‹ Journal de chirurgieChapitre 16 sur 113 · AUX AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

AUX AVANT-BRAS

MALGAIGNE.—SUR lVbüS ET LE DANGER DES SECTIONS TENDINEUSES.

ÎLes deux couturiers . . . M, . g

Les deux biceps cruraux. .... « . . 2

Les deux demi-membraneux . 2

Les deux demi-tendineux . 2

Les deux droits internes . 2

Fascia lata . 1

Ligaments latéraux externes . 2

/ Les deux tendons d’Achille . 2

i Les deux jambiers antérieurs . . . 2

Aux deux pieds ... I Les deux extenseurs communs . 2

I Les deux extenseurs propres du gros orteil . 2

V Les deux péroniers antérieurs . . . 2

« Voici les résultats immédiats de ces opérations :

« L opéré n’a éprouvé qu’une douleur et une fatigue médiocres; il n’a proféré aucune plainte pendant les opérations, et celles-ci ont duré une heure. Une heure après, il s’est endormi d un sommeil calme. La nuit et le jour suivant ont été très-tranquilles. Aucun accident inflammatoire n est survenu, et le 3e jour, les 28 plaies étaient complètement cicatrisées. Aujourd hui, 5e jour de ces operations, les points de la peau qui ont été divisés sont débarrassés de toute espèce d applications, et on distingue à peine les traces des cicatrices. »

Puis venaient les noms des médecins qui avaient été les témoins de ces opérations ; et

revenant à ses procédés opératoires et aux difformités qui en avaient été l’objet , l’auteur ajoutait :

« Je me propose de faire connaître les uns et les autres en communiquant en temps opportun à l’Académie le résultat définitif de ces opérations. »

En présence de semblables témérités produites au grand jour avec une confiance inouie, il faut le dire, non sans regret, la presse médicale manqua à sa mission. Elle aurait dû s enquérir si ces opérations multipliées outre mesure avaient été nécessaires

ou même fondées sur quelque apparence d’utilité; il eût fallu demander pour quel ensemble de difformités l’on avait ainsi taillé cet homme aux quatre membres ; pourquoi 1 on n avait pas du moins échelonné les sections, de façon à n’en pratiquer à la fois que le nombre strictement indispensable; et, enfin, c’était pour elle un droit et un devoir d exiger qu on lui rendît compte des suites ainsi qu’on l’avait promis.

Elle se tut, soit par dédain, soit par toute autre cause; peut-être attendait-elle les résultats annoncés, et c’est ce qui explique le mieux son silence, car depuis bientôt quatre ans elle en est encore à attendre ces résultats. Il nous a fallu chercher dans la presse politique le peu de renseignements que nous pouvons ajouter ici; M. Donné, rédacteur du feuilleton scientifique du Journal des Débats , avait été l’un des témoins de

l’opération; il avait examiné le malade ; c’est par lui que nous savons que c’était:

« Un pauvie jeune homme de 22 ans, dune bonne famille, d’une intelligence développée, perclus de tous ses membres, et condamné à une misérable existence par suite d’une chute et d’une commotion du système nerveux arrivée dans son enfance, qui avaient mis tous les muscles de ses bras et de ses jambes dans un tel état de contraction que ces quatre membres étaient repliés sur eux-mêmes , accollés au tronc et dépourvus de tout mouvement. ( Débats du 3 septembre 1840). »

On le voit; il s agissait d’une paralysie plus complète encore que celle d’Eugénie Wilson, et 1 opération pouvait passer à l’avance pour bien plus irrationnelle encore. Apiès la section des muscles, on s’occupa de redresser les membres ; et le 23 septembre, on annonçait dans les Débats , que l’état du malade était très-satisfaisant , tant sous le rapport de l absence de tout accident que par les progrès rapides et remarquables qui s étaient déjà opérés vers la guérison de sa déplorable infirmité , On promettait d’ailleurs de faire connaître le résultat définitif.

TRAVAUX ORIGINAUX

Plusieurs mois se passèrent ; la Gazette médicale restait muette ; le Journal des Débats revenant sur ces opérations fit entendre alors un langage plus sévère :

« Quant au résultat final, disait-il, nous ne le jugeons pas encore, nous n’avons pas d’opinion positive îi cet égard, et il faut du temps pour apprécier leur valeur réelle, leurs avantages définitifs; nous y reviendrons un jour (6 janvier 1841). »

Nouvelle promesse, qui devait être aussi. vaine que les précédentes. Mais Mtons-nous de déclarer que la faute n’en saurait être imputée à M. Donné; que ce loyal et consciencieux écrivain fit ce qu’il put pour arriver à la connaissance des résultats qu’il avait promis au public ; il invita à plusieurs reprises M. Guérin à représenter son malade à l’Académie, toujours en vain; et il nous a autorisé lui-même à répéter ce qu’il a bien voulu nous dire à cet égard.

Du reste, ce que le raisonnement faisait prévoir sur la valeur des résultats, l’expérience est venue malheureusement le confirmer ; un chirurgien se laissa égarer par l’exemple; mais du moins s’empressa-t-il de confesser son erreur, et d’apprendre à ses confrères ce qu’il lui en avait coûté, afin que personne autre ne fût assez imprudent pour l’imiter.

« Cette opération, dit-il, venait d’être publiée à l’Académie des sciences; elle avait donc par ce moyen acquis de la valeur et l’on pouvait la répéter sans pour cela montrer trop de témérité. J’eus bientôt l’occasion de l’exécuter; mais le résultat ne donna pas tout ce que l’on était en droit d’espérer de l’annonce de M. Guérin. Comme il s’est tu sur les suites de son opération, je ne sais s’il a été plus heureux que moi. Voici l’opération que j’ai faite.

Obs. III.— Contracture générale compliquée de paralysie ; section de 28 muscles ou tendons;

résultats définitifs.

« Jérigen Son, âgé de 11 ans, de la colonie allemande â Saint-Pétersbourg, eut le choléra à l’âge de deux ans : il fut assez heureux pour échapper à cette désastreuse maladie, mais sa convalescence fut le commencement d’un supplice qui paraît ne devoir finir qu’avec la vie. Cet enfant me fut envoyé par un médecin qui me le fit voir comme un phénomène curieux. J’examinai ce sujet avec intérêt; et, en étudiant successivement les membres, je vis, contractés avec violence, les muscles grands dorsaux, les deux pectoraux, les sus-épineux et les sous-épineux, les deux biceps du bras, les deux ronds pronateurs, les deux grands palmaires, les deux petits palmaires, les fléchisseurs superficiels. Les membres inférieurs étaient déviés par la contraction des muscles droits internes; les deux biceps, les demi-tendineux et les demi-membraneux fléchissaient la jambe sur la cuisse, et les muscles du mollet tiraient le talon fortement en haut.

« Ce petit être replié sur lui-même, présentait l’aspect le plus misérable. Que l’on se figure une créature chétive, souffrante, étiolée, l’œil éteint et bordé d’un cercle bleu, sans apparence de vie, comme du plomb; les bras invinciblement liés contre la poitrine, les avant-bras fléchis, sans mouvement sur les bras, les mains en forme de crochet, repliées sur la face interne des avant-bras, tous les doigts cramponnés dans la main , comme ceux des cadavres que l’on retire de l’eau ! Que l’on se figure les cuisses soudées au bassin, les jambes fléchies en angle aigu sur les cuisses, et les pieds presque renversés sur les jambes ! Que l’on se figure un être aussi misérable, et l’on sentira en soi-même qu’il était permis d'oser pour chercher à le soulager.

« Je fus encouragé à pratiquer cette opération par son excellence M. Arendt, qui avait vu M. Guérin couper les tendons dont je viens de parler. Tous ces muscles et ces tendons nommés plus haut furent divisés; cette créature rabougrie fut allongée, mais aucun mouvement ne fut rétabli (1). »

Cette dernière phrase est un peu concise, et bien qu’elle dise tout ce qu’il faut dire pour quiconque la voudra méditer, il importe de lui donner ici toute sa signification réelle; nous ne dirons rien d’ailleurs que nous ne tenions de M. Phillips lui-même.

(1) Ch. Phillips, De la ténotomie sous-cutanée , in-8°, 1841, pag. 18.

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