quitter.

Je ne dis rien du fait unique qui a trait à l’amputation mixte de M. Jobert, et dont il a été question dans l’article précédent.

Maintenant que nous possédons les résultats pratiques fournis par ces quelques observations, était-il possible en vérité de les prévoir en vertu de pures considérations anatomiques? Est-ce l’anatomie qui nous apprendra pourquoi le tendon d’Achille ou ses muscles se rétractent dans un cas, ne se rétractent point dans l’autre; pourquoi la rétraction est vaincue quelquefois par une seule ténotomie, tandis que chez certains malades elle reparaît opiniâtrément ? Mais abordons quelques-unes des déductions anatomiques de M. Laborie; évaluons leur portée et pesons ce qu’elles valent.

Dans l’amputation de Chopart, on sacrifie tous les points d’attache des muscles fléchisseurs ; on détruit le grand ligament calcanéocuboïdien, ce qui favorise singulièrement la rétraction du pied en arrière; et du reste rien ne s’oppose à cette rétraction du pied qui devient si pénible pour le malade.

Mais si rien ne s’oppose à cette rétraction, si tout la favorise , d’où vient donc qu’elle n’a pas lieu dans tous les cas? 11 y a donc dans certains cas quelque chose qui s’y oppose, et que l’anatomie n’indique pas ; et il faut donc s’adresser autre part qu’à l’anatomie pour avoir le secret de ce 'quelque chose?

Cependant M. Laborie ne s’arrête pas à cette difficulté, et il propose des moyens de s’opposera la rétraction qui, sans être tout à fait d’accord avec ses prémisses, sont cependant bien un peu de la même famille, c’està-dire fondés sur de pures théories anatomiques. Ces moyens sont au nombre de trois ; 1° couper les tendons de la face dorsale un centimètre plus bas que la peau; au contraire, couper très-court les tendons de la face plantaire, et réduire le lambeau plantaire à la peau seulement ; 2° mettre la jambe dans la flexion à angle droit sur la cuisse, en couchant le membre sur sa face externe ; 5° disposer la bottine de telle façon que le talon soit dans un enfoncement, tandis qu’un plan incliné arrivant à 2 centimètres de hauteur eh avant recevrait la plante du pied.

De ces trois moyens, nous doutons qu’aucun chirurgien adopte le premier, qui nous paraît d’ailleurs fort insignifiant ; le second, déjà essayé avant M. Laborie, a aussi déjà échoué ; le troisième, excellent pour les cas où il n’y a pas de rétraction, ne résisterait guère à une rétraction réelle, soit tendineuse, soit musculaire.

Au total, et c’est une conséquence sur la¬

quelle nous insistons, laissez donc l’anatomie pour ce qu’elle vaut, et quand il s’agit de pratique, étudiez les faits pratiques. Si M. Laborie eût ainsi fait, s’il avait accordé plus d’importance à ses observations, il en aurait tiré d’autres conséquences; et d’abord il se serait bientôt aperçu qu’elles étaient fort incomplètes. Ce qu’il fallait étudier, c’était surtout le mode de progression le plus naturel et le plus facile des sujets qui ont subi l’amputation dé Chopart; d’où viennent les obstacles , et ce qu’il y aurait à faire pour les surmonter ou du moins les éluder. M. Martin, notre habile mécanicien , a pu dans trois cas rétablir ou tout au moins rendre moins pénible la marche des malades ; il a vu que pour cela il fallait immobiliser l’articulation tibio-tarsienne. C’est là un premier point fort important ; mais il en est d’autres encore ; et dans un de nos prochains numéros, nous publierons deux observations qui nous sont propres, et qui jetteront peut-être un peu plus de lumière sur une question beaucoup trop négligée par les chirurgiens.

Résultât des grandes operations pratiquées à l’hôpital de Lodi durant l’année 1840, par le docteur Carlo Cotta.

Les sujets opérés ont été au nombre de 20; mais en retranchant 5 sujets opérés pour la cataracte, et un autre auquel on a lié l’artère humérale , d’ailleurs tous guéris, il reste un total de 16 opérations vraiment graves, dont voici le tableau :

1 amputation du bras.. 1 guéri.

2 — de jambe. 1 —

8 opérations de taille. . 5 —

5 opérations de hernie

étranglée.... . » —

2 ablations de la mamelle 1 —

Malgré le petit nombre de ces faits , nous avons cru devoir les recueillir, d’abord comme l’expression de la haute probité scientifique du chirurgien qui les a livrés à la publicité, et puis parce qu’ils viennent se joindre aux faits bien autrement nombreux fournis par les hôpitaux de France, d’Allemagne et d’Angleterre pour établir la gravité positive des grandes opérations. 8 morts sur 16 opérés, cela pourrait déjà suffire, et, cependant, en décomposant ce tableau , on arrive à un résultat plus formidable encore.

Ainsi, la taille a donné 5 guérisons sur 8; mais il faut ajouter que 7 des opérés étaient des enfants au-dessous de 15 ans; le dernier était un vieillard de 70 ans; les guérisons auraient donc pu être plus nombreuses sans sortir des proportions ordinaires.

1 mort.

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Il y avait deux hernies inguinales pour une crurale. La mort a eu lieu dans tous les cas ; c’est une série malheureuse ; cependant, il ne faut pas oublier que M. Textor, le plus heurenx jusqu’à présent des chirurgiens qui aient publié leurs résultats, a perdu 24 opérés sur 56; que M. Roux, à l’Hôtel-Dieu, en 1841, en a perdu 5 sur 9, et que, sur un total de 220 individus opérés dans les hôpitaux de Paris, de 1836 à 1841, il y a eu 135 morts. (Y oh cidevant, tom. 1er, pag. 26 et 38.)

Les amputations, si rares qu’elles aient été,

n’ont pas donné autre chose que ce qu’elles donnent chez nous; et il est à présumer que les publications successives d’autres tableaux du môme genre, tout en faisant reconnaître quelques différences inévitables entre les divers hôpitaux, comme entre les provinces et les royaumes, permettront cependant d’établir une moyenne de mortalité pour l’Europe entière, qui sera de nature à retenir quelque peu la main des opérateurs.

(Gazetta medica di Milano.)

TRAITEMENT DE LA GALACTIRRHÉE PAR L’iODE,

par le docteur Rieseberg, de Carolath.

La femme S., maintenant âgée de 36 ans, brune, d’une force médiocre, d’un tempérament lymphatique, accoucha pour la première fois, en 1858, d’un enfant qu’elle commença de nourrir, mais qu’elle fut obligée de sevrer, à cause de la difficulté qu’il avait à prendre le sein. La sécrétion du lait n’en continua pas moins et ne cessa qu’au bout de dix semaines, avec la première époque menstruelle , sans qu’on eût rien fait d'ailleurs pour obtenir ce résultat.

Dans le cours de la seconde grossesse (1840), on s’efforça d’allonger le mamelon. On n’y réussit qu’incomplètement à gauche, et on échoua tout à fait à droite. De ce côté, l’enfant ne put jamais téter, et à gauche il n’y parvint qu’à l’aide d’un bout de sein en ivoire flexible. 11 s’établit bientôt, même à droite, un écoulement continuel de lait si abondant que les vêtements en étaient constamment mouillés. Lapeau des seins devint rouge, et se couvrit d’une éruption de petites vésicules miliaires. La rougeur et l’éruption s’étendirent jusqu’à la peau du ventre. Elles se développèrent même chez l’enfant, à partir de la commissure droite des lèvres jusqu’à l’épaule. Le lait était extrêmement fluide , semblable à une légère eau de savon. Il était évident qu’il était d’une mauvaise qualité. L’enfant fut donné à une nourrice. L’eau blanche fut employée pour faire disparaître les rougeurs et l’éruption. Une légère compression fut exercée sur les seins, dans l’espoir d’affaisser les conduits galactophores , mais sans succès. On employa de même, sans résultat, le sulfate de potasse, les diaphorétiques, les vésicatoires au bras, les applications froides sur la mamelle, les astringents à l’extérieur et à l’intérieur, les toniques; l’écoulement continuait; la femme maigrissait et dépérissait de jour en jour, et commençait à avoir de la fièvre. Enfin, au bout de dix-huit semaines , le docteur Riesemberg eut recours à l’iode, et douze jours après la

galactirrhée disparut à l’apparition des menstrues. En tout , on avait administré cinq grains d’iode pur èt un gros cinq grains d’hydriodate de potasse. La femme recouvra en peu de temps toute son ancienne santé.

En novembre 1841, 5e accouchement. L’enfant ne fut pas même présenté au sein ; on lui donna tout de suite une nourrice. D’abord , la sécrétion du lait parut se tarir ; mais au bout de 14 jours, le lait recommença à couler avec autant de persistance que précédemment, et quelquefois en telle quantité que la femme était obligée, ce dont M. Riesemberg fut lui-même témoin , de le verser hors de ses chaussures, où il s’était accumulé. Au bout de huit jours, la femme commençait à maigrir. Aussitôt on eut recours à l’iode , et l’on obtint bientôt le même succès qu’en 1840. Avec un grain d’iode et quinze grains d’hydriodate de potasse, pour sept onces d’eau, on n’obtint rien ; avec deux grains d’iode et un scrupule d’hydriodate pour la même quantité de liquide, l’écoulement du lait n’eut plus lieu que pendant la nuit. Une troisième mixture , avec deux grains d’iode et un demi-gros d’hydriodate, n’était pas épuisée, que la galactirrhée avait entièrement disparu. Le rétablissement fut- si complet que la femme assurait ne s’être jamais si bien portée. Sept semaines après la cessation de la galactirrhée, les règles reparurent. Cette femme est actuellement enceinte pour la quatrième fois; il est fort à craindre que les mêmes accidents se remontrent et que l’emploi des mêmes moyens devienne indispensable.

{Berlin, med. Zeitung , 1843, n° 13, p. 59.)

La galactirrhée , beaucoup plus rare que l’agalaxie, est un accident fort incommode et fort opiniâtre de la lactation. Elle peut être portée au -point de compromettre gravement la santé des femmes. L’épuisement et la fièvre hectique peuvent en être la conséquence. Quand on songe à ces tristes effets et à l’impuissance de la plupart des moyens ordinairement employés en pareil cas, on doit

s’estimer heureux qu’on ait enfin trouvé un du foie, à plusieurs anses de l’intestin grêle,

remède sur l’efficacité duquel il semble qu’on puisse désormais compter. L’iode est , au reste, un médicament qu’on ne saurait employer avec trop de prudence. Des doses trop fortes pourraient bien avoir pour effet l’atrophie des mamelles, et à part ces cas trèsgraves, où la santé se trouve compromise et où tout doit être tenté pour la rétablir , un médecin s’exposerait à de justes reproches s’il n’avait pas su prévenir un résultat au moins fort désagréable. Il ne paraît pas, au reste, que, dans le cas cité par le docteur Rieseberg, il y ait rien eu de semblable. La reproduction delà galactirrhée après un accouchement subséquent ne laisse même pas de doute à cet égard. Mais quand on songe que la ciguë, dont les effets sont, d’après les observations de Benedict, de Breslau et du professeur d’Outrepont, presque souverains contre la galactirrhée, produit si facilement en même temps l’atrophie des mamelles, on doit avoir quelque raison de craindre qu’il en soit de même d’un médicament dont l’action fâcheuse sur ces organes est depuislong temps reconnue et a été maintes fois constatée.

Rupture mortelle d’un kyste de l’ovaire,

produite par une chute , par A.-W. Dom-

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