‹ Journal de chirurgieChapitre 46 sur 113 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

SOMMAIRE

De l’enquête académique sur la myotomie rachidienne. — I. Travaux originaux. — De la disposition aux hémorragies, et des signes auxquels on peut la reconnaître, par M. le docteur Dequevauviller. — Considérations sur une forme spéciale d’excroissances charnues et vasculaires du canal de l’urètre de la femme, par M. Schützenberger. — Note sur une nouvelle variété de cancer, ou cancer épidermique. — II. Revue critique. — Chirurgie. — Ligature de l’iliaque externe pratiquée avec succès pour un cas d’anévrisme inguinal. — Luxation du poignet en arrière. — Luxation sous-glénoïdale de l’humérus. — Obstétrique. — Des accidents produits, après l’accouchement, par la présence d’un polype dans l’utérus. — « Pharmacologie chirurgicale. De l’emploi de quelques préparations eyaniques dans le traitement des maladies des yeux.— III. Bulletin clinique. — Observation d’exomphale congéniale énorme , suivie de guérison, par M. Thelu. — Observation d’un fœtus à terme, mort-né, avec les symptômes du tétanos, par le même. — IV. Bibliographie. — Illustres médecins et naturalistes des temps modernes, par M. Isidore Bourdon.— V. Nouvelles et Variétés. — Académies. — Société pathologique de Dublin.

Ile l’eaafiptête sur la myotomie a*aeltMiea&s&e.

La commission nommée par l’Académie royale de médçcine n’a pas tardé à se constituer ; elle a nommé M. Roux, président ; M. Velpeau, secrétaire ; ensuite elle s’est occupée sérieusement de remplir sa mission. Mais presque aussitôt elle a rencontré des obstacles qu’on ne saurait dire absolument inattendus ; la plupart des malades ont refusé de se rendre aux invitations officielles de la commission ; et M. Roux, en sa qualité de président, est venu en référer à l’Académie. Nous donnons plus loin un fidèle résumé des débats qui ont suivi cette communication, et qui ont occupé deux orageuses séances; mais il ne sera pas inutile de dire quelques mots de la physionomie qu’ils ont affectée.

Et ce qui est d’abord bien remarquable, c’est que personne dans l’Académie, pas mêmeM. Guérin, n’a cherché à élever le moindre doute sur la réalité des faitsannoncés par M. Malgaigne. En effet, devant l’Académie, en présence d’une commission nommée par elle, de pures dénégations auraient été imprudentes ; on n’aurait pu déclarer les faits inexacts qu’à la condition de les faire voir; or, c’est là ce qui serait le plus dangereux; il est important, au contraire, d’empêcher à tout prix que la commission ne les voie ; et il a fallu user d’une autre tactique.

D’abord on a posé en principe qu’il était inconvenant, illicite, d’aller visiter les malades d’un médecin sans son assentiment. Il y a là une confusion qu’il faut éclaircir; s’il s’agit de la pratique privée, on a mille fois raison ; ce serait une inquisition odieuse, et contre laquelle nous serions les premiers à nous élever. Mais quand des faits ont été rendus publics , ils appartiennent au domaine public ; ils sont livrés à la libre discussion ;

DE L'ENQUÊTE SUR LA MYOTOMIE RACHIDIENNE.

il ne s’est guère trouvé qu’un seul homme en France à soutenir le contraire. Mais qu’est-ce donc que la discussion, s’il n’est pas permis de vérifier? Nous le disons hautement : sans le droit de discussion, il n’y aurait pas de science; mais le droit de discussion ne serait qu’un vain mot sans le droit de vérification.

On est venu ensuite déclarer à l’xVcadémie que les recherches de la commission ne pouvaient aboutir à rien ; et que, lors même que les 24 malades signalés par M. Malgaigne ne seraient pas guéris, comme le total des sujets est de 155, comme M. Guérin n’a annoncé que 52 guérisons, ces 24 insuccès pouvaient fort bien appartenir à la catégorie des 102 insuccès avoués par M. Guérin.

Cet argument avait déjà été présenté par la Gazette médicale ; et nous n’avions pas jugé nécessaire d’y répondre. Mais il a été reproduit devant l’Académie par un de ces hommes dont le caractère et la probité scientifique commandent l’attention et le respect, et dont toutes les paroles ont une juste autorité. Il importe donc de faire voir à M. Louis qu’il a été trompé, qu’il a reçu avec trop de confiance des chiffres sans valeur, et que l’enquête de la commission a une portée beaucoup plus sérieuse qu’il ne pense.

D’abord il est tout à fait inexact de dire qu’il y a eu 155 sujets traités et 102 nonguérisons. Sur ce chiffre général il y en a 98, aux termes du Relevé, non revus ou non traités , ou encore en traitement y ce qui fait, si l’on veut, trois catégories.

Or, M. Malgaigne a-t-il pris ses 24 observations chez des sujets non traités? — Pas le moins du monde; toutes les malades ont été traitées à l’hôpital, 2 ou 3 mois au moins, 9 à 10 mois au plus ; et M. Malgaigne a soigneusement écarté celles qui, étant entrées à l’hôpital, y étaient restées trop peu de temps, ou n’y avaient pas été traitées directement de leur déviation.

Maintenant serait-il tombé sur des sujets encore en traitement? — Pas le moins du inonde; il a soigneusement élagué les sujets qui étaient encore à l’hôpital à la date du Relevé statistique; et la plupart des malades dont il a donné l’histoire avaient été renvoyées du service par M. Guérin. On conviendra d’ailleurs que la commission de l’Acadéinie est parfaitement apte à reconnaître de semblables méprises, et à les signaler au besoin.

Mais enfin s’il s’agissait de malades non revus? — Que l’on se rassure même à cet égard ; les malades cités par M. Malgaigne sont parfaitement connus de M. Guérin ; il les a revus , et il les revoit , encore au besoin ; et de tous il peut donner des nouvelles. La commission de l’Académie a déjà pu s’en apercevoir.

Mais si M. Malgaigne a éliminé les sujets non revus , non traités ou en traitement , il faut donc réduire ce chiffre fastueux de 155 à cet autre chiffre de 57. Et comme il y a une mort, reste 56. En effet, le Relevé porte en propres termes ;

24 guérisons complètes.

28 améliorations.

4 cas sans améliorations.

Or, M. Malgaigne n’a pas trouvé une seule guérison. Direz- vous que ses 24 cas peuvent encore trouver place parmi les 32 améliorés ou non améliorés? Le hasard l’aurait bien mal servi alors ; et il ferait remarquer, comme il l’a déjà fait, que de toutes ses observations concernant des sujets traités dans le service , il s’ensuivrait que les 24 guérisons ont été obtenues à la consultation. La Gazette médicale , qui ne recule devant rien, a déjà dit quelque chose de semblable ; et, après tout, le hasard fait tant de miracles ! Il faut donc ôter encore cette ressource à la Gazette médicale , et lui montrer que nous tenons quelques-unes de ses guérisons. Voici une nouvelle histoire à ajouter à toutes celles qu’a déjà fournies la myotomie rachidienne; les pièces justificatives seront mises sous les yeux de la commission ; et M. Malgaigne se fera un plaisir de les montrer à M. Louis, pour peu que l’honorable académicien en témoigne le désir.

Le 7 février 1842, M. Bouvier avait communiqué à l’Académie des Sciences un certain nombre d’observations de myotomie rachidienne, toutes remarquables par l’insucbès de l’opération. Deux de ces faits entre autres avaient été publiés comme des succès

DE L’ENQUÊTE SUR LA MYOTOMIE RACHIDIENNE.

complet par M. Hillairet dans sa thèse inaugurale. M. Guérin réclama aussitôt, prétendit que le hasard avait fait tomber M. Bouvier juste à côté des guérisons réelles ; et comme les observations de M. Hillairet étaient fort embarrassantes, la Gazette médicale du 18 février publia, non pas le texte , mais une analyse d’une lettre adressée à l’Académie des Sciences, par M. Hillairet lui-même.

Dans cette lettre donc, M. Hillairet déclarait « qu’il n’avait eu avec il/. Guérin aucune relation personnelle; qu’il avait donné un résultat inexact en présentant dans sa thèse , comme guéri , un individu qui ne l’était pas complètement ; mais que ce renseignement ne lui avait pas été transmis par M. Guérin, et que, d'ailleurs, si l’on n’a pas obtenu la guérison dans ce cas, il y a eu du moins une diminution notable de la difformité après la

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