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MÂLGAIGNE. — OPÉRATION DU BEC-DE-LIÈVRE

à 2 millimètres de largeur. Les jours suivants elle se recouvrit de petites croûtes jaunâtres, qui, en se détachant, la montraient de plus en plus solide et rétrécie. Le sujet ayant voulu absolument quitter T hôpital le 26 décembre , je fis prendre le dessin de la lèvre restaurée, et je constatai les détails qui suivent :

La cicatrice d’union est linéaire en haut ; mais en s’approchant du bord muqueux de la lèvre , là même où a été placée la première épingle, elle prend tout à coup près de 2 millimètres de largeur. De là on dirait qu’elle se bifurque en manière de Y renversé, circonscrivant un petit tubercule ferme, charnu, rosé, sur lequel il est impossible de reconnaître des traces de la cicatrice réelle ; et il faut avoir été témoin de l’opération pour savoir que ce tubercule est précisément le résultat de l’adossement des deux petits lambeaux flottants ; que la bifurcation apparente de la cicatrice tient au pli de renversement de ces lambeaux, et que la véritable cicatrice doit se trouver au milieu même du tubercule. La lèvre est plus fournie et plus épaisse du côté de l’opération que de l’autre. Quand la bouche est fermée, elle paraît aussi régulière que s’il n’y avait eu là, au lieu d’un bec-de-lièvre, qu’une incision réunie par première intention ; quand la bouche est ouverte, la plus grande épaisseur de la lèvre frappe aussitôt les yeux, ce qui paraît tenir surtout à ce qu’elle n’est point soutenue et comprimée par les dents incisives.

J’ai présenté ce malade, le 27 décembre, à la Société de chirurgie, qui a été frappée de la beauté du résultat. Un point que j’ai tenu particulièrement à faire bien constater, c’est cette absence de cicatrice visible sur toute la portion muqueuse de la lèvre, phénomène jusqu’à présent inouï dans l’histoire du bec-de-lièvre, et d’autant plus intéressant qu’il se rattache à une question beaucoup plus générale. J’avais écrit , dans mon Anatomie chirurgicale, d’après Travers et M. Reybard, que la muqueuse intestinale divisée n’est pas susceptible d’une réunion immédiate; des expériences directes m’ont démontré depuis, non-seulement qu’elle se réunit à merveille, mais qu’après un certain temps écoulé il est impossible de retrouver de traces de la cicatrice. Pareille chose s’observe sur la conjonctive ; et il semble donc que les lèvres participent également à cette curieuse propriété. Je me propose de rechercher ce qui se passe à cet égard sur les autres muqueuses, et jusqu’à quel point cette réunion sans cicatrice pourrait être érigée en loi générale.

Je n’ai plus que quelques observations à ajouter. Agissant sur un bec-de-lièvre simple, je n’ai réservé de mes lambeaux que ce qu’il en fallait pour éviter 1 encochure; le petit tubercule dont j’ai parlé ne fait aucune saillie désagréable, et je l’avais réservé pour le cas où la cicatrice se rétracterait à la longue; ce qui, d’après l’aspect inopiné de la réunion, ne me paraît aujourd’hui nullement probable. Mais si ton avait affaire à un becde-lièvre double, on comprend quel parti T on pourrait tirer, pour la création d’un tubercule médian à la lèvre, de ces deux lambeaux flottants qui offriront toujours plus de substance qu’il ne sera nécessaire.

Je me suis servi des ciseaux, que je regarde en tout état de cause comme bien préférables au bistouri. Il me paraît fort inutile de dire comment il faudra s’y prendre dans les diverses complications de la fente labiale ; tout se réduit d’ailleurs à ce seul point : aviver de haut en bas les deux portions latérales de la lèvre; les autres, s’il y en a, devant être avivées à l’ordinaire. Le seul reproche qu’on ait fait à l’opération nouvelle porte sur la difficulté d’aviver de haut en bas ; je n’ai pu que répondre que je n’avais éprouvé de difficulté d’aucune espèce. Cependant, en vue de l’éluder, M. Monod a proposé de commencer par faire avec les ciseaux deux petites incisions transversales près du bord libre de la lèvre, lesquelles permettraient ensuite de faire agir l’instrument de bas en haut; les deux petits lambeaux laissés vers le bas suffiraient à combler l’ encochure , et il ne serait plus besoin de les retailler après. M. Huguier proposerait de se servir du bistouri, pénétrant d’un coup de pointe près du bord labial, et marchant ensuite de bas en haut jusqu’au sommet du bec-de-lièvre. Ces modifications sont ingénieuses et pourront sans doute être tentées avec succès. Cependant j’ai déjà dit que les ci-

TRAVAUX. ORIGINAUX

seaux me paraissent plus commodes que le bistouri ; et quant au procédé de M. Monod, je préfère avoir à tailler mes lambeaux après le placement de la première épingle ; je suis plus sûr alors de la quantité d’étoffe rigoureusement nécessaire et plus maître de la tailler à mon gré.

J’ai ajouté plusieurs points de suture entrecoupée aux épingles classiques. Cela me paraît essentiel pour obtenir une réunion exacte; et c’est en grande partie à l’absence de ces petits points qu’il faut attribuer, à mon sens, la'cicatrice apparente qui suit les opérations ordinaires. Tout au rebours j’ai cru pouvoir m’abstenir d’une précaution fort recommandée par la plupart des chirurgiens , et je m’en suis fié à mes sutures, sans bandage, sans appareil, sans autre pansement. L’événement m’a justifié, c’est tout ce que je veux dire pour cette fois ; cette simplification n’étant que l’application d’une règle de conduite beaucoup plus générale , dont je me réserve d’exposer ailleurs tous les motifs et toutes les applications (1).

Mémoire $«ea* «leux eaü «le tsiaiaeisrs volumineuses à fia face fœtale du placenta ; par Ant. Bamiah.

Les beaux travaux d’anatomie et de physiologie pathologiques qui font la gloire de notre époque ont porté leurs fruits partout. S’ils ont été féconds pour la médecine et la chirurgie proprement dites, ils ne l’ont pas été moins- pour la science et l’art des accouchements. Intéressée à tous les progrès, heureuse d’y concourir quelquefois, toujours jalouse d’en profiter quand ils s’appliquent àl’ objet de ses études, l’obstétrique ne néglige rien de ce qui peut lui conserver un rang élevé dans la science. Parmi les recherches dont elle a su utiliser les résultats, on peut mettre en première ligne celles qui sont relatives aux trans- ' formations successives des caillots sanguins. Appliquée à la détermination de la nature des tumeurs de forme, de volume, de consistance et de couleurs variables qu’on trouve sur les faces ou dans l’épaisseur du placenta, cette doctrine a provisoirement relégué dans les hypothèses sinon dans les impossibilités l’existence du squirrhe et des autres dégénérescences dont on trouve quelques exemples dans les auteurs. Trop d’observations démontrent l’origine de ces tumeurs, trop d’occasions se présentent d’étudier les diverses phases de leur formation sur un même placenta, pour qu’on ne soit pas maintenant parfaitement éclairé sur leur nature. Ce qu’on avait pris autrefois pour du squirrhe, du tubercule, de l’athérôme, de la graisse, n’est autre chose que du sang épanché ou infiltré dont la matière colorante et la partie la plus fluide ont été plus ou moins complètement résorbées, précieuse découverte qui n’est point restée stérile entre les mains des praticiens.

Ayant eu, pour ma part, l’occasion de multiplier à l’infini ces sortes de recherches, je m’étais toujours persuadé que l’explication si justement et si utilement trouvée, suffirait à tous les cas. Une heureuse rencontre m’a pourtant appris qu’il est des tumeurs dont il semble difficile de rattacher l’origine à un épanchement de sang, ou dont les caractères diffèrent au moins tellement de ceux des tumeurs qui reconnaissent cette dernière cause, qu’il est permis de leur supposer une autre nature et un autre point de départ. Au reste, sous ce double rapport, je n’ai encore que des conjectures à offrir. Deux faits, les seuls, à ma connaissance au moins, que la science comptera dans ses annales, sont loin de suf¬

fi) La nouvelle méthode avait été communiquée et discutée à la Société de chirurgie , et ce mémoire était déjà livré à l’impression, lorsque j’ai appris de M, Roux qu’une idée toute pareille lui avait été communiquée par M. Clémot de Rochefort , et que lui-même l’avait appliquée sur deux sujets, après quoi il en était revenu à la méthode ordinaire, dans laquelle il trouve surtout l’avantage d’une plus grande célérité. L’idée de M. Clémot n’a jamais été publiée que je sache, et hors M. Roux, elle n’était arrivée à la connaissance d’aucun autre des chirurgiens de Paris. Le Journal de Chirurgie accueillera d’ailleurs avec empressement les communications que M. Clémot voudra lui adresser à ce sujet.

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