SICHEL. — MÉMOIRE PRATIQUE SUR LE CVSTICERQUË
fibres musculaires duquel étaient logés plusieurs centaines de eysticerqües. Ces fibres étant en général faciles à déplacer et n’exerçant qu’une très-modique pression sur les entozohires, ceux-ci étaient presque tous libres ou entourés de tissu cellulaire normal et modérément dense. Dans quelques endroits seulement ce tissu, plus condensé, commençait à former, autour des eysticerqües plus étroitement resserrés entre les fibres charnues, une trame séreuse et semi-transparente, difficilement séparable en couches celluleuses, et à affecter la forme d’un kyste. Sur un petit nombre de ces animaux, l’enveloppe externe prenait déjà l’aspect d’un kyste plus prononcé, à parois plus épaisses, plus fermes et un peu fibreuses. On conçoit que, dans un espace circonscrit par des parties résistantes, l’animal, en augmentant de volume, doit comprimer et irriter cette enveloppe et tout ce qui reste de trame cellulaire dans le voisinage. Il s’établit ainsi dans ces tissus une espèce d’hypertrophie ou peut-être même de phlegmasie chronique avec exsudation et épaississement, comme semble le prouver l’adhérence entre la face interne séreuse du kyste et la vésicule caudale observée par moi dans un seul cas (n° 7).
C’est ainsi que peut s’expliquer la formation de ce kyste accidentel dont le ïbut semble être, non pas de protéger l’animal, mais bien plutôt de l’isoler et de le rendre inoffensif. Aussi me paraît-il probable que, lorsqu’il s’accroît au delà de certaines limites, ses parois trop épaisses et trop consistantes, en comprimant l’entozoaire cpii l’habite, mettent un terme à son existence. Il me sera permis d’opposer les considérations qui précèdent à celles que M. Knox d’Edimbourg fait valoir pour prouver que le kyste du cysticerque de la celluleuse n’est point formé par le tissu cellulaire ambiant. « Ce kyste semble avoir, » dit ce médecin (the Lancet, 16 juin 1838, pag. 397), <r une texture d’une tout autre nature; il est manifestement fermé sur tous les points, ce qui rend difficile d’imaginer comment l’entozoaire peut vivre à son intérieur et quel peut être l’usage de sa couronne de crochets, puisqu'il n'adhère pas au kyste et ne peut adhérer à l’animal sur lequel il vit. y> Rien ne prouve que le parasite, pendant la vie de l’animal sur lequel il existe, n’adhère point par ses organes de succion au kyste et ne peut en tirer de la nourriture, tant qu’il n’est pas étouffé par Y hypertrophie des parois de ce dernier. L’opinion de M. Knox et la ressemblance qu’il a trouvée entre l’enveloppe externe du cysticerque et la capsule du cristallin s’expliquent très-bien par le fait qu’il n’a rencontré ce vers intestinal que dans les interstices des fibres musculaires, où, nous l’avons déjà dit, il peut exister longtemps sans que sa membrane externe s’épaississe considérablement. Les idées que nous venons d’émettre gagnent encore en probabilité, si l’on considère que, d’après M. Knox, le cysticercus visceralis qu’on trouve attaché à la surface externe des organes contenus dans les cavités du corps des animaux, tels qui le foie et le diaphragme, ne possède point de kyste. Evidemment cela a lieu parce que, n’étant point plongé dans la substance même de ces organes , il ne peut en irriter et en hypertrophier le tissu cellulaire. Rappelons-nous aussi qu’il a de même été constaté que le cysticerque de la celluleuse, lorsqu’il est libre dans les chambres de l’œil, ne possède point ce kyste, qui, par conséquent, doit être accidentel et non, comme le pense M. Knox, une partie essentielle. Tout ce que nous avons vu jusqu’ici ne nous permet pas non plus de croire avec M. Klencke ( Gazette médicale de Paris, 1843, n° 52), que la capsule fibreuse soit formée par des débris de eysticerqües morts contenant par inclusion de nouveaux animaux de la même espèce.
La formation de la capsule par du tissu cellulaire comprimé et épaissi est aussi prouvée par les adhérences intimes qui existent entre la surface postérieure du kyste et la sclérotique , de même que par les vaisseaux qui- se rendent de la conjonctive à la tumeur, et par les flocons de tissu cellulaire serré qui, après son extirpation, restent attachés à sa surface externe et infiltrés de sang. Lorsque , sous la conjonctive , le germe du parasite a été plongé profondément dans le tissu cellulaire, de sorte qu’il en existe une égale quantité au devant de lui et en arrière, on imagine fadement que le kyste puisse acquérir les mêmes dimensions sur tous les points de
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son étendue. Lorsqu’au contraire le germe a été déposé à la surface du tissu cellulaire, presque immédiatement sous la conjonctive, il est naturel que le feuillet antérieur de la capsule puisse rester plus ou moins séreux , tandis que le feuillet postérieur pourra devenir fibreux et très- épais. Toutes les fois que le kyste sera mince, il sera facile à méconnaître, surtout lorsqu’on ne s’attend pas à son existence. C’est ce qui a eu lieu dans tous les cas observés par les auteurs cités, où l’enveloppe extérieure de l’animal n’a été ni recherchée, ni même soupçonnée.
On comprendra donc comment elle a pu passer inaperçue, surtout lorsqu’elle a été trèsfine, ce qui semble avoir eu lieu dans la plupart des cas. M. Baum (n° 1) a trouvé le cysticerqueà nu sous la conjonctive et n’a point observé de kyste, soit que celui-ci ait manqué complètement, soit qu’il soit resté très-mince et n’ait point été aperçu. Nous nous arrêterons à cette dernière opinion. La tumeur n’a eu que le volume de la moitié d’un pois, et ne s’est pas accrue davantage pendant les six mois qui se sont passés jusqu’à l’opération. Par conséquent l’irritation et la compression du tissu cellulaire ambiant ne devaient pas être assez fortes pour produire une capsule épaisse. M. Estlin (n° 2) n’a pas trouvé de kyste non plus ; la conjonctive distendue devint immédiatement flasque après l’opération. La tumeur vésiculaire et du volume d’un pois moyen seulement avait été découverte peu de jours avant l’opération; le kyste pouvait donc être peu développé et facile à méconnaître. La vessie caudale, égalant un petit grain de groseille, avait été ouverte pendant l’incision de la tumeur avec un couteau à cataracte. L’auteur ajoute en outre les paroles suivantes qui ne laissent point de doute dans notre esprit qu’une capsule fibreuse, prise par erreur pour un second ver, n’ait existé réellement et ne soit restée sous la conjonctive: « En examinant l’œil de l’enfant, après avoir fait sortir le contenu de la tumeur, il me parut qu’une portion de membrane blanche, semblable au morceau (to the pièce) qui s’était échappé [c’est-à-dire au cvsticerque lacéré] restait sous la conjonctive, et ceci est apparemment ( apparently ) encore le cas aujourd’hui, bien que plusieurs jours se soient passés depuis l’opération. Cependant on ne peut encore découvrir aucune disposition à un retour de la tumeur. Il est probable qu’une autre hydatide existait, dont le kyste divisé a permis à son contenu de s’échapper. * Dans son second cas aussi (n° 4), M. Estlin n’a pas donné de description du kyste. Il est seulement dit : « que la conjonctive qui recouvrait la tumeur était considérablement épaissie [mnch thickened) et la tumeur elle-même tendue ( tense ) et pas très-élastique. » Dans aucun des trois cas l’existence de la capsule de l’animal n’a été prévue, et par conséquent aucune recherche ne fut faite pour la découvrir sous la conjonctive ou l’extraire. M. Estlin a pratiqué une fois (n° 2) une ponction, et l’autre (n° 4) une incision avec le couteau à cataracte; un kyste commençant, dans sa première observation, et déjà un peu plus épais, dans la deuxième, pouvait facilement passer inaperçu et être résorbé après l’extraction de l’animal. Au moins avons-nous vu qu’un lambeau considérable delà paroi postérieure du kyste, resté lors de notre troisième opération, n’a nullement empêché la parfaite cicatrisation de la plaie. Il est également possible que le kyste très-mince ait été emporté en partie ou en entier par la suppuration. Les mêmes considérations s’appliquent au premier cas, où l’animal est sorti après l’excision d’une portion seulement de la conjonctive, et au troisième cas où la ponction a été précédée de la cautérisation. Dans aucune de ces opérations la conjonctive n’a été disséquée sur toute la surface de la tumeur, comme nous l’avons fait chaque fois.
L’épaisseur et la forme du kyste varieront nécessairement selon le temps plus ou moins long qui s’est écoulé entre le moment où le parasite a été déposé sous la conjonctive et son extraction, selon la rapidité plus ou moins grande de son développement, et selon les différences de la quantité du tissu cellulaire qui tapisse la partie de la sclérotique sur laquelle il repose.
Lorsque la tumeur est placée sur la cornée dont la conjonctive est fine, séreuse, trèsadhérente et doublée d’une quantité minime de tissu cellulaire, la capsule du ver pourra manquer ou sera nécessairement toujours très-fine. Dans l’unique cas de cette espèce
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qui ait été observé (n° 5), M. Cunier, après avoir fait l’ablation de la totalité de la tumeur, la trouva presque dépourvue de kyste. Nous allons citer ses paroles à cause de l’intérêt que son récit présente sous plusieurs rapports (1) : « Ne me rendant pas un compte exact de la nature de cette tumeur, je ne voulus pas recourir à l’ablation, avant de m’être assuré, si, comme l’avait pensé Yan Onsenoort, on n’avait pas affaire à un kyste hydatique. Une ponction que je pratiquai amena la sortie de deux ou trois gouttes d’un liquide jaunâtre. Je voulais augmenter l’incision, mais le malade s’y refusa, demandant que je remisse au lendemain toute exploration ou opération ultérieures. » (L. c., p. 274)... « L’hémorragie assez abondante qui se manifesta, céda aux applications froides. Le fond de la plaie ressemblait de tous points à l’ulcération laissée par les corps étrangers que l’on a délogés de la cornée en détruisant le kyste qui les enveloppait. J’excisai le lendemain les petites franges qui marquaient sa délimitation ; des instillations avec une solution laudanisée de deuto-chlorure de mercure furent pratiquées, et après dix jours la cicatrisation était complète. Un collyre mou de précipité rouge avec l’huile de foie de morue, puis enfin une pommade d’hydriodate dépotasse furent employés, et après six semaines il ne restait qu’un léger nuage de la cornée qui s’est amoindri depuis, et qui n’apporte qu’un obstacle bien léger à l’exercice de la vision.
« J’avais remis à M. le docteur Yerheyen, qui me servait d’aide avec M. le docteur Muysche, la production enlevée, et il l’avait jetée dans un vase rempli d’eau tiède, qui se trouvait sur la table. Lorsque nous voulûmes l’examiner, nous ne fumes pas peu surpris de son changement de forme; elle représentait un corps transparent, vésiculeux, avec une extrémité à renflement, comme une calebasse de caoutchouc. Le lambeau de l’enveloppe kysteuse adhérait à la partie moyenne, qui était la plus étranglée. » (L. c., pag. 275.)
§ XII. — Quant aux caractères de l’animal lui-même , nous aurions encore à faire quelques remarques, que cependant, pour éviter des redites, nous réunirons à celles qui se présenteront à l’occasion du cysticerque logé dans les chambres de l’œil.
§ XIII. — Traitement pharmaceutique et chirurgical.— Lorsque la tumeur qui fait l’objet de nos recherches ne fait que naître, nous croyons qu’il ne serait point impossible d’en amener la résolution par l’application locale des anthelminthiques, tels que l’onguent napolitain, un collyre de sublimé, une solution concentrée de santonine ou d’extrait de tanaisie, ou enfin la teinture d’aloès étendue d’eau, moyen qui a réussi un grand nombre de fois contre les filaires qu’on rencontre assez fréquemment dans les yeux des ruminants. Cette application pourra, nous n’en doutons point, amener la mort de l’entozoaire dont l’absorption serait probablement suivie de l’affaissement de la tumeur et finalement de sa disparition. Mais il est rare que la tumeur soit découverte à une époque très-rapprochée de son début, où le kyste fibreux encore mince pourrait être facilement emporté par l’action des vaisseaux lymphatiques. Le traitement chirurgical d’ailleurs est si simple, si exempt de danger et si constamment suivi de guérison radicale, qu’il sera toujours préférable, et que l’emploi des moyens pharmaceutiques nous semble devoir être restreint aux seuls cas de cysticcrques et d’autres entozoaires développés dans l’ intérieur de l’œil ou d’une difficile extraction, comme les filaires placés sous la conjonctive. En principe, l’ablation du parasite nous paraît devoir toujours être accompagnée de celle de son enveloppe fibreuse extérieure. Sauf dans les cas rapportés par nous et dans celui de M. Cunier où l’animal
(1) Ce cas, nous le répétons, est le seul de cette espèce qui ait été observé- Une erreur, due sans doute aux termes peu clairs de la traduction dont il se servait, fait dire àM. Rayer (. Archives de médecine comparée, nos 2 et 3, 1843, p. 128) que, dans l’une des observations de M. Estlin, « la tumeur était située dans la portion conjonctivale qui recouvre l’union de la sclérotique avec la cornée. » C’est « au-devant de l’œil, sous la conjonctive et sur la scier tique, » que siégeait l’entozoaire, d’après la description de M. Estlin (n° 3),
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avait son siège sous la conjonctive cornéenne, cela n’a été ni pratiqué ni tenté, par la raison qu’on ne prévoyait point l’existence d’une pareille enveloppe, et que, dans presque tous les cas, la nature de la tumeur et de son contenu n’avait point été reconnue d’avance. Aussi le hasard plutôt qu’une idée méthodique a-t-il présidé au choix du mode opératoire. Tantôt c’était une ponction unique ou répétée ; tantôt cette ponction avait été suivie de l’agrandissement delà plaie, ou d’une incision; tantôt elle avait été précédée par la cautérisation de la surface de la tumeur. Dans d’autres cas, enfin, la tumeur avait été de prime abord incisée avec un kératotôme , ou une partie de la conjonctive qui la recouvrait avait été excisée. Par les ouvertures obtenues à l’aide de ces différents procédés, l’animal était sorti pendant l’opération même, soit spontanément, soit après une légère pression. Toujours, dans les cas rapportés par les auteurs, l’entozoaire s’est échappé sans son kyste extérieur fibreux qu’on n’a ni recherché ni môme soupçonné. Il en a été autrement dans nos opérations. Ayant toujours eu, avant d’opérer, une opinion arrêtée sur la nature de la tumeur sous-conjonctivale, nous avons constamment cherché à l’enlever en totalité, et nous pensons que cela est préférable, autant pour arriver, par une dissection minutieuse, à conserver l’entozoaire dans toute son intégrité et à confirmer le diagnostic, que pour obtenir une guérison radicale plus rapide.
Voici de quelle manière nous proposons de procéder à cette opération :
Lorsqu’il s’agit d’un adulte, et surtout d’une personne raisonnable et douée d’une ferme volonté, il suffit à la rigueur de deux aides, dont l’un fixera contre sa poitrine la tête du malade assis sur une chaise , en écartant les deux paupières avec les doigts des deux mains, et dont l’autre sera chargé d’étancher le sang. En général cependant, il est mieux, même sur les adultes, d’avoir plusieurs aides et de faire maintenir les paupières par des élévateurs et des abaisseurs. Quant aux enfants, comme pour les opérations de la cataracte et de la pupille artificielle, il est préférable de les opérer couchés, après les avoir préalablement fixés sur une planche à l’aide d’une longue et large bande dont les tours embrassent, depuis les épaules jusqu’aux mains, les membres supérieurs appliqués contre les deux côtés du tronc. Après que les paupières ont été suffisamment relevées et abaissées, un autre aide, se plaçant de manière à ne point gêner l’opérateur ni obstruer la lumière, applique une petite clouble-érigne dans la conjonctive et la sclérotique près du bord interne de la cornée, pour tourner le globe oculaire en dehors, lorsque la tumeur occupe la partie interne de la conjonctive, ou près du bord externe du miroir de l’œil, pour lui imprimer un mouvement de rotation en dedans, quand elle siège sur la moitié externe. En môme temps on dirige le globe oculaire plus ou moins en haut ou en bas, de manière à ramener la tumeur vers le milieu de l’orbite, si elle s’éloigne du diamètre transversal de l’œil, dont presque toujours jusqu’ici on l’a trouvée plus ou moins rapprochée.
Avec une pince anatomique fine et mousse, l’opérateur soulève un pli delà conjonctive, là où de la sclérotique elle se rend à la tumeur. Ce pli qui suivra un des grands diamètres de cette dernière est incisé en travers et très-près du bord de la grosseur. Puis l’incision est dilatée dans la plus grande étendue possible, sans toucher à la tumeur ellemême. En saisissant l’ extrême circonférence de celle-ci avec la pince ou une petite érigne double, à l’aide d’un petit bistouri convexe et étroit le chirurgien la détache dans la direction de l’incision de la conjonctive.il cherche à pénétrer immédiatement entre la sclérotique et la face postérieure du kyste, au centre ou près du centre de laquelle il implante, aussitôt qu’elle est mise à nu, une petite érigne simple ou double à pointe très-courte. C’est en tirant toujours sur cet instrument, mais sans exercer aucune pression, et en écartant de la sclérotique la paroi postérieure du kyste, qu’il finit la dissection tout autour de la circonférence vers le centre de la surface postérieure. Cela terminé, il peut confier T érigne à un aide et disséquer la conjonctive à la surface antérieure du kyste, au centre de laquelle on peut au besoin laisser adhérente une portion de cette membrane qu’on réséquera à l’aide de ciseaux; car d’ordinaire, pour peu
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que la tumeur soit volumineuse, on est forcé, après avoir terminé l’opération, de faire la résection d’un lambeau de la conjonctive disséquée qui ne se rattache point ou difficilement. Si l’on trouve la surface antérieure de la tumeur d’un aspect séreux, semitransparente, et laissant en apparence passer une partie de l’animal, on se gardera pour cela de douter de l’ existence de l’enveloppe extérieure, et on attaquera sans hésiter la dissection par la circonférence et la face postérieure, en évitant soigneusement de toucher à l’antérieure et d’exercer la moindre pression. Les adhérences entre la sclérotique et le côté correspondant du kyste étant très-intimes, il vaut beaucoup mieux se tenir plus près de cette membrane et en enlever plutôt un peu que d’entamer la capsule de l’entozoaire.
La conjonctive s’injectant fortement par l’application des élévateurs et de l’érigne, et des vaisseaux sanguins se rendant d’elle au kyste, l’écoulement du sang est en général très-considérable. Il faut qu’un aide, muni de plusieurs petites éponges fixées sur un manche, comme pour l’opération du strabisme, étanche continuellement le sang, en graduant la pression avec beaucoup de précaution, afin d’éviter de rompre le kyste lorsqu’il est encore mince. Peut-être pourrait-on se servir avec avantage d’une seringue d’Anel remplie d’eau froide pour remplacer les éponges. Il est bon que, pour le cas où sa rupture aurait néanmoins lieu, une autre personne tienne tout prêt un petit bocal rempli d’eau tiède, afin de recevoir l’animal s’il s’échappait pendant l’opération. Si cela arrive, le chirurgien ne lâche point prise, ou, si l’érigne se dégage malgré lui de la capsule fibreuse, il saisit de suite celle-ci avec une pince à dents et l’attire fortement en faisant éponger fréquemment. Il termine la dissection, ou, s’il n’y réussit point, il enlève, à l’aide de ciseaux oculaires courbés sur le plat, la plus grande partie qu’il peut atteindre du kyste.
Quand ranimai a son siège sous la conjonctive cornéenne , l’opérateur peut suivre en tout point le procédé opératoire dont M. Cunier s’est servi et que nous avons rapporté en détail à la fin du § XI .
La tumeur enlevée est jetée dans de l’eau tiède qu’on maintient toujours à la même température, On l’ouvre sous l’eau avec beaucoup de précaution, à petits traits d’un scalpel fin et de ciseaux oculaires courbés sur le tranchant. Quand l’animal est mis à nu, dès que la tête et le corps sont sortis de la vessie caudale, on le porte sous le microscope. Si, après quinze à vingt minutes d’attente, l’exsertion de ses organes n’a pas lieu, on aura recours à la dissection pour les mettre en évidence.
Le traitement après V opération est extrêmement simple. Des fomentations d’eau froide, des pédiluves, un régime peu nourrissant et au besoin quelques purgatifs en font tous les frais. Dans ma troisième observation , où l’opération rendue longue et laborieuse par les mouvements de l’enfant m’avait fait appréhender une ophthalmie traumatique violente, je n’ai pas même eu besoin de recourir à l’application de sangsues. Dans le cas où les fonctions des organes digestifs sont dérangées et cpie la présence de vers dans le tube intestinal a été constatée, il convient d’employer les tonicpies et les vermifuges.
La cicatrisation a lieu tantôt par le rapprochement spontané des lambeaux de la conjonctive et presque sans suppuration (nf) 7), tantôt avec suppuration et formation de bourgeons qu’on excise (n° 6). Dans l’un et l’autre cas la cicatrice devient linéaire. S’il reste un lambeau du kyste, la guérison n’en souffre point, comme nous avons pu voir dans notre troisième observation (n° 8). Des lambeaux du kyste ou le kyste entier semblent être restés d’ailleurs dans presque tous les cas rapportés par les auteurs. Il est sans doute résorbé, surtout lorsqu’il est mince ou incomplet; car, nous le répétons, il ne s’agit point ici d’un véritable kyste fibreux, mais d’une membrane plus ou moins épaisse formée seulement de tissu cellulaire condensé.
Lorsque le pli semi-lunaire recouvrait la tumeur et a dû être détaché pendant l’opération dans une étendue plus ou moins considérable, il s’est recollé promptement. Dans aucun cas les mouvements du globe n’ont souffert à la suite de l’opération ou de la cicatrisation,
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Ne passons point sous silence que dans notre troisième observation la dyspepsie et la fièvre ont cessé promptement après l’extraction du parasite.
§ XlY. — Du cysticerque observé sous la conjonctive chez les animaux.— -Quoique sur le porc le cysticerque soit une affection assez fréquente et ait été trouvé à plusieurs reprises dans les chambres de l’œil et dans l’intérieur de cet organe, néanmoins chez ce pachyderme il n’a été jusqu’ici rencontré entre la conjonctive et la sclérotique que par M. de Nordmann [Micrographische Beitrage , etc., pag. 13) et par MM. Gescheidt et Prinz (Ammon’s Zeitschrift fur Ophthalmologie , tom. III, pag. 442). Cette circonstance méritait de n’être point passée sous silence. Une seule fois aussi le cysticerque a été observé sous la conjonctive du chien par M. Cunier : « J’ai enlevé il y a deux ans, d dit cet ophthalmologiste distingué [Annales d’ Oculistique, tom. VI, pag. 277), « une tumeur renfermant aussi un cysticerque celluleux, qui s’était développé sous la conjonctive dans l’angle externe de l’œil d’une chienne de chasse que j’avais élevée: aucune cause traumatique n’avait, à ma connaissance, agi sur l’œil; seulement j’avais introduit entre les paupières, cinq mois auparavant, du pus provenant d’une ophthalmie purulente dont était affecté un militaire, et une blennorrhée oculaire en avait été la suite. L’instillation entre les paupières d’une solution d’azotate acide d’argent l’avait réprimée en deux jours. >
Sous le rapport de l’étiologie, il est remarquable que, dans notre troisième observation aussi (n° 8), une ophthalmie blennorrhagique a été la seule cause appréciable de la production de l’entozoaire (V. au volume précédent, pag. 408) (1).
ITIefliioire sur ÎC'S corgis fibreux «le la mamelle . lu à l’Académie de médecine , le d janvier 1844, par M. CnwEiLniER,
Je désire appeler l’attention de l’Académie sur un point d’anatomie pathologique et de pratique qui ne me paraît pas encore avoir été suffisamment étudié; je veux parler des corps fibreux de la mamelle , lésion extrêmement fréquente et qui est tous les jours confondue dans la pratique avec le squirrhe ou cancer dur de ces organes, et soumis comme tel à l’extirpation.
Cette note a pour but d’établir les caractères anatomiques et cliniques des corps fibreux de la mamelle, d’exposer les différences qui les séparent des squirrhes ou cancers durs de cet organe, de montrer que l’extirpation de ces corps fibreux n’est nullement nécessaire, qu’ elle est en quelque sorte facultative, car ces corps fibreux sont incapables de dégénération ; que dans les cas où ils sont extirpés, ils ne repullulent jamais , au moins dans le véritable sens de cette expression ; qu’en un mot, ces corps fibreux sont une lésion purement locale, une production organique indépendante de toute espèce d’infection générale de l’économie, soit comme cause, soit comme effet.
Puisse la discussion que cette lecture provoquera, sans doute, au sein de l’Académie, discussion que je sollicite dans le double intérêt de la science et de l’humanité, jeter quelque lumière sur ce point si important de pathologie, qui n’est mentionné ni dans le Traité des maladies chirurgicales de Boyer , ni dans le Traité des maladies du sein d’Astley Cooper, et qui est à peine indiqué dans les travaux les plus modernes et les plus complets sur les maladies des mamelles.
Comme, dans tou te question à résoudre, le point fondamental est d’en bien définir les termes, j’ai cru devoir faire précéder la description des corps fibreux de la mamelle de quelques considérations sur les corps fibreux en général.
Corps fibreux en général — Parmi les diverses espèces de productions organiques qui se développent au sein de nos tissus, il n’est pas d’espèce plus tranchée que celle désignée sous le nom de corps fibreux , de productions fibreuses .
(1) Note du rédacteur. —Nous espérons compléter prochainement ce travail si neuf et si remarquable, en publiant un nouveau mémoire du même auteur sur le Cysticerque développé dans les çlimbres du globe oculaire, dans son intérieur et dans la cavité orbitaire.