LAURÈS. / — 1 DE LA. CAUTÉRISATION A L’AIDE DU FER ROUGE
avouent, lorsqu’elle est terminée, qu’elles n’ont absolument rien senti, et qu’elles ne savent pas ce qui leur a été fait. Les seules douleurs qu’on détermine (douleurs qui, du reste, ne rappellent en rien celles des brûlures) tiennent à la pression qu’on exerce sur le col, lorsque le cautère, restant appliqué avec une certaine force pour produire une escarre profonde, refoule de bas en haut la totalité de l’organe. Toutefois, il faut avoir bien soin que le spéculum contienne le col seulement, et qu’aucun repli du vagin ne s’y introduise. A défaut de cette précaution, l’approche du fer rouge pourrait dévelop^ per une chaleur assez vive pour que le vagin en fût douloureusement affecté.
On emploie, pour pratiquer la cautérisation, des tiges de fer terminées par une extrémité renflée, et un spéculum plein en ivoire qui protège les parties environnantes, en raison de la propriété dont jouit la matière qui le forme d’être un mauvais conduit du calorique. Après avoir abstergé avec un pinceau de charpie le muco-pus qui recouvre la surface ulcérée, on applique le fer sur elle, en veillant à ce qu’il soit rougi à blanc, pour qu’il n’adhère pas aux parties avec lesquelles on le tient en contact; ce qui exposerait à arracher, en le retirant, l’escarre qu’il a produite. Cette escarre est plus ou moins étendue en largeur et en épaisseur, suivant que la cautérisation n’a intéressé que les parties superficielles, ou bien quelle a détruit les tissus jusqu’à une certaine profondeur.
La production de l’escarre provenant de la désorganisation du tissu utérin, sans que la moindre douleur soit perçue par les malades, est le seul effet immédiat de l’opération; et ce résultat, qui dans tous les cas a été le même, qui n’a jamais souffert d’exceptions, peut être accepté comme un fait à peu près invariable, appuyé déjà sur un nombre de cautérisations qui dépasse trois ou quatre cents.
Pendant les vingt-quatre heures qui suivent la cautérisation, les malades n’éprouvent d’autre symptôme qu’on puisse rattacher à l’opération elle-même, qu’une augmentation dans la quantité de l’écoulement. La matière qui le constitue conserve quelquefois toutes les qualités qu’elle présentait auparavant; mais tantôt elle offre plus de consistance, et une coloration verdâtre plus intense ; tantôt elle est plus liquide; d’autres fois il s’y mêle une certaine quantité de sang. Ces différences elles-mêmes empêchent d’apprécier d’une manière bien rigoureuse l’influence que la cautérisation exerce sur la sécrétion de l’utérus. Le seul phénomène qui soit à peu près constant, c’est l’augmentation dans la quantité du produit sécrété.
Le grand nombre de malades qui ont passé sous mes yeux m’a permis d’étudier avec soin les effets de la cautérisation, et je n’ai jamais vu aucun symptôme fâcheux se développer après elle. Le ventre, les régions iliaques, ne sont pas plus douloureux qu’après les cautérisations faites avec les caustiques ; l’éjection des urines, la défécation, n’éprouvent pas de changements ; le pouls n’offre point de variations dans sa fréquence, ni dans sa force. A côté de ces résultats négatifs, je dois signaler l’amélioration rapide que l’opération amène presque toujours dans l’état des malades. On voit souvent des femmes dont l'affection est en voie de guérison être prises spontanément, après quelques jours de calme et de bien-être, de douleurs vives dans la région lombaire, de coliques, de tiraillements d’estomac, de maux de tête, etc. La cautérisation pratiquée pendant cet état de souffrance dissipe les accidents et fait rentrer tout dans l’ordre.
11 semblerait, a priori, qu’un agent aussi énergique que le fer rouge dût placer l’ utérus dans des conditions qui modifient d’une manière notable la fonction importante qui lui est dévolue; je veux parler de la menstruation. Eh bien ! l’observation n’amène point aux mêmes conséquences que le raisonnement. Bien que M. Jobert choisisse, pour appliquer la cautérisation, une époque qui ne coïncide pas avec celle de l’apparition des règles, j’ai vu des malades de l'hôpital qui, dans l’espoir d’une guérison plus prompte, trompaient le chirurgien sur la date de leurs règles, qu’elles attendaient le jour même, le lendemain ou le surlendemain ; le fer rouge était mis en usage, et aucun changement no survenait dans l’accomplissement de la fonction menstruelle, qui s’exécutait comme à l’ordinaire. Malgré toute l’attention que j’ai apportée à rechercher l’influence que la cautérisation pouvait avoir sur le retour périodique des règles, sur l’augmenta-
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tion ou la diminution du sang exhalé, je n’ai point remarqué qu’elle dérangeât le mou* vement fluxionnaire de l’utérus; au contraire, il m’a été démontré que la fonction se régularisait après plusieurs cautérisations, et finissait par se rétablir en se rapprochant progressivement de l’ordre normal, à mesure que l’affection qui l’en avait fait dévier marchait vers la guérison. Il est rare qu’une seule cautérisation modifie la surface ulcérée, au point d’amener la guérison. Il faut ordinairement revenir plusieurs fois au même moyen; et, sans préciser au juste la durée de l’intervalle qui doit exister entre chaque cautérisation, je noterai que dans la plupart des cas elle peut être remise en usage, du huitième au dixième, douzième ou quinzième jour ; la séparation de l’escarre s’effectuant, chez le plus grand nombre des malades, du quatrième au septième jour. L’activité du travail éliminatoire qui se développe autour d’elle est soumise à une foule de circonstances dépendant de la nature, de l’étendue du mal, et de la santé générale des sujets. Lorsqu’elle repose sur un tissu ramolli, infiltré de liquides, elle se détache plus rapidement que lorsqu’elle a son siège sur un tissu dense et résistant. Sa chute laisse à découvert une surface rouge plus uniforme , d’un meilleur aspect, et qui se trouve dans de bonnes conditions pour que la cicatrisation fasse des progrès. La suppuration est quelquefois assez abondante.
C’est d’abord à la circonférence de l’ulcération qu’on voit se former le tissu cicatriciel. D’une couleur blanchâtre, et offrant peu d’épaisseur, il s’avance de la périphérie au centre, quelquefois d’une manière régulière et progressive, mais souvent en envoyant dans les différents sens des lignes qui donnent à la cicatrice l’aspect étoilé, ou bien en formant des plaques interceptant entre elles des points où l’ulcération persiste plus longtemps, et qui ne tardent pas à être effacés, lorsque ces plaques multiples se réunissent en une seule par le rapprochement de leurs bords voisins. Quand la tendance à la cicatrisation est aussi marquée, il faut s’abstenir de toute cautérisation avec le fer rouge, et se contenter de toucher avec le nitrate acide de mercure les points seulement qui ne sont pas recouverts par la cicatrice.
Dans les cas où l’affection plus rebelle a rendu nécessaire cinq ou six applications du fer rouge, on remarque au centre du col une dépression infundibuliforme, résultant de la perte de substance qui a été faite et que les efforts réparateurs de la nature n’ont pu parvenir à combler. La cicatrice recouvre également cet infundibulum, au centre duquel se trouve l’orifice utérin qui a conservé ses dimensions naturelles.
Il est difficile de déterminer tous les cas auxquels la cautérisation avec le fer rouge est applicable : on rencontre dans l’engorgement de la matrice, dans la forme, l’étendue et l’aspect de l’ulcération, certaines conditions que le praticien sait apprécier, et que je ne puis décrire ici. Cependant, il est permis de préciser son emploi d’une manière générale, en disant qu’elle doit être mise en usage de préférence aux autres caustiques :
1° Toutes les fois qu’une ulcération profonde, exubérante ou fongueuse est compliquée d’ hémorragies, d’hypertrophie simple, d’engorgement avec ramollissement ou induration de l’organe ;
2° On en a également obtenu de bons effets, lorsqu’il n’existait qu’une hypertrophie considérable avec catarrhe utérin, mais sans ulcération. Chez des malades dont le col était si volumineux qu’il ne pouvait pénétrer dans un spéculum de gros calibre que par sa moitié antérieure, le fer rouge, appliqué sur la partie qui se présentait, amenait un dégorgement si rapide, qu’ après deux ou trois cautérisations la totalité du col était embrassée par F instrument. Les symptômes généraux qui étaient , sous la dépendance de l’affection locale (douleurs dans les cuisses, dans les reins, tiraillements d’estomac, céphalalgie, etc., etc.), diminuaient en même temps avec une grande rapidité.
3° Dans certains cas, il n’existe autour de l’orifice du museau de tanche qu’une ulcération fort légère: mais les tissus du col ont perdu leur consistance; le doigt qui les presse fait suinter le sang comme à travers une éponge, et les malades, épuisés par de^
LÀURÈS. — DE Là CAUTÉRISATION A L’AIDE DU FER ROUGE.
hémorragies successives, arrivent à l'anémie au bout d’un temps quelquefois trèscourt. J’ai observé, à l’hôpital Saint-Louis, plusieurs exemples de cette espèce. A l’aide de la cautérisation avec le fer rouge, M. Jobert est parvenu à arrêter promptement les hémorragies, et à ramener le col à ses conditions normales.
4° Quand l’ulcération repose sur des tissus indurés, si on veut en détruire la base, la condition indispensable est de pouvoir atteindre les limites du mal. Par quel autre moyen arriverait-on aussi facilement qu’avec le fer rouge à ce résultat?
5° Le fer rouge réussit quelquefois là où tous les autres caustiques avaient échoué. Je dois à la bienveillance de M. Jobert d’avoir pu observer en ville plusieurs malades qui avaient épuisé, depuis des années et dans différents pays, les ressources de l’art. L’une d’elles portait une hypertrophie considérable du col, accompagnée de douleurs névralgiques constantes qui avaient complètement détérioré la santé. Les médecins anglais et allemands n’avaient amené dans son état aucune amélioration. Sous l’influence de plusieurs cautérisations avec le fer rouge, le dégorgement s’opéra rapidement, le col revint à son volume ordinaire, les douleurs disparurent entièrement, et la malade, revenue tout à fait à la santé, devint enceinte depuis son traitement. — Une autre malade était atteinte d’ulcération occupant toute la surface du col, et pénétrant dans sa cavité avec hypertrophie et induration. Depuis plusieurs années, le mal résistait à tous les moyens de traitement ; le fer rouge en triompha ; il fut porté à deux reprises différentes dans la cavité même du col.
6° Pour certaines ulcérations fongueuses, saignant avec facilité, et que Ton guérissait en pratiquant l’amputation du col de la matrice : pour d’autres qui reposent sur de petits tubercules isolés, dont la nature cancéreuse est évidente, ou bien qui marchent en détruisant rapidement les tissus du col, le fer rouge se recommande encore par ses bons effets. J’ai pu suivre dans les hôpitaux une malade dont l’observation est rapportée à la suite du mémoire sur les nerfs utérins, lu à l’ Institut, en 1841, par M. Jobert. Elle avait subi une amputation partielle du col, en 1837, dans le service du professeur Sanson , ou j’étais alors externe. En 1839 je la retrouvai chez M. Boyer, dans le service duquel j’étais placé par intérim: une seconde amputation partielle du col fut pratiquée pour détruire le mal qui avait récidivé. En décembre 1840, pendant mon internat chez M. Jobert, de nouveaux accidents ramenèrent la malade à l’ hôpital Saint-Louis. Le col, aplati, déformé, semblait au premier abord ne plus exister. Le vagin formait autour de lui un bourrelet assez épais qui le continuait en quelque sorte en arrière. Sur la partie antérieur^ et postérieure existaient de petits tubercules roses, durs au toucher, traversés par de fréquents élancements, et donnant à la portion restante du col un aspect bosselé, inégal. Il était impossible de pratiquer une troisième amputation. On touchait presque à la limite du vagin sur le col, et cependant il fallait agir contre un mal aussi redoutable. M. Jobert détruisit avec le fer rouge les tumeurs isolées , et la malade s’étant présentée à la visite en 1843, on a pu s’assurer qu’aucun accident ne s’était manifesté depuis sa dernière guérison, et que la partie restante du col n’offrait aucune trace d’altération. De pareils faits, s’ils se multipliaient, auraient -bientôt établi la supériorité de cette méthode de traitement; et puisqu’elle offre le double avantage de n’exposer les malades à aucun danger, et de ne pas causer (comme il peut arriver après l’amputation) des hémorragies graves, des inflammations violentes, j’espère qu’elle pourra, dans certaines circonstances, remplacer le bistouri, quelque témérité qu’il y ait à proposer une semblable substitution , après les succès si nombreux et si brillants qui ont été annoncés.
De tout ce qui précède, il est permis de tirer les conclusions suivantes :
La cautérisation du col de la matrice avec le fer rouge ne détermine pas de douleur. Elle ne pourrait en produire que si, en cautérisant la cavité du col avec un mandrin, rougi à blanc, on portait l’instrument assez haut pour atteindre la limite du corps de l’organe.
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Je ne l’ai jamais vue être suivie d’accidents.
Elle se recommande par l’instantanéité de ses effets, et par la facilité qui est au pouvoir du chirurgien de mesurer son action qu’il rend à volonté légère ou trèsénergique.
En même temps qu’elle modifie la surface ulcérée, elle réveille la vitalité de la matrice, et suscite une inflammation locale qui ne donne jamais lieu à la réaction
générale.
Elle produit des escarres qui se détachent promptement, et elle amène une cicatrisation plus rapide des ulcérations. Les cicatrices sont aussi plus solides que celles qui se forment après la cautérisation avec le nitrate acide de mercure. Elle remplace, avec beaucoup d’avantages, les autres caustiques, dans un grand nombre de cas où leur action est jugée insuffisante.
Elle a été appliquée avec succès contre des altérations qui réclamaient l’emploi de l’instrument tranchant, et elle n’expose pas aux mêmes accidents que lui.
Obs. I * —Ulcération fongueuse avec ramollissement ; état variqueux âu col ; cautérisation
au fer rouge ; guérison.
La nommée Grognet, âgée de 27 ans, d’un tempérament lymphatique, entre à l’hôpital Saint-Louis, le 22 mars 1843, pour y être traitée d’une affection du col de la matrice, dont elle souffrait depuis plus de quinze mois. A l’âge de 20 ans, elle devint mère pour la première fois: l’accouchement se termina naturellement, et trois jours après- elle quitta son lit pour reprendre ses occupations. Des douleurs dans le bassin, des coliques violentes et la fièvre se déclarèrent alors. Depuis cette époque, elle a toujours vu en blanc, et très-souvent elle perdait un peu de sang lorsqu’elle faisait des efforts pour uriner et pour aller à la garde-robe. Les approches sexuelles déterminaient de la douleur, et donnaient lieu immédiatement à l’écoulement de quelques gouttes de sang.
Au mois de septembre 1842, les règles coulèrent très-abondamment. Elles furent suivies, au rapport delà malade, d’une inflammation de bas-ventre qui la retint trois semaines au lit. Depuis ce temps, elle a souvent été obligée, â cause des douleurs qu’elle ressentait dans le ventre, d’interrompre ses occupations, pour lesquelles elle était obligée de sé tenir debout toute la journée, de monter et de descendre continuellement.
Quand elle entra dans les salles de M. Jobert, sa santé générale était profondément altérée : la face était pâle, le corps amaigri , les digestions étaient pénibles ; il s’établissait, vers le soir, un mouvement fébrile qui durait plusieurs heures. Presque toutes les nuits se passaient dans l’insomnie; la malade ressentait des douleurs dans les reins, dans les aines, dans les cuisses, des pesanteurs sur le fondement : la constipation était habituelle et opiniâtre ; il existait en même temps un écoulement blanc continuel, qui parfois était remplacé par un écoulement de sang pur. La matrice était le siège de cuissons et d’élancements assez vifs. Le toucher vaginal permettait de constater une hypertrophie considérable du museau de tanche, qui était inégal, bosselé, et qui saignait avec facilité au moindre attouchement. L’examen au spéculum (28 mars) laissa voir au fond du vagin une certaine quantité de mucopus, légèrement coloré en rouge par le mélange du sang. Le col, obliquement dirigé de gauche à droite, était doublé de volume, fongueux, ramolli, variqueux, surtout sur la lèvre antérieure, qui présentait un aspect bleuâtre, dû à la dilatation des vaisseaux. Sur le museau de tanche on voyait une ulcération profonde, occupant toute la lèvre antérieure, le pourtour de l’orifice, et la partie attenante de la lèvre postérieure.
Ce jour-là, M. Jobert cautérisa profondément avec le fer rouge : aucune douleur ne fut ressentie au moment de l’opération. Les jours suivants ne furent marqués par aucun accident ; l’écoulement blanc devint seulement plus abondant.
Le 4 avril, l’escarre venait de tomber, et les huit jours qui suivirent n’apportèrent pas dans la surface une modification bien appréciable. (Repos au lit, injections narcotiques, tisanes amères; pilules de sous-carbonate de fer.)
Le 11 avril, le col avait considérablement perdu de son volume. L’aspect fongueux semblait s’avancer dans l’orifice même du col; une nouvelle cautérisation au fer rouge fut pratiquée sans la moindre douleur.
On n’observa jusqu’au 25 aucun phénomène qui méritât d’être noté. Ce jour-là, l’application du spéculum permit de constater que l’hypertrophie persistait encore, surtout dans la
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lèvre antérieure, qui était le siège de trois saillies mamelonnées, dont la médiane était la plus volumineuse (cautérisation large et profonde au fer rouge).
Huit jours plus tard, il y avait encore beaucoup de muco-pus au fond du vagin, beaucoup de gonflement, beaucoup d’irrégularité dans le col. Les trois mamelons de la lèvre antérieure s’étaient affaissés.
Le 9 mai, le col était revenu sur luî-méme; l’ulcération était moins profonde, moins étendue: des trois saillies, l’une avait complètement disparu; celle de droite était trèspetite, la supérieure était restée volumineuse, Le fer rouge fut encore une fois appliqué sur elle.
Le 16, le muco-pus qui recouvre l’ulcération est moins abondant; celle-ci est réduite à des dimensions plus petites par les progrès de la cicatrisation. Les tubercules décrits plus haut sont nivelés avec la surface du col. On cautérise légèrement avec le nitrate acide de mercure.
Le 23,' les saillies n’existent plus sur le col, et l’ulcération n’a persisté qu’autour de l’orifice (nouvelle cautérisation avec le nitrate acide). Depuis longtemps l’écoulement blanc est diminué de quantité; il est constitué maintenant par un liquide glaireux, visqueux et presque transparent : les écoulements de sang ont cessé complètement.
Le 30, le col est revenu à son volume, fi sa consistance, fi sa forme naturelle: tout autour de l’orifice on remarque une surface d’un blanc rosé, sur laquelle est étalée uniformément le tissu cicatriciel. On touche encore avec le nitrate acide quelques points isolés où la cicatrice n’est point aussi avancée. Le 6 juin 1843, elle est complète et solide: la santé générale est rétablie, et la malade quitte l’hôpital parfaitement guérie.
Obs. 110.— Ulcère rongeant # col de la matrice ; hémorragies fréquentes ; cautérisation
avec le fer rouge ; guérison.
Le 11 mars 1843, la nommée Marianne Gentil, âgée de 44 ans, d’une constitution faible et d’une santé notablement altérée, entra dans les salles de M. Jobert. Les règles apparurent à l’âge de 13 ans. Jusqu’à 42 elles furent toujours régulières; mais depuis dix années environ elles étaient plus abondantes, et duraient plus longtemps que par le passé. Cette femme mit au monde trois enfants; ses accouchements furent très -heureux; et sa santé ne s’altéra qu’à l’époque où elle quitta Chartres, son pays natal, pour venir habiter Paris,
Il y a vingt ans, à la suite d’émotions et de contrariétés prolongées, elle commença fi perdre en blanc, et les flueurs blanches ont toujours augmenté, surtout depuis qu’elle habite Paris. En décembre 1841, il se déclara une métrorrhagie qui dura quatre mois : elle entra alors dans le service de M. Jobert avec tous les symptômes de l’anémie, avec des pertes abondantes entretenues par une ulcération fongueuse du col de la matrice. Plusieurs cautérisations furent pratiquées avec le fer rouge, et dès la troisième fois, tout écoulement de sang avait disparu: la santé générale s’était en même temps améliorée, et la malade, malgré les remontrances du chirurgien, voulut fi toute force quitter l’hôpital avant que la guérison fût complète. Elle reprit ses occupations , qui l’obligeaient fi frotter tous les jours des appartements. Ses règles, bien qu’elles revinssent aux époques fixes, étaient douloureuses et fort irrégulières.
Le 1er janvier 1843 elle eut une perte abondante, et jusqu’au 17 mars l’écoulement de sang n’a jamais cessé complètement; lorsqu’elle entra de nouveau fi l’hôpital, la face était jaune^ paille, bouffie : la marche était très-pénible : céphalalgie continuelle , absence de sommeil, pouls vif, petit et dépressible, tiraillements d’estomac, douleurs dans les reins, dans les aines, mais surtout dans la région hypogastriquo ; élancements fréquents dans la matrice, constipation très-rebelle.
L'examen au spéculum fit voir un col légèrement hypertrophié, recouvert par du mucopus mêlé de sang. Il existait une ulcération d’une nature et d’un aspect tout particuliers, occupant le pourtour de l’orifice, une partie de la lèvre antérieure et postérieure, qu’elle avait détruite de manière fi laisser au milieu du museau de tanchc'une sorte do cupule, (G«% térisallon avec le nitrate acide de mercure.)
Le 28, au second examen, on remarque que cette cupule s’est beaucoup étendue en profondeur et en largeur. Sa surface est grisâtre et blafardo, fournit un peu do sang mélangé avec tme sanie de mauvaise nature. Dans la crainte que cette ulcération rongeante, qui filait vers l’intérieur du col, né vînt fi l’évider de dehors en dedans, M. Jobert cautérisa profondément
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avec le fer rouge, sans aucune douleur. Pendant les trois jours qui suivirent, la malade perdit un peu de sang; puis l'écoulement s’arrêta tout à fait. •
Le 4 avril, l’état local était peu changé : le sang ne coulait plus, mais il y avait un écoulement blanc grisâtre fort abondant. (Nouvelle cautérisation au fer rouge.) Il s’écoula un peu de sang pendant le premier jour seulement.
Le il avril, l’ulcération avait notablement diminué; le muco-pus était moins grisâtre, la surface ulcérée moins sale; des bourgeons charnus commençaient à paraître. On toucha légèrement pour la troisième fois avec le fer rougi k blane.
Le 18 avril, l’ulcération avait encore un meilleur aspect; sa surface était rosée, et la cicatrice se formait aux dépens de bourgeons charnus qui comblaient l’excavation.
Le 25 avril, la cicatrisation avait fait des progrès rapides, et il ne restait plus que quelques points isolés qui furent touchés avec le nitrate acide.
Le 9 mai, l’ulcération avait complètement disparu : la cupule était entièrement comblée, mais la cicatrice était rosée et n’offrait pas encore beaucoup de solidité.
Le 16, la guérison était parfaite; la cicatrice était blanche et résistante; le col était tout k fait revenu k ses conditions normales. A partir du moment où l’écoulement de sang avait été arrêté, les différentes fonctions, surtout celle de la digestion, s’exécutaient de jour en jour plus régulièrement; la santé générale s’était rétablie , et la malade sortit le 17 mai 1845, délivrée d’une affection grave, après deux mois seulement de traitement.
Obs. IIIe .--Engorgement considérable du col utérin avec induration; ulcération granulée ;
cautérisation avec le fer rouge; guérison.
Joséphine Doucé, coloriste, âgée de 22 ans, d’une bonne santé, entre dans la salle Saint- Augustin le il avril 1845. Réglée k seize ans, elle éprouva, pendant les deux années qui suivirent, des douleurs assez vives qui occupaient tout l’abdomen k chaque époque mensuelle, et qui tenaient k l’irrégularité avec laquelle cette fonction s’exécutait. Elle se maria k 18 ans, eut une première couche fort heureuse, puis une fausse couche kdeux mois et demi, et enfin, en septembre 1841, un accouchement k terme et sans accidents. Pendant les six mois qui suivirent, les règles vinrent régulièrement; dans leurs intervalles il y avait un écoulement blanc assez abondant : l’éruption cataméniale se dérangea pendant huit mois, et elle s’était régularisée depuis quatre mois, lorsque la malade entra k Saint-Louis. Elle présentait les symptômes suivants : douleurs dans le dos et k l’épigastre, tiraillements dans les reins et les aines, pesanteurs au fondement, chaleur k la vulve, écoulement blanc verdâtre, constipation.
Le toucher fit reconnaître un abaissement de l’utérus, dont le corps était volumineux, et dont le col présentait une hypertrophie considérable avec induration. Il ne pouvait pénétrer dans un spéculum rond du plus gros calibre.— Il était irrégulier et divisé en trois mamelons: une ulcération simple, granulée, sans profondeur, occupait les mamelons etleurs interstices, et plongeait dans l’orifice utérin. Elle s’étendait plus sur la lèvre postérieure que sur l’antérieure. Du muco-pus était sécrété en assez grande abondance. (Cautérisation large et profonde avec le fer rouge ) L’apparition des règles retarda jusqu’au 2 mai le second examen. Il y avait encore alors beaucoup de muco-pus : le col avait diminué de volume d’un tiers au moins, les mamelons étaient moins saillants et plus souples; l’ulcération persistait. (On la touche avec le nitrate acide de mercure.)
Le 9, il y avait dans l’état du col une grande amélioration. L’engorgement était presque entièrement disparu, et les tissus avaient recouvré leur consistance et leur élasticité naturelles; les tubercules étaient complètement affaissés; l’ulcération, rosée, avait diminué d’étendue. Un bouton de feu fut porté sur un point qui conservait encore de la dureté.
Le 16 mai, le liquide qu’on trouve au fond du vagin est presque transparent; les bourgeons charnus qui existaient lors du dernier examen ont formé une cicatrice presque achevée. La malade sort le lendemain dans d’excellentes conditions, après cinq semaines de séjour k l’hôpital. Trois fois depuis elle est venue se faire visiter. La guérison s’était soutenue, et, le 25 juillet, elle nous a assuré qu’elle était devenue enceinte.
Ons. IVe. — Dysménorrhée ; écoulement leucorrhéïque abondant; hypertrophie légère; ulcération dont la surface est couverte de granulations exubérantes et de tubercules irréguliers, tellement rapprochés qu’ils empêchent de distinguer nettement l’orifice du museau de tanche; cautérisation au fer rouge; guérison.
Âinabîa Simon, 25 ans, couturière, arrivée k Paris k 20 ans ; affectée depuis lors de flucurs
LAURÈS. — DE LA CAUTERISATION A l’aIDE DU FER ROUGE.
blanches abondantes; elle accoucha h 21 ans et demi fort heureusement d’un enfanta terme. Depuis cette époque, l’écoulement blanc est devenu plus abondant, des douleurs permanentes se sont déclarées dans les aines, dans le ventre, etc., etc. Elle entre à l’hôpital le 28 mai 1843.
Injections narcotiques, tisane dépurative, pilules ferrugineuses. Deux cautérisations avec le fer rouge; trois cautérisations avec le nitrate acide.
Elle sort guérie le 27 juillet 1843.
Obs. Ve. — Hypertrophie du col avec ramollissement ; ulcération fongueuse saignant avec facilité; leucorrhée; cautérisation au fer rouge; guérison.
Félicité Doyen, cartonnière, âgée de 23 ans. — Elle eut, à 17 ans, une couche, h la suite de laquelle elle fut retenue au lit pendant six semaines par une métro-péritonite. La menstruation se dérangea, et un écoulement blanc s’établit. A 23 ans, d’autres symptômes vinrent s’ajoutera ceux qui existaient déjà; ils étaient liés à l’existence d’une ulcération, contre laquelle on dirigea une foule de traitements sans obtenir de guérison. Elle entre dans le service de M. Jobertle 24 mai 1843.
Le col est très-volumineux, dévié à droite, irrégulièrement bosselé. Une ulcération fongueuse occupe les deux lèvres et l’orifice utérin.— Deux cautérisations avec le fer rouge; deux avec le nitrate acide. — Guérison à la fin de juillet 1843.
Obs. VI0. Métrorrhagie ; hypertrophie du col; ulcération granuleuse; cautérisation avec le
fér rouge ; guérison.
Félicité Clément, journalière, âgée de 48 ans, a eu trois enfants qui sont venus à terme et fort heureusement; elle a joui d’une bonne santé jusqu’en janvier 1843. A cette époque, les î ègles qui avaient toujours été régulières, se sont arrêtées. Le sang reparut quatre mois après, mais coula fort abondamment pendant dix-huit jours. Trois jours plus tard, la perte
recommença et s’arrêta au bout de quelques jours. Elle souffrait dans les reins, dans le ventre, et l’écoulement du sang reparaissait par intervalles. Elle entre dans la salle Saint- Augustin le 14 juin 1843. La lèvre antérieure du col est hypertrophiée et couverte par une ulcération granuleuse, qui s’étend jusqu’à l’orifice du museau de tanche; la lèvre postérieure est saine. — Une seule cautérisation avec le fer rouge. — Sortie guérie le 23 juillet 1843.
Obs. Vil0. Ulcération granulée avec hypertrophie du col; cautérisation au fer rouge;
guérison.
Houdot (Adèle), 23 ans, couturière, eut deux accouchements à terme et deux fausses couches, 1 une a deux mois et demi, l’autre à sept. Elle voit en blanc depuis cette époque, et éprouve des pesanteurs sur le fondement, des tiraillements d’estomac, des coliques, etc.
^ Ulcération granulée formée par des bourgeons saillants, occupant tout le pourtour de l’orifice; la lèvre antérieure est hypertrophiée, comme infiltrée, et d’une couleur rouge brun. Une grande quantité de muco-pus est sécrétée. — L’altération n’est pas très-grave; mais cette malade est d’un tempérament éminemment lymphatique, et l’ulcération ne marche que trèslentement vers la cicatrisation. Six cautérisations avec le fer rouge; trois avec le nitrate acide. — Guérison.
Obs. VIII0.— Ulcération avec hypertrophie et ramollissement ; cautérisation au fer rouge ;
guérison.
Gasnot (Louise), trente ans, couturière. Elle a eu trois accouchements à terme et deux fausses-couches. Au troisième accouchement l’enfant vint mort, et on fut obligé d’appliquer le forceps. Lorsqu’elle entre à l’hôpital, elle avoue qu’elle est souffrante depuis un an. On l’a cautérisée plusieurs fois en ville avec la pierre infernale et le nitrate acide de mercure.
Granulations suppurantes développées sur toute la lèvre antérieure jusqu’à l’orifice. — Hypertrophie de la lèvre postérieure seulement, qui s’avance au devant de l’antérieure sans présenter la moindre trace d inflammation. Le tissu du col est ramolli et cède sous la pression du doigt la plus légère. — Trois cautérisations avec le fer rouge. — Guérison.
74 TRAVAUX ORIGINAUX
Obs. IXe.— Ulcération avec hypertrophie chez me femme grosse de cinq mois ; cautérisation
avec le fer rouge; guérison.
Chablat (Amicie), âgée de 19 ans, lingère, mère de deux enfants, souffre depuis sa dernière couche, arrivée en 1842. Lorsqu’elle entre à l’hôpital, elle est enceinte de cinq mois. Le col, qui est dirigé tout à fait en arrière, a subi les modifications apportées par l’état de grossesse. Mais la lèvre antérieure est hypertrophiée considérablement, et l’on trouve sur elle, ainsi que sur la postérieure, une ulcération formée par des granulations exubérantes, rapprochées les unes des autres, et présentant assez bien l’aspect des petits lobes d’une mûre; sa coloration est d’un rouge très-foncé. — Quatre cautérisations au fer rouge sans aucune douleur.— Guérison.
Lorsque la malade quitta les salles, elle était grosse de six mois. On entendait trèsdistinctement le souffle placentaire, et les bruits du cœur du fœtus. Rien n’annonçait qu’il fût en état de souffrance. J’ai recherché depuis la malade pour savoir si elle était accouchée heureusement; je n’ai pu la retrouver,
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de V extrémité supérieure du radius chez les enfants ; par M* IPeeseux ,
docteur-médecin au Grand-Lucé ( Sarlhe ).
Dans le numéro d’avril dernier du Journal de Chirurgie, M, Malgaigne a publié de très-savantes recherches sur la nature des luxations que peuvent déterminer chez les enfants des tractions inconsidérées sur la main ou le poignet, à l’occasion d'une lettre que j’eus l’honneur de lui écrire, et dans laquelle je relatais un cas de luxation incomplète do l’extrémité supérieure du radius que j’avais observé sur une petite fille de dix-huit mois. Dans ce travail remarquable, le savant chirurgien, après avoir, avec cette sévérité de logique si précieuse dans notre science, interrogé tous les faits, apprécié toutes les théories, est arrivé à mettre complètement hors de doute l’existence des luxations incomplètes de la petite tête du radius soit en avant, soit en arrière ; mais grâce surtout aux faits décisifs observés par Martin de Lyon et Dugès de Montpellier. En effet , sans les faits rapportés par ces deux chirurgiens, tous les autres consignés dans la science sont d’une obscurité désolante pour le diagnostic spécial, et laissent le lecteur dans le doute le plus complet.
Si, comme l’observation le prouve, cette incertitude dans le diagnostic tient à ce que les tractions exercées sur la main ou le poignet d’un enfant, sont loin ordinairement de déterminer des déplacements aussi considérables et aussi facilement appréciables que ceux notés par Martin et Dugès, et donnent lieu au contraire le plus souvent à des déplacements insensibles ; il est donc utile que de nouveaux faits viennent éclairer, s’il est possible, ce coin encore obscur de la question. C’est dans ce but que j’ai cru devoir donner de la publicité à deux nouvelles observations que j’ai eu l’occasion de recueillir depuis la publication de ma première , et qui ne seront pas peut-être sans quelque intérêt.
Obs. I TQ.— Luxation incomplète de la tête du radius , sans saillie appréciable.
Une petite fille de quatre ans, de bonne constitution, en jouant avec un garçon plus âgé qu’elle, jeta un cri perçant au moment où celui-ci, tirant fortement sur son poignet gauche, cherchait à l’attirer â lui.
La malade ne pouvant plus, â la suite de cette violente traction, faire usage de son petit bras, je 'fus appelé quelques heures après l’accident.
L’enfant est au lit : décubitus en supination parfaite, membre supérieur gauche étendu sur le côté du tronc, porté même un peu en arrière, enfoncé et â demi caché qu’il est sous la fesse et la cuisse du môme côté. L’avant-bras et la main sont en pronation complète, et reposent à plat sur le matelas du lit. Les doigts sont légèrement et naturellement fléchis. Le tendon du biceps n’offre point cette contraction permanente, signalée dans les cas de flexion plus ou moins prononcée de l’avant-bras.