VILLE
Une fille de 63 ans, délicate, toujours irrégulièrement menstruée, dont l’abdomen avait commencé de se développer depuis trente ans, et, depuis quinze, avait acquis un tel volume que la paracenthèse avait dû être cinq fois pratiquée, tomba du haut d’une table sur le dos. A l’arrivée de M. Domville, une heure après, pâleur extrême, nausées, vomissements répétés, douleur atroce autour de l’ombilic, pouls petit et fréquent. Mort au bout de sept heures, après d’abondants vomissements de sang. — A l’autopsié, on trouve un énorme kyste uniloculaire , adhérent à la paroi abdominale, aux reins, à la face inférieure
mince dans les points où il était libre d’adhérences, offrant en arrière et en haut, où cette minceur était remarquable , une déchirure à travers laquelle se sont engagées deux anses du jéjunum. Dans le kyste et dans la cavité péritonéale , grande quantité de liquide , au milieu duquel flottent un nombre considérable de petits corps semblables à des grains de moutarde. L’alcool bouillant en sépare de la stéarine, qui se dépose en cristaux par le refroidissement. Point de traces d’inflammation du péritoine. Ovaire droit sain, ovaire gauche confondu avec le kyste.
(. London med. Gazette, 23 nov. 1842.)
Quelle a été la cause de la mort chez cette femme? Une péritonite n’avait pas eu le temps de se développer. En supposant que l’épanchement l’eût produite plus tard, quelques faits observés et rapportés par M. Domville me portent à croire avec lui, ou qu’elle eût été légère, ou qu’elle eût pu être combattue avec succès, si elle eût été intense. M. Domville n’hésite pas à attribuer la mort au pincement des anses intestinales dans la déchirure du kyste; mais je ne puis me ranger à son opinion. Qu’il y ait eu une certaine striction de l’intestin, M. Domville l’assure, et je le crois ; et bien que ce ne soit pas un étranglement comparable à celui qui peut résulter de l’engagement d’une anse intestinale dans la déchirure d’un organe rétractile comme l’utérus, néanmoins des accidents graves pouvaient en être ultérieurement et même plus ou moins prochainement la conséquence ; mais le caractère des accidents et l’instantanéité de leur développement rappellent si bien les symptômes qui résultent de la déchirure de quelques parties des organes génitaux internes, avec ou sans communication dans la cavité péritonéale , que le fait seul d’une déchirure brusque et étendue du kyste me semble fournir une explication satisfaisante de la mort et de la rapidité avec laquelle elle a eu lieu.
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DE l’emploi DU CAOUTCHOUC EN FEUILLES ET
en sparadrap, pour le pansement des ulcères des jambes; par M. Conté.
Il y a deux ans que , s’occupant des altérations que le pus subit au contact de l’air ,
M. Conté fixa son attention sur l’ulcération des cicatrices par le contact du pus altéré, ulcération coïncidant toujours avec la mauvaise odeur de ce liquide. Il présuma que la formation de produits ammoniacaux pouvait bien en être une cause ; et pour empêcher l’altération du pus ù la surface des ulcères, il proposait de les recouvrir exactement d’une feuille de caoutchouc que l’on assujétirait
ehirurgicale.
avec des bandelettes agglutinatives. Depuis lors il a essayé ce nouveau mode de pansement sur les nombreux malades du Bureau Central, et il le donne comme bien supérieur à tous les autres.
Pour appliquer ce caoutchouc, après avoir très-exactement lavé l’ulcère, on en taille un morceau qui a à peu près la forme de la plaie et qui dépasse les bords de 1 ou 2 centimètres; on le maintient un instant sur l’ulcère avec la paume de la main, afin que la chaleur le rende plus souple; on l’applique le plus exactement qu’il est possible, et on le maintient avec des bandelettes emplastiques û la
REVUE CRITIQUE
manière de Baynton. L’appareil est changé toutes les 48 heures.
Les bandelettes de diachylon peuvent servir sans doute pour assujétir le caoutchouc ; cependant elles ont quelquefois l’inconvénient de déterminer la vésication de la peau. Si l’on n’a pas le choix, on évitera cet inconvénient en étendant sur le caoutchouc une petite bande de linge fin dont on entoure une fois le membre et sur lequel on applique le diachylon comme à l’ordinaire ; mais M. Conté préfère se servir d’un sparadrap particulier dont voici la formule :
Sparadrap au caoutchouc.
2/ Galipot . 75 gr.
Cire jaune . 100
Dissolution de caoutchouc dans l’essence de térébenthine rectifiée . 160
Il faut faire fondre la cire et le galipot tout ensemble à un feu doux , puis attendre qu’il soit un peu figé; c’est alors que par trituration on y incorpore le caoutchouc en dissolution; après quoi l’on fait de nouveau liquéfier le tout à un feu doux, et on prépare le sparadrap comme à l’ordinaire, en l’étendant sur de gros calicot.
M. Conté avait cherché d’abord à obtenir un sparadrap au caoutchouc pur; malheureusement ce sparadrap n’a pas réussi.
Quand il y a des varices, on les maintient avec un bas lacé par dessus l’appareil. Le malade, une fois pansé, peut d’ailleurs marcher et travailler comme à l’ordinaire.
Il n’est pas nécessaire à chaque pansement de se servir de bandelettes emplastiques nouvelles; il suffit de les laver avec soin. Cependant, si la suppuration est abondante, cette précaution ne suffira pas ; il sera rigoureusement nécessaire de changer la plaque de caoutchouc ; car elle conserve, malgré les lavages, une odeur désagréable.
Voilà ce qui concerne la confection et l’application de l’appareil ; maintenant recherchons quel .est le mode d’agir du caoutchouc et les résultats qu’on en a retirés.
M. Conté déclare d’abord que le caoutchouc n’a aucune propriété médicatrice particulière, qu’il n’est là que comme corps mécanique capable de maintenir à la surface de l’ulcère un pus de bonne qualité, un liquide albumineux doux et louable, c’est-à-dire un excellent cataplasme. Il en est tellement convaincu, qu’il présume que l’on arriverait au même résultat avec du taffetas gommé ou une toile cirée dont l’enduit ne serait ni attaquable ni irritant.
Cette idée, si nettement formulée , paraît quelque peu en désaccord avec une autre assertion non moins tranchée que voici : « Le moyen que je préconise, dit M. Conté, con¬
vient à tous les états de la plaie, mais surtout aux plaies profondes , avec douleur , avec suppuration abondante. » Et ni l'inflammation ni la mauvaise odeur du pus ne l’arrêtent.* On voit bientôt, ajoute-t-il, la douleur se calmer, la quantité et l’odeur de la suppuration diminuer, disparaître même ; les bords rouges et turgescents de l’ulcère devenir blanchâtres et moins élevés , sa capacité se combler de chairs nouvelles, sa surface se dessécher et le malade guérir. »
Nous estimons que de pareils éloges seraient plutôt de nature à compromettre qu’à servir la méthode nouvelle près des véritables praticiens. D’abord nous ne sommes pas disposés à admettre que le caoutchouc pur agisse toujours et exclusivement comme corps mécanique : il est des femmes chez qui les pessaires en caoutchouc déterminent des flueurs blanches en grande abondance ; et M- Malgaigne , qui a essayé de contenir les hernies avec des pelotes de caoutchouc appliquées à nu sur la peau, en a vu résulter quelquefois des rougeurs avec prurit et douleur. Le caoutchouc a en outre ce fâcheux inconvénient, qu’il s’imbibe très-facilement des liquides, et devient promptement un foyer d’infection si l’on n’a soin de l’épurer ou de le changer. Mais par-dessus tout, personne n’admettra qu’un moyen mécanique convienne à tous les cas d’ulcères, sans faire état du degré de l’inflammation et de la suppuration. Les lames de plomb, remises en honneur par M. Réveillé- Parise, sont bien un moyen mécanique par excellence ; mais ce sage praticien en a formellement limité l’emploi pour les ulcères exempts de douleur et d’inflammation.
Les observations de M. Conté déposeraient au besoin contre ses assertions trop absolues. D’abord, passé le 2e jour, le pus devient fréquemment irritant et fétide. Plusieurs fois on a vu des ulcérations se produire au pourtour de la plaque de caoutchouc par l’action de ce pus fétide. Il est assez commun aussi devoir l’ulcère bourgeonner et obliger à recourir au nitrate d’argent pour affaisser les chairs luxuriantes.
Quelle est donc la valeur réelle de ce traitement, et pourquoi, malgré nos critiques, y avons-nous consacré tout cet article ? C’est que, d’après les faits recueillis par M. Conté, il paraît avoir véritablement une assez heureuse influence sur la marche et la cicatrisation des ulcères; qu’il a réussi surtout dans des cas où le diachylon était mal supporté ; de telle sorte que , hors des complications inflammatoires, et après avoir essayé du diachylon que nous persistons à regarder comme plus généralement préférable, le caoutchouc offrira une nouvelle ressource aux malades et aux praticiens.
BULLETIN CLINIQUE
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OPÉRATION D’UN BEC- DE-LIÈVRE DOUBLE ET COMPLIQUÉ, AVEC SAILLIE DU TUBERCULE
moyen, par M. le docteur Debrou, chirurgien adjoint de l' Hôtel-Dieu d’Orléans.
Depuis que M. le professeur Blandin a fait connaitre un nouveau procédé opératoire pour certains cas de bec-de-lièvre double et compliqué ( Journal de chirurgie, tome 1er, page 23 ), il ne s’est publié aucun fait circonstancié de cette opération. Le même journal a seulement annoncé que M. le professeur Velpeau avait pratiqué deux fois le même procédé, et M. Velpeau a lui-même mentionné ces deux faits, mais avec peu de détails (. Bulletin de l’Académie de médecine, numéro 21, août 1843, page 1125); en sorte que l’observation de M. Blandin est encore la seule qui ait été réellement publiée. Il m’a paru, en conséquence, utile de faire connaître le fait qu’on va lire (1).
Un petit enfant du sexe masculin, âgé de six mois et quelques jours, fut amené de la campagne à Orléans, le 29 mars 1845. Il offrait un bec-de-lièvre double, avec division complète tant du voile du palais que de la voûte palatine. Le tubercule moyen , formé par les deux os intermaxillaires, et par la portion moyenne delà lèvre supérieure, était fortement dirigé en avant et paraissait comme suspendu au lobule du nez. Le .30 mars , M. Vallet exécuta la première- partie de l’opération, c’est-à-dire qu’il enleva une portion triangulaire de la cloison nasale. Pour cela, pendant que je tenais le petit malade couché horizontalement sur un oreiller placé sûr mes genoux, M. Vallet, se servant d’une paire de ciseaux courbes, coupa en deux coups une portion triangulaire de la cloison, de manière à ce que la branche antérieure de la cloison fût presque droite, et la branche postérieure oblique en bas et en arrière, le sommet de l’angle étant presque directement en haut. Cette petite manœuvre, qui fut faite rapidement, exigea une grande force, malgré
(1) M. Vallet, chirurgien en chef de l’Hôtel- Dieu d’Orléans, a exécuté, il y a deux ans et demi, un procédé en partie semblable à celui dont il est question ici. Il fit une perte de substance triangulaire à la cloison, immédiatement derrière le tubercule ; mais, au lieu d’achever l’opération au bout d’un ou deux jours, il s’efforça de chasser le tubercule osseux au moyen d’une compression graduée , faite avec des bandelettes agglutinatives, et fit la suture seulement le sixième jour. L’enfant, âgé seulement de trois mois, mourut des suites d’un érysipèle.
le peu de résistance que paraissait devoir présenter la cloison chez un si jeune enfant. On s’était servi de forts ciseaux à polype, et Ton eut quelque difficulté à introduire Tune des branches, parce que la cloison était déviée d’un côté. Nous ne pûmes examiner la portion retranchée, car le petit malade l’avala aussitôt qu’elle eut été détachée, malgré tous nos efforts pour la saisir dans sa bouche. Mais il fut facile de voir que le vide fait par la perte de substance de la cloison était suffisant pour recevoir et loger le tubercule intermaxillaire ; car celui-ci, devenu mobile, pouvait être sans effort porté en arrière, de manière à se trouver de niveau avec le reste de l’arcade dentaire.
Le lendemain, le petit malade n’offrit rien de particulier ; il rendit une garde-robe mêlée de quelques caillots de sang qu’il avait avalés la veille, après l’opération. Du reste, l’écoulement du sang s’était très-promptement arrêté. Le second jour, 1er avril, nous pratiquâmes l’opération du bec-de-lièvre , que j’exécutai moi-même de la manière suivante :
Je commençai par aviver, à l’aide du bistouri, les bords de la portion moyenne de la lèvre supérieure, et nous eûmes, après l’incision du bord droit, un jet de sang assez fort qui me força à faire placer un fil de ligature, car je ne pus saisir le petit vaisseau avec une pince à torsion. Aussitôt après, je détachai, à l’aide d’une pince à crochets et d’un bistouri, un lambeau de muqueuse sur chacun des bords correspondants du tubercule osseux intermaxillaire et de la portion de l’os maxillaire, avec laquelle le tubercule devait se trouver en rapport après l’opération. Ensuite il ne resta plus qu’à aviver, avec les ciseaux à bec-de-lièvre, les portions.latérales de la lèvre, et à réunir toutes les parties par une suture.
Comme la portion moyenne delà lèvre n’avait point assez de hauteur pour atteindre jusqu’au bord libre, ma première épingle, c’est-à-dire l’inférieure, ne traversa que les lambeaux latéraux , qui vinrent se réunir sur la ligne moyenne. La seconde épingle, ou la supérieure, traversa d’abord la lèvre gauche, puis le lambeau moyen , puis la lèvre droite. Il en résulta une plaie en forme d’Y, dont l’ouverture, dirigée en haut, embrassait la portion moyenne de la lèvre. A peine les fils venaient-ils d’être placés que l’enfant, épuisé par le sang qu’il avait perdu, eut des mouvements de syncope ; il fallut nous hâter de le faire revenir à lui. Nous n’employâmes aucun bandage consistant en bandelettes agglutinatives ou autre moyen.
Le quatrième jour, mardi matin, je retirai
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l’épingle supérieure, et le lendemain, cinquième jour, celle d’en bas. Les plaies étaient réunies, excepté en un point, en haut et à droite, là précisément où j’avais placé un fil sur un petit vaisseau.
A partir du troisième jour, le petit malade eut de la toux et de l’embarras dans la respiration. Le quatrième jour, craignant qu’il ne se déclarât une bronchite intense , ou même une pneumonie, je fis appliquer entre les deux épaules un emplâtre de poix , avec 60 centigrammes de tartre stibié. Du sixième au septième jour, le malade fut assoupi. On appliqua un vésicatoire sur le sternum. Le huitième jour, le mieux était sensible. Le douzième jour, la toux avait presque entièrement cessé. On se contenta de faire des frictions avec de l’huile de camomille sur le ventre, et d’y appliquer des cataplasmes, pour combattre quelques coliques. On recommanda de faire prendre un peu de bouillon de poulet très-léger, ou bien de l’eau d’orge coupée avec du lait, en ayant soin de faire boire l’enfant avec une cuiller, et non avec le biberon de plomb dont il se servait. Les cicatrices sont demeurées intactes, malgré la toux fréquente et les cris pendant plusieurs jours.
Le 17 avril, l’enfant quitta Orléans, toutes les plaies étant bien réunies, même dans le point où il y avait eu un peu de suppuration.
Un mois après l’opération, j’allai revoir ce petit malade avec mon ami , M. le docteur Gosselin, prosecteur de la Faculté, et nous le trouvâmes dans l’état suivant. Les cicatrices de la lèvre sont en bon état; seulement il existe un petit angle rentrant sur la ligne médiane. Le lobule du nez est beaucoup moins tiraillé et déprimé en bas qu’on ne l’aurait supposé avant l’opération ; la narine gauche est un peu plus petite que la droite. Le tubercule osseux intermaxillaire, tout entier caché derrière la lèvre, est dirigé verticalement en bas, et placé sur le même niveau que les deux os maxillaires, de façon que les dents qu’il doit supporter seront dans une situation convenable.
* En outre, ce tubercule osseux est fixe et solide entre les deux os maxillaires, ce dont nous nous sommes assurés en essayant de le déplacer avec le pouce et l’index. Il paraît confondu avec le reste du bord alvéolaire, sans qu’on aperçoive de vide ou de suppuration sur sa limite.
Réflexions. — I. Je pense que si le procédé qui a été mis en usage chez notre enfant offre des avantages pour les suites définitives de l’opération , c’est assurément lorsqu’on opère dans un âge très-peu avancé. Je ne veux point ici discuter sur l’âge le plus convenable pour pratiquer l’opération du bec-delièvre; l’observation que je rapporte est un
cas de succès à six mois; voilà tout ce que j’ai à dire à cet égard : mais j’ajoute seulement qu’une fois l’opération admise chez de jeunes enfants, il y a de grands avantages à avoir recours au procédé que nous avons suivi. En effet, en conservant les deux os incisifs qui forment le tubercule osseux moyen du becde-lièvre double et compliqué, non-seulement on met le malade dans le cas de conserver un jour l’intégrité du bord alvéolaire et le nombre de ses dents, mais on se prépare en outre des chances favorables pour obtenir une diminution dans l’écartement de la voûte palatine. On sait combien sont infidèles les moyens artificiels de rapprochement que l’on a plusieurs fois mis en usage, en exerçant une compression sur les deux mâchoires supérieures; et il est certain que le rétablissement de la voûte palatine en un point de son étendue doit solliciter puissamment le retrait des os maxillaires et leur rapprochement graduel et spontané. Cet effet arrivera d’une manière d’autant plus sûre et plus prompte qu’on aura opéré dans un âge plus tendre ; et, sous ce rapport, je crois que le procédé dont il s’agit doit désormais servir de motif pour décider les chirurgiens à opérer de trèsjeunes enfants. Le temps seul apprendra jusqu’à quel point au juste, on doit compter sur le rapprochement spontané de la voûte palatine, après l’opération précédente; mais en attendant la confirmation de cette idée, on ne saurait nier l’appui que lui prête le raisonnement. Je rappellerai que c’était pour atteindre un but semblable que Sanson a essayé une fois de faire adhérer un lambeau pris sur le bord delà langue, entre les deux portions de la muqueuse palatine, dans un cas de biüdité de cette voûte.
IL On a dû voir que j’ai avivé les bords osseux tout aussi bien que 'les bords charnus , avant de porter en arrière le tubercule intermaxillaire. Cette conduite n’ayant point été suivie par M. Blandin, et n’ayant été nulle part conseillée, j’ai besoin de l’appuyer de quelques motifs. Je dirai d’abord que j’ai simplement cherché à rendre les quatre bords osseux correspondants saignants et vifs ; mais supposons que j’aie enlevé toute la muqueuse qui leur sert de périoste, jusqu’au tissu osseux, est-ce à dire pour cela que l’on doive craindre, soit une nécrosé, soit une inflammation et une carie des surfaces osseuses mises à nu? Je pense qu’il n’en saurait être ainsi pour des os si spongieux, si vasculaires et dans un âge aussi tendre ; mais que plutôt, si un travail doit s’établir, ce sera un travail d’u-nion et de cicatrice, comme entre les deux bouts d’un os fracturé. Je pense donc qu’on peut se comporter ici envers les os comme envers les parties molles ; et ce qui est arrivé chez notre petit malade justifie
BIBLIOGRAPHIE
cette manière de voir, puisqu’il y a eu union prompte, et qu’après un mois tout était solide, sans trace de suppuration. Or, s’il en est ainsi, il n’est pas douteux qu’il y a tout avantage à agir de la façon précédente, car on obtient une réunion plus prompte du tubercule osseux avec les mâchoires ; partant, l’intégrité de la restauration faite à la lèvre est mieux assurée, puisque la portion d’os qui la supporte, devenant fixe de bonne heure, a moins de tendance à reprendre sa place défectueuse en avant. Chez le malade opéré par M. Blandin, le tubercule intermaxillaire était encore très-mobile, et chez le mien, au contraire, il était déjà à peu près fixe 15 jours après l’opération, et entièrement au bout d’un mois. Je pense que cette différence ne résulte pas seulement de l’âge différent des deux malades, mais qu’elle tient surtout à ce que chez mon opéré les bords osseux ont été avivés avant d’être mis en contact , tandis qu’il n’en a pas été ainsi chez le malade de M. Blandin.
III. Il est survenu un petit accident qui , sans doute , ne peut avoir beaucoup d’importance, mais de la possibilité duquel il est bon d’être prévenu ; c’est que l’enfant a avalé le morceau triangulaire enlevé à la cloison. On comprend qu’un enfant à la mamelle, qui suce tout ce qui est dans sa bouche, a pu avaler ce corps étranger avant que nous ayons pu leressaisir après sa section; mais il sera facile de prévenir un pareil accident, en saisissant le lambeau de la cloison avec une pince ou une érigne , ou une anse de fil, avant de le détacher, et l’attirant ensuite au dehors après sa section.
IV. Eu égard à la manière de passer les épingles, pour la suture, j’ai agi d’une façon
qui n’est point conseillée. On recommande de traverser obliquement l’épaisseur de la lèvre de la plaie, de manière à sortir au bord libre, sur la limite des 5/4 antérieurs avec le 1/4 postérieur de ce bord. J’ai préféré traverser l’épaisseur entière de la lèvre, non perpendiculairement , il est vrai, mais obliquement, comme on le fait toujours, et de façon à percer la face postérieure près du bord libre, pour entrer dans l’autre lèvre parla même face, sans toucher le bord. A cela on peut objecter que le trajet parcouru par l’épingle est rendu moins égal et moins régulier que lorsqu’on sort et qu’on entre par les bords à unir. Cela est vrai. Dans ce dernier cas, la courbe est un peu plus régulière. Mais si on s’est servi d’épingles effilées et flexibles , l’inégalité de son parcours est d’autant moins sensible que les fils entrecroisés au-devant des lèvres égalisent, par une pression graduée, le plan des différentes petites plaies. Puis , d’ailleurs , croit-on qu’il est indifférent de passer une épingle dans l’épaisseur des lèvres, pour une suture délicate? Dans ce casci, par exemple, les deux lambeaux latéraux se touchaient par une courte surface, au-dessous du lambeau moyen trop court. Le point où passe une aiguille suppure toujours un peu; et un point de suppuration, dans l’endroit où se touchent deux bords très-étroits, suffit pour faire manquer la réunion. Je crois, en résumé, qu’il faut laisser exempts de corps étrangers, dans toute leur longueur, les bords libres que l’on veut mettre en contact. Cela est surtout avantageux lorsque les lambeaux ont peu d’épaisseur , et qu’il importe, comme chez les enfants, d’obtenir une réunion primitive et complète du premier coup.
Debrou.
BIBLIOGRAPHIE
DU TRAITEMENT DES FAUSSES ANKILOSES et de
la contracture des membres par la compression aidée de V extension, sans l’emploi de la ténotomie', par M. Dancel— ln-8° de 76 pages —Paris, J.-B. Baillière.
Petite brochure qui ne brille pas par un excès de méthode , mais qui renferme des observations assez importantes et des vues pratiques un peu exagérées peut-être, mais dans tous les cas bonnes à méditer.
M. Dancel s’élève vivement contre l’abus que l’on fait de la ténotomie dans le traitement des contractures musculaires. Il pense que cette opération, qui n’est pas toujours sans danger, peut être souvent remplacée par la compression aidée de l’extension, et il présente à l’appui neuf observations sur lesquelles il convient de fixer l’attention du lecteur.
La première est celle d’une ouvrière de 24
ans, qui, à la suite d’une saignée au bras gauche, avait eu à l’endroit même de la saignée une tumeur grosse comme un œuf de pigeon, suivie d’un abcès ; et 15 jours plus tard, pour une autre saignée au bras droit, un accident tout pareil au premier. Mais pour ce bras les résultats furent plus graves; l’avant-bras se fléchit à angle aigu; les doigts se fléchirent à leur tour; la main elle-même, tirée fortement dans le sens de l’adduction, forma un angla presque droit avec l’avant-bras. La malade souffrait horriblement de la pression des ongles qui s’enfonçaient dans les chairs de la main. On essaya de les écarter en introduisant entre la paume et les doigts une cheville en bois e forme conique ; elle ne put être supportée que 8 jours. Frictions, liniments, vésicatoires volants; bains de sang de bœuf, douches; efforts mécaniques pour étendre les doigts et
BIBLIOGRAPHIE
Pavant-bras, tout fut vain ; la ténotomie paraissait la seule ressource. Enfin, près de quatre mois après la saignée , la malade s’adressa à M. Dancel, et ici nous ne pouvons mieux faire que de le laisser parler.
« Je cherchai à redresser le petit doigt, mais inutilement, et la fille Cannevin me dit que je le lui romprais plutôt que d’y parvenir; que les garçons de la boucherie où elle allait prendre des bains de sang de bœuf avaient pour cela déployé plus de forces que je ne pourrais le faire. Je pris alors une bande de forte toile d’une longueur convenable, et je comprimai fortement l’avant-bras et le bras au moyen d’un bandage roulé. J’attendis quelques instants, puis je recommençai mes tentatives de redressement. Je parvins, au grand étonnement de la malade , à relever les doigts les uns après les autres, et assez pour placer entre eux et le fond de la main un tampon de l’épaisseur de 2 centimètres environ ; alors j’ôtai le bandage compressif, pour le réappliquer de suite sur ces parties en y comprenant cette fois la main.
« Le lendemain, 9 juin, la malade médit qu’elle avait peu dormi ; qu’elle avait ressenti toute la nuit dans la main et l’avant-bras des battements qui l’avaient agacée. L’angle formé par la main sur 1 avant-bras dans le sens de l’adduction était un peu plus obtus. Le pouce, qui présentait la veille une flexion insurmontable de la 2e phalange sur la première, était droit; l’on pouvait, sans beaucoup d’efforts, l’éloigner de l’indicateur, sur lequel il m’avait paru comme collé. Je pus relever l’un après l’autre tous les doigts, et placer entre eux et le fond de la main un tampon double en épaisseur de celui qui avait été mis le jour précédent. »
Ces progrès si remarquables se continuèrent sans interruption. « Le 24 juin, le mieux qui avait augmenté tous les jours présenta les résultats suivants : la fille Cannevin ayant les doigts, la main et l’avant-bras débarrassés de leurs liens, peut.avecla paume et l’indicateur, saisir, tenir quelque temps, puis lâcher à volonté un morceau de linge. L’épaule, dont tous les mouvements sont devenus libres, est de la hauteur de l’autre. L’avant-bras s’étend bien sur le bras. Le tendon du biceps a repris son état naturel. »
Enfin, le 30 juin, moins de trois semaines après le début du traitement , la malade recommença à faire usage de sa main pour sa double profession de couturière et de blanchisseuse.
L’observation amenée à ce point est déjà fort curieuse ; mais la suite offre peut-être encore plus d’intérêt.
En effet, au bout de 2 ans, à la suite d’un travail forcé et de douleurs assez vives dans le bras droit, la contracture reparut en 24
heures presque aussi forte qu’auparavant ; et la malade, ne pouvant trouver de soulagement dans sa province , vint à Paris retrouver M. Dancel qui la fit entrer à l’Hôtel-Dieu dans le service de M. Blandin, qui désira juger par lui-même de l’effet de la compression. Le 30 mai il établit donc, à l’aide du bandage roulé, une forte compression sur l’avant-bras et le bras. Gela fait, on put presque aussitôt redresser les doigts fléchis. On renouvela le bandage en ajoutant une attelle étendue du coude jusqu’aux doigts, et on laissa l’appareil en place durant 4 jours- On ne le renouvela qu’une fois, et le 6 juin la malade sortait guérie.
La deuxième observation a trait à une extension du pied avec œdème et ulcère fistuleux; la troisième est presque semblable à la seconde; la quatrième concerne une rétraction aiguë de l’aponévrose palmaire ; les autres peuvent être négligées, soit parce que le traitement n’a pas été complet, soit parce qu’il a consisté en toute autre chose que la compression à la manière de l’auteur; il en est d’ailleurs quelques-unes qui ne lui appartiennent pas.
De tout cela est-il possible de tirer une conclusion générale, et peut-on partager cette espérance de l’auteur que la compression sera un remède souverain pourtoutes sortes de contractures? Evidemment non; ses observations sont trop peu nombreuses, et pour en dire ici notre avis, la première seule porte tous les caractères d’une véritable contracture et d’un succès véritable. Comment la compression a-t-elle agi dans ce cas? M. Dancel pense qu’elle a pour effet d’alonger les muscles, d’affaiblir conséquemment leur contraction et de dissiper leur rigidité. Il estime que l’on en obtiendrait le même bénéfice en l’appliquant aux membres luxés : et il rapporte un cas de réduction d’une luxation récente du fémur en haut et en dehors, obtenue en moins d’une minute, après qu’il euf entouré le membre depuis le pied jusqu’au bassin d’un bandage roulé fortement serré. Nous n’oserions attribuer à la compression autant d’efficacité, et il est d’autres exemples d’une réduction plus facile encore , pour lesquels on n’y avait pas eu recours. Nous avons miàiie essayé le bandage roulé compressif de M. Dancel dans un cas de flexion permanente des doigts survenue par un repos trop prolongé du membre, à la suite d’une fracture du col huméral. L’accident datait d’un an ; les articulations étaient raides , mais non soudées ; le bandage fut tout aussi inutile que les autres moyens.
Au total, on ne saurait nier les heureux effets de la compression appliquée à deux reprises différentes sur le sujet de la première observation ; et ce qui a été obtenu deux fois
NOUVELLES ET VARIÉTÉS
est certainement de nature à être obtenu encore. Seulement il reste à rechercher dans quels cas, en dehors de quelles complications, et au bout de combien de temps la compres¬
sion peut être appliquée avec fruit, et nous engageons fortement M. Dancel à poursuivre ses recherches de manière à nous donner la solution de toutes ces questions.
NOUVELLES ET VARIÉTÉS
Academie des sciences. — L’Académie des sciences n’a reçu, dans ce mois, aucune communication qui intéresse la chirurgie , sauf une note de M. Scoutetten sur la trachéotomie dans la période extrême du croup . M. Scoutetten s’est trouvé dans la terrible nécessité de pratiquer cette opération sur sa propre fille, âgée seulement de six semaines, et il a eu le bonheur de la sauver. Ce succès, qui remonte à 1850, est donc l’un des premiers obtenus. Au reste, depuis cette époque, l’auteur a été appelé pour opérer six sujets : 4 filles et 2 garçons, et malgré tous ses soins, il n’en a pu sauver un seul.
Académie de médecine. — Les dernières séances de décembre ont été consacrées au renouvellement du bureau. M. Ferrus a été nommé président ; — M. Caventou, vice-président; — M. Dubois d’Amiens continué dans ses fonctions de secrétaire annuel; — MM. Paul Dubois, Londe et Louis sont entrés dans le conseil d’administration.
9 janvier. — M. A. Bérard fait un rapport sur un mémoire de M. Lasserre, membre correspondant , sur les fractures des malléoles avec issue des fragments à travers la peau. Dans quatre cas observés par l’auteur, la réduction a toujours été facile; mais une seule fois seulement la fracture a pu être contenue ; dans les trois autres cas , des accidents graves ont mis obstacle à la coaptation et ont nécessité l’amputation. M. Bérard saisit cette occasion pour entretenir l’Académie de sa propre pratique, qui consiste à faire la section du tendon d’Achille et même des péroniers, afin de faciliter la réduction (voyez ci-devant, tom. 1er, pag. 541), et puis à placer le membre dans une gouttière en fil de fer, analogue à celle de M. Mayor.
M. Velpeau pense que la résection des fragments est préférable à la section du tendon d’Achille. M. Roux parle dans le même sens, et considère la section du tendon comme un moyen extrême.
M. Bérard ne conteste pas l’efficacité de la résection; mais il pense que la section du tendon d’Achille étant la plus innocente, c’est par là qu’il faut commencer, sauf à recourir ensuite, si besoin est, à la résection des fragments.
— M. Cruveilhier lit un mémoire Sur les corps fibreux de la mamelle , envisagés sous le point de vue anatomique et pratique.— Une discussion s’est entamée sur cet important travail; nous en rendrons compte lorsqu’elle sera terminée.
Prix proposés par les sociétés savantes. — La Société de médecine d’Anvers propose, pour le concours de 1844, la question suivante :
Faire l'historique de l’ étranglement herniaire , et soumettre à une appréciation critique les différents modes de traitement.
Le prix consiste en une médaille d’or de la valeur de 100 francs. Les mémoires, écrits en latin, français, allemand, anglais ou flamand, devront être envoyés dans les formes académiques et francs de port au secrétaire de la société, avant le 1er novembre 1844.
— La Société de Médecine de Bordeaux rappelle la question qu’elle a proposée l’année dernière pour 1844 : '
Déterminer, par des faits cliniques, des recherches d’anatomie pathologique et par l’analyse chimique les caractères différentiels des maladies du système osseux. Dire si ces maladies n ont pas des différences de nature plus fondamentale que celles de leurs formes. En déduire la thérapeutique la plus rationnelle.
Le prix est une médaille d’or de la valeur de 600 francs— Les mémoires, écrits en latin français, italien, anglais ou allemand, doivent être rendus francs de port chezM. Burgent, secrétaire général de la Société, rue Fondandège, n° 67, avant le 15 juin 1844.
Compendium de chirurgie pratique, ou Traité complet des maladies chirurgicales et des operations que ces maladies réclament, par MM. A. Bérard et Denouvilliers —Cet ouvrage est publie par livraisons de 460 pages de texte, grand in-8°, sur deux colonnes, équivalant à 640 pages de 1 m-8° ordinaire; les livraisons, au nombre de 12 à 16, formeront trois ou quatre volumes.— Prix de chaque livraison, 5 francs 50 centimes à Paris, et 4 francs, franc de port, pour les departements. ’ F 1
La 4e livraison, dont l’apparition avait été longtemps retardée, est en vente* la 5e paraîtra prochainement, et les autres se succéderont désormais sans interruption. Cette quatrième livraison ne termine pas encore le premier volume ; nous en rendrons compte lorsque ce volume sera complet: ' 1 4
On souscrit à Paris chez Labé, éditeur, place de l’Ecole-de-Médecine, n° 4.
Le journal de Chirurgie paraît le 20 de chaque mois, par livraisons de 52 pages grand in-8° Prix de 1 abonnement : 8 fr. par an; et 12 fr. pour recevoir en même temps le journal dé Médecine. ~0n s abonne a Pans, au Bureau du journal, chez Paul Dupont et Comp., rue de Grenelle-St-Honore, n° 55.— Tous les mémoires, articles et réclamations relatifs à la rédaction doivent etie adiessés, lianes de port, à M. Malgaigne, rédacteur en chef, rue de l’Arbre-
Paris, imprimerie de Paul Dupont et Cîe, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 55.
JOURNAL
Par M. MAXGAIGNE.