SICHEL. — MÉMOIRE PRATIQUE SUR LE CYSTICERQUE
Eli bien, cette créature misérable , rabougrie , comme il la peint si énergiquement, avait encore au moins quelques mouvements profitables ; ce corps malheureux replié en boule, pouvait, en vertu même de cette triste forme, s’incliner à droite, à gauche, en avant, en arrière, comme ces poussahs de plâtre destinés à l’amusement des enfants ; et si les membres supérieurs collés à la poitrine ne pouvaient s’élever vers la bouche, la tête en s’inclinant en rapprochait la bouche, devenue le principal organe de la préhension. Mais quand tous les membres eurent été allongés, tous ces avantages furent perdus ; les bras collés le long du tronc ne servaient plus à rien; le corps immobile dans sa longueur comme une barre d’acier, ne pouvait se retourner ni s'incliner d’aucun côté; la tête seule restait mobile et vivante sur ce tronc réduit presque à l’état de cadavre: position affreuse et devant laquelle l’imagination n’ose s’arrêter.
Depuis le' 1er août 1839 jusqu’au 1er juillet 1843, il est entré dans le service orthopédique de l’hôpital des Enfants six sujets atteints de paralysie plus ou moins complète. Quatre paraissent avoir été générales ; de ces quatre sujets, l’une est Eugénie Wilson dont nous avons raconté l’histoire ; une seconde n’est restée dans le service que 6 jours; les deux autres sont mortes à l’hôpital, et autant qu’il paraît avant d’avoir subi aucune opération. Des deux cas de paralysie incomplète, l’un se rapporte à Eugénie Briard, l’autre à une enfant notée comme atteinte à la fois de pied-bot et de paraplégie; il m’a été impossible de la retrouver.
En y joignant le malade aux 42 sections et l’opéré de M. Phillips, vous aurez la liste complète de tous les sujets sur lesquels a été appliquée la doctrine de la Gazette médicale y et elle se trouvera naturellement jugée par les fruits qu’elle a déjà portés.
Mémoire giratiepae gi&r le Cysticerque ÇCystieev'C'WS eeiitv* tose&J, observé dans /’ œil humain; avec quatre observations inédites de l'auteur ; par le docteur Sicihul. (Suite et fin.)
§ XI.— De la capsule ou enveloppe du cysticerque , de ses caractères anatomiques et de ses rapports avec les parties voisines.— Les auteurs qui ont rapporté des observations de cysticerques placés sous la conjonctive n’ont presque pas parlé de la capsule qui enveloppe cet entozoaire ; elle donne cependant lieu à des considérations qui nous paraissent intéressantes et de quelque importance.
Cette capsule à laquelle les helminthologistes eux-mêmes n’ont accordé qu’une trèsmédiocre attention est, selon nous, une espèce "de kyste fibreux. Nous disons une espèce, parce que, semblable en cela à tous les kystes formés autour de corps étrangers et destinés à les isoler et à les rendre inoffensifs, elle ne consiste qu’en couches nombreuses de tissu cellulaire, superposées, condensées et réunies en une seule membrane dans la composition de laquelle n’entrent point ces filaments fibreux véritables et entre-croisés d’une manière particulière qui sont essentiels au tissu fibreux proprement dit. Cette enveloppe externe n’est point constante; elle existe seulement lorsque l’espace où l’animal prend naissance est plus ou moins restreint et riche en tissu cellulaire, tissu qui forme, pour ainsi dire, le nid de l’animal. C’est ainsi que dans l’œil elle ne se trouve que lorsque la tumeur a son siège sous la conjonctive scléroticale ; elle manque lorsque l’animal occupe les chambres de l’œil où il ne vient en contact qu’avec des liquides ou, tout au plus, avec des membranes tapissées par une quantité minime de tissu cellulaire. Sous la conjonctive cornéenne, où ce tissu est très-peu abondant, le kyste manque également ou est extrêmement mince.
Lorsque le kyste est placé sous la conjonctive scléroticale , sa surface antérieure est recouverte par cette membrane à laquelle il est à peine adhérent et dont il se sépare très-facilement par la dissection. Il est en général très-dur ; cependant, lorsque sa paroi antérieure est très-mince (n° 8), il présente moins de rénitence au doigt. Une membrane extérieure fibreuse très-consistante et très-épaisse en constitue la plus grande masse.
42 TRAVAUX ORIGINAUX
Dans ma première observation, il avait presque partout un millimètre d’épaisseur, circonstance qui m’étonna beaucoup, ainsi que M. Baum, et nous fit même momentanément abandonner notre diagnostic, ce confrère distingué, dans le cas qu’il avait observé, n’ayant pas trouvé de kyste. Dans ma seconde observation, l’épaisseur de la capsule était d’un millimètre et demi et dans plusieurs endroits de deux millimètres et au delà. Dans mon troisième cas enfin, fibreux et épais dans sa partie postérieure, il était mince, séreux et transparent dans sa moitié antérieure. A sa surface interne, c’est-à-dire du côté de sa cavité, cette capsule, comme tous les kystes fibreux, est tapissée par une membrane séreuse très-fine, blanchâtre, très-lisse et étroitement adhérente au kyste. Du côté de l’animal qu’elle enveloppe, deux fois cette séreuse était entièrement libre; une fois seulement elle était adhérente par un point très-restreint à la surface externe de la vessie caudale, adhérence qu’on doit regarder comme purement accidentelle, dépendante de l’épaisseur du kyste, de la pression et de l’irritation qui en résultait. Dans aucun cas je n’ai pu observer de liquide ni de cavité entre l’animal et la séreuse. Dans l’observation de M. Baum, où l’animal, après sa sortie, paraissait avoir conservé toute son intégrité, il 11e s’est pas non plus écoulé de liquide. D’après M. Estlin (n° 4) une fois « l’ouverture du kyste donna issue à unfiquide visqueux peu purulent, au milieu duquel était l’hydatide, » et une autre fois (n° 2) « il s’écoula une sérosité ténue avec l’entozoaire qui s’échappa spontanément, et dont la vessie a été ouverte pendant l’opération. d De tout cela, je crois pouvoir conclure que le liquide que Ton a vu s’écouler sur le vivant, était celui contenu dans la vessie caudale du ver, ou un liquide purulent formé accidentellement entre la vésicule de T entozoaire et la séreuse interne du feuillet antérieur du kyste fibreux, par l’action de quelque cause irritante sur la face externe de la tumeur et la conjonctive qui la recouvrait. Une irritation semblable avait produit, dans ma deuxième observation, une adhérence très-circonscrite entre la face interne de la membrane séreuse et la face externe de la vessie caudale. A l’état normal la cavité séreuse du kyste doit être tout au plus lubréfiée par une très-petite quantité de liquide.
Le kyste, libre ou très-superficiellement attaché du côté de la conjonctive par une petite quantité de tissu cellulaire fin et lâche, est adhérent par sa face postérieure à la partie correspondante de la sclérotique. Cette adhérence, effectuée par un tissu cellulaire dense et serré, est d’ordinaire très-intime. Il s’ensuit qu’en général la mobilité du kyste n’est que partielle, bornée à des mouvements de déplacement latéral plus ou moins étendus, sans que le centre de sa face postérieure quitte jamais sa place. Il s’ensuit également que sa dissection à la base est très-difficile et ne peut se faire que lentement, si on ne veut entamer la sclérotique. D’ordinaire aussi cette membrane, après l’ablation de la tumeur, reste recouverte, à l’endroit de l’adhérence la plus intime, d’un peu de tissu cellulaire épaissi.
Ayant rencontré cette capsule fibreuse dans toutes mes observations, même là où je ne m’attendais point à la trouver, je dus être étonné de ne point la voir mentionnée par les auteurs, et je tâchai de me rendre compte de cette différence entre les résultats de leurs recherches et des miennes. Or voici comment je crois pouvoir l’expliquer :
Cette capsule, quand elle existe, ne se forme que très-lentement, en passant par diverses phases. Lorsque le parasite, plongé dans le tissu cellulaire, est parvenu à un certain degré de développement, il ne peut plus s’accroître en volume, sans agir sur ce tissu, l’irriter, le comprimer et le changer en une lame mince et séreuse. D’autres couches celluleuses venant successivement s’appliquer à celle-ci et s’y souder, il résulte finalement de leur réunion une membrane fibreuse plus ou moins dense et épaisse. Voici pourquoi, dans les interstices des muscles et dans d’autres organes, le cysticerque, à son début, se trouve à nu, et, plus tard, est entouré d’une enveloppe tantôt mince et séreuse, tantôt fibreuse et épaisse. Il m’a été donné, il y a six semaines, d’examiner un morceau de chair de porc d’environ trois kilogrammes, dans les interstices des