CRUVEILHIER. — MÉMOIRE SUR LES CORPS FIBREUX DE LA MAMELLE
l’épaisseur delà mamelle, sont très-exactement circonscrites, parfaitement distinctes du issu de la glande mammaire, à laquelle elles n’adhèrent en aucune façon, et dont elles paraissent complètement indépendantes ; elles ont la mobilité d’un ganglion lymphatique, et comme lui roulent sous le doigt, d’où sans doute le nom de glandes, sous lequel elles sont généralement désignées dans le langage vulgaire.
Ainsi, ferme sphéro'idale, circonscription parfaite, mobilité, indépendance du tissu de l’organe au milieu duquel ils sont développés, tels sont les caractères des corps fibreux de la mamelle ; et on voit que ces caractères sont exactement ceux que nous avons reconnus dans les corps fibreux en général.
A ces traits, il n’est aucun praticien qui ne reconnaisse une lésion de la mamelle pour laquelle il a été consulté un très-grand nombre de fois ; mais comme les corps fibreux de la mamelle n’avaient pas encore été distingués ni cliniquement ni anatomiquement des autres lésions de cet organe, et plus particulièrement de la dégénérescence squirrheuse, il en est résulté que, dans la pratique, la plupart des tumeurs de la glande mammaire ont été confondues les unes avec les autres, et qu’on leur a appliqué les mêmes règles de traitement. Pour les corps fibreux comme pour les dégénérations squirrheuses, on a dit : les tumeurs de la mamelle , vulgairement connues sous le nom de glandes, peuvent subsister pendant un temps plus ou moins long sans prendre un développement notable ; mais lorsqu’arrive l’époque de 40, 45, 50 ans, presque toujours elles s’accroissent avec une grande rapidité, envahissent toutes les parties environnantes, infectent toute l’économie, et présentent tous les caractères d’un cancer incurable.
La conséquence nécessaire de ces idées, c’était l’extirpation immédiate ; car la dégé* nération était d’autant moins à redouter, que l’extirpation était faite à une époque plus rapprochée de l’apparition de la tumeur.
L’extirpation immédiate de toutes les tumeurs de la mamelle était donc et devait être la seule règle de conduite rationnelle, le seul mode de traitement; ce n’est pas que dans l’esprit des praticiens qui donnaient ce conseil il fût positif que toutes ces tumeurs étaient susceptibles de dégénérer, et par conséquent que l’extirpation leur fût applicable ; mais, se trouvant dans l’impossibilité absolue d’établir un diagnostic différentiel entre celles de ces tumeurs qui étaient de nature cancéreuse et celles qui étaient incapables de dégénération, ils préféraient dix extirpations inutiles à l’omission d’une extirpation nécessaire.
Et une bonne anatomie pathologique des lésions de la mamelle est si indispensable , que les tumeurs enkystées elles-mêmes de la mamelle, que F induration œdémateuse du même organe sont ordinairement confondues avec les tumeurs cancéreuses, et souvent soumises, comme ces dernières , à la loi commune de l’extirpation.
Telle était également ma règle de conduite il y a une quinzaine d’années. Je n’ajournais le conseil de l’extirpation que le temps nécessaire pour préparer à cette idée les malades, d’ailleurs toujours dociles et résignées lorsque le terrible mot de cancer est prononcé.
Cependant des doutes ne tardèrent pas à s’élever dans mon esprit sur le caractère d’un grand nombre de ces tumeurs, et ce n’était pas sans hésitation que je donnais le conseil de l’extirpation. Ces doutes me furent surtout suggérés par plusieurs cas de tumeurs mobiles, roulantes, circonscrites, indolentes, indépendantes, que j’ai observées chez des jeunes filles à peine pubères, chez des jeunes femmes brillantes de santé, et aussi par la multiplicité de ces tumeurs dans la même mamelle, par leur présence simultanée dans les deux mamelles. Je me suis demandé si ces petites tumeurs, dont la découverte était le plus souvent due au hasard, devaient être véritablement considérées comme un cancer à sa première période.
Ces doutes se sont fortifiés dans mon esprit, lorsque plusieurs femmes qui s’étaient refusées à l’opération, et d’autres pour lesquelles j’avais cru devoir ajourner ce conseil, soumises à mon observation pendant un grand nombre d’années, ne m’ont présenté ni accroissement sensible de volume, ni dégénération aucune dans ces tumeurs, bien que
TRAVAUX ORIGINAUX
*9 jïâ
plusieurs de ces femmes soient devenues grosses et aient allaité leurs enfants, et que plusieurs aient traversé l’époque critique.
Le défaut de repullulation de plusieurs tumeurs do ce genre, qui avaient été extirpées par T instrument tranchant, peut encore être invoqué comme preuve clinique de T innocuité de ces tumeurs et de leur nature complètement étrangère à la dégénération cancéreuse ; car on sait combien est fréquente la repullulation des véritables cancers mammaires après T opération.
Il manquait, pour la démonstration complète de ce fait, des preuves déduites de l’anatomie pathologique; or, ces preuves n’ont pas tardé à se présenter à mon observation.
L’examen d’un grand nombre de tumeurs mammaires extirpées par divers praticiens sous le titre de squirrhe, de cancer à l’état de crudité, m’a permis d’observer de la manière la plus manifeste qu’un certain nombre de ces tumeurs présentaient les mêmes caractères de forme, de densité, de texture, que les corps fibreux de l’utérus, et en aucune manière les caractères du cancer.
Cette étude des corps fibreux de la mamelle m’a permis de constater un fait d’anatomie pathologique assez remarquable. C’est qu’un certain nombre de tumeurs fibreuses mammaires, qui paraissaient pleines au premier abord, étaient disposées en géodes. Or, si on divisait ces tumeurs en deux moitiés égales, il était possible de renverser au dedans d’elles-mêmes chacune de ces deux moitiés, de manière à les convertir en une cavité hémisphérique dont la surface interne était constituée par la surface externe de la tumeur, et dont la surface externe était formée par la surface de la coupe. Or, cette surface externe était hérissée de végétations globuleuses ou granulations fibreuses, tantôt isolées, tantôt rameuses à la manière d’un polype; ces végétations, ou globules fibreux, qui se modelaient les unes sur les autres, étaient tantôt libres, tantôt adhérentes entre elles au moyen de petits prolongements.
Dans le cas que je viens de décrire, ces végétations ou nœuds ou renflements fibreux juxta-posés constituaient une cavité sans parois. Dans quelques cas, au centre de ces corps fibreux, était une cavité remplie par un liquide visqueux, analogue par l’aspect à la synovie. — J’ai eu occasion de voir plusieurs exemples de corps fibreux mammaires œdémateux qui avaient acquis rapidement un très-grand volume, et qu’on s’était hâté d’extirper. Ces corps fibreux mammaires œdémateux représentent exactement les corps fibreux utérins ; leur masse est pénétrée par un liquide visqueux analogue à la synovie, et il m’est arrivé de trouver çà et là, au centre de ces tumeurs plusieurs cavités ou géodes sans membrane ou kiste, remplies de matière liquide.
Le fait suivant, aussi complet que possible, résumera à lui seul tout ce qui a trait aux corps fibreux de la mamelle.
Je fus consulté, il y a quinze ans environ, par madame C..., âgée de quarante ans, d’une très-forte constitution, d’un embonpoint considérable, d’une grande fraîcheur, que je voyais souvent dans la société. Elle portait dans la mamelle gauche trois tumeurs très-dures, dont deux du volume d’un œuf de poule, et dans la mamelle «droite une seule tumeur du volume d’un gros œuf de dinde; et ces tumeurs parfaitement circonscrites étaient d’une dureté pierreuse ou ligneuse, mamelonnées et profondément sillonnées à la surface, roulant sous la peau, roulant sur la glande mammaire dont elles paraissaient tout à fait indépendantes. Je les caractérisai sous le nom de corps fibreux des mamelles. Un fait important et bien positif, c’est qu’elles existaient depuis l’époque de la puberté. La malade, dont l’embonpoint augmentait d’une manière notable, croyait reconnaître depuis peu dans ces tumeurs une augmentation notable de volume. L’époque du changement d’état approchait ; on lui avait suggéré des craintes très-vives pour cette époque : elle voulait prendre un parti. Mon avis fut qu’il n’y avait aucun péril à attendre ; que ces tumeurs ne me paraissaient pas de nature cancéreuse, mais bien de nature fibreuse, et partant que dans mes idées elles étaient incapables de dégénération ; que, dans le cas où elles acquerraient un développement considérable, on serait toujours à temps d’enlc-
CRUVÉftLHIÜR.— MÉMOIRE SUU LES COBPS FIBREUX DE LA MAMELLE. 53
ver ces tumeurs; que d'ailleurs je n’admettrais en pareille matière aucun terme moyen; qu’il fallait ou ne rien faire, ou enlever les tumeurs. Malheureusement ce conseil ne fut pas suivi. Un praticien crut pouvoir obtenir la résolution de ces tumeurs par des applications réitérées de sangsues, par des bains prolongés, par un régime extrêmement débilitant. Mais ce mode de traitement, cette espèce de méthode de Yalsalva par les sangsues, eut pour résultat un dépérissement extraordinaire de la malade, sans exercer la moindre influence sur les tumeurs. Au bout de huit mois de ce traitement, un érysipèle erratique surprit la malade dans cet état de débilité, parcourut toute la surface du corps, et sembla épuiser la malade, qui succomba à la suite d’un phlegmon érysipélateux de la mamelle droite, sur laquelle l’érysipèle était venu se fixer en dernier lieu. J’avais été appelé en consultation quelques jours avant la mort; je fus prié d’assister à l’autopsie, dont voici le résultat:
Tous les organes intérieurs étaient sains.
Les trois tumeurs de la mamelle gauche, toujours mobiles et parfaitement circonscrites, purent être séparées par une véritable énucléation, et du tissu adipeux qui restait encore, et de la glande mammaire elle-même, auxquels elles ne tenaient qu’à l’aide d’un tissu cellulaire très-lâche. De ces tumeurs, deux étaient du volume d’un gros œuf de poule; la troisième avait celui d’une noix. Leur surface était lisse, quoique mamelonnée; leur tissu était extrêmement dense, et présentait tous les caractères du tissu fibreux. La pression la plus forte n’en faisait sourdre aucun liquide; point de suc cancéreux. La dissection démontra que ces tumeurs étaient formées par une multitude de granulations fortement pressées les unes contre les autres , tantôt adhérentes , tantôt libres d’adhérence.
La glande mammaire était atrophiée ; dans son épaisseur je trouvai un petit torps fibreux de même nature qui était libre de toutes .parts.
La glande mammaire droite avait presque disparu entièrement; elle était remplacée par une grosse tumeur fibreuse divisée en lobules, lesquels se subdivisaient en granulations. Il existait du pus entre le grand pectoral et cette tumeur; en outre, j’ai trouvé un foyer de pus entre les lobules de la tumeur.
Tels sont, Messieurs, les faits cliniques et les faits d’anatomie pathologique qui me paraissent démontrer les propositions suivantes :
1° La glande mammaire est sujette au développement de la production organique connue sous le nom de corps fibreux y
2° Les corps fibreux de la mamelle, qui constituent une des lésions les plus fréquentes dont cet organe soit susceptible, peuvent être distingués, par des signes certains, de l’induration suite d’inflammation chronique d’une part, et des tumeurs cancéreuses d’une autre part; dans l’induration chronique, de même que dans le cancer, la tumeur n’étant nullement distincte de la glande mammaire elle-même, aux dépens de laquelle elle est formée et avec laquelle elle se continue sans ligne de démarcation, tandis que les corps fibreux sont complètement détachés de la glande mammaire, et roulent sous le doigta la manière d’un kyste ou d’un ganglion lymphatique;
3° Les corps fibreux étant incapables de dégénération cancéreuse, leur extirpation n’est pas nécessaire, en tant que ces corps peuvent compromettre la vie des malades par les changements ultérieurs qui se passeront dans leur intimité. Les corps fibreux sont une lésion essentiellement locale; leur extirpation est en quelque sorte facultative, et ne saurait être motivée que par l’incommodité qui résulte de leur poids et de leur volume.
Dans l’extirpation, les corps fibreux ne repullulent- jamais, dans le vrai sens de ce mot, bien que des corps fibreux nouveaux puissent se développer dans une mamelle qui a été le siège d’une extirpation antérieure.
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CIiiniFgie»
sur une nouvelle méthode de hâter la guérison des plaies récentes ; par M. Réveillé-
Parise.
On se rappelle le mémoire déjà publié par l’auteur, il y a quelques années, dans lequel il démontrait les avantages de l’emploi des feuilles de plomb pour la cicatrisation des plaies en suppuration, dans certaines conditions déterminées. Aujourd’hui il s’occupe des plaies récentes, et préconise un autre procédé, soit pour obtenir la réunion primitive, soit pour diminuer au moins l’inflammation et la suppuration. C’est là certainement l’une des questions les plus hautes et les plus importantes de l’art ; aussi accorderons-nous à ce travail une attention particulière.
M. Réveillé-Parise pose d’abord la règle philosophique qui doit diriger toute investigation en pareille matière. « C’est toujours en consultant les phénomènes tels qu’ils se présentent à nous dans leur simplicité et leur succession naturelle, qu’il est possible de connaître les meilleurs moyens de guérison. »
Il a donc vu que la plupart des plaies suppurent ; et que la cause la plus ordinaire de la suppuration se trouve dans l’irritation produite par un corps étranger ou introduit dans la plaie , ou inhérent à la lésion ellemême. Un aiguillon le plus fin possible fait une très-petite plaie prompte à guérir; si l’aiguillon reste dans la plaie, les phénomènes sont tout autres. Une simple piqûre de lancette ne suppure presque jamais ; que la lancette porte une gouttelette de pus vénérien , variolique ou vaccinal, et l’on sait ce qui arrive. Il en est de môme de tout corps étranger qui reste dans la plaie ; jamais ou presque jamais celle-ci ne guérit que quand cet obstacle n’existe plus ; et tous les efforts de la nature ont pour but primitif d’opérer cette expulsion, tandis que les phénomènes de la cicatrisation n’ont lieu que plus tard.
Ce principe posé, la conséquence est forcée ; il faut extraire avant tout les corps étrangers. Ceci n’a rien de neuf au premier abord ; mais ce qui est neuf, c’est l’extension du principe ; c’est cette idée que les corps étrangers ne viennent pas seulement du dehors, mais qu’ils sont aussi produits par le sang épanché ou infiltré, par une infinité de caillots obturateurs des extrémités coupées des petits vaisseaux, par les débris de la peau et des chairs confuses, déchirées, broyées, formant dans la plaie un véritable détritus dont il faut qu’elle
se débarrasse ; et qu’est-ce autre chose que cette détersion d’une plaie, sinon le travail nécessaire pour expulser tous ces corps étrangers et amener les conditions nécessaires à la formation de la cicatrice?
Plus ce détritus sera considérable, plus le travail de détersion sera long et pénible. M. Réveillé-Parise établit ainsi une échelle de proportion entre les plaies les plus nettes jusqu’aux plaies les plus contuses, montrant les chances de réunion primitive qui diminuent à mesure que la contusion augmente, jusqu’aux plaies par armes à feu, où la contusion est la plus forte, et qui n’ont peut-être jamais guéri sans suppuration. Et, en conséquence, l’indication fondamentale, celle qui prime toutes les autres, c’est d’enlever immédiatement et autant que possible le détritus, quel qu’il soit. Reste à indiquer par quels moyens.
« Le moyen le plus certain , dit l’auteur, est une forte aspiration de l’air, aspiration exercée sur la plaie elle-même, soit par la succion selon le procédé des anciens, soit, comme je l’ai pratiqué par l’application et le jeu d’une ventouse a pompe, dont l’ouverture de la cucurbite est proportionnée à l’étendue même de la surface de la plaie. » On exprime ainsi et le sang épanché et une multitude de petits fragments presque invisibles fournis par le déchirement des parties. Voilà la doctrine ; voyons maintenant les faits qui l’appuient.
Ici M. Réveillé-Parise rappelle les psylles de l’antiquité; les suceurs de l’âge moderne; l’emploi des ventouses pour les plaies envenimées; et lui-même s’est assuré par des expériences sur les animaux que, de deux plaies simples , toutes choses étant égales d’ailleurs, la plaie qui a été soumise à l’action de la ventouse guérit beaucoup plus vite que l’autre. Enfin, il rapporte plusieurs faits choisis parmi un plus grand nombre et tirés de sa propre pratique; il importe également d’en dire quelques mots.
Un homme qui se rasait se fit à la joue une coupure de deux centimètres d’étendue, mais sans profondeur. Application de la ventouse à pompe, puis réunion à l’aide de taffetas d’Angleterre ; guérison rapide et sans autres phénomènes qu’un peu de phlogosc sur les bords de la plaie.
Un soldat reçoit à la cuisse un coup de sabre; plaie assez profonde et étendue, quoi-
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que sans gravité. Application à deux reprises de la ventouse à pompe ; réunion par des bandelettes de diachylon; guérison rapide; l’inflammation et la suppuration furent à peine indiquées.
Un ouvrier se perce la main de part en part avec, un foret. M. Réveillé-Parise fait plonger la main un quart d’heure dans l’eau chaude, et applique une ventouse sur le dos et sur la paume de la main ; guérison prompte avec une inflammation très-modérée.
Un jeune chirurgien reçoit en duel un coup d’épée qui traverse l’avant-bras du poignet jusqu’au pli du coude. M. Réveillé-Parise agrandit les deux ouvertures, met l’avantbras dans l’eau chaude, et applique une ventouse à chaque ouverture, afin d’obtenir le plus de sang possible. L’inflammation fut très-modérée ; la suppuration eut lieu, mais sans fusées, sans dépôts multipliés, et le blessé ne tarda pas à se rétablir.
Les plaies contuses échappent h l’action de la ventouse ; aussi leur réunion par première intention est-elle bien difficile , sinon impossible ; et même encore alors M. Réveillé- Parise assure que l’application de la ventouse, faite avec prudence et discernement, diminue l’intensité de la réaction inflammatoire ; il n’en excepte pas même les plaies par armes à feu ; et il rapporte deux cas de succès. Il approuve aussi nécessairement le précepte de débrider, d’inciser immédiatement ces plaies, soit pour en enlever les corps étrangers, soit pour faciliter l’issue du sang épanché et infiltré. Et il termine en proposant l’emploi de la ventouse pour déterger le moignon après les grandes amputations.
Nous' avons dit que ces idées sont neuves, et, comme toute idée neuve, elles ne feront pas leur chemin sans lutte et sans opposition. Pour les plaies par piqûre, par exemple, nous croyons que les préceptes de M. Réveillé- Parise pourront avoir une très-grande utilité, et les faits sont assez nombreux et assez puissants pour entraîner déjà la conviction. Cependant il faut avouer que les incisions souscutanées guérissent parfaitement sans succion et sans ventouse ; et c’est là une objection à sa théorie qu’il aurait dû peut-être chercher à résoudre. Mais pour les plaies largement ouvertes, il y a une autre objection qui se présente à notre esprit; quand la ventouse aura fait pleuvoir le sang à la surface des chairs, ne faudra-t-il pas toujours essuyer ce sang qui adhère de toutes parts, et ne seronsnous pas dans la position où nous étions déjà auparavant ?
Malgré ces objections, nous estimons que les vues et les observations de M. Réveillé- Parise ont une très-haute portée, et nous appelons sur cette question toutes les méditations des praticiens. C’est quelque chose que
d’imaginer un procédé opératoire, de perfectionner un appareil, d’apporter quelque amélioration de détail à ce que l’on pourrait nommer la chirurgie mécanique ; mais, après tout, nous avons quelques milliers de procédés et d’appareils, et la science ne s’en trouve pas beaucoup plus riche. La chirurgie n’a commencé à être une science que lorsque John Hunter, 'dédaignant ces inventions faciles, se prit corps à corps avec ces grands et importants problèmes de l’inflammation, de la suppuration, de la réunion primitive, etc.; et- apprit aux chirurgiens à observer les procédés de la nature et à les imiter. Cette étude est longue, difficile, ardue; et le vulgaire n’en aperçoit pas la portée. Qui doute cependant que celui qui nous apprendrait à réunir toutes les plaies par première intention aurait produit en chirurgie la révolution la plus éclatante et la plus utile à la fois? M. Réveillé-Parise s’est attaqué à l’un des éléments du problème ; nous différons surtout de lui parce que nous pensons qu’il en est d’autres non moins importants ; mais, quoi qu’il en soit, il faut au moins reconnaître qu’il a éclairé une face de la question qu’on avait laissée beaucoup trop dans l’ombre jusqu’à ce jour.
{Bulletin de thérapeutique .)
Eventration congéniale ombilicale énorme, qui a laissé vivre V enfant pendant deux
mois et demi; par M. Goyrand.
Le fait qu’on va lire n’apporte pas sans doute un grand profit à la thérapeutique ; mais il tend à modifier le pronostic d’une manière très-remarquable ; et à ce titre il réclame toute l’attention des praticiens.- Nous laisserons parler d’abord M. Goyrand.
« Le 3 janvier 1842, à 3 heures du matin, Mme Gl... accoucha avec facilité d’un enfant mâle, assez gros, dont les viscères abdominaux étaient presque entièrement contenus dans une hernie exomphale. L’éventration formait à la base du cordon ombilical une tumeur globuleuse lisse. Ses enveloppes n’étaient pas transparentes; elles avaient la couleur blanche des enveloppes du cordon. Les vaisseaux ombilicaux passaient au-dessous de la tumeur, formant un faisceau saillant qu’on pouvait suivre jusqu’à l’ouverture ombilicale. Cette tumeur était élastique, susceptible d’une légère diminution de volume par la pression ; les cris de l’enfant en augmentaient la tension. L’opacité des enveloppes empêchait qu’on distinguât les viscères qui la formaient; mais, à en juger par son volume et le peu de capacité de l’abdomen, la plus grande partie des viscères abdominaux devait s’y trouver. La cavité abdominale avait beaucoup moins de largeur et d e profondeur que dans l’état nor-
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mal; ses parois étaient déprimées sous les liypoeondres. Quant à la tumeur, voici ses dimensions :
Circonférence dans le point le plus renflé, 23 cent. 8 mill.
Circonférence à la base de 1a. tumeur, 21, 5
Diamètre transverse et vertical, mesurés d’un point de la circonférence de la base au point opposé en passant sur le milieu delà tumeur, 17, 8
« La peau du ventre se prolongeait sur la base de la tumeur, comme elle se prolonge ordinairement sur la racine du cordon, et formait la un rebord circulaire de 5 à 6 millimètres de largeur, qui se continuait avec les enveloppes du cordon ou de la hernie. 11 n’existait aucun autre vice de conformation.
« Bientôt après sa naissance, l’enfant urina et rendit du méconium; les pressions exercées sur la tumeur faisaient couler le méconium et les urines.
« Mon pronostic fut grave. Deux de mes confrères, qui virent l’enfant en consultation, pensèrent, comme moi, qu’il n’était pas viable. Nous fîmes faire des fomentations émollientes sur la tumeur.
« Les premiers jours, l'enfant téta bien ; toutes ses fonctions s’exécutèrent régulièrement; son sommeil était bon. Le cinquième jour, une ligne de suppuration séparait les enveloppes du cordon de la peau périomphalique. — On continua les fomentations.
« Les jours suivants, du pus se forma entre le sac et les membranes du cordon qui formaient l’enveloppe externe de la hernie ; il se fit à ces membranes quelques déchirures qui laissaient couler du pus. Quand on découvrait l’enfant, il s’exhalait de ses langes une odeur infecte.
« Le 15 janvier, je détachai, avec les ciseaux, d’assez grands lambeaux de membranes. Au-dessous se trouvaient des bourgeons charnus de bonne nature.
« Le 17, de nouveaux lambeaux membraneux et le cordon se détachent. Il reste encore une partie de l’enveloppe extérieure de la hernie, séparée du sac par un pus demi-concret.
« Le 25, les membranes extérieures se sont entièrement détachées. Le sac est couvert de bourgeons charnus vermeils, qui fournissent une suppuration de bonne nature. La peau qui entourait la base de la hernie est attirée par la force de la cicatrisation sur le sac , qui cède à son tour à l’action de la peau. De l’action de la force inodulaire sur la peau et de celle-ci sur le sac, résulte un changement dans la forme de la hernie, qui s’élargit à sa base, devient moins saillante, plus dure, et prend une forme conique.
« Au commencement de février, l’enfant a été confié à une nourrice de la campagne. Là, il était sous les yeux de son aïeul et de son oncle qui sont médecins, et je n’ai plus eu occasion de le voir; je n’ai su que par les rapports des parents ce qui s’est passé depuis. La peau s’est de plus en plus rapprochée du point le plus saillant du sac, et la tumeur est devenue tout à fait conique. Les premiers jours de mars , il ne restait plus sur le sac qu’une surface de la largeur d’une pièce de deux francs qui ne fût pas recouverte par la peau.
« Jusqu’alors la santé de l’enfant avait été bonne ; mais, au milieu de mars, il survint tout à coup des accidents excessivement graves (suppression totale des selles, vomissements continuels) qui firent périr le petit malade en quatre jours. »
« On admirera, dans ce fait, ajoute M. Goyrand, le mécanisme par lequel la nature tendait à achever, après la naissance, un travail qui était resté incomplet pendant la vie fœtale. Il est vrai que le petit malade a été victime de ce travail organique ; car il est très-probable que l’iléus qui l’a fait périr est résulté de la compression qu’ont subie les viscères par suite du resserrement de la cavité exomphalique ; mais on sait que la force inodulaire n’a pas la même énergie chez tous les sujets et dans toutes les circonstances. Supposons que la peau périomphalique n’eût pas été attirée aussi fortement sur le sac, qu’une partie plus considérable de la surface du sac se fût cicatrisée par exsiccation, et on concevra la possibilité de la guérison. »
Ces réflexions sont fort sages; et, en l’absence de l’autopsie, rien ne nous paraît plus probable que l’opinion de M. Goyrand sur la cause de la mort. Si cependant un cas du même genre venait à se représenter, le chirurgien, averti par cet exemple, n’aurait-il rien à tenter pour diminuer le resserrement de l’abdomen ? Et ne serait-ce pas là le cas d’appliquer le procédé de Celse, en faisant, à quelque distance de la tumeur, une incision circulaire , n’intéressant que la peau , pour permettre à celle-ci d’obéir à la traction de la cicatrice , sans brider et tendre les parois latérales de l’abdomen ?
11 resterait à rechercher comment cet enfant a pu vivre si longtemps, alors que, dans les cas analogues, la mort est arrivée si vite. Nous présumons que l’épaisseur de l’enveloppe herniaire en rend suffisamment raison ; il est bien rare , en effet , qu’elle ait perdu toute transparence; et l’on conçoit qu’une enveloppe plus mince ne puisse pas suffire tout à la fois à l’escarre et au développement de la cicatrice.
(. Annales de la chirurgie.)
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Ob^tétri}|iie«
sur la prétendue stérilité des femmes nées sœurs jumelles de garçons; par Simpson, professeur d’accouchements h l’Université d’Edimbourg.
On pense généralement, dit Burns, que si deux jumeaux sont de sexe différent, la jumelle est stérile. Simpson s’est proposé de rechercher la valeur de cette opinion populaire, et de la soumettre à l’épreuve de quelques relevés statistiques.
Ce qui paraît avoir accrédité cette opinion, c’est l’observation faite depuis longtemps sur le part double des vaches lorsque les veaux sont de sexe différent. Le mâle devient un taureau parfait; l’autre, avec les apparences de la génisse, est un individu imparfait, une sorte d'hermaphrodite qu’on désigne en Angleterre sous le nom de Free-Martin. C’est un être impropre à la reproduction. Ceci n’est pourtant pas sans exceptions, et déjà J. Hunter l’avait entendu dire sans en connaître toutefois positivement aucun exemple. Outre trois faits exceptionnels déjà connus, Simpson en cite deux qui lui sont propres; dans tous, le double part a donné naissance à une génisse parfaite dans son appareil sexuel comme le taureau dans le sien, et féconde comme lui.
L’hermaphrodisme qui, dans des circonstances déterminées, frappe l’un des produits du double part de la vache n’a point encore été constatée dans d’autres espèces. La brebis, la chèvre, la jument, l’ânesse, n’ont encore rien offert de semblable.
Quant à l’espèce humaine, les relevés statistiques peuvent seuls résoudre la question. Et d’abord les matériaux abondent plus qu’on ne pourrait croire. Les registres des Maternités de Londres, Edimbourg et Dublin ont donné, sur 59,178 accouchements, 788 cas de jumeaux distribués de la manière suivante :
Garçon et fille : : 1 : 199;
Deux filles : : 1 : 226 ;
Deux garçons : : 1 : 258.
Les jumeaux de sexe différent sont donc plus fréquents que les jumeaux du même sexe.
MM. Cribb et Meckel sont les seuls auteurs qui aient fourni des matériaux à la solution de la question examinée par Simpson. Sur sept femmes qui se trouvaient dans les conditions ci-dessus spécifiées, six étaient deve¬
Pliarmacolog t
PRÉPARATION DE L’ONGUENT MERCURIEL, par
M. Fossembas.
Nous trouvons, dans le dernier numéro du Journal de pharmacie, une note sur la préparation de l’onguent mercuriel qui ne saurait passer sans quelques réflexions. Il s’agit
nues meres. Une seule n avait point eu a enfants après plusieurs années de mariage.
Les observations de Simpson , assisté de plusieurs de ses amis, sont beaucoup plus nombreuses. Elles portent sur 113 cas recueillis avec soin, disposés en tableaux contenant le nom, Fadresse, etc., de chaque femme. Or, sur ces 113 femmes nées sœurs jumelles de garçons , 103 sont devenues mères ; les 10 autres sont restées stériles, quoiqu’elles fussent mariées , 1 depuis cinq ans, 9 depuis dix à quarante ans. Dans quatre cas de trijumeaux et un cas de quadrijumeaux de sexes différents, la jumelle fut féconde.
La réunion de tous ces faits forme un total de 123 cas, sur lesquels 11 femmes seulement furent stériles. C’est un cas de stérilité sur dix.
Il s’en faut donc bien que l’opinion populaire, qui frappe de stérilité les fempies nées sœurs jumelles de garçons, soit fondée. Simpson ne s’est pas toutefois borné à ce premier résultat déjà si important. Il s’est encore attaché à faire voir que la proportion des cas stériles n’est pas plus considérable alors que dans les circonstances ordinaires. C’est à quoi il est parvenu à l’aide de relevés exacts qui lui ont été fournis par deux de ses amis sur les résultats bien constatés des mariages dans deux villages considérables d’Ecosse, et surtout ad moyen de l’Annuaire de la pairie. Un des villages donne 1 mariage stérile sur 10 1/2; l’autre 1 sur 10 1/9 ; la pairie 1 sur 6 1/9. La moyenne de ces trois proportions est de 1 sur 8 4/7. — On peut donc dire que les femmes nées dans les conditions particulières qui font l’objet des recherches de Simpson ne sont pas plus souvent stériles que les autres.
Enfin, poursuivant ses investigations aussi loin que possible sur ce sujet, l’illustre accoucheur d’Edimbourg établit également que, parmi les femmes nées sœurs jumelles de garçons, celles qui sont devenues mères ont fait preuve d’une fécondité au moins égale à celle des autres femmes.
Ainsi se trouve complètement renversée l’opinion populaire qui avait si injustement appliqué à la femme une cause de stérilité dont l’exemple n’a encore été constatée que chez la vache.
( Edinb . med. andsurg. Journal- )
cSaifïBf^icale.
d’un procédé qui permet de confectionner en moins d’une heure huit livres d’onguent mercuriel; ce procédé consiste tout simplement dans l’usage de la graisse rance, à la dose de 25 grammes pour une livre d’onguent.
« J’avais, depuis quelques mois, dit M. Fos-
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sembas , exposé au contact de l’air humide une livre environ de cette graisse peu consistante que vendent les charcutiers ; quand je l’employai elle n’était pas dure, mais elle adhérait assez fortement aux doigts. J’en ai pris 200 grammes, et je l’ai triturée quelques minutes dans un mortier de marbre ; elle devint molle comme un miel épais. J’y ai versé alors 4 livres de mercure par portion de 500 grammes à chaque fois, et 5 minutes de trituration ont toujours suffi pour l’extinction complète du métal ; seulement après avoir introduit la quatrième dose, l’onguent avait acquis de la dureté, mais l’opération a pu être facilement continuée par l’addition d’un peu d’huile d’amandes ‘douces.
« En agissant comme je viens de le dire, j’ai pu incorporer 4 livres de mercure dans les 200 grammes de substance grasse employée. La loupe ne décelait pas la moindre particule métallique dans toute la masse. Arrivé à ce point, j’ai ajouté les 1800 grammes d’axonge récente, à demi fondue, et, après un quart d’heure d’agitation, j’avais un onguent parfaitement homogène, et où le mercure se trouvait éteint d’une manière irréprochable. »
Voilà le procédé; il n’est pas tout à fait neuf, et s’il ne s’agit que de la facilité d’exécution, il n’y a rien à dire. Mais est-il indiffé¬
rent de faire l’onguent mercuriel avec de la graisse fraîche ou de la graisse rance ? M. Fossembas allègue que la minime quantité de graisse rance qu’il emploie n’est pas capable de donner des qualités nuisibles à un médicament que l’on ne peut préserver d’ailleurs longtemps de la rancidité, et qui n’est presque jamais employé que dans ce dernier état.
Or, c’est là précisément la question dont un pharmacien ne peut guère être juge, 11 est certain qu'un médicament quelconque, l’onguent mercuriel pas plus qu’un autre, ne saurait produire toujours des effets identiques chez tous les individus ; mais avant de nous en prendre au tempérament, à la constitution, à l’idio-syncrasie, il serait bon de savoir s’il ne faut pas s’en prendre au médicament lui-même. M. Fossembas dit encore qu’avec de la graisse fraîche il n’a jamais vu le mercure éteint parfaitement avant qu’elle n’eût contracté une odeur manifeste de rancidité. Cela peut être, mais nous voudrions que cela fût bien démontré. Jusque-là, nous croyons que les praticiens feront sagement de se servir d’onguent fraîchement préparé au lieu d’onguent passé au rance ; et qu’il ne sera pas sans intérêt, pour juger de son efficacité, de noter à chaque fait nouveau si l’on s’est servi d’onguent fabriqué par l’ancien ou par le nouveau procédé.
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