MARS
SOMMAIRE
I. Travaux originaux. — De la cautérisation à l’aide du fer rouge dans le traitement des ulcérations et des engorgements du col utérin, par M. Camille Laurès. — Nouvelles observations pour servir à l’iiistoire des luxations de l’extrémité supérieure du radius chez les enfants, par M. Perrin. — Mémoire sur les obstacles au cours de l’urine, connus sous les noms de rétrécissements spasmodiques et de spasmes des rétrécissements , par M. A. Mercier. — H. Revue critique. — Chirurgie. — Discussion sur les tumeurs fibreuses des mamelles. — Du traitement des fausses ankylosés à l’aide des aiguilles. — Luxation congénitale du maxillaire inférieur. — Obstétrique. — De l’inflammation des symphyses du bassin chez les femmes enceintes ou nouvellement accouchées. — Pharmacologie chirurgicale. — Sur un nouveau moyen de rendre les sangsues propres à servir plusieurs fois. — III. Bulletin clinique. — Observation de tumeur colloïde de la mamelle, par M. Robert. — Hôpital des enfants; service de M. Guersant fils; bec-de-lièvre opéré par le procédé de M. Malgaigne : observation communiquée par M. Tily, interne. — IV. Bibliographie. — Manue ^d’anatomie générale appliquée à la physiologie et à la pathologie , par L. Mandl. — V. Nouvelles et variétés. — Académies. — Banquet de la société de chirurgie. — Exemption de la patente. — Concours pour l’agrégation.
TRAVAUX ORIGINAUX
De la cauiérisatioa a l’aide «Ica fer a’©aage dans le traitement des ulcérations et des engorgements du col utérin ; par M. Camille &asj« rès, D.-M.-P.
Je me propose d’appeler l’attention des praticiens sur une méthode de traitement mise en usage depuis longtemps par M. Jobert de Lamballe, et qui consiste à attaquer certaines ulcérations du col de la matrice par les cautérisations à l’aide du fer rouge. Pendant les trois années que j’ai passé en qualité d’interne dans le service de M. Jobert, j’ai recueilli un nombre considérable de faits qui, joints à ceux que sa bienveillance m’a mis à même d’observer dans sa pratique privée, ont servi de base à ce travail.
En laissant de côté les ulcérations cancéreuses et syphilitiques, toutes les autres peuvent se ranger dans deux catégories, savoir :
1« Les ulcérations simples, qui sont constituées par l’absence de l’épithélium seulement, et qui, s’étendant plutôt en superficie qu’en profondeur, laissent au col ses qualités normales ;
2° Les ulcérations compliquées , formées par trois éléments distincts; le catarrhe siégeant sur la membrane interne de l’organe, l’engorgement occupant le tissu du col, et l’ulcération se développant sur la surface externe.
Dans la majorité des cas l’affection débute par la membrane interne de l’utérus ; et le catarrhe existant seul, ou bien joint à l’ engorgement du corps et du col delà matrice , produit des symptômes très-prononcés, en l’absence même de toute ulcération, Celle-ci ne se forme quelquefois qu’à une époque éloignée du début de la maladie, et elle fait des progrès d’autant plus rapides que les tissus sur lesquels elle repose sont ordinairement infiltrés de liquides et ramollis parle travail inflammatoire lent qui s’est développé depuis longtemps dans le col. Ces ulcérations sont souvent accompagnées d’hypertrophie simple, de ramollissement ou d’induration.
Dans certains cas le point de départ de la maladie est l’ulcération elle-même, qui vient s’établir sur un col entièrement sain: les modifications qu’il subit plus tard dans sa consistance, dans son volume, doivent en être regardées comme les effets directs; et bien qu’elle ne détermine dans les premiers temps de son existence aucun symptôme alarmant, le praticien doit tendre de tous ses efforts à en arrêter les progrès, dans la crainte que l’engorgement et le catarrhe utérin ne viennent s’ajouter à elle pour constituer une affection plus rebelle aux agents thérapeutiques ; dans la crainte aussi que , sous l’influence de causes toutes locales ou d’une disposition individuelle, elle ne dégénère en ulcère, et n’amène dans le tissu de la matrice des altérations qui peuvent conduire les malades à la mort.
Quelles que soient les causes qui les aient produites, les ulcérations du col de la matrice constituent ordinairement une affection très-rebelle» Il ne suffît pas d’obtenir la cicatrisation de l’ulcère: car, tant que le catarrhe et l’engorgement persisteront, on se trouvera en face des mêmes accidents.
Tous les praticiens savent que, dans une foule de circonstances, les caustiques employés comme traitement local des ulcérations ( nitrate acide de mercure, caustique de Vienne, etc.), sont insuffisants dans leur mode d’action et éternisentle mal sansle modifier. Je n’hésite pas à donner la préférence au fer rouge, dans les cas où il est important d’agir par un moyen puissant pour changer avec rapidité le caractère de l’altération, et pour réveiller dans l’ utérus une activité favorable à la résolution de l’engorgement, et à la cicatrisation de l’ulcération.
En recherchant avec soin dans les auteurs anciens tout ce qui a trait aux affections de la matrice, on voit qu’ils n’employaient guère, pour les guérir, que des lotions, des pommades, des poudres, des onguents, etc. Celse recommande l’application du fer rouge pour le traitement des ulcères rebelles qui accompagnent quelquefois la chute du rectum ou de la matrice : si anus ipse vel os vulvœ procidit ; et après avoir indiqué les médicaments qui peuvent faciliter la réduction de la partie, et les moyens de la maintenir réduite, il ajoute : Fungo quoque simile ulcus in eâdem sede nasci solet (suit encore l’énumération des médicaments) ; sin id hac ratione non tollitur, vel medicamentis vehementioribus , vel ferro adurendum .
Ce n’est que de nos jours que des indications plus précises ont été proposées. Percy, dans sa Pyrotechnie , s'exprime ainsi : « Ne pourrait-on pas, dans certaines affections malignes et rebelles du vagin et du col do l’utcrus, faire usage du feu, soit pour dessécher, soit pour brûler réellement ? »
Le baron Larrey proposa la cautérisation avec le fer rouge chez une malade dont l’observation est rapportée dans le Traité pratique des maladies de V utérus, de madame Coivin et Dugês, et chez laquelle il existait une ulcération cancéreuse du col.
Mais c’est à M. Jobert (de Lamballe) que revient tout le mérite d’avoir établi la valeur réelle de la cautérisation par le fer rouge dans les ulcérations et les engorgements du col delà matrice. Dès l’année 1830, il était occupé de rechercher les bons effets de cette méthode de traitement, qui depuis a produit, entre ses mains, des résultats si satisfaisants, et qui mérite, à tous égards, l’attention des praticiens.
Le premier phénomène qui saisit l’esprit dans la cautérisation du col de l’utérus par le fer rouge, c’est l’insensibilité complète de cet organe à l’action du feu ; à tel point que toutes les malades qui n’ont pas été averties de l’opération qu’elles Subissent