JAMES LUKE .—HERNIES ÉTRANGLÉES RÉDUITES EN MASSE
restera aucun doute ni sur l’existence de la hernie, ni sur sa réduction régulière, le sac demeurant au dehors. Mais si l’anneau, avec une largeur inaccoutumée, n’est traversé que par le cordon, si ce cordon est libre et distinct, sans être masqué par un sac herniaire, si l’on ne trouve qu’un vide là où l’histoire antérieure de la maladie devait faire trouver une tumeur, il y a une forte présomption que la hernie a été réduite avec son sac.
En poursuivant l’exploration, on ouvre maintenant le cànal inguinal. Nous avons dit que l’examen par le toucher n’en peut retirer aucune lumière, à moins que la tumeur n’y soit contenue ; mais l’incision, en le soumettant à la fois à la vue et au toucher, est bien autrement avantageuse. Elle peut fournir des indications d’une nature décisive; et je tiens pour mon compte que l’étude attentive de l’état des parties dans ce canal est de la plus haute importance.
On se souvient que la hernie inguinale oblique ordinaire, dans son passage à traversin canal, glisse en avant du cordon spermatique. Le sac herniaire demeuré vide par la réduction de son contenu, occupe la même position relative, et conséquemment recouvre et masque le cordon, après que le canal a été ouvert. Si les choses ne se montrent pas ainsi, dans un cas où l’existence antérieure d’une hernie est bien constante, et si le cordon se dessine nettement et distinctement à la vue dans toute l’étendue du canal, nous sommes en droit de conclure que le sac ne le recouvre point, que ce sac a été réduit; et la réduction ne peut s’être faite ailleurs que dans l’abdomen.
Il est également bien connu de tous ceux qui ont opéré des hernies, qu’on trouve ordinairement le sac enveloppé immédiatement d’une poche ou capsule celluleuse condensée, qui, sous le bistouri, prend un aspect lamelleux, et passe fréquemment pour des couches du fascia. Cette capsule celluleuse n’a que peu de connexions avec le sac, et reste au dehors, même quand le sac a été réduit. Il sera bon, en conséquence, de s’assurer de l’ existence de cette capsule ; si onia trouve, et qu’elle soit vide, cette circonstance sera tout à fait décisive, et nous fournira même une indication directe pour arriver jusqu’à la hernie. On ouvrira cette capsule ; on y introduira le doigt qui, étant ensuite porté à travers l’anneau interne, se trouvera derrière cet anneau en contact avec la hernie elle-même, puisqu’il aura suivi le même canal qu’elle a parcouru dans sa réduction. Cette capsule ne se rencontrera pas toujours, soit qu’elle échappe aux yeux à raison de sa ténuité, soit que, lorsque la réduction date déjà de quelque temps, l’inflammation l’ait oblitérée ou l’ait fait adhérer aux parties voisines; mais, lorsqu’on la trouve, c’est une addition fort importante à nos autres moyens de diagnostic.
Arrivant à l’anneau interne, il faudra noter son étendue et les parties qui le traversent, et l’on en déduira les mêmes conséquences que pour l’anneau externe.
Jusqu’ici l’opération n’a offert aucun danger sérieux, n’a point encore touché au péritoine ; et pourtant elle a pu fournir des renseignements déjà très-concluants, ce qui suffit bien à la justifier. On peut objecter que ces renseignements ne servent qu’à établir une présomption plus ou moins forte, sans arriver à la certitude. Mais l’opération peut donner cette certitude, démontrer l’existence ou la non-existence d’une tumeur herniaire, sans rien ajouter au danger insignifiant qu’elle a fait jusque-là courir au malade. Il s’agit simplement d’introduire le doigt dans l’anneau interne, et de le porter ensuite d’un côté et de l’autre. S’il y a là une tumeur herniaire, on la reconnaîtra de prime abord, et on la trouvera située en dehors du péritoine, bien que derrière la paroi abdominale, et présentant une surface arrondie et tendue. S’il n’y a pas de tumeur, le doigt ne rencontrera que la surface unie du péritoine, adhérant aux parois abdominales tout autour de l’anneau. En supposant que quelque doute existe encore, une incision du fascia transversalis en dedans de l’anneau interne,- en agrandissant cet anneau, exposera les parties à la vue, et donnera au diagnostic le dernier degré d’évidence, sans qu’il soit nullement besoin d’intéresser le péritoine.
La tumeur herniaire étant donc trouvée et reconnue,, il faudra la ramener dans le canal inguinal, dans la position qu’elle occupait avant la réduction ; et pour cela débrider
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l’anneau dans l’étendue nécessaire. On sera alors en mesure de l’ouvrir, et de disposer des parties qu’elle renferme selon l’état où on les trouvera, et d’ailleurs comme dans les opérations ordinaires. Il faut seulement alors se bien pénétrer des conditions indispensables à la production de la réduction en masse, parce qu’elles dominent toute la suite de l’opération. L’étranglement qui a persisté après la rentrée de la hernie dans le ventre est tout à fait indépendant des anneaux qui n’ont pas changé de place. C’est le collet du sac qui est alors l’agent réel et tout puissant de l’étranglement, et qu’il faut diviser de la même manière que si la hernie était restée au dehors. D'ans tous les cas, on ouvrira le sac, et on débridera largement le collet, de manière à ne laisser aucun obstacle à une réduction régulière.
On se souviendra aussi que le sac a perdu ses connexions avec les parties ambiantes, et qu’il suivrait très-facilement dans le ventre les parties qu’on veut réduire, si l’on n’y prenait garde. On évitera tout danger de ce côté en portant le doigt dans le collet du sac après la réduction, et en s’assurant ainsi que les viscères sont parfaitement libres.
Outre les cas dont il a été question jusqu’ici, il peut encore arriver, mais plus rarement, qu’une hernie réduite continue à être étranglée autrement que parlecollet du sac; et le diagnostic ne serait alors nullement éclairé par les indices que nous fournirait l’opération explorative. Ainsi, les parties herniées peuvent être disposées de telle sorte que les unes soient étranglées par les autres; ou bien encore l’étranglement peut être déterminé par des adhérences, ou par des ouvertures de l’épiploon ou du mésentère traversées par une anse d’intestin. Ces divers étranglements peuvent se produire aussi bien dans l’abdomen que dans un sac herniaire sorti au dehors. Dans ce dernier cas, le taxis peut être appliqué à l’ordinaire, et d’abord avec un succès apparent, attendu que ni l’anneau ni le collet du sac ne présentent d’obstacle suffisant pour empêcher la réduction. Toutefois, cette réduction, comme on le conçoit, n’amène pas le soulagement attendu ; et une certaine ressemblance dans les cas de ce genre peut faire soupçonner une réduction en masse.
En vertu de cette présomption, on peut être conduit à pratiquer une opération explorative. Mais alors le chirurgien, à mesure qu’il avancera dans son opération, ne rencontrera aucun des signes de la réduction en masse que nous avons énumérés; et la présence du sac herniaire vide et recouvrant le cordon et les anneaux montrera suffisamment qu’il s’agit de toute autre chose. Il n’existe du reste aucune indication locale qui puisse alors assurer le diagnostic. Il est probable, si les parties étranglées restaient dans le voisinage de l’anneau, qu’on pourrait découvrir et sentir obscurément, surtout après l’ouverture du canal, une tumeur locale, douloureuse, occupant un espace circonscrit ; et l’on pourrait tirer de cette exploration quelques conjectures sur la véritable nature du cas ; mais l’ouverture du péritoine n’en demeurerait pas moins une opération trèsproblématique , et qui soumettrait le malade à toutes les chances du hasard.
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de la ténotomie appllquée au traitement des luxations et des fractures; par M. Delavacherie, professeur à V université de Liège.
Dans notre premier volume, nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs tous les documents connus jusqu’alors en France sur ce sujet (Yoy. t. I, p. 295 et 541). Les résultats avaient été assez équivoques, et les succès plus que compensés par les revers. De plus.
dans les cas même où l’on avait le mieux réussi, il manquait aux observations un renseignement essentiel, savoir, quel était l’état des forces musculaires à la suite de la section du tendon d’Achille; et jusqu’à ce jour personne ne paraît s’en être encore occupé. Dien que, soit à raison des revers essuyés, soit à cause de cette incertitude sur le résultat final des opérations mêmes les plus heureuses, nous soyons tout à fait contraire 4
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ce moyen, et que nous préférions de beaucoup la pression à l’aide des pointes , il convient cependant de recueillir tous les faits qui se produiront sur une question trop nouvelle encore pour être définitivement résolue; et c’est pourquoi nous mettons le suivant sous les yeux de nos lecteurs. Il a été communiqué à l’Académie royale de médecine de Belgique, et inséré dans le Bulletin de cette société.
Obs. — « Pierre Siquet, charretier, âgé de 33 ans, d’une forte constitution, se prit de querelle avec quelques individus, au sortir d’un cabaret où il s’était enivré dans la nuit du 1er novembre 1841. Une lutte s’étant engagée, il fut terrassé à plusieurs reprises. Les personnes qui vinrent à son secours le relevèrent pour le conduire chez lui ; mais il ne put se tenir debout. Attribuant à son état d’ivresse la difficulté que cet homme éprouvait à rester sur les jambes, ces personnes le redressèrent de nouveau , mais en vain; il fallut le transporter à son domicile.
« Le lendemain, 2 novembre, Siquet est admis à l’hôpital civil de Liège, et placé dans le service de la clinique chirurgicale. L’élève de garde constate les blessures suivantes : 1° fracture de l’extrémité inférieure du péroné droit, accompagnée d’une déformation très-forte du pied et d’une tuméfaction considérable de tout le membre, surtout vers l’articulation tibio-tarsienne ; 2° nombreuses contusions au cuir chevelu, à l’arcade orbitaire et à la paupière du côté gauche.
« Après une large saignée du bras, la jambe est mise dans un appareil et arrosée avec de l’eau saturnée ; des compresses trempées dans le même liquide résolutif sont également appliquées sur les autres lésions.
« Lorsque je vis le malade, le 3 novembre au matin, je fus frappé de la déformation qu’offrait le membre dégagé de son appareil, et je présumai aussitôt qu’il y avait plus qu’une simple fracture. En effet, il existait:
1° Un raccourcissement très-notable de l’avant-pied, avec disparition du coude-pied;
2° Une saillie très-prononcée du bord antérieur de l’extrémité inférieure du tibia ;
3° Une forte proéminence en arrière du talon, avec tension excessive du tendon d’Achille.
« A ces signes, je ne pouvais méconnaître une luxation du pied en arrière; ce qui confirma ce diagnostic, c’est que l’astragale avait disparu et que le tibia reposait en avant sur le scaphoïde et sur le premier cunéiforme. Le péroné était fracturé â un pouce et demi de son extrémité inférieure.
« Le malade fut transporté à l’amphithéâtre, où l’on procéda immédiatement à la réduction de la luxation. Des efforts rationnelle¬
ment dirigés pendant plus de dix minutes restèrent sans effet. Le malade accusait de vives douleurs, car le membre était le siège de contusions très-fortes, à en juger par les ecchymoses d’un noir violacé qui tachaient toute la jambe et qui s’étendaient jusqu’au haut de la cuisse. En outre, le gonflement du pied n’avait fait que s’accroître depuis l’accident qui datait alors de trente-six heures. J’ordonnai de suspendre momentanément les tractions.
« Je n’avais pas encore pensé au parti que je prendrais dans le cas où de nouveaux efforts de réduction resteraient sans résultats, lorsque M. le docteur Louis Dejardin, l’un de mes anciens chefs de clinique, me demanda s’il n’y aurait pas lieu de pratiquer la ténotomie. J’accueillis avec empressement cet avis qui était ouvert très à propos; et , sans plus de réflexion, je fis la section du tendon d’Achille, qui, malgré la tuméfaction des parties, présentait une saillie très-prononcée. Cette résistance vaincue, je n’eus plus aucune peine à ramener l’astragale sous le tibia.
« Après l’opération, le membre fut placé dans l’appareil de Dupuytren, et soumis à des irrigations continues d’eau froide. Je prescrivis en même temps une diète absolue et l’usage des boissons délayantes.
« Le 8, cinquième jour de l’opération, le malade accuse de la sensibilité au-dessus du talon, à l’endroit de la piqûre faite par le ténotome. Les fâcheux résultats signalés par M. Laugier me revinrent alors à la pensée ; mais je ne tardai pas à être rassuré sur l’état de Siquet qui se trouvait dans un calme parfait: son pouls était à peine fébrile. Prescription de cataplasmes émollients.
« Le 12, un petit point de fluctuation se montre à l’endroit douloureux. Ce foyer est incisé et il s’en écoule une quantité de pus très-minime. Les émollients sont continués.
« le 15, le volume du membre est notablement réduit, et la sensibilité a disparu. La plaie ne fournit presque point de suppuration. L’appareil ordinaire à fracture remplace celui de Dupuytren.
« Le 19, la jambe revenue à son volume normal est entourée du bandage inamovible dont je fais habituellement usage dans mon service de clinique. (Cet appareil est formé d’une couche d’emplâtre agglutinatif et de trois ou quatre couches de papier unies l’une à l’autre, au moyen de la bouillie d’amidon.) Enfin, le 21, la déambulation est permise à l’aide-de béquilles.
« Le 10 décembre, trente-huit jours après la réduction de la luxation, le membre, dégagé de son appareil, montre que la consolidation de la fracture et l’agglutination des bouts du tendon sont effectuées. 11 n’y a plus
iis
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de traces des désordres qui existaient dans l’articulation tibio-tarsienne, et les principaux mouvements s’exécutent sans difficulté.
« Le 20 décembre, Siquet sort de l’hôpital parfaitement guéri, après y être resté quarante-huit jours. Je lui recommande expressément de conserver pendant quelque temps encore un bandage contentif autour du pied et de l’articulation tibio-astragalienne. »
M. Delavacherie, quand il a lu son observation, ne connaissait encore que les observations de M. Laugier; plus un essai tenté par M. Dieffenbach, en 1859, pour réduire une luxation ancienne de l’humérus. Dans ce dernier cas, on coupa le grand pectoral, le grand dorsal et le grand rond ; il ne survint aucun symptôme fâcheux; mais l’observation est infiniment trop incomplète pour qu’on puisse affirmer quel bénéfice en retira le malade. Là, du reste, n’est point la question. La luxation étant ancienne, il n’y avait plus ni inflammation locale, ni réaction générale à redouter; et c’est l’état récent des fractures qui complique étrangement une opération d’ailleurs assez insignifiante par elle-même. On voit même que le sujet de M. Delavacherie a eu un petit phlegmon en avant du tendon d’Achille, ne contenant pas au delà d 'un quart d’once de pus. C’est peu de chose ; mais si ce foyer avait été plus considérable , comme dans le cas de M. Laugier, ou s’il avait communiqué avec la fracture? M. Delavacherie se montre tout à fait rassuré à cet égard : le phlegmon diffus n’est survenu chez le sujet de M. Laugier, dit-il, que parce que la réduction n’a pas été parfaite; et, avec une réduction parfaite, on n’aura jamais à craindre que de très-petits abcès. Cette dernière promesse est rassurante sans doute; mais, lorsqu’on se demande sur quoi elle est fondée , il faut bien reconnaître qu’elle est tout à fait gratuite , et que c’est simplement un désir et une espérance que M. Delavacherie nous donne pour une réalité. Admettons même qu’elle fût un peu plus certaine, qui nous assurera qu’après la section du tendon d’Achille nous parviendrons toujours à réduire complètement? Et s’il n’est pas possible de nous assurer à cet égard, n’allons-nous pas, de l’avis même de M. Delavacherie, exposer les opérés à des phlegmons diffus?
Cependant, dit notre auteur, que fallait-il faire? Fallait-il différer la réduction jusqu’à ce que le gonflement fût dissipé, ou continuer les tractions de vive force ?
Nous croyons, en thèse générale, qu’il vaut mieux combattre l’inflammation d’abord, et ce serait une étrange chirurgie qui voudrait surmonter sans délai, au prix de la section d’un tendon , un obstacle qui pourrait être vaincu par quelques cataplasmes. Pour le cas actuel, une autre considération méritait
d’être pesée ; il n’est pas sûr que la cessation du gonflement eût permis, je ne dis pas de faire, mais de maintenir la réduction. Ce n’est pas seulement à une luxation que l’on a alors affaire; le plus souvent, peut-être toujours, il y a une fracture oblique de l’extrémité articulaire du tibia , dont une portion reste en arrière tandis que le corps de l’os est déplacé et si l’on veut luxé en avant. Rien de plus difficile que la contention de ces sortes de fractures, ou plutôt elle est impossible par les moyens ordinaires. Nous en avons traité une récemment dans notre service à l’hôpital Saint-Antoine; la pointe a été appliquée sur le tibia sans aucun accident, et nous prendrons soin que cette observation soit publiée avec quelques autres du même genre.
Enfin , nous voudrions adresser à M. Delavacherie la question déjà touchée tout à l’heure : son malade était charretier, dans la force de l’âge ; depuis plus de deux ans il est remis de sa fracture ; quel est chez lui l’état des forces musculaires ? Peut-il marcher aussi longtemps et aussi vite; peut-il courir et sauter; peut-il soulever les mêmes fardeaux, estil en un mot aussi robuste et aussi apte à gagner sa vie qu’avant d’avoir subi son opération ?
LUXATION DE l’àVANT - BRAS EN ARRIÈRE ;
fracture de l’olécrâne reconnue après la
réduction ; par M. Daugier.
On ne sait que trop, par une malheureuse expérience, combien les luxations présentent de difficultés et de périls dans la pratique, soit pour le diagnostic, soit pour la réduction, soit pour les accidents qui peuvent suivre ; le fait suivant, mûrement médité, apportera à cet égard une utile leçon.
Ors. — « Le 2 mai 1858, je fus mandé, à onze heures du soir, pour donner mes soins à Mlle L..., qui, dans une chute sur la main droite , s’ôtait luxé l’articulation cubito-humérale de ce côté.
« Arrivé auprès de la malade trois heures après l’accident, je constatai ce qui suit :
« Pâleur de la face ; moral très-affecté ; pouls petit et faible; l’avant-bras du côté droit est un peu fléchi sur le bras ; impossibilité de l’étendre ; douleur vive dans la région du coude de ce membre ; la main est en pronation; un gonflement assez considérable s’étend déjà depuis la partie inférieure et moyenne de l’humérus jusqu’au tiers supérieur du radius et du cubitus. A ces symptômes joignant le raccourcissement du membre, la saillie des condyles de l’humérus sur la face antérieure de l’avant-bras, et celle des têtes du radius et du cubitus sur la face postérieure de l’os du bras , enfin considérant la manière dont la chute avait eu lieu, je pus fa-
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cilement reconnaître une luxation de l’avantbras en arrière.
« M’étant assuré que le membre n’était lésé que dans l’articulation huméro-cubitale, je m’empressai de réduire la luxation, ce qui fut fait assez facilement, la malade étant tombée en syncope dès le commencement de l’opération.
« Jusqu’ici tout s’est passé dans l’ordre. Je n’ai eu affaire qu’à une luxation de l’avantbras en arrière, ou au moins rien n’a pu me faire reconnaître la lésion qui la compliquait. La luxation réduite, voulant placer l’avantbras dans une demi-flexion, au moment où je retirais la peau avec ma main gauche, que j’avais placée sur l’olécrâne, je sentis une saillie remonter vers la face postérieure de l’humérus et une dépression se manifester là où devait être l’olécrâne. Cette partie du cubitus était rompue. Le mode de traitement que j’avais adopté ne put plus être applicable, puisque, dans la dernière flexion de l’avantbras, la coaptation de l’olécrâne devenait impossible, cet os étant sans cesse entraîné par le triceps qui vient s’y insérer.
« Le membre étendu de nouveau, je ramenai facilement l’olécrâne et le plaçai dans ses rapports naturels en le comprimant , de haut en bas, avec le pouce de la main gauche. Alors un bandage en 8 de chiffre , imbibé dans une solution résolutive, fut appliqué; un second bandage roulé, également imbibé dans la même solution, s’étendant depuis le bout des doigts jusqu’au haut du bras ; deux coussinets de la longueur du membre et remplis de balle d’avoine, placés l’un sur la face antérieure et l’autre sur la face postérieure du membre, et maintenus par deux attelles superposées et de la même longueur, le tout convenablement assujetti, composèrent tout l’appareil contentif.
« Mais le pronostic que j’avais'porté, lorsque la luxation avait été réduite, ne devait-il pas être changé? Comment ne pas craindre, en effet, une ankylosé ou au moins une fausse ankylosé, à la suite d’un traitement qui exige l’extension continue pendant un laps de temps si considérable?
« La malade a été assez heureuse pour qu’il n’en ait point été ainsi.
« Au bout de trois jours, les accidents inflammatoires furent enrayés et ne me laissèrent plus de crainte. L’appareil fut assujetti de nouveau, et les lotions résolutives qui avaient été faites furent remplacées par des lotions émollientes. Les menstrues , qui avaient paru le lendemain de l’accident, évitèrent une saignée, et, au bout de trente jours, j’eus la satisfaction de débarrasser
Mllfi L . des coussinets et des attelles; le
bandage roulé fut seul conservé. J’ordonnai
alors à la malade d’exécuter quelques mouve¬
ments de flexion et d’extension, et, pour vaincre la roideur de l’articulation, je plaçai la main sur une large bande dont les deux extrémités, en passant sur la poitrine, vinrent se réunir sur la nuque; chaque jour on eut soin de serrer les deux bouts de la bande et de ramener ainsi l’avant-bras dans une demiflexion jusqu’à ce qu’il formât un angle droit avec le bras.
« Au bout de trois mois, Mlle L... put reprendre ses occupations, et aujourd’hui remplaçant sa mère, qu’elle avait eu le malheur de perdre depuis longtemps, douée d’une bonne constitution, comme avant cet accident , elle est dans sa dix-neuvième année , remplit toutes les charges du ménage et ne conserve que le souvenir de cette grave lésion. »
(Journ. des Com.' Méd.-Chirurg.)
Nous avons dû rapporter l’observation dans les termes mêmes de l’auteur, qui n’a ajouté d’ailleurs aucune remarque. La première question qui se présente est celle-ci : l’olécrâne était-elle fracturée avant la réduction? Il est permis d’en douter; premièrement, parce que la combinaison de cette fracture avec la luxation est si rare que notre mémoire ne nous en fournit pas d’exemples; en second lieu, parce que le chirurgien dit s’être assuré de la saillie des têtes du radius et du cubitus sur la face postérieure de Vos du bras, ce qui exclut l’idée de la séparation de l’olécrâne ; troisièmement, parce qu’il existe déjà un certain nombre de cas de fractures de cette apophyse produites par des efforts de réduction , à la vérité, dans des luxations anciennes. Si cette opinion est la vraie, on voit combien la réputation du chirurgien pouvait être compromise par un pareil accident ; et si au contraire la fracture préexistait, combien il serait plus fâcheux de se voir exposé à une pareille responsabilité, pour un défaut de précision dans le diagnostic.
Il y a, du reste, quelques lacunes dans cette observation; le procédé suivi pour la réduction n’est pas indiqué , et le mode de consolidation de l’olécrâne aurait dû être noté d’une façon plus explicite. Mais nous avons voulu principalement insister sur la nécessité d’un diagnostic bien précis ; et l’on ne saurait croire combien il se commet de graves erreurs en cette matière, et plus particulièrement peut-être pour cette articulation.
LUXATION DE L’AVANT-BRAS EN AVANT; par
M. Fr. Monin.
Les réflexions qui terminent l’article précédent feront lire avec plus d’intérêt l’observation suivante, où il s’agit d’une lésion fort rare, et dont le diagnostic exige par cela même beaucoup plus d’attention.
Obs.— «Le fils de M IMF de Saint-Maurice,
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jeune enfant de l’âge de six à sept ans, jouant avec d’autres enfants de son âge, fit une chute à la suite de laquelle il accusa, dans l’articulation du coude, une très-vive douleur, et se trouva dans l’impossibilité de mouvoir cette articulation. Mandé quelques heures après l’accident, je trouvai le bras gauche notablement raccourci, l’articulation du coude considérablement tuméfiée, mais laissant néanmoins facilement apercevoir à sa face postérieure un enfoncement profond, tandis que sa face antérieure était soulevée par un corps dur, arrondi, large et inégalement bosselé, en un mot, facile à reconnaître pour l’extrémité supérieure des os de l’avantbras. Je vis de suite que j’avais affaire à une luxation en avant, et, me rappelant que les auteurs classiques n’en admettaient point la possibilité sans qu’il y eût fracture simultanée de l’olécrane, je cherchai en arrière cette apophyse que la contraction du triceps avait dû en même temps reporter en haut. Mes recherches en ce sens ayant été vaines, je recommençai avec soin mon investigation sur les surfaces articulaires logées anormalement dans le pli du bras, et je fus convaincu que l’olécrâne , facilement reconnaissable à sa grande saillie , était encore intact à sa place.
«Embarrassé pour procéder à la réduction de cette espèce de luxation, dont nos théoriciens ont dédaigné de nous tracer les règles, je voulus d’abord me conduire comme il est indiqué pour la réduction des luxations compliquées de fracture de l'olécrane; appliquant la contre-extension sur le scapulum et les lacs extensifs sur le poignet, je fis faire des tractions par des aides vigoureux, l’avant-bras étant en extension. A deux reprises je fus obligé d’interrompre cette manœuvre, le petit malade poussant des cris déchirants, et, malgré les plus grands efforts de mon côté pour repousser en arrière le cubitus, n’ayant en rien pu déterminer l’olécrâue à glisser audessous des condyles de l’humérus.
«Suspendant pendant quelques instants ces tentatives pénibles, je me pris à réfléchir à cette idée si fructueusement mise en pratique dans ces derniers temps et qui a tout à fait modifié surtout la théorie par rapport aux luxations du fémur, à savoir : que, pour réduire avec facilité une luxation, il faut mettre les parties déplacées dans des conditions absolument semblables à celles dans lesquelles elles se sont trouvées lors de la production du déplacement, leur faisant ainsi parcourir, pour revenir dans leur position normale, un chemin en tout semblable, mais dans un ordre inverse. Je m’enquis avec soin de toutes les circonstances de l’événement. L’enfant était sur un mur haut d’environ un mètre; au-dessous de ce mur, du haut du¬
quel l’enfant avait été poussé avec force, était étalé un tas de fumier qui avait reçu l’enfant dans sa chute, et voici comment je m’expliquai l'accident: l’enfant, précipité avec impétuosité, n’avait pu avoir le temps d’obéir au mouvement instinctif qui nous pousse à porter vivement le bras en avant pour nous prémunir contre la secousse occasionnée par la chute, ce qui eût donné lieu à la luxation de l’avant-bras en arrière, espèce la plus commune; il était tombé, au contraire, sur le coude, l’avant-bras fortement fléchi sur le bras- Dans cette position, l’ olécrane se trouvait sur un plan presque parallèle k l’extrémité des condyles de l’humérus, et les os de l’avant-bras faisant l’office de point d’appui, la surface articulaire de l’humérus obéissant à la loi d’impulsion et de propulsion, augmentée par le poids du corps, avait glissé au-dessous de l’olécrâne, en s’enfonçant dans le fumier, qui formait un plan d’une faible consistance: circonstance qui explique, en outre, pourquoi il n’y a pas eu fracture primordiale de l’olécrâne, ainsi que cela eût pu arriver si la chute eût eu lieu sur un sol dur et résistant.
« La théorie que je venais de me créer, touchant le mode de production de cette luxation, me fit adopter un plan de réduction tout différent du premier. Fixant les lacs de l’extension à l’épaule, je plaçai l’avant-bras dans une position fortement fléchie, non sans peine et sans douleur, puis, logeant au-dessous du pli du bras mes deux mains dont j’entrecroisais vigoureusement les doigts sur la face palmaire de l’avant-bras, je me chargeai seul de la contre-extension et de la coaptation. Cette manœuvre fut couronnée d’un plein succès; k peine eus-je mis en action les aides que, appuyant de mon côté fortement sur l’extrémité supérieure des os de l’avant-bras, pour les porter en arrière et en bas, j’entendis le bruit qui accompagne la rentrée des surfaces articulaires en leur place, et le petit malade, tout d’un coup soulagé, put exécuter facilement les divers mouvements de flexion du bras et de rotation du radius.
« Je fis tenir le bras dans l’immobilité, l’articulation constamment enveloppée de compresses trempées souvent dans l’eau de Goulard froide. Il n’y eut pas d’accidents inflammatoires; seulement, en raison de la lésion considérable des ligaments articulaires qu’il est facile de se représenter, il y eut un gonflement indolent qui ne se dissipa qu’avec beaucoup de lenteur. Cette tuméfaction qui, abandonnée k elle- même, pouvait faire redouter une ankylosé consécutive, fut combattue avec succès par les douches d’eau savonneuse chargée de vapeurs aromatiques, en même temps que l’on habituait insensiblement l’articulation k ses mouvements ordinaires, par des essais gradués. Enfin, au bout d’un mois, l’en-
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fant se servait indifféremment de ce bras comme de Eautre. »
(, Journal de médecine de Lyon.)
M. Monin exprime son étonnement sur le silence des auteurs classiques touchant cette luxation; tandis qu’on la trouve déjà clairement indiquée dans Hippocrate. Il est trèsvrai que, jusque dans ces derniers temps, les écrivains modernes n’en ont parlé que par hypothèse; et qu’aujourd’hui encore on n’en connaît que deux ou trois exemples. 11 n’est pas moins vrai que le vieil Hippocrate nous a devancés sur ce point comme sur plusieurs
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autres (Voyez plus loin la Bibliographie) ; mais il convient cependant de corriger une erreur de M. Monin. Il cite comme ayant trait à cette luxation, un passage d’Hippocrate qui concerne précisément la luxation en arrière; c’est à Gardeil qu’il faut rapporter ce contre-sens, et nous ne saurions trop engager les médecins à se méfier de la traduction de Gardeil. Hippocrate ne parle de la luxation en avant que dans le paragraphe qui suit, et où Gardeil a vu la luxation en arrière, par un contre-sens tout à fait d’accord avec le premier.
OEsfetétriejiie
de la catalepsie chez les femmes en travail.
Le docteur Schmidt, de Paderborn, a publié le fait suivant , qui offre plus d’un genre d’intérêt.
Obs. — « Une femme bien conformée, et dont l’enfant était bien placé, éprouva, au troisième temps du travail, des faiblesses, puis des mouvements convulsifs qui firent d’abord présager l’invasion de l’éclampsie, et m’engagèrent à appliquer au plus vite le forceps. A peine l’enfant avaif-il été extrait que les convulsions devinrent tout à fait toniques. Elles persistèrent avec ce caractère pendant tout le temps de la délivrance, et se prolongèrent pendant deux heures encore après l’extraction du délivre. L’accouchée était positivement cataleptique, semblable à un cadavre, les membres étendus et immobiles. A H heures, lorsque je la quittai, le spasme tonique avait cessé. Le lendemain, à 5 heures, je fus rappelé, parce que l’enfant offrait des phénomènes exactement semblables à ceux que la mère avait présentés. Il était en effet remarquable de voir cet enfant, né en très-bon état, et devenu néanmoins cataleptique ; et ce qui n’était pas moins extraordinaire, c’est que chez lui, la situation des membres et particulièrement l’extension perpendiculaire du bras droit et l’extension horizontale du gauche, étaient exactement les mêmes que la veille au soir chez la mère. Les antispasmodiques et les bains furent inutilement employés; l’enfant mourut au bout de deux heures. »
( Casper’s Wochenschrift.)
Les convulsions puerpérales sont de plusieurs sortes: hystériques, éclamptiques, tétaniques, cataleptiques. L’éclampsie est incon¬
testablement la forme la plus commune. La forme cataleptique est une des plus rares, et cette rareté donne du prix à l’observation de Schmidt, qui aurait plus de valeur encore si l’auteur eût été moins avare de détails. Je n’ai, pour ma part, 'observé qu’un seul cas de catalepsie dans l’état puerpéral. Une femme avait eu, dans le travail, des accès d’éclampsie qui, après l’accouchement, s’étaient renouvelés à diverses reprises. Dans un de ces retours, l’attaque prit vers la fin la forme cataleptique. Les membres gardaient la position étendue et fléchie qu’on leur donnait. Get état dura peu, et n’existait déjà plus lorsque j’arrivai auprès de cette femme qui, d’ailleurs, se rétablit. L’apparition de la catalepsie, chez l’enfant, est une circonstance curieuse de l’observation de Schmidt. Elle ne surprendra pas les médecins qui pensent que l’éclampsie n’est pas seulement funeste au fœtus par le défaut d’oxigénation du sang maternel, mais encore par la transmission du principe de la maladie de la mère à l’enfant. Cette dernière cause est rare, sans doute, et jusqu’à un certain point contestable ; mais, d’une part, l’état de roideur qu’offre quelquefois le fœtus au moment de son expulsion ou de son extraction, et dans lequel il semble que la mort l’ait surpris ; d’autre part, les convulsions observées peu de temps après la naissance chez quelques-uns des enfants nés vivants, semblent prouver que cette cause de mort ne doit pas être trop absolument rejetée. Le fait de Schmidt est un témoignage nouveau d’autantplus important, qu’il y eut, entre les symptômes observés chez la mère et ceux constatés chez l’enfant, identité parfaite.
Pli^rniafologie eliiniirgieale*
DU DANGER DE L’EMPLOI DE QUELQUES COLLYRES MAL FORMULÉS OU MAL PRÉPARÉS dttUS US
cas d’ulcération de la cornée ; par M. Florent Gunier.
Weller avait déjà signalé très -explicite¬
ment le danger des collyres saturnins dans le traitement des ulcères profonds delà cornée. « Les eaux chargées de sels de plomb, dit cet auteur, ont sur les ulcères de la cornée et sur les ulcères en général deux sortes
122 REVUE CRITIQUE
d’effets; elles arrêtent ou diminuent la sécrétion du pus et dessèchent leur surface sans en augmenter beaucoup la force de nutrition ; elles ont encore la propriété de couvrir les ulcères de la cornée d’une couche blanchâtre qui, quelque faible qu’elle soit , s’oppose presque entièrement à l’action des moyens qu’on pourrait employer plus tard. Plus un collyre contient d’acétate de plomb , plus longtemps il est employé, plus cette couche blanchâtre se rapproche , pour sa ressemblance, d’une sorte d’émail blanc, et moins on peut espérer de l’enlever par la suite. Je considère cette remarque comme extrêmement importante, et digne de la plus grande attention de la part des médecins. »
En conséquence, dans les ulcères profonds, Weller conseille de ne continuer l’emploi des collyres saturnins que durant 36 ou 48 heures; il les rejette absolument du traitement des ulcères et des érosions superficielles de la cornée ; et enfin, pour éviter le danger des incrustations, il a coutume d’associer aux collyres saturnins des moyens capables de relever la force de nutrition dans la surface ulcérée, tel que le laudanum liquide.
Or, il résulte des observations très-intéressantes deM. Florent Cunier, que cette adjonction, au lieu de parer à l’inconvénient signalé, 11e fait que l’accroître. Bien plus, les autres sels métalliques dont on fait usage en collyres, et qui sont dépourvus de cette fâcheuse propriété, l’acquièrent par l’addition du laudanum ou de l’opium. Tels sont les sels de barium , de calcium, de fer, de zinc, de cadmium, d’antimoine, de bismuth, de mercure, d’argent et d’or. La décomposition produite alors n’est pas aussi forte, il est vrai, qu’avec le sous-acétate de plomb; mais les incrustations auxquelles elle donne naissance se font avec une égale facilité.
Depuis le mois de mars 1842 jusqu’en décembre 1843, M. Cunier a eu à pratiquer 19 fois l’ablation de semblables incrustations cornéennes; et ayant recherché la nature des collyres employés, il est arrivé aux résultats suivants :
Dans 3 cas il n’a pu avoir de renseignements; pour les 16 autres cas, les incrustations avaient été produites, savoir :
£ par l’eau de Goulard ,
3 par un collyre saturnin simple,
3 par un collyre saturnin additionné de laudanum,
2 par le sulfate de cadmium ,
2 par le sulfate de zinc ,
1 par le sulfate de cuivre,
1 par le chlorure de chaux.
Les phénomènes qui déterminent ces incrustations sont curieux à considérer. Quatre malades seulement accusaient la sensation de corps étrangers; les la autres ne se plai¬
gnaient même pas d’embarras dans l’exercice de la vision , bien que l’incrustation existât chez presque tous en face de la pupille ; ils réclamaient les soins du chirurgien pour d’autres affections.
Les incrustations qui sont le produit de l’adjonction du laudanum à certains sels métalliques solubles, se reconnaissent à un éclat blanc-jaunâtre, comme celui qu’offre la paille qui a servi à la litière d’un cheval; parfois on dirait une aile d’insecte, un morceau de paille, de bois, appliqué sur la cornée, et recouvert d’une fausse membrane. L’aspect d’émail blanc, signalé par Weller, ne se remarque que dans les cas où il a été fait usage du collyre saturnin simple, oude l’eau de Goulard.
Le traitement consiste essentiellement dans une opération chirurgicale, analogue à celle que l’on pratique pour l’extraction des corps étrangers projetés dans la cornée; mais généralement beaucoup plus difficile, surtout quand l’incrustation est en quelque sorte confondue avec la cornée, et recouverte d’une exsudation plastique. Alors , souvent l’aiguille à cataracte ne suffit pas; M. Cunier a imaginé une petite rugine qui peut agir en râclant, en coupant et en piquant, et qui satisfait ainsi à toutes les indications.
Ce n’est pas seulement dans la cornée que les incrustations peuvent se faire; M. Cunier en a rencontré une sur les bords palpébraux d’une jeune fille, chez laquelle une blépharite ulcérée avait été traitée par l’eau de Goulard, et en dernier lieu par une pommade ainsi for¬
mulée :
Sous-acétate de plomb . un demi-gros.
Laudanum . 15 gouttes.
Axonge . 2 gros.
Reste à rechercher maintenant la nature chimique de ces incrustations. Elle varie naturellement selon les substances employées; il y a du reste quelques dissidences que l’analyse directe pourra seule faire cesser. Voici d’abord la théorie deM. Cunier :
1° Quand on se sert d’eau de Goulard ou de solution de sous-acétate de plomb, on peut constater qu’après un ou deux jours il se forme un précipité dans la fiole, et d’autant plus rapidement que la dose du sel de plomb est plus forte et la fiole plus mal bouchée. C’est alors, selon M. Cunier, un carbonate qui se dépose. Et comme on agite la fiole avant les instillations, ce carbonate est mis en suspension dans le collyre , arrive au contact delà cornée, et s’il y existe une incrustation, il s’y fixe. Dans ce cas donc, les incrustations seront formées de carbonate de plomb. Si l’eau employée n’était pas distillée, ce qui arrive chez les pharmaciens peu soigneux, il se produirait un sulfate ou un chlorure qui s’incrusterait pareillement.
Les solutions de gomme ou de mucilage ?
BULLETIN CLINIQUE
lorsqu’on y ajoute du sous-acétate de plomb, donnent aussi naissance à des précipités (gommâtes de plomb insolubles de Berzélius) susceptibles de s’incruster dans la cornée; l’acétate de plomb neutre , seul, peut être prescrit dans ce genre de liquide.
Enfin , la pommade au sous-acétate de plomb se décompose aussi après un certain temps , d’où la nécessité de ne la prescrire jamais que par très-petites quantités. Lorsqu’elle est un peu ancienne, il se forme des oléates, des margarates et des stéarates de plomb insolubles : c’est alors un composé analogue à l’emplâtre de plomb simple, et dont l’introduction entre les paupières n’est pas toujours exempte de danger.
2° Lorsqu’on ajoute de l’opium ou du laudanum, soit au sous-acétate de plomb, soit aux autres sels métalliques, sulfate de zinc, nitrate d’argent, etc., il se forme, selon M. Cunier, d’une part, un carbonate, un sulfate ou un nitrate de morphine, qui reste dissous dans l’eau ; d’autre part, un méconate insoluble de plomb, de zinc, d’argent, etc., qui se précipite au fond delà fiole. C’est ce méconate qui constitue alors les incrustations. Enfin , les astringents végétaux qui contiennent de l’acide tannique ou gallique forment aussi des précipités ( tannate et gallate insolubles de morphine) en décomposant l’opium qu’on leur associe.
M. Fallût a cherché récemment à combattre certaines de ces manières de voir. D’abord, en ce qui concerne les incrustations produites par les solutions de sous-acétate de plomb, M. Stœber les avait crues composées d’oxide de plomb, et M- Fallût soutient cette opinion. Chaque fois que des sels métalliques se décomposent en présence d’une substance animale , dit-il, à mesure que l’oxide se dégage, il se combine avec elle pour constituer un composé insoluble; et il n’y a pas de raison suffisante pour excepter
les sels de plomb de cette règle générale.
Quant au magma jaunâtre qui se formé au fond d’une solution de sous-acétate de plomb et de laudanum liquide, il est possible qu’il s’y trouve du méconate de plomb. Toutefois, et jusqu’à vérification ultérieure, il regarde ce précipité comme formé principalement par la matière colorante et muqueuse contenue dans le vin d’opium; et le jugeant en conséquence inerte, il a toujours soin de faire filtrer le collyre chaque fois qu’il le prescrit , précaution qui est depuis longtemps en usage dans plusieurs hôpitaux militaires de la Belgique, et notamment dans celui de Bruxelles. Probablement elle suffirait aussi pour obtenir la séparation du méconate de plomb, et à rendre ainsi tout à fait innocent l’emploi du collyre saturnin opiacé, qu’il désire conserver dans la pratique.
Quoi qu’il en soit, les faits observés et mis en lumière parM. Cunier ont une importance incontestable; et d’abord, les praticiens auront désormais à se tenir en garde contre une erreur de diagnostic qui a dû être assez souvent commise. Ainsi , M. Cunier a eu à extraire une incrustation de méconate de plomb faisant corps avec la cornée, et traitée depuis trois ans pour un albugo par des oculistes et des chirurgiens du plus grand mérite. D’un autre côté , il conviendra d’user avec une grande réserve de ces collyres , qu’on retrouve dans les formulaires les plus récents, pour lesquels on associe les substances les plus incompatibles, et qui, le plus ordinairement, contiennent du laudanum et de l’opium. Enfin, les pharmaciens eux-mêmes sentiront le besoin d’étudier plus à fond cette matière délicate, afin de ne pas s’exposer à ce reproche de Weller, répété encore par M. Cunier : Les pharmaciens confectionnent journellement des collyres, et, il faut le dire, il est rare qu’ils les sachent bien préparer.
(Annales d’ oculistique.)
BULLETIN CLINIQUE
ACCOUCHEMENT RENDU DIFFICILE PAR LA PRɬ SENCE D’UN ABCÈS INTERSTITIEL DANS LE COL
de l’utérus; par M. Prestat, chirurgienadjoint de V Hôtel-Dieu de Pontoise.
La femme Bourrèche, demeurant à Ennery , près Pontoise, âgée de vingt-huit ans , est enceinte pour la première fois. Cette femme, d’une complexion robuste, se livra pendant toute sa grossesse aux travaux de la campagne. Le 19 novembre 1845, elle commença à sentir des douleurs utérines, et appela auprès d’elle Mme Bouillette, née Fressard, ancienne élève de la Maternité de Paris. Celle-ci constata que la grossesse était arri¬
vée à son terme , que l’orifice était trèsmince, le col complètement effacé, et que la tête se présentait. Malgré des douleurs assez énergiques, et qui se reproduisaient régulièrement toutes les demi-heures, la dilatation ne s’opéra pas. Pendant quatre jours, Mme Bouillette mit en usage les bains de siège , les injections émollientes, les lavements, sans que les douleurs produisissent d’effet. Le 22, elle pratiqua une forte saignée. Le soir du 22, les douleurs prirent, de six heures à minuit, un nouveau degré d’acuité, et la dilatation de l’orifice atteignit deux centimètres de diamètre, A partir de ce mo-
ment, les douleurs cessèrent presque complètement. Comme le mari et la famille de la femme Bourrèche étaient vivement tourmentés du peu de progrès que faisait le travail , Mme Bouillette me fit demander.
Je me rendis à Ennery le 23, à sept heures du matin. Je trouvai que la femme était trèsfatiguée de la persistance des douleurs et de la privation de sommeil depuis quatre jours; le pouls était un peu plein, sans être dur ni fréquent. Les douleurs revenaient toutes les dix minutes, assez fortes pour que la malade se plaignît, et duraient environ une minute et demie. Le vagin et la vulve étaient humides, et n avaient que le degré de chaleur qui leur est propre. L’orifice utérin, de deux centimètres de diamètre, était mince sur ses bords; mais, à quelques millimètres, le col devenait épais et présentait une grande résistance, aussi bien pendant les contractions utérines que dans l’intervalle qui les séparait, circonstance que la sage-femme avait déjà remarquée. Les membranes étaient intactes, et la tête se présentait en position occipito-antérieure gauche. On entendait três-distincte- / ment les pulsations du cœur du fœtus, dont le rhythme et la force étaient normaux.
Je rassurai les parents sur l’état de l’enfant, qui leur paraissait en danger, et, aux moyens déjà employés , j’ajoutai l’emploi de l’extrait de belladone, porté avec le doigt sur l’orifice utérin. La sage-femme dut, vers le midi, renouveler cette application. Je prescrivis aussi quelques cuillerées d’une potion calmante, aDn de provoquer un peu de sommeil.
Le soir, à cinq heures, je revis la femme Bourrèche. Depuis une heure, à peu près , elle éprouvait des vertiges, de la loquacité et un délire tranquille , qui se dissipait dès qu’on lui adressait la parole, pour reparaître immédiatement. Le visage était coloré, le pouls large et plein, la bouche sèche, quoique la malade bût, et en très-grande abondance, de l’eau fraîche. Ces signes de l’absorption de la belladone , en plus grande quantité qu’il n’eût été convenable, ne me parurent pas, à beaucoup près, aussi graves qu’à la sagefemme, et je pronostiquai que vers minuit la malade retrouverait son calme et que le transport cesserait.
Cependant, la dilatation avait atteint la largeur d’une pièce de cinq francs ; le bord mince de l’orifice s’était confondu dans le bourrelet qui l’entourait, et les douleurs restaient toujours fortes et fréquentes.
Jusqu’à minuit les choses restèrent dans le même état. A ce moment, l’orifice avait retrouvé toute sa rigidité de la veille, et je crus devoir employer des sections sur ses bords. J’en fis trois, une sur le milieu du bord antérieur, une à droite et l’autre à gauche. Je
CLINIQUE
donnai près d’un centimètre de profondeur à celle du milieu, un peu moins aux latérales. Comme je me servais d’un bistouri boutonné droit, il me fallut beaucoup de soin pour inciser l’épaisseur entière du col, et je regrettai de n’avoir pas le bistouri concave dont se sertM. P. Dubois pour cet usage. Les incisions laissèrent écouler à peu près une cuillerée de sang, et la dilatation augmenta rapidement. A cinq heures du matin, la tête, coiffée des membranes , s’engageait dans l’orifice utérin, et le poussait en avant, l’engageant avec elle dans l’excavation pelvienne. Vainement j’eus recours à la rupture des membranes, vainement je soutins avec l’index la partie antérieure de l’orifice, je ne pus réussir à empêcher cet entraînement du col utérin. La tête arriva au détroit inférieur et y exécuta son mouvement de rotation.
Malgré de violentes douleurs, à sept heures du matin, le 24, le périqée ne se distendait pas, et on sentait toujours l’orifice derrière l’arcade pubienne et sur les côtés du bassin. Les douleurs cessèrent alors presque complètement, et je me déterminai à appliquer le forceps.
L’introduction de la branche mfde ne présenta rien de particulier que le soin que je dus prendre pour passer entre la tête et l’orifice, qui était très-fortement appliqué sur elle. Je la plaçai sur le ligament sacro-sciatique gauche. L’autre branche fut introduite en arrière et à droite; mais, lorsque je voulus lui faire exécuter le mouvement de circumduction autour de la tête, pour la ramener sous la branche droite du pubis, j’éprouvai une résistance très-violente. J’étais cependant bien certain d’avoir placé cette branche comme la première, entre la tête et les parois du col utérin. Enfin, je réussis à lui faire exécuter le mouvement; aussitôt, il s’écoula par la vulve quelques cuillerées d'un liquide purulent , épais , crémeux et teint de stries rougeâtres. Je vous avoue, mon cher confrère, que j’eus un moment de bien vive anxiété, et que je craignis que mon forceps n’eut fait fausse route. Je me rassurai bientôt, en pensant que si le liquide n’était pas de l’eau de l’amnios, ce n’était non plus ni de la sérosité péritonéale, ni de l’urine. Cependant, les mouvements de la branche étaient devenus libres, et je pus articuler mon forceps.
Les tractions que je dus faire pour faire franchir à la tête le détroit inférieur durent être très-fortes et soutenues. Comme à ce moment la tête franchit l’orifice utérin, il y eut de très-violentes douleurs, qui firent jeter de très-grands cris à la malade.
Enfin, après quelques minutes, les bosses temporales de l’enfant ayant franchi le détroit inférieur, je n’eus plus qu’à modérer les efforts de la mère, et peu d’instants après, la
tête, encore prise dans les branches du forceps, fut expulsée, et le tronc suivit sans effort.
L’enfant, qui était un peu asphyxié, fut promptement ranimé par une saignée du cordon ombilical et des frictions avec du vinaigre sur le dos et les lombes.
La mère perdit une assez notable quantité de sang, ce qui m’engagea à introduire plusieurs doigts dans le vagin, afin de reconnaître la cause de cette légère hémorragie et la faire cesser. Je ne trouvai, sur aucun point du bassin, aucune tumeur qui pût expliquer, soit la présence du pus, soit les violents efforts qui avaient été nécessaires pour l’extraction de la tête. Cette cavité était large et paraissait normale.
Des titillations firent promptement cesser cette hémorragie , qui provenait de deux déchirures sur les côtés du col ; le corps de l’utérus, fortement resserré sur le placenta, ne devait pas y contribuer.
La délivrance fut naturelle, et la femme éprouva immédiatement un très-grand bienêtre. Je ne la quittai que plus de deux heures après l’accouchement, et quand je fus assuré que l’écoulement du sang était bien arrêté.
Une potion calmante et de la tisane légère de tilleul furent prescrites.
La journée fut excellente, la malade dormit quelques heures, et le soir, lorsque je la revis, elle était dans l’état le plus satisfaisant. Il y avait eu deux émissions abondantes d’urine, et le ventre n’était aucunement douloureux.
Bref, les suites de couches furent naturelles , et aujourd’hui, quinzième jour de l’accouchement, je viens de revoir cette femme, qui est complètement rétablie.
L’enfant est fort et devait peser de sept à huit livres. La tête est bien conformée, et ne m’a pas semblé avoir des diamètres supérieurs aux diamètres normaux.
En résumé, je suis très-incertain de savoir à quelle cause attribuer: 1° la lenteur du travail ; 2° la rigidité de l’orifice utérin ; 5° l’espèce de contracture du col sur la tête ; 4° l’issue du liquide purulent.
En me livrant à cette recherche , avec Mme Bouillette, celle-ci me fit remarquer que la femme Bourrèche n’exprimait pas les souffrances que lui causaient les contractions utérines, comme le font d’ordinaire les femmes en travail. En effet, elle se plaignait souvent d’éprouver des picotements, des élancements dans le ventre et dans les reins. N’y avaitil pas un état pathologique qui pût rendre compte et de ces élancements et de la rigidité du col? Je ne suis pas éloigné de penser qu’il existait chez la femme Bourrèche un abcès interstitiel développé dans l’épaisseur d,u col utérin, et qui aurait été ouvert par ]
CLINIQUE. 125
pression de la branche droite du forceps. Ce n’est qu’une simple hypothèse, mais qui me semble assez probable.
Ed. Prestat, D.-M.-P.
Nous avons cru utile de donner l’observation de notre confrère, sans en rien retrancher, afin que chacun pût mieux juger de la valeur de l’hypothèse par laquelle il s’explique la difficulté du placement de la branche droite du forceps. Pour nous, comme pour l’auteur, cette explication reste une hypothèse. Bien plus, nous serions assez porté à nous rendre compte autrement de l’obstacle qui a longtemps arrêté l’habile chirurgien de l’Hôtel-Dieu de Pontoise , si la nature du liquide qui s’est écoulé au moment où cet obstacle a été vaincu ne nous ramenait, malgré nous, à l’explication proposée. Ce liquide était, en effet, si différent de l’eau de l’amnios, qu’il est difficile de croire à une méprise, surtout de la part d’un médecin dont une partie de l’internat, à Paris, s’est passée dans nos deux grands établissements d’obstétrique. Les doutes (car il en restera, malgré tout,) n’auraient pu être levés que par une exploration directe du col après l’accouchement ; et malheureusement pour le soutien de son hypothèse, M. Prestat ne l’a point pratiquée. Nous ne l’en blâmerons pas, assurément; car cette exploration eût été douloureuse, et en présence des malades, les intérêts de l’art sont fort secondaires. Si nous faisions abstraction des qualités du liquide, tout s’expliquerait par la rigidité de l’orifice et du col tout entier. La rigidité de l’orifice est un fait connu de tout le monde. On tient moins compte, et fort à tort, de celle du col et de la partie inférieure du corps, de ce qu’on désigne enfin sous le nom de segment inférieur ; et cependant c’est là, suivant la remarque expresse de Nægelé et de beaucoup d’autres, un obstacle à la parturition naturelle ou artificielle , plus fréquent qu’on ne croit. Ainsi s’expliqueraient la longueur du travail , le peu d’efficacité des incisions pratiquées sur l’orifice, la difficulté à l’introduction de la seconde branche du forceps, alors que la première , déjà introduite, avait non-seulement rétréci l’espace, mais stimulé par sa présence la contractilité déjà exagéree , anormale, inégale peut-être, du segment inférieur de l’utérus. Et supposez que cette contraction spasmodique, tétanique, cède tout à coup audevant d’une branche de forceps qu’on s’efforce de ramener en avant, n’arrivera-t-il pas, ce qu'on .a vu dans l’observation de M. Prestat , que l’obstacle à la progression de la branche disparaîtra, et que le segment inférieur, moins serré sur la tête, permettra l’écoulement d’une certaine quantité de liquide \ amniotique? Nous le répétons, nous ne ver-
BIBLIOGRAPHIE
rions rien dans l’observation de M. Prestat qui ne pût s’expliquer sans sortir du cercle ordinaire des faits, si le liquide, au lieu d’être épais, crémeux , purulent, eût été simplement trouble , comme l’est quelquefois l’eau de l’amnios. Cette circonstance importante, capitale, peut, jusqu’à un certain point , justifier une autre explication. Quant à l’obstacle
à l’entraînement de la tête à travers l’orifice, elle s’explique assez par la contraction spasmodique du segment inférieur de l’utérus; et la rigidité naturelle des parties molles chez une paysanne de vingt-huit ans , vigoureuse, primipare, rend suffisamment compte des efforts qui furent nécessaires pour l’extraire.
BIBLIOGRAPHIE
oeuvres complètes d’Hippocrate ; traduction nouvelle avec le texte grec en regard , collationné sur les manuscrits et toutes les éditions; accompagnée d’une introduction, de commentaires médicaux, de variantes et de notes philologiques ; suivie d’une table générale des matières ; par E. Littré, de l’Institut (1).
La France est généralement considérée comme une terre ingrate pour les travaux d’érudition ; et, d’un accord presque unanime, on laisse volontiers le sceptre de cette partie des sciences à l’Allemagne. Ce n’est pas ici le lieu de rechercher la source et de discuter la justesse de cette opinion ; nous espérons du moins ne pas rencontrer de contradicteurs en disant que, toutes les fois que le génie français s’est porté de ce côté, il a produit des œuvres souvent égales en profondeur, toujours supérieures par l’ordre, la clarté, la méthode aux travaux les plus estimés des Allemands. Certes, s’il s’agissait d’énumérer les recherches entreprises, surtout dans ces derniers temps, pour débrouiller les antiquités médicales, nos voisins l’emporteraient sans contestation; et, toutefois, si l’on veut apprécier avec une impartialité rigoureuse la valeur des grands travaux tentés dans l’un et l’autre pays sur Hippocrate, on ne voit pas que l’Allemagne ni aucun autre pays aient rien à opposera ces deux monuments de l’érudition française , le livre de Foès et l’ouvrage de M. Littré.
Le 4e volume de la nouvelle traduction d’Hippocrate vient de paraître ; il comprend le Traité des articulations et le Mochlique, qui font presque les deux tiers du volume et qui tiennent essentiellement à la chirurgie ; plus les Aphorismes qui se rattachent à la médecine, et le Serment et la Loi qui appartiennent à l’un et à l’autre. Dans le volume précédent, la part de la chirurgie était pour le moins aussi forte; les Traités des plaies de tête, de l’ officine du médecin, des fractures, laissaient à peine à côté d’eux une juste place au troisième livre des Epidémies. Le deuxième
0) Chez J. -B. Baillière, libraire, rue de 1 Ecole -de-Médecine, 17. — Prix de chaque vol.: 10 fr.
volume, contenantîe Traité des airs, des eaux et des lieux, lePronostic, le Régime dans les maladies aiguës, le premier livre des Epidémies, était plus essentiellement médical ; quant au premier, à part le Traité de l’ ancienne médecine, il est entièrement occupé par une grande et belle introduction, digne de servir de portique au temple; et dans laquelle, en traitant d’Hippocrate , de ses œuvres et de ses doctrines, M. Littré a exposé à la fois les origines de la médecine et de la chirurgie, alors étroitement unies et confondues.
On voit par là que, dans ce qui a paru jusqu’ici, la chirurgie tient une très-large place, et que nous avons surabondamment le droit de nous occuper dans ce journal des écrits de celui qui fut aussi notre premier patron. Et nous.le faisons d’autant plus volontiers, que jusqu’ici les œuvres d’Hippocrate n’ont guères été étudiées et commentées que sous le point de vue médical; la constitution de la chirurgie au moyen âge et jusqu’à la fin du XVIID siècle ne permettait guères aux barbiers et à leurs successeurs de s’occuper beaucoup de l’antiquité grecque ou latine ; et la renommée d’Hippocrate a certainement perdu par cette négligence et cet oubli. Lorsque Sabatier , voulant compléter son traité de médecine opératoire par un traité des maladies des os , se mit à lire pour la première fois les livres des fractures et des articulations d’Hippocrate, il resta stupéfait, ébloui, de trouver tant de faits et tant de science, là où il ne comptait puiser que quelques notions plus ou moins oiseuses de pure érudition. Les traités de J.-L. Petit et de Duverney pâlissaient devant ces deux minces cahiers datant de vingtdeux siècles ; et, chose bien étrange à dire, les chirurgiens de notre âge, après avoir lu Boyer et A. Cooper, ressentiront encore, presque au même degré que Sabatier, cet étonnement inattendu de trouver sur des points nombreux le chirurgien grec plus complet et mieux renseigné que les deux chirurgiens modernes.
Qu’était-ce donc que cet Hippocrate , si grand a la fois par la science et le génie, que son nom domine encore toute la médecine, et qu’il n’est dédaigné que par ceux-là seulement qui ne l’ont point étudié? Fut-il vrai-
BIBLIOGRAPHIE
ment le créateur de l’art, sorti tout entier de sa puissante intelligence comme Minerve du cerveau de Jupiter? En aucune façon; de nombreux documents établissent sans réplique que la médecine existait avant lui, qu’elle était môme partagée en plusieurs sectes ; et presque à chaque page de ses écrits nous le voyons lutter tantôt contre l’une, tantôt contre l’autre, démolissant avant d’édifier. Il ne crée point, il réforme ; il prend la médecine comme elle était, sans principes, sans lois, sans intelligence ; à ce chaos il apporte la lumière, à cette anarchie il donne des lois. Homme de génie sans nul doute, mais qui eut surtout cet immense avantage de venir à son heure, ni trop tôt, ni trop tard. Contemporain de Socrate, il y a entre eux de telles affinités pour la manière de voir et de juger, que je ne puis me dissuader que l’un n’ait été le maître et l’autre le disciple; et qu’Hippocrate n’ait fait.qu’appliquer à la médecine les grands principes que Socrate appliquait à la philosophie générale. La réalité , voilà pour la science; la moralité, voilà pour ses applications; et nous qui, après tant de siècles, prenons encore ces mots pour devise, nous ne faisons que répéter les leçons de Socrate et d’Hippocrate.
M. Littré expose dans son introduction une partie de ces idées; nous avons été obligé de nous séparer de lui sur d’autres. Mais, dans cette discussion toujours digne et loyale , si nous disons avec quelque orgueil que nous l’avons amené quelquefois à notre sentiment, nous devons confesser aussi combien souvent ses lumières nous ont été utiles, et qu’il nous a mis aussi à même de corriger quelques-unes de nos erreurs. C’est ainsi qu’il a certainement ruiné de fond en comble une bonne partie des raisons sur lesquelles nous nous appuyions pour rejeter le livre des plaies de tête des écrits propres à Hippocrate.
Donnons maintenant une idée de sa manière de procéder. En tête de chaque traité se trouve, sous le titre modeste d 'Argument, d’abord une rapide analyse du Traité; une exposition complète des raisons qui le font attribuer à Hippocrate; une discussion sur la doctrine générale du Livre, et souvent sur quelques points de doctrine particuliers qui s’y rencontrent; des remarques sur le style, sur les commentaires dont il a été l’objet, et enfin la liste des éditions et des traductions. Rien de plus complet que le cadre; rien de plus piquant que les comparaisons fréquentes entre les doctrines hippocratiques et les doctrines actuelles ; et pour les livres chirurgicaux qui nous regardent plus spécialement, souvent c’est par des observations qui ne sont publiées que d’hier, qui jusque-là manquaient à la science, que l’infatigable commentateur
parvient à éclaircir certains passages obscurs d’Hippocrate.
Encoçe cette marche si grave et si laborieuse ne lui suffit-elle pas. Entre l’apparition du volume qui précède et de celui qui suit, en France, en Allemagne et partout, l’examen se fait, la controverse s’établit, ou même encore l’auteur finit par découvrir quelque dissertation inconnue qui lui avait échappé; et pour peu qu’il y trouve un éclaircissement nouveau, ou une objection, ou un reproche quelconque, le nouveau volume ne paraîtra pas sans qu’une préface spéciale, sous le titre d 'Avertissement, ne communique au lecteur tous ces documents, ne les pèse, ne les discute ; après quoi M. Littré porte impartialement sa sentence, aussi prêt à se condamner lui-même, lorsqu’il a tort, qu’à se donner raison, lorsqu’il a réfuté ses adversaires. Noble et digne probité d’un écrivain amoureux avant tout de la vérité, et qui veut en tirer tout son lustre ! Mais c’est ainsi que s’édifient les beaux et bons ouvrages, et que l’on peut recevoir l’éloge de ses contemporains sans crainte qu’il soit démenti par la postérité.
Viennent enfin le texte et la traduction. Que dirons-nous du texte, si ce n’est que M. Littré a tellement dépouillé les éditions et les manuscrits, qu’il a tellement accumulé les variantes au bas des pages, que ce luxe d’exactitude et d’érudition nous écrase, et que nous serions tenté de lui en faire un reproche ? De temps à autre en effet, les notes contiennent des discussions sur le vrai sens du texte, ou bien sur la meilleure leçon, et elles offrent alors un intérêt réel pour tout le monde. Mais tant de variantes sans grande valeur, sur un mot bien ou mal orthographié, sur un accent, sur un point, prennent une place que ne regretteront jamais, sans doute, les hellénistes de première force; mais qui, aux lecteurs ordinaires tels que nous, peut paraître quelquefois trop largement usurpée. La traduction est toujours claire, et aussi précise que possible ; et le soin que prend M. Littré de consulter les hommes spéciaux [lorsqu’un point de doctrine obscur l’embarrasse, lui assure une incontestable supériorité sur toutes les précédentes. Et toutefois, s’il nous est permis d’exprimer un désir, ce serait que dans les cas assez nombreux où il s’éloigne du sens de Foès et des autres, il voulût bien nous donner en note les raisons de sa préférence.
Pour résumer toute notre pensée, cet ouvrage ne sera pas seulement pour son auteur un titre impérissable ; il honore encore tout à la fois notre époque et notre pays. Il faut louer l’éditeur, M. J. -B. Baillière, des sacrifices auxquels il a dû se soumettre pour que la forme ne déparât pas le fond; il faut
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faire des vœux pour que cette belle entreprise soit promptement menée à fin et encouragée par les suffrages du public médical. Ce n’est ni la science ni l’érudition qui font défaut à la France ; seulement ces travaux si pénibles rencontrent trop souvent un petit nombre de lecteurs. Nous espérons qu’il n’en
sera pas ainsi pour la nouvelle traduction d’Hippocrate; le goût du jour tend de plus en plus aux études sérieuses ; et prochainement il n’y aura pas un docteur reçu dans nos Facultés qui ne tienne à avoir, comme fondement indispensable de sa bibliothèque, les œuvres du père de la médecine et de la chirurgie.
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Académie des sciences. — Séance du 18 mars. — M. Leroy d’Ëtiolle lit un Mémoire sur V évacuation arli/icielle des débris de calculs urinaires et sur leur pulvérisation.
11 lit également une note sur le traitement du cancer dont voici les conclusions: 1° l’extirpation «'arrête pas la marche du cancer; 2° l’extirpation ne doit être employée comme méthode générale que pour les cancers de la peau et' des lèvres; 3° il n’y a nécessite d’extirper le cancer des autres organes que dans le cas où des hémorragies produites par des ulcérations compromettent la vie des malades.
L’Académie procède à la nomination d’un membre correspondant dans la section de médecine et de chirurgie, en remplacement d’A. Cooper. La section avait proposé six noms:
1° M. Brodie, à Londres;
2° M. Mott (Valentine), à New-Yorck;
5° M. Dieffenbach, à Berlin ;
4° M. Chélius, à Heidelberg;
5° M. Stromeyer, à Munich ;
6° M. Riberi, à Turin.
M. Brodie a été nommé au premier tour de scrutin par 39 suffrages.
1er avril. — M. Hermann, professeur d’anatomie à la Faculté de Strasbourg, communique une observation d’opération de laryngotomie pratiquée pour un cas de polype du larynx, il divisa le cartilage thyroïde; et procéda le surlendemain seulement à l’excision du polype.
Académie de médecine —Les deux séances des 19 et 26 mars ont été consacrées à terminer la discussion sur les tumeurs du sein.
Séance du 2 avril. — M. Malgaigne lit un Mémoire sur la valeur réelle de V orthopédie, et spécialement de la myotomie rachidienne dans le traitement des déviations latérales de l’épine.
Après la lecture de ce Mémoire, M. Guérin demande la parole pour un fait personnel. Il déroule un cahier écrit dont il commence la lecture; il prétend que le Mémoire de M. Malgaigne est une attaque directe contre sa moralité et cherche à le réfuter. — Plusieurs membres invoquent le règlement qui défend de discuter sur un travail lu par une personne étrangère à l’Académie, avant qu’une commission ait fait un rapport. — Après une vive résistance, M. Guérin est oblige de replier son manuscrit.
Le bureau avait proposé pour commissaires MM. Amussat, Jobert et Louis.— M. Nacquart, attendu l’importance (le la question, demande que la commission soit portée à cinq membres, et propose l’adjonction de MM. Roux et Velpeau. — M. Guérin déclare qu’il récuse M. Velpeau. — Au milieu des murmures soulevés par cette déclaration inattendue, l’adjonction des deux honorables membres est mise aux voix et adoptée à la presque unanimité. Une seule main s’est levée à la contre-épreuve.
9 avril.— M. Louis écrit pour se démettre des fonctions de commissaire dans la question de la myotomie rachidienne. Il atteste d’ailleurs les efforts faits par M. Guérin pour éclairer la commission nommée par le conseil des hôpitaux à l’effet de vérifier ses guérisons. — Nous avons dit ailleurs que cette commission est chargée d’examiner les faits nouveaux et qu’elle a laissé les faits anciens en dehors de ses vérifications.
Le bureau propose M. Adelon pour remplacer M. Louis; M. Husson demande que l’on nomme un des médecins de l’hôpital des Enfants; et l’Academie consultée décide que M. Louis sera remplacé par M. Guersant.
16 avril. — M. Jobert, étant déjà membre de la commission des hôpitaux, prie l’Académie de le remplacer dans la commission nommée pour examiner la myotomie rachidienne.
M. Guersant père exprime le même désir; il a été publiquement calomnié parM. Guérin, et porte à celui-ci le d§û de prouver ses imputations. Mais, attendu la publicité qu’ont eue ces attaques, il ne veut pas qu’on puisse le soupçonner d’apporter quelque passion à l’examen d’une question qui intéresse aussi fortement la science.
Le bureau propose et l’Académie nomme pour commissaires MM. Baudeloque et J. Cloquet. La commission se trouve ainsi définitivement composée : MM. Amussat, Baudeloque, J. Gloquet, Roux et Velpeau.
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