‹ Journal de chirurgieChapitre 47 sur 113 · SECTION DES MUSCLES · texte numérisé non relu

SECTION DES MUSCLES

O Escobar de pieuse et sccourable mémoire ! O distinctions subtiles et ingénieuses, bien faites pour renverser de stupéfaction un adversaire éperdu ! M. Hillairet n’avait eu avec M. Guérin aucune relation personnelle ! Cela est vrai ; mais M. Guérin lui avait envoyé directement M. Kuhn pour lui dicter la lettre à écrire en réponse au mémoire de M. Bouvier. M. Guérin ne lui avait pas transmis ce renseignement! — • Non pas personnellement en vérité ; mais M. Broclnn lui avait transmis les deux observations toutes rédigées, que M. Hillairet n’avait fait que recopier fidèlement dans sa thèse. M. Hillairet n’avait pas vu ces guérisons ; c’est M. Brocliin qui les a vues et qui les atteste. M. Hillairet n’a pas vu davantage les améliorations qu’on met tout doucement à la place des guérisons; c’est M. Kuhn, de la part de M. Guérin, qui les lui certifie. Et pour achever la progression descendante, la commission académique a vu cette jeune fille qui était guérie en 1841, qui n’était plus qu ’ améliorée en 1842 ; elle a entendu la mère et la fille dire que M. Guérin l’avait renvoyée comme guérie, l’avait signalée dans ses conférences comme guérie; en 1844, sous les yeux de la commission, elle n’est pas guérie, elle n’est pas améliorée ; elle est dans un état pire qu’ auparavant.

Mais, dites-vous, M. Broclnn, M. Kuhn, quel rapport ont ces messieurs avec M. Guérin?— Quel rapport! Mais ce sont les deux sévères et consciencieux auteurs du Relevé statistique ; ce sont eux seuls qui ont recueilli les observations; M. Guérin s’est borné à attester et leur compétence et leur véracité. Or, cette véracité, Dieu nous gardé de la mettre en cause ; il y avait tant de motifs pour qu’ils fussent induits en erreur ! mais ils se sont trompés manifestement, l’un en donnant comme guérie, l’autre en annonçant comme améliorée, une pauvre jeune fille empirée par la myotomie rachidienne.

Ainsi donc, il se pourrait bien, contre l’opinion de M. Louis, que l’enquête de la commission aboutît à quelque chose. Que dis-je ! elle a déjà produit un effet inouï. Elle n’a vu encore que quelques malades ; mais elle les a trouvés dans un tel état, et si conformes aux dires de M. Malgaigne ; et de plus on montre une si édifiante frayeur qu’elle ne parvienne à voir les autres , que la question est à cette heure jugée pour tout le monde. Bon nombre d’honorables académiciens, préoccupés avant tout de la dignité de la compagnie, ont manifesté le désir d’arrêter l’enquête, de retirer à la commission ses pouvoirs, dans la crainte que le résultat ne fût fâcheux pour un de leurs collègues, et ne rejaillît sur le corps tout entier.

Nous comprenons ces légitimes susceptibilités ; et, nous rappelant que nous sommes partie dans ce débat, nous ne chercherons ni à les réfuter ni à les combattre. Ainsi que nous l’avons dit, notre rôle est terminé ; le reste appartient à l’Académie et à la commission. La commission et l’Académie ont décidé que l’enquête devait être poussée aussi loin que possible; nous croyons qu’elles ont fait une chose utile pour l’humanité et la science, et qui sera surtout utile dans l’avenir à la dignité de la profession.

A cette occasion , la majorité de la commission,. et les orateurs de la majorité de l’Académie ont été couverts par la Gazette médicale des plus ignobles et, ajoutons-le, des plus maladroites injures. On peut supposer que nous en avons recueilli notre part. La Gazette espérait-elle obtepir de nous une réponse? A Dieu ne plaise ; dans l’état actuel des choses , ainsi que l’a dit énergiquement M. Roux, ses injures ne peuvent qu’honorer.

TRAVAUX ORIGINAUX

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lie la disposition aiax Itémorraigieg, et des signes auxquels

nsa peut Sa eeeonnaître 9 par 91. le docteur lîiiÿtiiVAi'viixKn,

ancien interne des hôpitaux .

11 suffit d’avoir observé un certain nombre de blessés pour avoir été vivement frappé des anomalies que présentent souvent dans leur marche les plaies, même les plus simples, qu’elles aient été produites par une cause accidentelle, ou qu’elles résultent d’une opération chirurgicale. Il n’est sans doute pas de praticien qui n’ait vu plus d’une fois la thérapeutique la plus rationnelle, les dispositions les plus sages, devenir inutiles en face de ces accidents imprévus. Tantôt des lésions superficielles donnent lieu à d’abondantes hémorragies qui résistent à tous les hémostatiques, et persistent jusqu’à l’achèvement complet d’une cicatrice qui se fait longtemps attendre; tantôt des suppurations interminables s’établissent là où tout faisait présager une réunion immédiate, et conduisent lentement à la tombe des malades dont la guérison paraissait facile et certaine ; tantôt enfin une plaie, dans les conditions en apparence les plus heureuses, est en quelques heures envahie par la gahgrène que rien ne peut plus arrêter, sans que les caractères de la pourriture d’hôpital , sans que la présence des causes sous l’influence desquelles elle se développe, aient pu faire présager une aussi triste complication.

De quel avantage ne serait-il pas pour le praticien de pronostiquer ces perturbations singulières , soit qu’il pût s’opposer à leur manifestation, soit qu’il se tînt simplement en garde contre leur apparition? Mais c’est vainement qu’on cherche dans les auteurs les signes qui peuvent servir à baser un semblable pronostic. Si les annales de la science fournissent un assez grand nombre de ces cas singuliers, les observateurs qui nous les ont transmis n’ont pas cherché à en pénétrer la nature; , ils les ont en général représentés comme des idiosyncrasies, c’est-à-dire comme des dispositions propres à l’individu, sans indiquer ce que pouvaient offrir de particulier, dans leur aspect extérieur, les malades qui avaient été soumis à leur examen. N’est-il pas cependant probable que ces dispositions sont indiquées par quelques caractères particuliers qu’il serait possible de saisir en comparant les différents sujets? Ne pourrait-on pas alors prévoir leurs effets avant qu’ils se soient manifestés? Ne pourrait-on pas, plus tard, pénétrer le mystère de leur existence, les combattre et peut-être les détruire ?

J. Hunterl’a fait en partie pour la disposition aux suppurations, qu’il a nommée irritative : peu importe le nom ; il en a tracé quelques caractères vagues encore , mais qui, cependant, peuvent être utilisés dans un nouveau travail.

La disposition aux hémorragies a été plus étudiée surtout dans certaines localités où elle est endémique et héréditaire, transmissible par les -femmes aussi bien que par les hommes, mais aux mâles seulement. Otto, en 1808, fit connaître dans un mémoire publié dans le Medical and physical Journal, cette singulière maladie qu’il avait observée aux États-Unis ; et M. Dubois de Neufchâtel, dans un travail inséré dans la Gazette médicale, en 1838, nous a appris que la même affection héréditaire existe dans la partie occidentale de la Suisse et surtout dans les provinces rhénanes ; le même nom, dans les deux pays, a été donné aux individus doués de ce triste privilège ; ils sont appelés Bleeders en Amérique; Bluters en Suisse. Otto déclare que les caractères de cette disposition ne sont pas encore assez bien déterminés pour qu’on puisse la reconnaître avant sa manifestation ( ouvrage cité , July 1808, p. 89) ; M. Dubois, qui a observé avec beaucoup de soin le sujet qui lui a été soumis, remarque que le malade, âgé de 7 ans, était de taille ordinaire, délicat, très-maigre et blond; ses yeux étaient bleus clair; sa peau , d’une blancheur extrême, presque transparente, ne laissait cependant apercevoir aucune veine ; le visage était très - pâle ; la moindre contusion produisait

d’énormes ecchymoses, ce qu’il attribue à une fluidité plus grande de sang, ou à un affaiblissement des vaisseaux capillaires.

Une foule d’observations intéressantes de la même disposition se trouvent dans les auteurs et dans les recueils périodiques ; mais, en général, les caractères extérieurs que présentent les sujets n’ont pas été mentionnés.

Fabrice de Hildan nous apprend cependant qu’un apothicaire qui eut une hémorragie grave par l’ombilic, était depuis longtemps sujet aux épistaxis et avait une constitution lymphatique (cent. 3, obs. 37) ; deux caractères reproduits dans ces derniers temps, le premier par M. James Hugues ( Archives de médecine, 2e série, tom. III), le second par M. Lebert ( Archives de médecine, 3e série, tom. III, pag. 60) ; et M. le professeur Lordat paraît admettre un signe déjà indiqué par Morton , la faculté de fournir spontanément de l’ électricité ( Traité des hémorragies, pag. 185).

Depuis longtemps M. le professeur Bégin avait eu l’idée de baser de semblables recherches, soit sur des observations déjà acquises à la science, soit sur des observations nouvelles ; depuis longtemps il avait insisté sur l’intérêt et l’importance que présenterait un semblable travail; c’est d’après ses conseils qu’ayant rencontré chez quelques malades une disposition évidente aux hémorragies, j’ai tâché de déterminer quelques-uns des caractères qui peuvent servir à la faire reconnaître.

Il ne s’agit pas évidemment ici de la constitution hémorragique telle que la comprennent les pathologistes, de cette disposition morbide sur laquelle ont surtout insisté, Fallope d’abord, puis F. Hoffmann, Stahl, Huxham, Cullen et Pinel, et que les auteurs du Compendium de médecine pratique, se basant sur les travaux de MM. les professeurs Andral et Gavarret, ont prouvé, ce semble, appartenir à une proportion plus grande des globules de sang, tandis que la tendance aux phlegmasies dépendrait d’une prédominance de la fibrine. Il ne s’agit pas davantage de ces hémorragies passives qui surviennent à la suite des débilitations profondes et dont le scorbut offre de si fréquents exemples; celles-là sont plutôt du ressort de la pathologie interne: celle dont je vais m’occuper est plutôt du domaine de la chirurgie. Il s’agit de cette tendance aux hémorragies que présentent certains individus à la suite des lésions les plus légères, même de celles qui n’intéressent que le système capillaire sous-cutané.

Il ne faut pas croire qu’elle ne se présente que dans les circonstances indiquées par Otto et par M. Dubois; souvent elle affecte des individus isolés, dans la famille desquels rien de semblable ne s’est présenté ; le praticien n’a plus ici la ressource des commémoratifs pour se guider ; et s’il ne la reconnaît pas, il peut voir inopinément survenir de graves accidents.

Le premier malade qui fut soumis à mon examen était un homme dans la force de l’âge, également éloigné de l’état de pléthore et de l’état de débilité qui deviennent tous deux si souvent causes d’hémorragies ; son tempérament paraissait devoir le mettre à l’abri de semblables accidents; aussi mon esprit fut-il vivement frappé des phénomènes qu’il présenta. Voici son histoire.

Obs. I. — Plaie h la main, lésion d'un rameau artériel, ligature de V artère et réunion avec des bandelettes ; le huitième jour, hémorragie par exhalation qui reparaît à chaque pansement jusqu'à ce que la cicatrisation soit complète ; absence de réunion immédiate.

Le nommé Jeude, journalier, entra, le 13 avril 1840, à l’hôpital des Cliniques de la Faculté, pour une plaie de l’éminence thénar droite.

Cet homme, d’une constitution qui paraît bonne au premier aspect, de grande taille, est âgé de 23 ans. Sa peau est d’un blanc mat, ses cheveux sont noirs ; les iris sont de la même couleur; la sclérotique est bleuâtre et comme transparente; le système musculaire est peu développé et flasque; la peau, très-fine, est appliquée sur les muscles sans intermédiaire de tissu adipeux ; dès son enfance, le malade a été sujet à -de fréquentes épistaxis qui ont toujours été difficiles à arrêter. Toutes les plaies qu’il s’est faites ont donné lieu à un écoulement de sang très-abondant.

Le 5 avril, Jeude heurte une vitre avec la main. Le verre se brise et fait dans l’éminence thénar de la main droite une incision oblique de dehors en dedans et de haut en bas, de trois centimètres environ d’étendue. Il se transporte immédiatement à l’Hôtel-Dieu. Là on constate la lésion d’un rameau artériel dont le bout supérieur se présente sous la lèvre de

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la plaie. 11 est saisi et lié aussitôt. La plaie est réunie au moyen de bandelettes de diachylon ; le malade retourne chez lui et s’abstient de tout exercice du membre blessé.

Rien de nouveau jusqu’au 15, mais alors la ligature tombe, le malade éternue violemment, et l’hémorragie reparaît avec intensité.

Jeude se présente alors à l’hôpital des Cliniques, où il est immédiatement reçu ; l’interne de garde, M. Maslieurat, ne peut retrouver le bout de l’artère, et exerce une compression directe sur la plaie: l’écoulement sanguin est arrêté.

Le 14, le sang a reparu sous le bandage, l’appareil est enlevé; du sang est exhalé en abondance par la plaie, sans saccade et sans qu’il soit possible de reconnaître un point particulier par lequel il s’échappe. (M. Larrey prescrit : diète, eau de gomme, repos absolu, même pansement .)

Le 15, l’hémorragie a continué depuis la veille, mais faiblement; on enlève l’appareil ; le sang s’écoule avec abondance. {Deux potages ; même traitement.)

Le 16, le sang n’a pas reparu; l’appareil est maintenu en place.

Le 17,1e pansement est de nouveau imbibé de sang. On applique deux compresses graduées assujetties par des circulaires sur le trajet des artères radiale et cubitale.

L’hémorragie ne reparaît pas les jours suivants. ( Quart d’aliments.)

Dans la nuit du 21 au 22 avril, agitation, insomnie, douleurs pulsatives dans l’avant-bras. A la visite, les mêmes symptômes persistent ; on enlève l’appareil.

Un abcès existe au niveau des compresses graduées. La plaie est recouverte d’un caillot sanguin, mollasse, noirâtre, très-fétide et très-adhérent. Les bords en sont flasques et fortement écartés. Le pus de l’abcès passe au-dessous du ligament annuaire du carpe, et vient, sous une légère pression, se faire jour entre l’extrémité supérieure de la plaie et le caillot. ( Ouverture de l’abcès avec le bistouri, pansement simple.)

Le 24, les accidents inflammatoires ont disparu 'a l’avant-bras ; mais les bords de l’incision laissent écouler quelques gouttes de sang pendant le pansement La plaie de la main est très-douloureuse et présente le même aspect. {Pansement avec un linge fenêtré enduit de styrax.)

Le 29, la plaie commence à se rétrécir; une petite partie du caillot se détache, mais immédiatement l’écoulement de sang reparaît. L’incision faite à l’avant-bras est presque cicatrisée; mais elle saigne chaque jour, quelque légèreté qu’on mette dans le pansement.

Le 50, une nouvelle portion du caillot se détache et donne lieu à une nouvelle hémorragie.

Le 1er mai, même état local; la peau est sèche et chaude; le pouls bat cent fois par minute; le malade éprouve quelques coliques, surtout vers le flanc gauche ; diarrhée. {Deux ventouses scarifiées vers le point douloureux ; fomentations émollientes; lavements opiacés ; eau gommeuse; diète.)

Le 2, les accidents généraux ont disparu. {Deux potages.) #

La plaie se rétrécit graduellement, mais avec beaucoup de lenteur. Chaque jour une partie du caillot se détache, et chaque jour une certaine quantité de sang s’écoule pendant le pan sement. L’incision faite à l’avant-bras est presqu’entièrement cicatrisée, mais présente cependant chaque jour le même phénomène.

Le 5, la plaie est entièrement détergée et recouverte de bourgeons charnus , mollasses, saignant au moindre contact. {Cautérisation avec le nitrate d’argent; demie d’aliments.)

Depuis ce jour la plaie marche vers la cicatrisation; mais les points qui ne sont pas encore recouverts par la cicatrice laissent toujours exhaler une certaine quantité de sang.

Le 14, cicatrisation complète de l’incision de l’avant-bras, presque complète de la plaie de la main. Cependant cette dernière plaie laisse toujours écouler quelques gouttes de sang.

Le 18, une cicatrice adhérente ferme la plaie de l’éminence thénar.

Le malade sort le 19 mai.

Ce qui frappait d’abord chez cet individu était la blancheur, la finesse et la flaccidité de la peau, l’absence de tissu adipeux, et le faible développement du système musculaire chez un homme de 25 ans, qui déclara se bien porter habituellement et supporter facilement les fatigues d’une profession pénible.

Lorsque ce malade se présenta à l’hôpital des Cliniques, on pouvait croire que la ligature s’était détachée trop tôt, et qu’on avait affaire à une hémorragie artérielle; mais l’examen attentif de la plaie ne permit point de conserver cette opinion ; il était évident qu’on avait sous les yeux une hémorragie par exhalation; c’est ce qui détermina M. Larrey à ne pas lier l’artère à l’avant-bras, et l’événement justifia pleinement cette conduite; mais la plaie fat loin de suivre sa marche normale; dans les premiers jours, dès qu’elle n’était point comprimée, elle donnait lieu à une exhalation sanguine abondante. Un caillot noirâtre, mollasse, vint adhérer à la surface et arrêta l’hémorragie; mais dès qu’un point du caillot se soulevait, l’écoulement reparaissait aussitôt, ce qui dura jusqu’à ce que la cicatrisation fût complète : un abcès se déclara à l’avant-bras,

accomplit en quelques heures toutes ses périodes, et F incision qu’ il nécessi ta donna lieu à une exhalation sanguine qui persista avec la même opiniâtreté. Le défaut de plasticité, que semble révéler le peu de tendance à la réunion observée dans ces deux plaies, ne fut-il pas pour quelque chose dans la rapidité avec laquelle se développa cet abcès?

Deux ans après, un cas à peu près semblable se présenta dans le môme service.

Obs. II. — Plaies a l'avant-bras et ù la main sans lésion de rameau artériel ; hémorragie

très-considérable, persistant jusqu’à la cicatrisation complète; rapprochement au moyen

de bandelettes ; absence de réunion immédiate.

Le nommé Flesin, tailleur, d’une constitution assez bonne en apparence, mais dont le tissu musculaire est peu développé, et dont la peau, d’un blanc mat, d’une finesse remarquable, repose sur une couche mince de tissu cellulaire, d’une taille de un mètre soixante-treize centimètres, ayant des cheveux rares, châtain clair, des iris bleus, et dont les sclérotiques translucides laissent apercevoir la couleur de la choroïde, est parvenu à l’âge de 21 ans sans maladie; mais alors il fut envoyé comme soldat en Afrique, où il contracta successivement une fièvre intermittente tierce et une dyssenterie, qui le retinrent longtemps malade à l’hôpital du Dey. Depuis son enfance, les moindres blessures qu’il s’est faites ont toujours donné beaucoup de sang, et ont souvent nécessité l’emploi de moyen hémostatiques énergiques, tels que l’eau de Habel et une compression méthodique; mais il n’a jamais eu ni épistaxis ni hémorroïdes. Il est maintenant âgé de 27 ans.

Le 4 janvier 1842, il descendait un escalier de cave, lorsque le pied lui manqua ; il tomba de trois marches sur le dos ; mais, en même temps, sa main gauche rencontra un tesson de bouteille qui lui fit trois plaies, l’une à la face palmaire de l’avant-bras, l’autre a l’éminence thénar, l’autre enfin à la première phalange de l’auriculaire. Une hémorragie abondante se déclara aussitôt, et le malade fut immédiatement amené à l’hôpital des Cliniques de la Faculté.

Il est examiné dix minutes environ après l’accident. Quoique le membre soit assez fortement serré par trois serviettes, la quantité de sang qui a déjà coulé est tellement considéble qu’il a complètement imbibé le linge, et qu’il ruisselle hors de l’appareil. Ce sang est vermeil et ne forme point de caillots.

L’appareil étant enlevé, on constate à l’avant-bras une plaie transversale située au tiers inférieur, intéressant la peau, le tissu cellulaire, l’aponévrose d’enveloppe, les tendons du grand et du petit palmaire et l’un de ceux du fléchisseur superficiel ; on voit aussi vers le milieu de la plaie, la section d’un rameau nerveux dirigé parallèlement à l’axe du membre; le sang coule en nappe de toute la surface divisée, sans qu’il soit possible de reconnaître l’orifice d’une artère ou même d’une veine considérable. A l’éminence thénar, existeune autre plaie oblique de dehors*en dedans et de haut en bas, qui divise profondément les muscles et donne une quantité de sang considérable, sans qu’il soit possible d’y trouver non plus aucun orifice vasculaire. Enfin, au bord cubital de l’auriculaire, se trouve une troisième plaie n’intéressant que la peau et donnant cependant une grande quantité de sang. (M. Larrey prescrit : pansement avec les bandelettes de diachylon, et par-dessus des disques d’agaric saupoudrées de colophane ; bandage contentif médiocrement serré; 5 potages; repos absolu.)

Le 5, engourdissement et fourmillement dans la main. Le sang a imbibé tout l’appareil, mais ne paraît plus actuellement couler. {Une portion.)

Le 9, l’engourdissement persiste, mais à un faible degré. L’appareil est enlevé pour la première fois ; les plaies ne sont pas réunies, et saignent immédiatement avec abondance. (On replace l’appareil : deux portions.)

Depuis cette époque on renouvelle l’appareil tous les trois jours. Une légère hémorragie a lieu à chaque pansement. Des bourgeons charnus se développent et donnent peu de suppuration.

Le 15 février, cicatrisation des plaies du doigt et de la paume de la main. Celle de l’avantbras est à moitié fermée, mais ce qu’il en reste donne toujours lieu à un écoulement de sang à chaque pansement; l’engourdissement dans les doigts persiste.

Jusqu’au jour de l’entière guérison de la plaie, qui n’a lieu que le 8 mars, quelques gouttes de sang s’écoulent toutes les fois qu’on change l’appareil.

Le malade sort guéri le 29 mars 1842; il conserve toujours de l’engourdissement et des fourmillements dans les doigts.

Il était impossible de ne pas être frappé de la disposition que le malade avait aux hémorragies. Il arrive, en effet, quelques minutes seulement après l’accident, et les linges qui entourent le membre et forment un épais bourrelet autour de la plaie sont traversés par le sang, qui coiile en abondance sur le sol. En attendant le chirurgien, on entoure l’appareil provisoire d’une alèse pliée en plusieurs doubles, et en un instant,

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elle est entièrement imbibée de sang. Aussi ne fait-on aucun doute qu’on ait affaire à une plaie artérielle, et tout est préparé pour la ligature, qui cependant est bientôt reconnue inutile.

On trouve chez ce malade tous les caractères extérieurs notés chez le précédent ; la peau est de la même couleur et de la même finesse ; le tissu cellulaire est tout aussi dépourvu dégraissé; le système musculaire tout aussi peu développé ; le malade n’exerçait pas, il est vrai, une profession pénible, il était tailleur ; mais un homme de 27 ans, bien constitué, jouissant d’une bonne santé, présente ordinairement des saillies musculaires bien autrement prononcées. Notons cependant que cet homme, sujet, comme le précédent, à d’abondantes hémorragies dès qu’il recevait la moindre blessure, n’a jamais eu ni hémorroïdes ni épistaxis.

La plaie ne s’est point recouverte de ce caillot mollasse, fétide, adhérent, qui, chez le premier malade, a paru retarder si longtemps la guérison ; mais elle avait tout aussi peu de tendance à se cicatriser; la réunion immédiate, tentée dans les circonstances les plus favorables en apparence, ne put être obtenue, et la cicatrice ne fut parfaite que quarante-deux jours après l’accident pour les plaies des doigts et de la main, et soixantetrois jours pour celle de l’avant-bras.

Les deux malades précédents étaient deux hommes adultes, d’une bonne constitution, et qui n’avaient été soumis à aucune influence délétère. Nous allons nous occuper maintenant de deux autres malades placés dans une position toute différente ; l’un est un jeune orphelin légèrement rachitique, affaibli par plusieurs maladies successives, et privé d’ailleurs, depuis son enfance, de la plupart des soins si nécessaires à cet âge; l’autre est également un enfant qui n’a guère été placé dans une position plus heureuse ; les caractères trouvés chez les deux premiers sujets, se reproduiront-ils chez les deux suivants?

Obs. III. — Contusion de la dernière phalange du médius ; hémorragie persistant pendant quatre mois ; couenne fétide adhérant a la surface de la plaie.

B . , déposé au moment de sa naissance à l’hospice des Enfants-trouvés, a été

élevé à la campagne aux environs de Vendôme, où il est resté jusqu’à l’âge de 8 ans.

Il est alors revenu à l’hospice, y a été deux fois atteint de rougeole, y a contracté une autre affection dont il n’a pu faire connaître la nature, et a été enfin envoyé à l’hôpital des Enfants malades, au mois de novembre 1840, pour un eczéma qui occupait tout le cuir chevelu. Après y être resté jusqu’au, 12 avril, sans avoir obtenu aucune amélioration, il fut renvoyé à l’hospice dans l’état suivant :

Cet enfant, actuellement âgé de 9 ans, est maigre, chétif; sa peau, d’un blanc mat, parsemée d’éphélides lentiformes nombreuses, repose sur un tissu cellulaire légèrement infiltré de sérosité ; ses cheveux sont blonds, ses cils noirs et très-longs, les iris de même couleur; les sclérotiques translucides laissent apercevoir la couleur de la choroïde ; les membres sont grêles; le thorax est assez développé, mais les articulations chondro-costales sont saillantes et anguleuses ; les articulations des membres sont également très-volumineuses ; sa taille est de un mètre seize centimètres ; la tête est bien conformée, mais couverte d’un eczéma impétiginoïde très-intense; le malade n’a jamais eu d’hémorroïdes, mais il est sujet à des épistaxis fréquentes depuis son enfance.

On s’aperçoit, à l’arrivée de cet enfant, que la dernière phalange du médius de la main gauche présente une couleur noire ainsi que l’ongle qu’elle porte. L’enfant nous apprend qu’un camarade lui a: marché sur le doigt trois jours auparavant. Des cataplasmes sont appliqués pendant plusieurs jours, mais le doigt paraissant plus malade, et donnant lieu à des hémorragies légères, mais fréquentes, on se décide à l’envoyer à l’infirmerie le 50 avril.

Le doigt est rougeâtre , très - tuméfié , l’ongle fortement soulevé et à peine adhérent; du sang s’échappe par exhalation au moindre contact. (Extraction de l’ongle, qui est opérée avec la plus grande facilité.) Cette petite opération n’augmente pas l’écoulement sanguin, et permet de constater l’existence d’un nouvel ongle de 0,002 environ de longueur. (. Pansement avec de la charpie râpée: vin de quinquina, tisane de houblon; portion entière.)

Même état le 4, le 5 et le 6 mai. Un caillot noirâtre, mollasse, très-adhérent, recouvre toute la surface de la plaie.

Le 9, on constate pour la première fois l’existence d’une odeur fétide, analogue à celle de la pourriture d’hôpital. Tout le doigt est le siège d’une rougeur livide accompagnée de gon-

flement. Les hémorragies continuent. ( Pansement avec la teinture de quinquina et le jus de citron .)

Le même état persiste sans modification les jours suivants.

Le 11. ( Cautérisation avec le fer rouge de toute la surface dénudée )

Le 17, la rougeur et le gonflement ont disparu; l’odeur fétide est moins forte; le caillot, toujours volumineux, est plus solide ; l’hémorragie persiste. ( Pansement avec la charpie sèche.)

Le 19, l’hémorragie est beaucoup plus abondante. Le caillot a repris sa consistance primitive. ( Cautérisation avec le fer rouge; vin de Bagnols aux repas.)

Le 21, l’hémorragie n’a pas reparu depuis la cautérisation; la plaie est toujours recouverte d’un caillot, mais il est assez résistant. ( Pansement avec la charpie imlnbée de suc de citron.)

Le 22, l’hémorragie reparaît à dater de ce jour, mais avec peu d’intensité et seulement à chaque pansement; la plaie présente toujours le même aspect. ( Même traitement.)

Le 26, l’enfant se heurte le doigt; un écoulement abondant de sang en est la suite. Le lendemain la plaie présente tous les symptômes du 9 mai.

Ces symptômes persistent les jours suivants. L’ulcération s’étend sur la face dorsale de la première phalange. Le 51 mai, cautérisation avec le nitrate acide de mercure.

Les mêmes symptômes se présentent jusqu’au 6 juin, mais les progrès de l’ulcération ont été arrêtés. Les escarres sont alors complètement détachées; la plaie est vermeille ( Pansement simple.) Les hémorragies continuent toujours et se représentent surtout à chaque pansement.

Le 12 juin, l’odeur fétide, le caillot mollasse et adhérent, la rougeur livide du doigt, reparaissent sans cause appréciable; l’hémorragie devient plus abondante. ( Cautérisation avec le nitrate acide de mercure.)

Le 15, les symptômes précédents ont disparu, excepté l’hémorragie et le caillot. (. Pansement avec le citron.)

Etat stationnaire jusqu’au 12 juillet ; à compter de ce jour, la plaie se déterge, l’hémorragie est moins abondante.

Le 18 juillet, réapparition d’un caillot semblable à ceux qui ont été déjà observés. ( Cautérisation avec le nitrate acide de mercure.)

Le 25, le caillot et les escarres commencent à se détacher, et laissent apercevoir des bourgeons charnus de bonne nature. Les hémorragies persistent, mais en petite quantité. L’ongle repousse dans une direction vicieuse ; on est obligé de l’arracher.

Le 29, pour la première fois depuis l’accident, il n’y a pas eu d’hémorragie.

Le 7 août, réapparition de l’hémorragie, du caillot grisâtre et de l’odeur fétide ; l’ongle est ramolli. (. Arrachement de l’ongle; cautérisation avec le nitrate d’argent chaque jour.)

Le 9, le caillot commence à se détacher.

Le 11, les bourgeons charnus laissés à nu se couvrent d’une cicatrice solide; mais le reste de la plaie laisse toujours exhaler un peu de sang.

Le 20, cicatrisation complète, l’ongle repousse dans sa direction normale.

Cependant l’enfant ne quitte l’infirmerie que le 1er septembre, afin de jouir plus longtemps d’une alimentation substantielle, et du traitement général qui n’a pas été interrompu depuis le commencement de sa maladie.

Jusqu’à présent, noiis avons vu le tissu cellulaire réduit à une couche mince, élastique, de sorte que la peau paraissait appliquée immédiatement sur les organes sousjacents. Ici, au contraire, il était infiltré de sérosité ; mais tous les autres caractères notés précédemment se retrouvaient chez ce malade. L’hémorragie, ici encore, ne parut qu’ après une solution faite à l’enveloppe cutanée; elle revint chaque jour pendant trois mois, et résista aux moyens les plus actifs qu’on put lui opposer. Comme chez le malade de la première observation, la plaie se recouvrit d’un caillot couenneux, fétide, qu’on attribua d’abord à la pourriture d’hôpital; mais comment concevoir la persistance de cette maladie pendant quatre-vingt-treize jours, sans que les parties avoisinantes aient été envahies, sans que la surface même de la peau ait été profondément ulcérée ? Comment d’ailleurs comprendre la persistance de cette affection, chez un enfant bien nourri, passant toute la journée dans un vaste jardin, et placé dans une maison où il n’existait aucun cas de ce genre ?

Chez les deux premiers malades, on pouvait croire qu’un rameau artériel continuait à donner du sang: une pareille supposition était impossible pour celui-ci, elle n’aurait guère été -plus probable dans le cas suivant.

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Obs. IV. — Amputation dé la première phalange du gros orteil; les bords de la plaie rapprochés ne se réunissent pas par première intention; une légère hémorragie reparaît a chaque pansement jusqu’à ce que la cicatrisation soit complète.

Toutza (Victorine), âgée de 15 ans et 1/2, née à Beauvais, mais amenée presque immédiatement après à Paris, sujette à des affections fréquentes de poitrine, éprouve, depuis son enfance, des épistaxis presque journalières ; elle est également sujette à des hémorroïdes qui donnent quelquefois lieu à un écoulement de sang abondant.

La peau est fine, blanche, parsemée d’éphélides lentiformes, presque translucide; les cheveux sont châtain clair , les iris bleus ; les sclérotiques laissent apercevoir la couleur de la choroïde. Le système musculaire est flasque , peu développé , et n’est séparé de la peau que par une couche mince de tissu cellulaire non graisseux et légèrement infiltré.

Toutza était sujette à des engelures qui revenaient chaque hiver, mais qui ne s’étaient jamais ulcérées, elle fut mise en apprentissage pendant l’année 1841, et forcée de faire chaque jour des courses multipliées. Sous cette influence, les engelures devinrent de plus en plus douloureuses; au commencement de novembre, la malade sentit des élancements dans le gros orteil droit, non plus superficiels , mais profonds. Ces élancements la forcèrent, au bout de trois ou quatre jours, d’interrompre ses courses. Des cataplasmes émollients furent appliqués; on appela un médecin qui reconnut la présence d’un abcès, l’ouvrit avec le bistouri, et recommanda le repos absolu.

Les douleurs lancinantes n’avaient point disparu: mais le gonflement et la rougeur n’existaient plus; le séjour au lit avait guéri les engelures, et la malade fut obligée de reprendra ses courses. 11 restait cependant une petite plaie fistuleuse venant de l’incision.

Au mois de janvier 1842, tous les symptômes précédents reparurent. Un nouveau médecin fut mandé. Il introduisit un stylet par la fistule , ne reconnut pas de carie, mais conseilla cependant d’envoyer l’enfant à l’hôpital. Toutza entra en effet h l’hôpital des Enfants malades le 26 janvier.

Après cinq moté d’un traitement qui consista en bains alcalins et en cautérisation de la fistule avec le nitrate d’argent, la jeune fille sortit de l’hôpital (fin de juin), revint chez sa mère où elle fut atteinte d’une pneumonie ; cette maladie fut facilement guérie, mais le pied restant toujours malade, elle entra à la Clinique de la Faculté, le 24 août 1842.

M. Iluguier constate une carie assez avancée de la première phalange du gros orteil. Cette carie communique à l’extérieur par un trajet fistuleux venant s’ouvrir au bord interne du pied, au niveau de la première articulation métatarso-phalangienne. (Pansement simple , tisane de houblon, vin de gentiane ; deux portions.)

Le 19 septembre, opération consistant à pratiquer un lambeau interne qui permet d’extraire la première phalange du gros orteil, en laissant la phalangette et les tendons qui s’y attachent ; une quantité de sang considérable s’écoule pendant l’opération ; cependant une seule artère est divisée et liée, c’estla collatérale interne du gros orteil. (Réunion immédiate. Bouillons coupés.) \

Le 22, on lève l’appareil qui est entièrement imbibé de sang; une quantité médiocre du même liquide s’écoule pendant le pansement. La réunion ne s’est pas opérée; les lambeaux sont fiasques et à peine tuméfiés.

Depuis ce jour, pansement quotidien, et chaque fois hémorragie légère. La plaie donne peu de suppuration; les bourgeons sont mollasses et grisâtres. L’état de la malade ne présente, du reste, rien de particulier, si ce n’est que toutes les fois qu’on veut augmenter le régime, l’hémorragie augmente et la plaie devient blafarde.

Le 19 octobre, il ne reste plus qu’une petite plaie de 5 millimètres de diamètre; mais cette petite plaie donne chaque jour une gouttelette de sang.

Le 22, cicatrisation complète de la plaie; la seconde phalange s’est rapprochée graduellement du premier métatarsien avec lequel elle se trouve aujourd’hui en contact.

Je n’ai point donné jour par jour les détails de l’observation précédente, parce que chaque alinéa de mes notes signifiait exactement la même chose. Tout fut simple dans la marche de cette maladie. Une seule circonstance vint la troubler , les hémorragies journalières; et cela suffit pour reculer la cicatrisation jusqu’au trente-troisième jour, on retrouve chez cet enfant tous les caractères extérieurs indiqués chez les malades précédents, et, de plus, comme chez le dernier, une légère infiltration du tissu cellulaire ; mais l’âge des individus et les causes débilitantes qui avaient exercé sur eux leur influence suffisent parfaitement pour expliquer cette légère différence.

Comme chez les deux premiers malades, le lambeau maintenu en contact avec des bandelettes de diachylon ne contracta point d’adhérence immédiate; mais, comme chez le second, la plaie ne présenta pas cette couenne mollasse qu’on remarqua chez le premier et chez le troisième sujet.

Jusqu’à présent, la tendance aux hémorragies ne s’est manifestée qu’à la suite de plaies, soit graves, soit légères ; nous allons la voir apparaître dans une tout autre circonstance.

Obs. Y. — Amputation du cinquième métacarpien, absence de réunion immédiate ; hémorragies journalières ; varioloïde dont les pustules se remplissent de sang; marche normale de

l'éruption.

F . . étudiant en droit, âgé de 20 ans, d’une taille de I m. 68, a la peau blanche et

pâle, les cheveux châtain clair, les yeux bleus et les sclérotiques bleuâtres; le système musculaire est médiocrement développé, et n’est séparé de la peau que par une couche mince de tissu cellulaire non graisseux; il est sujet à des épistaxis fréquentes qui se développent sous l’influence de la moindre cause, surtout pendant l’été. Il jouit du reste d’une bonne santé et n’a fait qu’une seule maladie à l’âge de deux ans ; une seule fois il a eu des hémorroïdes légères qui ont donné un peu de sang.

Depuis deux ans il apprenait l’escrime, et se livrait avec ardeur à cet exercice, malgré une rougeur de plus en plus vive qui apparaissait à la face palmaire du cinquième métacarpien droit. Des douleurs ne tardèrent pas à se faire sentir, augmentèrent graduellement et forcèrent enfin le malade «à abandonner son exercice favori. La région se tuméfia considérablement. On lui conseilla et il appliqua un vésicatoire sur la région douloureuse; la suppuration s’établit et depuis a toujours continué. Au milieu de la plaie il s’ouvrit un abcès qui laissa une plaie fîstuleuse qui existe encore, et par laquelle on arrive sur le cinquième métacarpien.

C’est dans cet état que le malade se présenta à l’hôpital des Cliniques, le 16 janvier 1842 ; il fut admis par M. II. Larrey, chargé alors du service de chirurgie, et placé au n° 10 de la salle des hommes. La maladie ayant été reconnue être une carie de l’os , on décida l’amputation du cinquième métacarpien, qui fut pratiquée le 19, par la méthode ovalaire. L’os était réduit en une coque mince, dont le diamètre excédait de beaucoup le diamètre normal de la diaphyse, et dont l’intérieur communiquait supérieurement, par une ouverture, avec la plaie fîstuleuse; tous les autres tissus étaient parfaitement sains.

L’opération ne présenta rien de particulier, si ce n’est qu’il s'écoula une quantité de sang beaucoup plus grande que d’ordinaire; elle fut parfaitement supportée par le malade; la plaie qui en résulta ne put être complètement réunie. Cependant on en rapprocha les bords au moyen de bandelettes autant que cela fut possible, et on la réduisit ainsi à une étendue de T à 8 centimètres de long, sur 2 centimètres de large.

Le 20, le malade a été très-calme et a bien dormi, le bandage et deux alèses placées sur le membre opéré sont imbibés d’une assez grande quantité de sang : on ne touche pas à l’appareil. Dans la journée, chaleur, fièvre, céphalalgie, rougeur de la face. ( Saignée de 500 gr.; limonade stïbiée, un litre.)

Le 21, l’état est meilleur. Il s’est encore écoulé un peu de sang depuis la veille; cependant on laisse l’appareil en place. ( Diète ; limonade stïbiée, un litre; limonade simple, un litre.)

Le 22, les accidents ont disparu ; l’écoulement de sang a été très-faible. ( Bouillon , limonade simple.)

Le 24, on enlève l’appareil, la plaie est assez belle, les bourgeons charnus se développent, mais la surface saigne au moindre contact. ( Deux potages .)

Depuis cette époque, l’appareil est renouvelé tous les trois jours; à chaque pansement, la plaie se couvre de sang vermeil qui ne cesse de couler que quand les pièces d’appareil sont appliquées ; les portions de téguments rapprochées par les bandelettes ne se réunissent pas par première intention ; la cicatrisation marche lentement et se fait au moyen de bourgeons mollasses.

Le 15 février, la plaie est réduite aux deux tiers de sa surface primitive ; le malade est dans l’état suivant: face vultueuse; langue couverte d’un enduit jaunâtre; pouls fort, développé, 100 pulsations; peau sèche et chaude ; céphalalgie. ( Eau de Sedlitz, saignée de 500 grammes, diète, limonade.)

Le 16, apparition de pustule de varioloïde disséminées en petit nombre sur tout le corps. Les symptômes généraux sont moins forts que la veille. ( Même régime.)

Les 17 et 18, les pustules se développent en suivant leur marche ordinaire; l’état général est bon ; la fièvre a disparu. ( Deux bouillons.)

Le 19, les pustules sont remplies de sang depuis la veille, mais l’état général est tout aussi bon. ( Même régime.)

L’éruption continue sa marche normale, les pustules se dessèchent en conservant toujours leur couleur rouge foncé.

Le 26, les croûtes qui remplaçaient les pustules sont tombées en partie ; le malade est bien, mais la plaie est restée stationnaire pendant tout le temps de l’éruption cutanée ; elle a aujourd’hui encore les deux’ tiers de ses dimensions primitives. Elle saigne toujours à chaque pansement, quelque soin qu’on prenne pour ne pas en irriter la surface.

TRAVAUX ORIGINAUX

Le 2 mars, pour la première fois, la plaie ne saigne plus pendant le pansement; elle est réduite de plus de moitié; l’état général est bon; le malade demande à sortir de l’hôpital, promettant de revenir se faire panser tous les trois jours, ce qui lui est accordé.

La cicatrisation marche un peu plus rapidement à partir de cette époque; cependant le 15 mars il existe encore un point de la plaie non cicatrisé vers la partie supérieure; mais il ne s’écoule plus de sang par cette surface.

Le 21, la cicatrisation est complètement terminée.

Nous retrouvons encore ici les mêmes caractères extérieurs que chez les malades précédents ; le pronostic qu’on* pouvait en tirer sur la marche de la plaie est bientôt justifié par l’événement; la réunion immédiate ne se fait pas, les hémorragies par exhalation se manifestent à chaque pansement. Une varioloïde se déclare, les pustules se remplissent de sang; voilà donc l’une de ces varioles sur la gravité desquelles les observateurs sont unanimes, que Sydenham nous représente comme ayant presque toujours une terminaison fatale (. Épid. , ann. 1670 à 1674), qu’IIuxham croyait être constamment suivies delà mort (Traité des fièvres , pag. 64-65), et sur lesquelles Morton portait le même pronostic ( Hist . var.f pag. 461, obs. 39, 41, 61). Cette maladie se développe chez un homme déjà affaibli par une opération, placé au milieu de salles de blessés, et cependant elle accomplit régulièrement sa marche et se termine de la manière la plus simple. D où vient cet événement imprévu? N’est-il pas facile de se l’expliquer en tenant compte de la constitution particulière du sujet? La disposition aux hémorragies se manifeste à la.surface du derme, séparé de son cuticule pour chaque pustule, comme à la surface des boutons charnus de la plaie; mais ce n’est point un trouble général qui a déterminé cette anomalie, c’est encore bien moins une de ces influences inconnues qui déterminent les constitutions médicales ; c’est un état spécial de l’organisation; ce qui est anormal pour les autres est normal pour l’individu que nous considérons ; aussi le pronostic devait-il être tout différent; aussi le praticien ne devait-il pas se laisser influencer par cette apparence redoutable, et chercher à combattre un symptôme qui n avait pas, dans ce cas particulier, la signification qu’il peut avoir en général.

Dans toutes les histoires précédentes il ne s’agit que de faits isolés ; nous n’avons pas encore vu d’exemple de cette disposition héréditaire signalée par les auteurs; l’observation que je vais rapporter maintenant va nous en fournir un des plus saillants. Elle vient d’être recueillie dans le service de M. Ricord, et je la dois à l’obligeance de mon excellent collègue, M. Clerc, interne de ce service.

Ors. \I. Application de sangsues au périnée ,* persistance de V hémorragie par les piqûres pendant seize jours , malgré l’emploi des hémostatiques les plus énergiques.

L . etudiant en pharmacie, âgé de 22 ans, entra le 8 mars 18-44, à l’hôpital du Midi

pour y être traité d’un phimosis très-intense ; il fut placé au n° 23 salle 2, service de M. Ricord.

Ce jeune homme, d’une taille de 1 m. 787, a la peau très-fine, mais fortement colorée, les poils rares et châtain foncé, les yeux noirs, le tissu musculaire peu développé; le tissu cellulaire sous-cutané foi me une couche mince dans laquelle il n’existe point de graisse. Les sclérotiques présentent au plus haut degré la translucidité qui a été déjà notée plusieurs fois, et paraissent fortement bleuâtres. Le malade n’a jamais eu d’hémorroïdes, mais il est sujet à des épistaxis très-fréquentes et très-abondantes; plusieurs fois, à la suite de l’extraction d’une dent, de 1 application de quelques sangsues, des hémorragies graves se sont présentées et n ont pu être arrêtées que par un tamponnement prolongé pendant trois semaines ou un mois ; la cautérisation, soit avec les caustiques, soit avec le fer rouge a été employée sans succès. Il a été saigné trois fois, et toujours la plaie a été très-longue à se cicatriser; pendant plus d un mois il suffisait de quelque contraction des muscles de l’avant-bras pour la rouvrir immédiatement. Les plus légères égratignures de la peau donnent lieu à des hémorragies longtemps persistantes; enfin les moindres contusions donnent toujours lieu à de larges ecchvmoses. C’est toujours pendant l’hiver que ces accidents se manifestent ; jamais ils n’ont lieu pendant les chaleurs de l’été.

Le lendemain, à la visite, M. Ricord prescrivit le traitement suivant : (Tisane d’orge et réglisse, pilules avec camphre et thridace, 25 sangsues au périnée, un grand bain ensuite, deux soupes et deux bouillons.)

Le malade objecta qu’on aurait beaucoup de peine à arrêter l’écoulement auquel devaient donner heu les sangsues, qu on lui en avait déjà appliqué, et qu’on avait été longtemps

avant de pouvoir se rendre maître du sang; qu’au reste tous les membres de sa famille du côté de sa mère étaient sujets aux mêmes accidents. Gomme les renseignements que nous avons rapportés plus haut n’étaient pas encore connus, les raisons ne furent pas trouvées suffisantes, et l’application eut lieu.

Les piqûres saignent abondamment toute la journée; pendant une heure que le malade reste dans le bain, l’eau se colore assez fortement pour qu’on ne puisse plus apercevoir les objets placés dans la baignoire, et se charge de flocons abondants de fibrine; Lorsque le malade est replacé dans son lit, les infirmiers essaient, mais inutilement, d’arrêter l’hémorragie

avec de la charpie. ,

Le 10 mars, à la visite, les parties génitales sont enveloppées d’un énorme caillot de dessous lequel jaillit du sang liquide lorsqu’on le comprime; ce caillot laisse exhaler une odeur fétide, aigrelette, insupportable au malade, analogue à celle de la pourriture d hôpital. M. Ri cord l’enlève et constate que onze piqûres saignent encore. Il prescrit de les cautériser avec le nitrate d’argent et de les recouvrir ensuite d’alun pulvérisé. Le même traitement d ailleurs

est continué.

L’hémorragie persiste toute la journée et toute la nuit.

Le il, le malade éprouve une céphalalgie assez intense, des palpitations et un sentiment de faiblesse très-prononcé; le pouls est petit et fréquent; la température de la peau est audessous de l’état normal. M. Ricord applique sur chacune des onze piqûres un point de suture entortillée. Le sang est arrêté par ce pansement.

Dans la journée le malade met sur la plaie des compresses trempees cans du chlorure de soude pour se débarrasser de l’odeur fétide de quelques portions du caillot qui sont restées.

Le 12, le caillot et l’hémorragie ne se sont pas reproduits; le phimosis a complètement disparu, l’état général est le même ; le malade se plaint beaucoup des palpitations et de la céphalalgie. (Une portion d’aliments.) a . ,

Le même état persiste jusqu’au 17 mars; on continue le même traitement jusqu au lo; a partir de ce jour on donne: ( Huit pilules de Vallet , frictions avec la teinture de digitale

sur la région du cœur, tisane de gentiane, deux portions.)

Le 18 huit des épingles sont devenues mobiles; le malade les enleve. Une heure apres, trois des piqûres débarrassées de leurs sutures, donnent du sang; on essaie d en icunii les bords au moyen d’une petite pince de bois, analogue à celles dont se servent les blanchisseuses, et placée sur chacune des plaies. ( Vingt grammes d’extrait de ratanhia; fomentation

d’eau froide sur les morsures des sangsues ; limonade sulfurique.)

Ce moyen arrête momentanément l’hémorragie ; mais pendant la nuit les petites pinces se dérangent, et le lendemain on retrouve un énorme caillot fétide comme les premiers

Le 19 M Ricord donne le choix au malade de la suture entortillée ou du cautèic actuel, celui-ci ’se décide pour le premier, se fondant sur ce qu’il a souvent eu occasion de constater l’inutilité, pour lui, du second. En conséquence, trois nouvelles épingles sont appliquées sur les piqûres qui donnent du sang. Cette petite opération est très-douloureuse, mais elle arrête

l’hémorragie.

Rien de nouveau jusqu’au 25. ( Même régime, même traitement.)

Le 23 deux épingles tombent, les parties comprises entre elles et les fils se sont ulcérées ; de chacune de ces petites ulcérations s’écoule du sang qui se coagule au-devant. Le malade applique lui-même du plâtre sur toute la région, mais inutilement.

Le 94 un nouveau point de suture entortillée est pratiquée sur la plaie qui parait donner le plus de sang; l’hémorragie est suspendue dans ce point, mais continue par une autre

Le 25 une nouvelle épingle est appliquée sur la seconde plaie, comme les bords en sont enflammés, cette opération est très-douloureuse. La céphalalgie, les palpitations sont trèsintenses • M. Clerc constate l’existence d’un léger bruit de souffle dans la carotide gauche ; toutes les plaies des sangsues laissent suinter un liquide roussâtre très-fétide ; elles sont pansées avec de la charpie sèche. A compter de cette époque l’hémorragie ne se reproduit plus, mais la céphalalgie et les palpitations persistent. On continue toujours le même traitement. *

Le ^9 le malade sort de l’hôpital toujours à peu près dans le même état; les trois dernières^ épingles sont encore adhérentes; les autres morsures de sangsues ne sont point

cicatrisées

Les épingles furent enlevées par le malade trois ou quatre jours après; les plaies furent pansées avec de la charpie. Le 4 avril , elles étaient entièrement cicatrisées ; mais la céphalalgie et les palpitations persistaient. Cependant, sous l’influence d’un régime analeptique et de promenades modérées, elles ont depuis considérablement diminué.

Ce cas est certainement le plus curieux de tous ceux qui viennent d’être cités. Il présente un exemple frappant de cette disposition hémoiiagique heiéditaiie dont plusieuis

TRAVAUX ORIGINAUX

auteurs ont parlé. Le père du malade a quatre enfants ; deux sont bruns, et par leur habitude extérieure ressemblent à leur mère; comme elle, ils présentent la disposition hémorragique ; deux sont blonds et tiennent plutôt de leur père, ils n’ont jamais rien éprouvé de semblable. On avait affaire ici à un jeune homme instruit qui pouvait donner les renseignements les plus précis ; aussi l’histoire des commémoratifs est-elle complète et ne laisse-t-elle rien de douteux. Le malade n’a jamais analysé ni fait analyser le sang qui s’écoulait de sa blessure ; mais il a remarqué qu’il contenait une grande quantité de fibrine, ce que nous avons pu constater nous-même, soit par les flocons qui se sont trouvés dans le bain, soit par ces énormes caillots qui se formaient en quelques heures. Ce n’est donc pas le défaut de plasticité du sang qui était cause des accidents. Le malade attribua la persistance de l’hémorragie à la saison dans laquelle on se trouvait. Ce qu’il avait annoncé se réalisa; le temps changea brusquement à la fin de mars; la température s’éleva considérablement, et bientôt l’hémorragie s’arrêta pour ne plus reparaître. On a pu, du reste, reconnaître chez lui tous les caractères extérieurs déjà cités; nous retrouvons même cette fétidité particulière du caillot notée dans la première et la troisième observation, et qui incommodait tellement le malade qu’il eut recours, pour s’en débarrasser, à des aspersions avec du chlorure de soude.

Aucun auteur, que je sache, n’a parlé de cette corrélation entre la disposition hémorragique et la température extérieure. Elle doit cependant exister quelquefois, car, sur le petit nombre de faits qu’il m’a été donné d’observer, je l’ai rencontrée une seconde fois ; voici dans quelles circonstances :

Obs. VIL— Un jeune homme de 14 ans, d’une constitution assez débile, fit une chute dans laquelle il se frappa violemment toute la partie supérieure de la face ; une épistaxis trèsabondante qui se déclara aussitôt ne fut arrêtée qu’au bout de huit jours; et, depuis cette époque, le malade resta sujet à des hémorragies nasales qui se renouvelaient tous les jours, et duraient chaque fois plusieurs heures. Après deux ans de traitement infructueux, le médecin qui soignait ce jeune homme, désespéré de ne pouvoir triompher de cette fatale disposition, lui conseilla d’aller passer quelque temps dans le midi de l’Europe. Le malade se rendit à Nice ; et là, les hémorragies cessèrent aussitôt; sa constitution se raffermit, sa taille prit un accroissement considérable (15 à 16 centimètres). Après deux ans de séjour, il revint à Paris, et trois mois à peine s’étaient écoulés que les épistaxis reparurent avec la même force et la môme persistance.

Gomme tous les malades précédents, ce jeune homme est d’une taille élevée (1 m. 80), a la peau très-fine, le tissu musculaire peu développé , le tissu cellulaire sous-cutané peu épais et sans graisse, et les poils rares. Chez lui les moindres chocs ont de tout temps donné lieu à des ecchymoses étendues, et les plaies les plus simples ne se sont cicatrisées qu’avec lenteur. Un seul caractère manque, c’est la transparence de la sclérotique ; elle est: blanc jaunâtre ; mais il faut remarquer qu’une peau d’une couleur brun foncé, des cheveux absolument noirs, et des ongles largement bordés d’un cercle brunâtre, semblent le rapprocher des hommes de couleur, chez lesquels la sclérotique présente aussi la même coloration que chez notre sujet.

Je dois à mon ami le docteur Herrgott la connaissance d’un dernier fait de la disposition hémorragique, qui me semble important en ce que, de même que pour le sujet de la sixième observation, sur une famille nombreuse, une partie seule des enfants est affectée, mais c est le sexe qui établit ici la différence; et la disposition, commune à tous les niches, le jeune excepté, ne s est jamais manifestée ni che^ les parents ni chez leurs filles.

Obs. VIII.— M. Herrgott se rappelait qu’un: de ses camarades de collège, né h. Turckheim dans le Haut-Rhin, avait offert de tout temps une telle disposition aux hémorragies, que les moindres coups produisaient aussitôt sur lui de larges ecchymoses, que des épistaxis abondantes venaient 1 assaillir continuellement ; qu’une fois enfin, à l’âge de 14 ans, il avait eu une arthrite du genou pour laquelle une douzaine de sangsues avait été jugée nécessaire et qu on avait ete cinq jours avant de pouvoir se rendre maître du sang. Or, depuis cette époque, ecnt M. le docteur W cntzinger, médecin de la famille, à la complaisance duquel je dois tous les renseignements qui vont suivre, « il offre cette tendance aux hémorragies à un degré « tout aussi fort que dans son enfance. En ce moment il sent tous les mois ou tous les « deux mois au plus tard, une forte congestion vers la tête; si alors au bout de deux jours

« l’épistaxis ne s’est pas déclarée, il survient inévitablement un écoulement de sang par les « gencives... Tous les garçons de cette famille, excepté le plus jeune, sont également sujets « à des épistaxis fréquentes la moindre blessure leur occasionne des hémorragies très- « rebelles... Ils n’ont jamais eu ni hémoptisies, ni hémorroïdes; leur peau est très-fine et « d’un blanc mat ; la moindre pression qu’on pratique sur un de leurs membres laisse une « tache bleuâtre : leur tissu cellulaire est souvent infiltré, particulièrement aux extrémités « et à la tête ; il ne contient pas de graisse. Leur système musculaire est très-peu développé.

« Les cheveux sont châtain foncé, les iris bruns, les sclérotiques légèrement bleuâtres. Les « plaies ne se réunissent jamais par première intention.

« Ce qui a le mieux réussi jusqu’ici comme traitement, est la diète au commencement de la « congestion sanguine, et un régime végétal dans 1 intervalle. Chaque fois que 1 aîné des fils « a l’imprudence de prendre un peu de vin, il est exposé à une hémorragie. »

Ce sujet, comme celui de la sixième observation, nous offre un exemple de cette disposition hémorragique commune à toute une famille, dont Otto, Krimer et M. Dubois ont parlé. Les parents de ce malade n’ont jamais présenté de tendance aux hémoiragies, « aussi peu durant leur jeunesse que depuis leur mariage, » écrit M. W entzinger ; mais pour l’autre, la maladie est héréditaire, et il me paraît important d’observer que le premier malade est né dans le Jura , que le second est ne dans les Vosges, sur les bords du Rhin, c’est-à-dire tous deux dans un pays qui offre avec la Suisse rhénane de nombreuses analogies.

On a dû remarquer déjà que tous les sujets présentent plusieurs caractères qui leur sont communs. Quelque restreint que soit le nombre des faits que je puis citer, il me paraît cependant impossible de ne voir là qu’une simple coïncidence. On ne trouve sans doute chez ces malades rien qu’on, ne puisse observer chez d autres sujets tout à fait à l’abri de ces hémorragies capillaires; mais la réunion des caractères extérieurs présente cependant un ensemble assez frappant pour qu il me soit arrivé une fois de reconnaître la disposition hémorragique avant que le malade en eût encoie piésenté les symptômes.

Ces caractères communs, qu’on retrouve chez tous les malades observés, n appartiennent exclusivement à aucun des tempéraments admis par les auteurs , ils semblent cependant se rapporter plutôt au tempérament nerveux qu à tout autre. Ce fait est d autant plus curieux que si, au premier abord, on est tenté de croire qu une semblable disposition doit se rencontrer avec le tempérament sanguin au plus haut degré de développement, cependant la coexistence du tempérament nerveux et de la disposition aux hémorragies a été déjà depuis longtemps déduite de 1 observation. (Loidat, ouvrage cité, pag. 178; Chris. Corv., Hal. Magd., pag. 13, de hem.)

La disposition qui nous occupe tient-elle à une constitution particulière du sang ? La solution de cette question est très-intéressante, car elle pourrait mettre sui la voie du traitement à employer. Je n’ai malheureusement aucune donnée sui elle. Il est assez difficile de recueillir le sang versé naturellement par les plaies, et j’ai toujours reculé devant la nécessité de pratiquer une saignée à des malades affaiblis par des hémorragies journalières et chez lesquels, d’ailleurs, la disposition hémorragique peut être assez forte pour qu’il devienne difficile d’arrêter l’écoulement sanguin. Je remarquerai seulement que le sang des malades soumis à mon observation m a toujouis paiu aussi liche que celui des autres sujets; ne présentant ni la fluidité ni la couleur lose que M. Lcbeit a observées, il se coagulait avec une grande facilité.

Chez les cinq premiers malades dont j’ai donné l’histoire, on s’est borné à exercer une compression médiocre sur la plaie, et 1 hémoiiagie a été ainsi suspendue, mais il n’en est pas toujours ainsi, comme on a pu le voirpai la sixième obseivation, et ce moyen, d’ailleurs, ne détruit pas la disposition hémoiragique et ne rend pas plus prompte la cicatrisation. Si j’avais à traiter des malades de cette constitution, je voudrais essayer le sulfate de soude, qui a réussi deux fois, pour la famille Smith, dont l’histoire sert de base au mémoire de Otto, et pour une autre famille dont parle Krimer. (, Sanson , thèse de concours , 1836, pag. 10.) Sydenham n’a-t-il pas établi en principe, qu’on devait craindre le retour des hémorràgies spontanées si l’on n’administrait point un

TRAVAUX ORIGINAUX

léger purgatif? (Feb. cont. an. 1661, éd. in-4°, tom. I, pag. 42.) M. Lebert, qui a insisté également sur cette particularité, propose aussi l’acétate de plomb et les sels à base alcaline. ( Ouvrage cité, pag. 60i)

Les observations précédentes sont trop peu nombreuses, sans doute, pour qu’il soit possible d’en tirer des déductions générales positives ; il faut pour y parvenir multiplier les faits semblables; mais comme il est impossible qu’un seul observateur rencontre un assez grand nombre défaits, rares de leur nature, pour obtenir à lui seul ce résultat, j’ai cru utile de publier ce travail et d’appeler l’attention sur un point de la pathologie qui me paraît avoir été peu étudié. Je formulerai les deux propositions suivantes, qui sont basées sur la comparaison du petit nombre de malades que j’ai eu l’occasion d’observer.

1° Il existe chez certains sujets une disposition particulière aux hémorragies, qui peut être reconnue aux caractères suivants: la peau est fine et mate; la couche souscutanée du tissu cellulaire est mince, lâche et ne contient pas de graisse ; le système musculaire est flasque et peu développé ; les sclérotiques sont translucides et laissent apercevoir la couleur delà choroïde. Les individus qui présentent ces caractères sont ordinairement sujets à des épistaxis fréquentes et à des flux hémorroïdaux. Les chocs les plus légers sont suivis de larges ecchymoses.

2° Chez eux les moindres plaies donnent lieu à une hémorragie très-abondante, difficile à Arrêter, et se reproduisant à chaque pansement jusqu’à ce que la cicatrisation soit complète. lia réunion immédiate est impossible, la réunion médiate se fait longtemps attendre. Les plaies fournissent des boutons charnus, pâles, mollasses, saignants et sécrétant peu de pus. Souvent elles se recouvrent d’un caillot mou, trèsadhérent, qui ne tarde pas à exhaler une odeur fétide.

saar lasa© forme spéciale «l’exeroissances eliarnues et vasculaires dta esasasil «Se l’urètre «te la femine9 par M. Scaîi'rzcivttEiMïEa , professeur agrégé de la Faculté de médecine de Strasbourg (1).

Il est des affections organiques, différentes de siège et variées de forme, si évidemment dépendantes d’une cause unitaire, qu’il est impossible de méconnaître le principe en vertu duquel elles prétendent s’établir dans la science comme expression d’une même individualité pathologique. De ce nombre sont les différentes modifications organiques dont l’ensemble constitue la. maladie syphilitique. Nous n’avons pas perdu le souvenir d’une certaine époque où le lien d’une causalité qui unit les différentes affections syphilitiques, était attaqué comme une fiction. Des expériences désastreuses ont dû affliger l’humanité pour faire triompher la vérité, car les erreurs de notre science se soldent toujours aux dépens de nos malades. L’époque que je viens de rappeler est heureusement loin de nous, et nous pouvons, je pense, considérer comme un fait acquis et démontré, que la contagion syphilitique est susceptible de produire dans l’organisme des lésions aussi différentes de siège que variées dans leur forme. Mais si personne ne conteste ce fait général, il s’en faut de beaucoup que l’on soit aussi bien d’accord sur les différentes affections qui méritent le nom de syphilitiques. A cet égard la science n’a pas encore dit son dernier mot.

Ainsi tout le monde reconnaît que des excroissances de forme diverse peuvent procéder de la contagion syphilitique; mais il n’en est pas moins souvent fort difficile de déterminer d’une manière précise en pratique, quelle part d’influence revient à l’action d’un principe spécifique dans le développement des lésions de ce genre. Je viens aujourd’hui appeler votre attention sur une affection que j’ai souvent observée chez des

(i) Lues à la Société de médecine de Strasbourg ; Gazette médicale de Strasbourg Mai 1844.

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