‹ Journal de chirurgieChapitre 45 sur 113 · CLINIQUE CHIRURGICALE DE L’HÔPITAL DE LA · texte numérisé non relu

CLINIQUE CHIRURGICALE DE L’HÔPITAL DE LA

Pitié; par J. Lisfranc (1).

Lorsqu’un chirurgien s’est élevé par son talent, par son originalité, fut-ce même encore par son audace, à une célébrité incontestable dans l’enseignement et dans la pratique, il faut le louer d’abord d’avoir dérobé assez de temps à ses élèves et à ses malades pour faire jouir le public des fruits de son expérience et de ses méditations. C’est un service rendu à la science; et ajoutons qu’il n’est pas moins utile à l’écrivain lui-même. A moins d’un siècle de distance, quelle idée concevrions-nous de J -L. Petit, s’il ne nous avait laissé de sa propre main ces grandes ébauches d’un monument malheureusement inachevé?

Dupuytren est mort, non sans y avoir songé, mais sans avoir eu le temps de se mettre à l’œuvre; et les Leçons recueillies par ses élèves ne suppléent que bien imparfaitement au silence du maître. Il y a un autre grand praticien dont le tact et l’habileté vivent encore dans les souvenirs de la génération présente, A. Dubois , pour qui nous avons souvent regretté qu’on n’eût pas fait ce qui avait été fait pour Dupuytren. Nous croyons pouvoir affirmer que M. Roux s’occupe sérieusement de recueillir et de coordonner les résultats de sa vaste pratique ; heureuse nouvelle pour tous les chirurgiens qui se sont pressés à ses leçons. Enfin, après avoir bien longtemps à l’avance annoncé ce livre qu’on désespérait de voir paraître, M. Lisfranc vient de payer sa dette à la science, et il nous a donné sa Clinique chirurgicale.

M. Lisfranc a réuni dans ces trois volumes tous les articles déjà publiés à part, soit par lui, soit par ses élèves, sur les questions dont il s’est le plus occupé; corrigeant, retranchant, ajoutant, de manière à nous donner sur chaque sujet le dernier mot de sa pratique actuelle. Bon nombre de ces articles étaient donc généralement connus et appréciés ; avantage rare pour un livre de ce genre, et qui, s’il lui ôte quelque peu de sa nouveauté, lui donne aussi dès son apparition une couleur toute classique. Le premier volume ren-

(1) Trois vol. in-8°, prix 20 francs.— Chez Béchet jeune, libraire, place de l’Ecole-de- Medeeme, n° u

ferme ainsi une trentaine de mémoires, dans lesquels nous retrouvons les idées du chirurgien de la Pitié sur les fractures, les brûlures, les ulcères, les cancers, les tumeurs blanches, etc. Quelques-uns des Mémoires qui ont servi à fonder la réputation de l’auteur en médecine opératoire y ont également trouvé place, et nous espérions les voir tous successivement reproduits. Mais, dès le second volume, l’abondance et surtout le choix des matériaux ont exclu ce mélange ; et nous ne nous en plaindrons pas, si M. Lisfranc donne suite, ainsi qu’il le promet, à son projet depuis longtemps arrêté de publier sa médecine opératoire.

Les deux derniers volumes ont donc un caractère tout spécial, et qui en fait presque un ouvrage distinct. Ce ne sont plus des questions étrangères, ou à peu près, les unes aux autres ; c’est en quelque sorte un traité des maladies des femmes, mais à la manière anglaise, et avec les faits et les idées de l’auteur. Après un long et intéressant article sur les tumeurs du sein, nous arrivons aux affections de l’utérus; et les deux volumes ont suffi à peine à en tracer l’histoire.

On comprend que nous ne saurions résumer ici tant d’articles si pleins de choses ; et une simple énumération serait fastidieuse sans beaucoup de profit pour le lecteur. Il y aura plus d’intérêt peut-être à rechercher l’idée dominante du livre , ce qui le fait différer des autres ouvrages du même genre.

Si l’on ouvre la clinique de Desault, par Bichat , malgré l’apparence dogmatique du Traité des maladies des voies urinaires, on voit bientôt que l’idée de l’auteur n’est pas là; on la cherche vainement aussi dans le deuxième volume, composé de mémoires isolés et disparates; et c’est dans le premier seulement, à l’occasion des luxations et des fractures, qu’il est possible de démêler une vue générale. La préoccupation de Desault, c’est dé perfectionner le traitement mécanique des lésions chirurgicales; et pour lui, perfectionner, c’est simplifier. Il ne souffre aucune mécanique ; ni vis , ni plaques , ni ressorts; il supprime le fer et l’acier; les courroies de cuir même ne trouvent pas grâce à ses yeux; tout se fait avec

des attelles et des bandes, Bans la même

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voie, et poussé par la même idée, a marché M. Mayor qui, à son tour , ne veut plus ni bandes, ni charpie, ni attelles ; et, chose curieuse, à force de vouloir simplifier, l’un et l’autre sont tombés dans l’excès qu’ils redoutaient le plus; Desault, avec son bandage si compliqué de la clavicule; M. Mayor, avec ses gouttières en fil de fer. Quoi qu’il ensoit, la puissance de l’idée générale a été telle, que Desault a eu son école, tournée presque exclusivement, comme le maître, vers le côté mécanique de l’art. On dirait que M. Lisfranc s’est proposé de fonder une école tout opposée. Certes, en médecine opératoire, il a assez largement contribué au perfectionnement des procédés manuels; mais, déjà, c’est en appliquantdes données nouvelles, plutôt qu’en modifiant ou les appareils ou les instruments. En chirurgie clinique, son indifférence pour l’instrumentation est encore plus tranchée; il songe, avant tout, au traitement médical ; il invoque, il préconise l’alliance de la médecine et de la chirurgie. Phénomène assez curieux chez un opérateur aussi habile , il fuit les opérations ; pour l’amputation même

du col de l’utérus , il déclare qu’il la fait beaucoup moins souvent qu’autrefois. Aussi, sauf les rares articles de médecine opératoire égarés dans le premier volume, les amateurs de procédés et d’opérations ne trouveront guère ici de quoi se satisfaire ; et la meilleure idée que nousx puissions donner de cet ouvrage, c’est de dire que c’est une chirurgie médicale ; et c’est par là surtout qu’il se recommande aux praticiens.

Maintenant, n’y aurait-il pas lieu à adresser à l’auteur quelques critiques ; à relever quelques exagérations, peut-être, du principe d’ailleurs si excellent qui l’a dirigé ; quelques formes de polémique acerbes, quelque oubli çà et là des travaux contemporains? Nous l’avouons , nous aimons mieux laisser à d’autres cette tâche ingrate; et quelques taches, qu’il sera facile d’effacer dans une édition nouvelle, n’ôtent rien de son intérêt et de son importance à un livre où l’on entend parler, où l’on voit agir, où l’on suit, dans ses plus hardies déterminations comme dans les moindres détails de sa pratique, l’un des chirurgiens les plus renommés de notre temps.

NOUVELLES ET VARIÉTÉS

Académie des sciences. — 22 avril. — M. Lantery adresse de Londres une lettre sur la myotomie rachidienne. Nous l’avons reproduite dans notre Revue critique.

29 avril — M. J. Guérin lit une note intitulée: Courte réponse a quelques attaques contre la myotomie rachidienne. La première partie de cette note est à peu près la reproduction des aménités littéraires prodiguées à M. Malgaigne dans la Gazette médicale. Après quoi, passant à M. Lantery, M. Guérin déclare que, bien qu’employé à la Muette, ce docteur n’a pris et n’a pu prendre aucune note; et il entre dans le détail des discussions domestiques qui ont eu lieu entre lui et M. Lantery. La lecture prend alors un tel caractère que M. le président est obligé de l’interrompre. M. Guérin veut continuer; il se fait alors une explosion générale de murmures ; M. Dumas, M. de Blainville l’interpellent vivement en l’accusant de faire des personnalités offensantes, sans rien dire de scientifique ; et M. Guérin termine en rappelant le prix que lui a accordé l’Académie.

— M. Baudens écrit qu’à l’aide d’un appareil de son invention, il a guéri sans raccourcissement notable et sans déviation toutes les fractures du corps et du col du fémur qu’il a eu à traiter au Val-de-Grâce depuis quinze mois. Nous avons donné une idée de cet appareil, t. Ier, pag. 223 ; il ne diffère guère des appareils à extension connus que parce que M. Baudens fait légèrement fléchir la jambe.

Le même chirurgien écrit qu’à l’aide d’un autre appareil il a obtenu la réunion immédiate d’une fracture transversale de la rotule. C’est à l’aide de bouts de bande qu’il agit sur les fragments.

Académie de médecine.— L’Académie a tenu sa séance annuelle le 30 avril, dans son ancienne salle, à laquelle des changements considérables ont été faits. M. Bousquet a lu l’éloge de Double; M. Pariset l’éloge de Bourdois de Lamotte, tous deux avec les applaudissements de l’assemblée.

7 mai. — M. Vidal (de Cassis) lit un mémoire intitulé: De la cure radicale du varicocèle par l’ enroulement des veines du cordon spermatique.

16 mai. — M. Laugier lit un mémoire sur l’écoulement d’un liquide séreux par l'oreille à la suite d’une percussion violente sur le crâne.

— Le docteur Handyside a communiqué à la Société médico-chirurgicale d’Édimbourg l’histoire d’une désarticulation coxo-fémorale pratiquée sur un jeune garçon de 14 ans pour un ostéosarcome du fémur. L’opération fut faite par la méthode à deux lambeaux, l’un anterieur, l’autre postérieur; le membre fut détaché en dix-sept secondes. L’articulation était saine ; six semaines après l’opéré sortit de l’hôpital. Malheureusement des signes de récidive ne tardèrent pas à se prononcer; le moignon s’engorgea, une tumeur de mauvais caractère se montra dans l’hypochondre gauche; l’œil gauche même se prit, et enfin il s’éleva sur la cicatrice un fongus saignant du volume d’un œuf de pigeon. Tel était l’état des choses quatre mois après l’opération, et, comme on le pense bien, le cas était regardé comme désespéré.

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Par M. njUiCilfiSE.

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