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MALGAIGNE. SUR L’ABUS ET LE DANGER DES SECTIONS TENDINEUSES

ments fort peu étendus. On peut avec la main, sans effort, le rarrliher presque à l’angle droit sur la jambe; les tendons des péroniers et le tendon d’Achille opposant une trèsfaible résistance.

La cuisse gauche est aussi légèrement fléchie sur le bassin, et ne jouit que d’une abduction et d’une adduction plus faibles encore que la droite. La jambe est fléchie sur la cuisse, dans la rotation en dehors, et dans une abduction très-marquée. Le genou est donc plus saillant en dedans que celui du côté droit ; mais la subluxation du tibia est moindre. Le mouvement de flexion est très-borné.

Le pied gauche déformé en équin varus est presque absolument paralysé ; à peine y a-t-il un mouvement sensible des orteils.

Ajoutez que ces deux pieds sont rouges, gonflés ; que la malade a continuellement froid aux deux jambes, et que le pied gauche en particulier est d’un froid de glace.

Si l’on compare cette description avec celledeM. Guérin, onn’y trouvera pas de différence bien sensible. La subluxation, la rotation en dehors, l’abduction de la jambe qu’il se flattait d’avoir corrigées, existent encore aujourd’hui sur les deux membres; déjà, deux ans et demi avant nous, M. Phillips les avait à peu près retrouvées aussi marquées; de telle sorte qu’à cet égard l’opération a été tout au moins inutile. Mais elle a eu d’autres suites plus fâcheuses ; avant l’opération, la malade ne souffrait jamais des membres inférieurs; aujourd’hui, toutes les fois que le temps se refroidit ou veut changer, elle ressent dans les pieds et les genoux, vers les points traversés par l’instrument, des douleurs vives et telles qu’il lui semble, dit-elle, qu’on l’opère de nouveau.

Ces résultats ont été obtenus moyennant 16 sections. Nous savons déjà qu’il y en a eu 4 au genou droit et 4 au genou gauche ; mais, dans la deuxième séance, il a été pratiqué au genou droit 2 sections nouvelles. Total, 10. Le pied droit a eu pour sa part 4 sections, le pied gauche 2 ; en tout 16 pour les membres inférieurs.

3° Membres supérieurs. — Le bras droit a tous ses mouvements libres , il en est de même de l’avant-bras; mais la main est fortement gênée. Comme ici les suites ont été plus tristes, la malade a eu le temps de comparer son ancien et son nouvel état pour en faire une description très-minutieuse; voici dans quel état elle était avant l’opération.

La main se présentait dans une abduction forcée, un peu fléchie en arrière, conservant un mouvement très-borné de flexion et d’extension sur le poignet. Le pouce était droit, sans aucun mouvement; les quatre autres doigts à demi fléchis étaient presque entièrement immobiles; seulement, déjà quasi-collés les uns contre les autres, ils pouvaient se rapprocher encore un peu, mais d’un mouvement presque imperceptible. Le médius seul avait conservé un petit mouvement de flexion qui lui permettait de se porter vers le pouce; la jeune fille tenait donc son aiguille entre ces deux doigts avec assez de force pour l’implanter dans le linge, puis la reprendre et la tirer de l’autre côté ; si le linge était dur, elle poussait l’aiguille avec les doigts, et si cela ne suffisait pas, elle la retirait avec les dents. Moyennant toutes ces ressources, elle pouvait s’occuper à la couture toute la journée sans se fatiguer ; à l’exception de certains jours, où, soit à cause de peines morales, soit qu’elle fût prise de maux de nerfs, elle ne pouvait s’adonner au travail.

Lorsque M. Guérin eut guéri les deux membres inférieurs, ainsi qu’on vient de le voir, il se mit donc en devoir de guérir aussi les autres; et, commençant par cette main, il fit trois sections tendineuses à travers deux piqûres qui se voient encore près de la tabatière. Ces trois sections n’ont point causé d’accidents, n’ont point laissé de douleurs à leur suite; et ont ramené la main à l’extension directe sur l’avant-bras. Mais, d’un autre côté, les mouvements déjà si faibles ont encore diminué ; le médius ne se rapproche plus du pouce ; en conséquence la malade ne peut plus tenir son aiguille qu’entre le médius et l’annulaire, ou entre le pouce et l’index ; mais, dans l’un et l’autre cas, avec si peu de force que le moindre choc la fait tomber. Pour coudre, elle porte la pointe de l’ aiguille sur le linge, la pousse avec le poignet, la tire avec les dents, puis la reprend

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de la même maniôro#On conçoit tout ce qu’une pareille manoeuvre a de pénible ; aussi la malade est fatiguée et obligée de s’arrêter après quelques minutes.

Quant au bras gauche, l’avant-bras est fléchi à angle droit et en demi-pronation , la main étendue, absolument paralysée du mouvement ainsi que les doigts. M. Guérin voulait aussi opérer de ce côté ; mais la malade s’y est refusée.

En revenant sur les points essentiels de cette observation, on voit qu’elle se rattache directement à la première en ce que dans toutes deux on a opposé la ténotomie à des difformités entretenues par la paralysie. Mais ici le champ de T expérimentation a été plus étendu ; on s’est attaqué aux pieds, aux genoux, à la main.

Quant aux pieds, on n’a rien gagné, on ne pouvait rien gagner ; l’opération a etc inutile et nuisible.

Quant aux genoux, on n’a rien gagné, on ne pouvait rien gagner; l’opération a été inutile et nuisible.

Et quant à la main, le résultat a été plus défavorable encore, puisque des mouvements précieux ont été amoindris et perdus.

Maintenant, que l’on ait annoncé en pleine Académie des sciences, que des difformités des genoux il ne restait qu’un certain degré de flexion permanente, tandis que nous avons constaté le contraire; cela prouve seulement une grande facilité à se persuader ce que l’on désire, à moins qu’on n’aime mieux dire que le bénéfice obtenu n’a pas pu être conservé. Mais cela est peu de chose : ce qui doit par-dessus tout être hautement signalé, c’est le danger d’une doctrine qui recommande, cpii prescrit des opérations de ce genre. Car lors même que par hasard on aurait corrigé la subluxation, la torsion et l’abduction de la jambe, quel profit la malade en aurait-elle retiré? Etait-ce bien la peine , pour donner une forme un peu meilleure à des membres impotents et paralytiques, de la tenir neuf mois à l’hôpital, et de lui faire subir 19 sections de tendons? Si ces opérations avaient un but, qu’on nous le dise ; mais si ce but ne peut être assigné, ou si, ayant été poursuivi, il a été manqué, qu’on cesse de préconiser des essais que repousse la saine chirurgie.

On peut cependant, jusqu’à un certain point, comprendre et peut-être excuser ces tristes tentatives, en considérant qu’elles étaient nouvelles, que l’auteur avait à démontrer les avantages d’une méthode opératoire dont il revendiquait la découverte ; et qu’il était bien séduisant de pouvoir dire le premier au monde qu’on avait coupé en une fois 13 muscles ou tendons sans accidents immédiats. Mais, après un revers aussi éclatant, peut-être le ténotome aurait-il dû se montrer plus réservé , et l’on n’aurait pas dû s’attendre à voir de nouveaux essais dépasser encore les premiers.

C’était donc le 29 juin 1840 qu’Eugénie Wilson était renvoyée du service orthopédique; deux mois plus tard, le 25 août, un jeune homme de 22 ans subissait, à la Muette, 42 sections de tendons, démuselés ou de ligaments; et six jours après l’annonce en était portée à l’Institut dans les termes qu’on va lire.

« Le 25 de ce mois, à cinq heures du soir, j’ai fait, sans désemparer, sur un jeune homme de 22 ans, la section sous-cutanée de 42 muscles , tendons ou ligaments , pour remédier à une série de difformités articulaires du tronc et des membres, causées par la rétraction active de ces muscles et ligaments. Cette série d’opérations a exigé 28 ouvertures à la peau. Les muscles, tendons et ligaments divisés sont les suivants :

Au tronc . . Le grand pectoral . 1

!Les deux biceps brachiaux . 2

Les ronds pronateurs . . . 2

Les deux radiaux antérieurs . * . . 2

Les deux fléchisseurs communs superficiels . 2

Les deux petits palmaires . . . . . 2

ÎLes tendons isolés des deux cubitaux antérieurs . 2

Ceux des grands et petits palmaires..... . 4

Ceux des grands abducteurs du pouce . 2

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