‹ Journal de chirurgieChapitre 13 sur 113 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

SOMMAIRE

I. Travaux originaux. — Sur l’abus et le danger des sections tendineuses et musculaires dans le traitement de certaines difformités ; par M. Malgaigne. — Mémoire pratique sur le Cysticerque ( CysticercAis cellulosœ) , observé dans l’œil humain; par M. Sichel; suite et fin. — Mémoire sur les corps fibreux de la mamelle; par M. Cruveiliiier. — IL Revue critique. — Chirurgie. — Sur une nouvelle méthode de Mter la guérison des plaies récentes. — Eventration congéniale ombilicale énorme, quia laissé vivre l’enfant pendant deux mois et demi. — Obstétrique. — Sur la prétendue stérilité des femmes nées sœurs jumelles de garçons. — Pharmacologie chirurgicale. — Préparation de l’onguent mercuriel. — III. Bulletin clinique. — De la manière dont la marche s’exécute après l’amputation dcChopart; par M. Malgaigne. — IV. Bibliographie. — Exposé des travaux de la Société royale de médecine, chirurgie et pharmacie de Toulouse, depuis le 8 mai 1842 jusqu’au 14 mai 1815. — • V. Nouvelles et Variétés. — Académies. — Issue du procès intenté par M, Guérin au Journal de chirurgie.

TRAVAUX ORIGINAUX

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En médecine comme en chirurgie, mais en chirurgie plus encore qu’en médecine, ce qui distingue le vrai praticien, ce qui fait la gloire et la moralité de l’art, ce n’est pas seulement de savoir ce qu’il faut faire, mais encore et surtout de savoir ce qu’il ne faut pas faire. L’inaction a sans doute quelquefois ses dangers, mais bien moins fréquents et surtout bien moins graves que ceux de faction désordonnée, aveugle, sans principes et sans frein.

Dans un travail qui n’a pas manqué de retentissement , en exposant les premiers résultats de notre enquête su v quelques illusions orthopédiques , nous avions donné l’histoire d’une paralysie du pied traitée par la section du tendon d’Achille ; et quelles qu’eussent été nos impressions, nous nous étions borné à cette réflexion assurément fort bénigne : s'il s'agissait ici d'une question de thérapeutique , nous aurions bien quelque chose à dire de cette section du tendon pour une paralysie . Depuis lors l’occasion de traiter cette

(1) Un extrait de ce mémoire a été adressé à l’Académie royale des sciences , le 5 février

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question ne s’était pas présentée; mais elle vient (le nous être offerte par la Gazette médicale , d’une façon tout inopinée et qui veut que l’on s’y arrête.

Voici ce qu’on lisait dans un des derniers feuilletons de ce journal:

« Un chirurgien a à traiter un pied difforme, où tous les muscles, moins deux ou trois, sont paralysés. Ceux qui ne sont point paralysés sont rétractés, et ils entraînent le pied dans le sens de leur action. Cependant, si on ne peut guérir la paralysie avec la ténotomie, on peut et on doit corriger la direction vicieuse du pied, en divisant les tendons qui la commandent et l’entretiennent. Cela est fait. Un docteur en critique intervient, et il déchaîne ses foudres contre l’opérateur et contre l’opération, sous le prétexte qu’on n’a jamais vu traiter la paralysie des muscles par la section des tendons. On lui fait remarquer qu’il y a souvent dans le même membre des muscles rétractés et des muscles paralysés ; que les uns peuvent être divisés alors qu’on se borne à réveiller l’action des autres ; on lui apprend tout cela, et on justifie cette réponse: Ne sutor ultra crepidam. Qu’importe, il persiste; il en sait infiniment plus qu’ Appelles. »

Il ne faut pas faire trop attention à ce style étrange, à ce ton de mauvaise humeur dans lequel se complaît le rédacteur orthopédique de la Gazette médicale, et qui ne peut blesser tout au plus que le goût de ses lecteurs. Mais ce qui est autrement grave, et ce qui entraînerait des conséquences bien plus fâcheuses, c’est la doctrine qu’il essaie enfin de formuler après l’avoir mise en pratique, et c’est là surtout ce qu’il importe d’examiner.

Suivant cette doctrine, lorsque dans un membre il y a des muscles paralysés et d’autres qui ne le sont point, on peut et l’on doit diviser ceux-ci , dans le but de corriger la direction vicieuse du membre. Pourquoi les coupe-t-on? Parce qu’ils sont rétractés et qu’ils entraînent le membre dans le sens de leur action. Et l’on ajoute que cela a été fait, ce qui s’entend sans nul doute du succès obtenu; et cette affirmation a plus particulièrement pour objet le fait du pied paralytique que nous mentionnions tout à l’heure.

Un premier point à éclaircir ici est de savoir ce que l’auteur entend par des muscles rétractés. S’agit-il de la rétraction physiologique pure et simple, qui se rencontre dans tous les muscles sains opposés à des muscles paralysés? On serait tenté de le croire d’après le texte rapporté plus haut ; et il est très-certain que, dans le pied paralytique en question, on a coupé le tendon d’Achille pour la simple rétraction physiologique de ses muscles. Dans ce sens, la nouvelle doctrine est tellement en opposition avec les notions les plus positives de la chirurgie et du sens commun, qu’il est véritablement superflu de la combattre. Jamais un muscle, agissant par sa seule rétraction physiologique, ne s’opposera à ce que le pied soit ramené dans la direction naturelle par l’effort de la main, par l’application d’une bottine. Et si vous procédez à sa section, qu’en espérez-vous donc? Ou bien la réunion se fera, le muscle reprendra plus ou moins de sa force, et se trouvera toujours assez puissant pour dévier le pied paralysé ; ou bien l’action sera perdue, et au lieu d’une paralysie partielle, on aura procuré une paralysie complète. Est-ce là un résultat à rechercher?

Mais le deuxième point à éclaircir, c’est le succès obtenu. Cela a été fait, dit le texte, ce qui présente aussi deux sens. Si l’on a voulu dire que la section avait été faite en dépit des contre-indications, le mot est juste, cela a été fait. Mais si, comme le bon sens porterait à le croire, cela signifie que le succès a suivi l’opération, alors, non : cela n’a pas été fait; et sans plus de discours nous remettrons le fait sous les yeux de nos lecteurs.

Ons. I .—-Paralysie du pied simulant le pied-bot ; section du tendon d’ Achille ; nullité du

résultat.

« Eugénie Briard , âgée de 6 ans , demeurant rue de l’Ecole-de-Médecine, 37 ; entrée le 31 août 1842 dans le service orthopédique de l’hôpital des Enfants, sortie le 29 septembre.

« Née avec une très-belle conformation, elle eut à 2 ans des convulsions à la suite desquelles la jambe gauche demeura paralysée. Peu à peu la jambe parvint à se fléchir et à s’é-

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